| Année: |
1910 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Su-Tchuen Occidental |
| Rédacteur: | Mgr Dunand |
CHAPITRE III
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GROUPE DES MISSIONS DE L’OUEST
DE LA CHINE
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I. ─ Su-Tchuen Occidental
Population catholique 45.000
Baptêmes d’adultes 1.808
Baptêmes d’enfants de païens 17.670
Conversions d’hérétiques 8
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« L’année qui vient de s’écouler, écrit Mgr Dunand, n’a été marquée par un aucun événement extraordinaire ou vraiment digne de remarque. La visite des chrétiens s’est faite régulièrement, au milieu des ennuis auxquels il faut s’attendre dans ce pays.
« Le recensement quinquennal nous donne 45.000 chrétiens. Mais, si nous tenons compte des absents fixés ou cherchant fortune dans les Missions voisines, nous pouvons estimer à environ 50.000 le chiffre des catholiques rattachés par le baptême au Vicariat de Tchen-Tou.
« Nos Confrères ont régénéré 1.808 adultes, dont 625 in arliculo mortis. Quelle patience et que de sacrifices pour obtenir un résultat qui ne répond pas aux désirs des ouvriers ! Il est cependant consolant, si on considère la nature du terrain à défricher.
« Nos deux hôpitaux de la capitale n’ont pas perdu leur temps. Celui de l’intérieur de la ville a soigné, au dispensaire, 32.000 malades ; il en a logé 2.077. Celui de la porte Nord a traité, au dispensaire, 20.400 malades et en a soigné 1.530, dans des salles d’environ 120 lits. Le grand orphelinat de la ville a reçu jusqu’à 557 enfants, dont 240 sont partis, après le baptême, pour un monde meilleur.
« Pour diriger ces deux hôpitaux et l’orphelinat, nos 15 Religieuses Franciscaines ne peuvent suffire. Elles sont surmenées. Ajoutons que, dans leur zèle, elles ont encore ouvert un pensionnat pour demoiselles payantes. Elles comptaient sur une douzaine de sujets ; elles en ont 45. La maison est bondée et, si l’espace le permettait, le chiffre de ses pensionnaires monterait de suite à quatre-vingts.
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« Différentes sectes protestantes, anglaises et américaines, se sont abattues sur la capitale du Su-Tchuen, se promettant de la conquérir et, naturellement, de nous évincer. Pour aboutir, ils dépensent des sommes fabuleuses. Hôpitaux, orphelinats, écoles, pensionnats, rien ne manque. Leur hôpital de la porte Orientale, style moderne, ferait belle figure même dans une grande ville d’Europe : trois étages avec ascenseur, tout le confortable possible ; c’est le dernier cri du progrès.
« Qu’on ne me demande pas les résultats : pour le but visé, je ne les connais pas. Nous connaissons seulement des Chinois qui se disent de la religion de Yesou-kiao (protestants), uniquement parce qu’ils sont invités et grassement payés par les ministres anglais ou américains. Il y a quelques adeptes qui vont parfois au prêche, sans s’obliger à rien. Actuellement tout le personnel, ministres, prédicants, médecins, etc., est en villégiature dans les fraîches montagnes de l’Ouest, cela pour trois mois. Tous les établissements sont fermés. Les prosélytes ne s’en portent pas plus mal.
« En général, le Chinois de notre région considère le christianisme comme une sorte de syndicat : on s’y inscrit dans l’espoir d’obtenir refuge et protection contre les tracasseries de la vie présente.
« Le culte des ancêtres le touche ; il est indifférent pour tout autre. Il observe le côté négatif de la loi naturelle ; au besoin il la tourne adroitement. Dieu, il ne le maudira pas, mais il ne s’en occupe pas. Rarement il invoque son nom dans ses serments, trop souvent faux, de crainte d’être puni. Par un atavisme de plusieurs siècles, il respectera ses parents et ses aînés, sans remplir, à leur égard, les devoirs qui lui coûtent.
« Pour convertir sincèrement des natures ainsi faites, les appâts matériels et l’argent sont insuffisants. Il faut des secours surnaturels dont l’Église catholique seule est dispensatrice.
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« Le 28 décembre, nous eûmes, à l’orphelinat, une réunion qui fit en ville une profonde sensation, moins par elle-même que par la qualité des hôtes qui s’y rendirent. Sur notre invitation, le vice-roi et les premiers grands-officiers s’y trouvèrent. MM. les Consuls accrédités à Tchen-tou et une partie de leur suite nous honorèrent aussi de leur bienveillante présence. Les orphelines jouèrent une petite pièce qui parut intéresser le vice-roi, les mandarins et nos distingués visiteurs. Son Excellence se permit de nous demander aux frais de qui vivait tout ce petit monde et parut très satisfaite de savoir que l’établissement ne dépendait, sous ce rapport, que de la charité publique et privée. Nos invités eurent la délicatesse de nous témoigner leur appréciation de notre œuvre en déposant une belle obole au tronc de l’établissement. Jamais le vice-roi n’a visité les maisons similaires de la ville.
« Nous ne pouvons pourtant pas dire qu’il nous favorise outre mesure. La Chine aux Chinois : telle est bien sa devise, qui, témérairement appliquée, pourrait nous amener les plus grands malheurs. Il tolère les missionnaires : mais il fait bon ne pas avoir maille à partir avec dame Justice. Nous en savons quelque chose nous-mêmes.
« Nous rebâtissons notre Grand Séminaire. Cette œuvre nous a valu un procès, intenté sans raison sérieuse, et de gros ennuis qui ont duré six mois. Le mandarin de Pen-Hien, d’où dépendent nos deux collèges, trompé par le maire de l’endroit, envoya à plusieurs reprises ses satellites avec l’ordre de saisir nos gens, sous prétexte que des matériaux n’avaient pas été payés, ou avaient été injustement acquis. L’affaire devint si grave qu’elle fut déférée au vice-roi, qui osa lancer un mandat d’amener contre le procureur du séminaire et le curé du lieu, en sa qualité d’ancien procureur de l’établissement. Les accusés purent fuir à temps.
« Grâce à un homme influent, ami intime du père du mandarin de Pen-Hien, nous parvînmes à arrêter le tout. Je dus me rendre à Pen-Hien, accompagné de ce médiateur bienveillant. Le mandarin vint le premier chez nous, nous faire une visite que nous lui rendîmes le lendemain au prétoire, où nous fûmes bien reçus.
« Les accusations (une vingtaine) sont, à l’heure actuelle, périmées, et le calme est revenu dans le pays. Ce maire était allé jusqu’à accuser nos élèves de rébellion. M. le Consul n’obtenait rien. Le vice-roi ne voulait plus recevoir nos lettres. Dans ces conditions, vu les dispositions du maire et la présence de nombreux bandits dans le pays, nous avions tout à redouter pour nos deux maisons, distantes de trois kilomètres l’une de l’autre.
« M. Perrodin profite de la paix pour achever le Grand Séminaire, où il espère s’installer dans un mois.
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« Un mouvement de conversions se manifeste un peu partout. Mais l’état actuel de la Chine est loin de le favoriser. Les impôts se multiplient. Le peuple, déjà malheureux, se récrie et murmure contre les étrangers qui, au dire de certains, sont la cause de tous les nouveaux tributs qui pèsent sur eux. Confiants en la Providence, nous continuons notre route sans faire trop de bruit.
« Nous venons d’inaugurer notre nouvel hôpital. Il peut recevoir 130 malades. S’il n’est pas le plus confortable, nous avons, du moins, la satisfaction de remarquer qu’il est bien fréquenté. L’ancien est converti en école de catéchistes que dirigent nos Frères, si dévoués à tout ce qui intéresse les progrès de la Religion. Jadis notre École de Français marchait de façon à nous satisfaire. Mais, le gouvernement chinois ayant ouvert une école où le Français est enseigné gratis et distribuant seul des diplômes, notre maison devait disparaître, ou à peu près.
« Notre nouvel établissement donnera-t-il des résultats capables de nous dédommager des frais énormes qu’il nous impose ? Le temps seul répondra. C’est un essai devenu nécessaire, si nous voulons avoir des catéchistes instruits, pour préparer nos nombreux catéchumènes à recevoir le baptême avec fruit. »
Le vénéré vicaire apostolique du Su-Tchuen Occidental termine son rapport par un court et intéressant aperçu sur la situation politique du vaste Empire Chinois, où les réformes se poursuivent avec une fiévreuse activité. Écoles, orphelinats, casernes, camps retranchés, gymnases surgissent rapidement.
« Quoiqu’il arrive, ajoute Sa Grandeur, la cause de la Religion y gagnera plus de liberté. Beaucoup de préjugés séculaires disparaîtront. La lumière se fera sur bien des points, et l’Église ne craint pas la lumière.
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« La mission du Su-tchuen Occidental a fait une grande perte dans la personne du P. Philippe Tin, curé de Tien-Tsuen, qui est mort, emporté par la dysenterie à un âge où il pouvait rendre les plus précieux services. Il n’avait que 40 ans. Plein de zèle, linguiste distingué, il travaillait avec succès au milieu de ses nombreux catéchumènes. M. Doussine, son voisin, l’a assisté à ses derniers moments. Une sainte mort a couronné cette existence trop courte, toute consacrée à Dieu et aux âmes des pauvres Chinois. »
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