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Rapport annuel des évêques

Année: 1910
Pays: Chine
Mission: Yun-Nan
Rédacteur:Mgr Gorostarzu


CHAPITRE IV
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GROUPE DES MISSIONS DU SUD

DE LA CHINE

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I. ─ Yun-Nan


Population catholique 12.234
Baptêmes d’adultes 381
Baptêmes d’enfants de païens 1.952
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Mgr de Gorostarzu commence son rapport par un exposé des difficultés et des obstacles que rencontre, au point de vue politique, la propagation de la Foi dans le Yun-Nan. Voisine du Tonkin, dont elle redoute, à tort ou à raison, les projets d’extension ; travaillée plus particulièrement par les idées d’émancipation et de progrès que les réformateurs sèment dans toute la Chine ; hypnotisée, d’autre part, par la perspective des conséquences que la construction du chemin de fer de Hanoï à Yun-nan-sen et l’établissement de nombreux Français dans le pays peuvent avoir pour son indépendance, cette Province ne peut pas s’habituer à regarder d’un bon œil les étrangers, dans lesquels elle croit voir des ennemis. Les ouvriers de l’Évangile n’échappent pas à cette susceptibilité toujours en éveil, et c’est au milieu des marques de défiance les moins déguisées qu’ils doivent exercer leur apostolat. Les vexations et les dénis de justice ne sont pas épargnés à tout ce qui porte le nom chrétien. Quand donc les autorités civiles arriveront-elles à comprendre que le catholicisme n’est pas un parti politique, et que les Missionnaires n’ont pas, et ne peuvent pas avoir d’autre but que d’amener les hommes à la connaissance du vrai Dieu et de les courber aux pieds de Jésus-Christ, leur Sauveur ?

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« Le but poursuivi par les ennemis de notre sainte Religion, écrit Mgr d’Aila, est bien de neutraliser les efforts des Missionnaires, et de dégoûter les païens et nos catéchumènes de l’idée de se faire chrétiens. Mais la grâce de Dieu se joue des ruses et des violences du démon. Même quand il croit nous tenir sous ses pieds, comme il fait à cette heure appelée par notre Divin Maître « potestas tenebrarum », c’est le moment où la grâce fait son meilleur travail.
« Je ne prétends pas que le compte rendu actuel témoigne d’un grand progrès ; mais il est intéressant de constater que, au bout d’une année où, par le fait de vexations continuelles contre nous et nos chrétiens, il semble que tout a mal marché, nos Confrères se trouvent, tous comptes faits, en progrès sur l’exercice précédent.
« Cependant avant de parler de nos petits succès, faisons notre confession ; reconnaissons ce qui a laissé à désirer.
« Un recul sensible, cette année, c’est le chiffre des baptêmes d’enfants de païens. Au lieu de 1.904, chiffre de l’an dernier, nous n’accusons que 1.252, soit baisse d’un tiers. Voici l’explication de cette grande différence : plusieurs Confrères ont été changés de district, et, par suite, n’ont pu organiser à temps leurs œuvres, en particulier celle des baptiseurs, qui sont généralement dispersés au loin dans un district ; de là, aussi, impossibilité de recueillir à temps toutes leurs données.
« Un autre chapitre sur lequel nous sommes légèrement en baisse, c’est celui des confessions annuelles. En 1909, nous obtenions 6.021 confessions annuelles ; cette année, elles ont diminué de 100, alors que le nombre des chrétiens s’est accru de 310. L’explication se trouve encore dans les déplacements qui ont gêné la visite annuelle. De plus, dans le district de Tchao-Tong, la visite de plusieurs stations n’a pu avoir lieu : M. Salvat, curé de l’endroit, d’abord absent plusieurs mois pour m’accompagner au Synode de Tchong-Kin, s’est vu, après son retour, dans l’impossibilité de parcourir son district. Dans une lettre du mois de juillet, il explique ainsi les circonstances qui ont entravé son ministère : il s’agit d’une tentative d’insurrection, survenue aux mois de mai et juin, et qui a fait quelque bruit.
« J’ai eu sérieusement à souffrir, cette année, des désordres survenus par suite d’une « mesure prise par les mandarins. La suppression brusque et complète de l’opium a exaspéré « les populations qui voyaient leur bien s’envoler avec ces belles plantations. L’insurrection « n’aurait peut-être pas eu lieu, si le Gouvernement provincial n’avait, pour combler le déficit « de sa caisse, mis des droits sur certaines productions considérées jusqu’ici comme mortes. « Ainsi un de nos mandarins a établi un impôt sur les arbres : beaucoup d’arbres fruitiers ont « par suite disparu, ces gens préférant mutiler leurs propriétés plutôt que se soumettre.
« Voyant que la rapacité des mandarins ne se laissait nullement toucher par la misère du « peuple, des bandes se sont formées, d’abord pour protester, puis peu à peu menaçantes. « C’est alors que les mandarins, dont les troupes étaient insuffisantes, ont eu recours à Yun-« nan-sen. Des exécutions ont eu lieu, et, comme il arrive souvent dans ces circonstances, des « innocents ont payé pour les coupables.
« Les chrétiens, grâce à Dieu, n’ont pas eu à souffrir de ce soulèvement. Mais, les « mandarins ne voulant pas que je sorte, ma visite annuelle n’a pu être faite ; et j’en souffre « dans mon cœur de missionnaire.
« En ville, les vieux chrétiens se sont montrés fervents ; quelques-uns même souriaient dans l’espoir de suivre la route douloureuse du martyre. »

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« Passons maintenant en revue certains points, sur lesquels nous avons fait quelques modestes progrès.
« Tout cet ensemble de circonstances défavorables a eu pour effet d’exciter le zèle de nos Confrères. D’une part, ils voient la porte des prétoires fermée pour eux au point que souvent, dans les cas de vexations de leurs chrétiens pour cause religieuse, le missionnaire n’est plus admis à réclamer. D’autre part, c’est le spectacle de leurs ouailles considérées aujourd’hui comme la lie du peuple ; leur condition de chrétien est cause que, dans leurs procès avec les païens, ils sont invariablement condamnés.
« Dans ces conjonctures, le missionnaire se résigne et savoure l’humiliation qui lui donne une ressemblance avec son Divin Maître. Son cœur est en même temps ému de pitié pour ses néophytes qui, eux, souffrent plus que lui et n’ont cependant pas la foi si éclairée pour supporter l’épreuve. Alors son zèle s’anime ; il sent le désir de se dépenser pour instruire et consoler ses ouailles.
« Le premier moyen que le zèle de nos Confrères a mis en œuvre pour réconforter les fidèles, c’est la fréquentation des sacrements. Déjà, l’an dernier, nous enregistrions une augmentation sensible dans le chiffre des confessions et communions de dévotion : la proportion s’est encore accrue cette année. Nous comptons 14.332 confessions de dévotion contre 12.825 l’an dernier ; et 17.472 communions de dévotion au lieu de 14.048, chiffre de l’exercice précédent, avec un total de 4.072 communions annuelles.
« A peu près tous les districts ont apporté leur contingent à cet accroissement de confessions et communions répétées. Mais il provient surtout, soit de notre Séminaire dont les élèves goûtent de plus en plus la communion fréquente, soit de notre Institut des Vierges Chinoises, qui, sur les exhortations de leurs curés, ont rompu avec l’ancienne routine et s’approchent souvent de la sainte Table, la plupart tous les huit jours, un bon nombre deux et trois fois la semaine. Enfin plusieurs chrétiens, dociles à l’impulsion de Pie X, ont également pris l’habitude de la communion fréquente.
« Les districts qui ont donné les plus fortes proportions sont les suivants : celui de M. Ducloux, provicaire, qui, avec le Séminaire, a obtenu, en communions répétées, 44 fois le chiffre des communions annuelles ; celui de M. Tapponnier, qui a obtenu le même résultat 11 fois ; celui des prêtres indigènes Siao et Ten, qui l’ont obtenu 25 et 17 fois ; enfin, ceux de, MM. Oster, E. Maire, Kircher, Piton, Rossillon, Degenève, Guyomard et Sié, prêtre indigène, qui l’ont eu de 7 à 8 fois.
« Pour être juste envers le zèle de chacun, je dois ajouter à cette énumération la réflexion suivante : certains Confrères, se déplaçant peu, ont pu obtenir une assiduité marquée à la sainte Table de la part des fidèles groupés autour de la résidence. D’autres, au contraire, obligés de parcourir continuellement les stations de leur district et souvent en pays de nouveaux chrétiens, sont dans l’impossibilité de réaliser cette fréquentation des sacrements.
« En dépit des obstacles de tout genre suscités par les mandarins, le troupeau de Notre-Seigneur s’est accru de 11.924 à 12.234. Même sur le nombre des nouveaux adorateurs il y a progrès : nous en comptons cette année 1.025 ; l’an dernier, on n’en avait enregistré que 404.
« En revanche, il y a baisse pour les anciens adorateurs : on en comptait, l’an dernier, 16.400 ; cette année, les Confrères n’en ont maintenu que 14.178. Il est bien sûr que devant les vexations, l’ostracisme dont nos chrétiens sont l’objet, plusieurs de nos catéchumènes, aux intentions peu orthodoxes, ont carrément rebroussé chemin : c’est le triage normal du faux grain d’avec le bon. Mais il est à remarquer aussi que ce chiffre des anciens adorateurs varie forcément, sans qu’il y ait peut-être grand changement dans la réalité : car les Confrères ne jugent pas tous de la même manière. Tel conservait sur ses listes des adorateurs négligents, qui sans être retournés franchement au paganisme, ne se soucient guère d’étudier ou pratiquer, et font même parfois quelques superstitions, mais se prétendent toujours chrétiens ; tel autre, au contraire, succédant au premier, croit devoir rayer de la liste ces adorateurs peu sérieux.
« Notre chiffre d’adorateurs est, depuis quelques années, assez rond, tandis que le total annuel des baptêmes d’adultes est comparativement bien faible. Cette anomalie provient de ce que la plus grande partie de nos adorateurs sont parmi les aborigènes. Or, ceux-ci se font généralement chrétiens par villages entiers, ou du moins par groupes de familles ; d’autre part, ce sont gens sans instruction, souvent sans idée religieuse. Leur formation pour les amener au baptême devient donc longue et difficile.
« On dira qu’il faut exiger très peu de ces sortes de catéchumènes pour les admettre au baptême. C’est vrai ; mais même ce très peu est dur à obtenir, vu la difficulté de trouver des catéchistes pour chacune de ces races si diverses et souvent ignorant le chinois. Du reste, outre une instruction sommaire, il faut obtenir d’eux, avant le baptême, le renoncement à certaines coutumes que réprouve la morale chrétienne, et, ici, on se heurte souvent à une faiblesse de volonté insurmontable.
« Ces braves indigènes, Lolos ou autres, sont plus sympathiques que les Chinois ; mais, d’autre part, le missionnaire qui s’est voué à leur formation doit s’armer d’une grande patience. D’abord il faut être constamment au milieu d’eux pour les maintenir dans les pratiques chrétiennes ; du moins doit-on avoir le loisir de les visiter fréquemment. C’est ainsi que M. Mérigot, établi dans la ville de Yong-Pe depuis trois ans, comptait, l’an dernier, deux villages d’adorateurs Lolos, à quarante kilomètres de sa résidence. Cette année, ce cher Confrère, malgré son activité et son zèle apostolique, a fini par remettre à plus tard le soin de ces pauvres gens.
« J’ai, dit-il, laissé à peu près complètement de côté les indigènes de La-Tsa et Y-He-mo. « La première raison est que je ne trouve plus personne qui veuille bien se charger de « l’instruction de ces gens-là ; ensuite, pour évangéliser les indigènes, il faut être « constamment au milieu d’eux ou tout au moins y faire de fréquentes apparitions. »
« Même résidant au milieu d’eux, le missionnaire doit quelquefois user de certaines industries pour obtenir la persévérance. M. H. Maire a bâti une importante résidence, après 1900, dans le village de Tou-dza. Or, finalement, devant les faibles résultats qu’il obtenait, il a émigré sur un autre point de son district, à Pan-Kiao-ho, son ancienne résidence. « Mes « chrétiens de Tou-dza, écrit-il, comprennent à présent les raisons qui m’ont porté à « transporter ma tente du milieu d’eux. Honteux de mon départ, ils ont demandé à conserver « un catéchiste pour les instruire, et font actuellement preuve d’un zèle dont je ne les croyais « pas capables. Ils se sont divisés en escouades de douze et, chaque soir, l’une d’elles va « étudier la doctrine. Le dimanche, tout le monde assiste au catéchisme. »
« Malgré tout, il est consolant de voir la constance des Missionnaires travaillant chez ces pauvres indigènes. M. Durieu constate combien ses néophytes de Djokoula sont loin de la perfection. « Ils ne sont pas encore bien convaincus, écrit-il, de la nécessité d’observer « certaines pratiques de la Religion. Pour la prière, l’assistance à la messe, on n’a rien à leur « reprocher. Mais ils trouvent que c’est assez ; après cela, on peut faire ce que l’on veut, et « c’est là que nous cessons de nous entendre... » Puis ce Confrère termine par ces paroles qui montrent sa tendance à excuser ses chers néophytes plutôt que de les abandonner. « On ne « pourrait pas conclure que le travail de la grâce ne s’est pas fait parmi eux. Cela ne paraît « guère aux yeux des hommes ; mais devant Dieu il ne doit pas en être de même. »
« Comme M. Durieu, MM. Rossillon, Degenève, Bougault travaillent parmi les tribus indigènes, souffrent patiemment la privation de ces douces consolations que d’autres goûtent dans le ministère chez les vieux chrétiens. Ils s’appliquent généreusement à instruire et former ces pauvres races, à qui leurs mœurs, plus que leur ignorance, rendent la Religion chrétienne d’un accès si difficile.
« Dans nos écoles aussi il y a quelque progrès ; surtout pour les écoles de filles, qui, l’an dernier, comptaient 630 élèves, et cette année, 914. Dans plusieurs endroits, en effet, nous avons la satisfaction de voir les parents se décider à envoyer leurs filles à l’école. L’impulsion donnée à la piété par la Communion fréquente n’a pas peu contribué à pousser les parents à remplir leur devoir. Ceci est particulièrement sensible dans la paroisse de Yun-Nan-sen : ces dernières années, les filles de nos chrétiens de la ville fréquentant l’école se comptaient par une ou deux, et les communions de dévotion dépassaient à peine 500. L’an dernier, on a compté 1.616 communions de dévotion et, cette année, 2.020 ; notre école de filles a eu, l’an dernier, une quinzaine d’élèves ; cette année-ci, plus de vingt.
« Nous sommes très reconnaissants envers S. S. Pie X pour le Décret sur la communion fréquente qui ramène à leur vraie notion les conditions requises pour pouvoir s’approcher assidûment de la sainte Table. Elle a parfait son œuvre en rendant dernièrement à l’Église son ancienne discipline sur l’âge requis pour la première communion. Je m’associe de bien grand cœur aux témoignages de gratitude que Lui adressent pasteurs et fidèles du monde entier pour cet acte si salutaire, si propre à renouveler toute l’Église. Je mets les plus belles espérances dans ces deux grands moyens : la communion fréquente et la première communion dès l’âge de raison. En Chine comme en Europe, l’Église traverse une crise plus terrible que les persécutions sanglantes. Mais Notre-Seigneur est là, nous ouvrant plus large l’accès de son Sacré-Cœur ; aussi, plus le démon déchaînera ses suppôts contre nous, plus nous deviendrons étroitement unis à Dieu. »


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