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Rapport annuel des évêques

Année: 1911
Pays: Chine
Mission: Kien-Tchang
Rédacteur:Mgr de Guébriant

V. — Kien-Tchang

Population catholique 4.050
Baptêmes d’adultes 290
Baptêmes d’enfants de païen 1.300
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Mgr de Guébriant, appelé en France par d’heureuses circonstances, nous a envoyé de Saint-Pol-de-Léon, avant son retour en Chine, le premier compte rendu de sa nouvelle Mission.
« La fondation du Vicariat du Kien-Tchang, écrit Sa Grandeur, est un acte de foi méritoire, au moment où les séminaires de France traversent une crise qui a son contre-coup sur le nôtre ; cet acte de foi aura sa récompense. Le présent est sombre, mais l’avenir est à Dieu ; et le dernier mot de l’histoire qui commence sera encore celui qui, tant de fois déjà, s’est vérifié pour notre famille religieuse : Qui seminant in lacrymis in exultatione metent.
« A peine accessible, il y a peu d’années encore, dans le massif formidable de ses montagnes ; fermé au Nord et au Sud par les cluses de cours d’eau énormes, à l’Est par la férocité de populations encore sauvages, à l’Ouest par des chaînes de glaciers adossées au Thibet impénétrable, le Kien-Tchang, partie déshéritée de la magnifique Province du Su-Tchuen, avait de bien faibles chances de voir la Religion s’implanter sur son sol ingrat. Pays de conquête chinoise, il présentait et présente encore cette circonstance particulièrement défavorable à l’évangélisation du mélange de populations disparates, hostiles entre elles, turbulentes, ombrageuses, vivant dans un état de trouble presque continuel.


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« C’est par le Yun-Nan que les premiers germes de christianisme ont été introduits au Kien-Tchang En 1862, Mgr Chauvot, coadjuteur du vicaire apostolique du Yun-Nan, fut forcé par la révolte des Musulmans de se réfugier sur le territoire du Su-Tchuen, à Hong-Pou-So, localité très voisine de la frontière des deux provinces et où vivaient, depuis assez longtemps, quelques familles chrétiennes, chassées par la persécution du district de Gan-Yo, au centre du Su-Tchuen. Il y passa trois ans, et, grâce à lui, Hong-Pou-So prit tournure de chrétienté, tandis que, plus loin, dans l’intérieur du pays, d’autres familles chrétiennes, encore tièdes et souvent sans pratique religieuse, se firent connaître.
« Jusqu’en 1874, la Mission du Yun-Nan se chargea de les faire visiter par ses missionnaires ou ses prêtres chinois. Mgr Lepley, vicaire apostolique du Su-Tchuen Méridonal, prit alors définitivement le Kien-Tchang au compte de son vicariat et y envoya un provicaire, M. Gourdin, à qui la Mission donna pendant dix-huit années consécutives deux missionnaires et de modestes subsides.
« A cette époque, le Kien-Tchang pouvait compter de 300 à 400 chrétiens, en y comprenant quelques groupes ou stations de la sous-préfecture de Yue-Hi, au Nord, dont les uns étaient administrés par le missionnaire de Tsin-Ki-Hien et les autres par ceux du Thibet.
« M. Gourdin eut le mérite peu ordinaire de rechercher, d’organiser et de développer, durant une période tout particulièrement ingrate, les petites chrétientés de la région. Quand il quitta le pays, en 1893, il y laissait de six à sept cents catholiques, répartis en deux districts, celui du Nord, avec Mien-Ning, et celui du Sud avec Hong-Pou-So pour chefs-lieux.
« La guerre sino-japonaise de 1895 fut l’occasion d’une persécution qui balaya un grand nombre de missions dans le Su-Tchuen, et jusqu’au Kien-Tchang Le résultat final en fut néanmoins très heureux. Habilement pressées par M. Gérard, ministre de France en Chine, les autorités locales durent s’incliner, réintégrer, les missionnaires et les chrétiens aux lieux d’où ils avaient été chassés, payer des indemnités convenables et reconnaître une fois de plus le bon droit des Missions catholiques. Le Kien-Tchang, partie intégrante du Su-Tchuen, ne put être excepté de ces mesures bienfaisantes. Depuis lors, les missionnaires y jouissent du droit commun que sanctionnent les traités. Ils en ont profité pour entrer en possession d’immeubles acquis çà et là, et où il ne leur était pas permis de s’installer.
« Un troisième district eut pour chef-lieu Lou-Kou, un quatrième Te-Tchang, et, en 1898, le nombre des chrétiens, depuis le Tong-Ho, au Nord, jusqu’au Yang-Tse, au Sud, atteignait le millier.
« Entre les mains de M. Castanet, provicaire de 1898 à 1905, le progrès fut plus sensible encore. Une position importante fut acquise par l’installation d’un oratoire-école, très bien situé, dans la ville de Ning-Yuen-Fou. Le nombre des chrétiens fut doublé. Malheureusement, les premiers excès d’une propagande protestante inconsidérée vinrent, à la fin de cette période, susciter, sur plusieurs points du Kien-Tchang, des troubles graves dont nos établissements et nos néophytes eurent grandement à souffrir.

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« Envoyé dans le pays comme supérieur, en I905, j’eus tout d’abord à subir avec mes Confrères l’état de malaise qui suivit ces désordres. La patience procura ce que la mauvaise volonté des autorités nous refusait obstinément : un apaisement relatif. Depuis deux ou trois ans, la tranquillité, maintenue, il est vrai, au prix de continuelles précautions, nous est à peu près partout rendue.
« Le protestantisme sert encore, ça et là, à grouper ceux qui veulent nous nuire ; mais les crises vont en s’atténuant. Si les autorités supérieures sont plutôt malveillantes, les mandarins de second ordre cherchent à nous ménager quand ils peuvent le faire sans se compromettre. La population, dans son ensemble, paraît nous devenir de plus en plus sympathique.
« Jugeant la position catholique désormais assez solide, et convaincus que le rattachement du Kien-Tchang au Su-Tchuen Méridional ne pouvait, vu la difficulté des communications et le caractère tout spécial du pays, que mettre obstacle à son développement religieux, Mgr Chatagnon et son coadjuteur, Mgr Fayolle, obtinrent, en novembre 1909, du Synode de Tchong-King, un vœu tendant à l’érection du Kien-Tchang en Vicariat apostolique autonome. Au mois d’août suivant, une nouvelle Mission venait grossir le nombre de celles que le Saint-Siège a confiées au zèle de notre Société.
« Le bilan du Vicariat est facile à établir : un Evêque consacré le 20 novembre 1910 à Soui-Fou, huit Missionnaires, et trois prêtres chinois, dont un ordonné en mars dernier, voilà pour le personnel. Grâce aux mille chrétiens du district de Tsin-Ki-Hien, qui a été rattaché à la nouvelle Mission, celle-ci possède un noyau de 4.000 catholiques et des catéchumènes relativement nombreux. Ils sont répartis eu onze districts, pourvus chacun d’une résidence centrale, et qui sont, en allant du Sud au Nord : Houi-Li-Tcheou, Te-Tchang, Yen-Yuen-Hien, Ho-Si, Ning-Yuen-Fou, Lou-Kou, Mien-Ning, Yue-Hi, Chang-Pa, Fou-Lin et Hoang-Mou-Tchang.
« Plusieurs enfants ou jeunes gens, actuellement dans les Séminaires du Su-Tchuen Méridional, reviendront dans quelques mois au Kien-Tchang et seront les premiers élèves du Séminaire local que nous croyons devoir installer, le plus tôt possible, au centre de la Mission.
« L’extrême réduction du nombre des missionnaires, le manque de clergé indigène pour s’occuper des néophytes, la difficulté de recruter des auxiliaires parmi des chrétiens si clairsemés et jeunes dans la foi, sont les principales entraves que nous prévoyons au développement rapide de nos œuvres.


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« J’ai la confiance, ajoute Mgr d’Eurée, que l’esprit de sacrifice qui a présidé à la création du nouveau Vicariat triomphera de tous les obstacles. Les Missionnaires et les prêtres indigènes du Kien-Tchang ont fait, dès le début, un acte de dévouement que je suis heureux de rappeler ici. Libres d’opter pour l’ancienne Mission tant aimée, ce cher Su-Tchuen Méridional, si uni. autour de ses chefs, si prospère, dans un pays splendide, parsemé de chrétientés magnifiques, ils ont fait tous, d’un seul cœur, le sacrifice de tous les avantages matériels, de souvenirs aimés, et, pour les prêtres chinois, de leur patrie même, afin de se vouer aux districts perdus du pauvre Kien-Tchang
« Nous sommes remplis d’espérance en regardant l’avenir.
« Sur toute l’étendue du Vicariat, les catéchumènes se recrutent avec une facilité relative : ils viennent à nous mus par des motifs qui ne sont pas toujours parfaitement surnaturels, mais qui n’ont rien d’inavouable. Notre grande sollicitude est de trouver les moyens de les former, de les instruire et de les éprouver : il faudrait pour cette œuvre des ressources et surtout un personnel qui nous manquent.
« Les aborigènes, les Lolos particulièrement, ne cessent de nous faire des avances. Visiblement, à beaucoup d’entre eux nous inspirons confiance, et c’est par tribus entières, par milliers et dizaines de milliers, qu’ils accepteraient de se dire chrétiens si nous pouvions leur procurer des prêtres. Quelle ne fut pas notre tristesse, lorsque, réunis pour notre Retraite annuelle, en mars dernier, nous dûmes, d’un accord unanime, mes Confrères et moi, prendre la détermination d’affermir et d’étendre d’abord nos positions parmi les Chinois. Le jour où nous aurons au Kien-Tchang une quinzaine de missionnaires consacrés à leur évangélisation, il nous sera possible d’aborder les tribus Lolos. Daigne le Roi des Apôtres faire luire bientôt ce jour tant désiré ! »



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