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Rapport annuel des évêques

Année: 1911
Pays: Chine
Mission: Kouang-Tong

III. — Kouang-Tong

Population catholique 60.339
Baptêmes d’adultes 1.525
Baptêmes d’enfants de païens 8.288
Conversions d’hérétiques 4
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« L’année 1911 marquera dans les annales de l’histoire de Chine une date célèbre par ses journées rouges. A l’heure actuelle, une des plus belles provinces de 1’Empire se trouve sous le régime de l’anarchie. Le sang des mandarins s’est mêlé à celui du peuple et de ses représentants. C’est la guerre civile, la révolution sur toute l’étendue du territoire. Les succès du parti anti-dynastique sont applaudis avec frénésie : ses partisans se multiplient. Encore quelques victoires, et ils n’auront plus à dissimuler leurs sentiments.


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« Ce préambule, qui peut paraître un hors-d’œuvre, servira à mieux faire comprendre la situation religieuse.
« Distrait par toutes ces idées de réforme, notre peuple Cantonais, remuant par caractère, frondeur, et jaloux de conserver cette réputation, a écouté d’une oreille fort peu attentive la prédication des ouvriers apostoliques.
« Le chiffre de 1.525 baptêmes d’adultes est un maigre résultat, bien peu en rapport avec nos désirs et nos travaux. Nous le présentons au Seigneur, confus comme le pauvre qui apporte sa petite offrande, mais, en même temps, consolés de pouvoir dire : c’est là le fruit de grands efforts!
« Si notre action sur le paganisme n’a pas obtenu beaucoup de succès, l’administration des chrétientés s’est faite d’une façon régulière et fructueuse. La fréquentation des sacrements est devenue plus assidue : c’est pour le missionnaire un sujet de consolation. Ses fidèles, en effet, ont grand besoin de s’affermir dans la vie de la grâce, pour résister victorieusement aux insinuations perfides des novateurs, qui, avec leurs opinions sociales, apportent des doctrines matérialistes. Le bien-être est la divinité qui doit remplacer toutes les autres ; la raison autonome est appelée l’arbitre de tous les actes ; le bonheur est limité à la vie présente. Avec de tels principes, dans les villes surtout, la contagion est facile ; pour en préserver la jeunesse, nous avons besoin de faire appel à l’esprit de foi des parents.
« Après cet aperçu, il serait difficile de dire que le christianisme réalise de grands progrès au Kouang-Tong : les convertis sont en petit nombre. La sève chrétienne s’est néanmoins infiltrée dans les mœurs. Nous trouvons des païens qui ne pensent pas autrement que nous sur bien des points intéressant notre conduite durant notre existence présente, et même sur nos espérances de la vie future. Le jour du Seigneur est chômé dans toutes les administrations de l’enseignement et de la magistrature ; la condition de la femme se relève ; l’esclavage est aboli ; la justice rendue d’une façon plus équitable.
« Tous ces résultats sont des succès pour le christianisme. En imitant les institutions d’Europe et d’Amérique, la Chine fait des emprunts à l’idée chrétienne ! fondement de la législation dans ces deux parties du monde.
« Cette constatation nous amènera-t-elle à partager l’espoir dont se bercent quelques-uns, celui des conversions en masse ? Pareil événement nous réjouirait tous. Mais pouvons-nous songer à favoriser de si grands espoirs et de si vastes pensées ? Nous nous contenterions de revoir les récoltes qui nous apportaient trois ou quatre mille baptêmes d’adultes tous les ans.


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« Sur l’avenir qui nous attend, laissons la parole aux prophètes : « La classe dirigeante « actuelle, disent-ils, fera d’elle-même table rase du passé. Aux anciennes croyances elle « devra substituer un nouveau culte, et se trouvera en présence du catholicisme et du « protestantisme. Les personnes vraiment sérieuses, désireuses de pratiquer la vertu, et une « vertu qui les transporte dans des sphères plus élevées que celles des relations matérielles de « la vie, nous suivront ; le protestantisme recevra les partisans du moindre effort. Enfin, dans « ce cataclysme des traditions, se fondera une religion d’éclectisme, dans laquelle Confucius « et Jésus-Christ seront placés côte à côte. Cette doctrine sera celle des dilettanti du « protestantisme, méthodistes, adventistes, etc., et des Confucianistes. »
« A quelle époque se produiront cette destruction, cette résurrection, ce renouveau ? Les « prophètes continuent : « La destruction est commencée. Elle durera encore une dizaine « d’années. A ce moment, la vieille école aura disparu ou à peu près. Les jeunes gens d’au- « jourd’hui seront devenus des chefs de famille. La crainte de manquer aux lois du respect « paternel ne les arrêtera plus. Ils feront prévaloir leurs sentiments. Leur famille les suivra. »
« En présence de ce nouvel état de choses, notre devoir sera de présenter l’Eglise telle qu’elle est, avec sa puissance de s’accommoder à toutes les conditions sociales ; de prouver qu’elle a toujours été le porte-étendard de la science et de la charité, et de faire rayonner la Croix de toutes les clartés qui attirent les hommes.


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« Tout en restant anxieux sur ce que nous réserve l’avenir, nous avons lieu de bénir Dieu des faveurs accordées durant le présent Exercice, comme va le prouver une courte description des résultats obtenus par les Missionnaires.
« A Canton, à deux pas de la résidence épiscopale, s’élève le Séminaire, où l’absence de la figure si accueillante de M. Fleureau crée une impression de vide.
« Le collaborateur de M. Fleureau, M. Fabre, devenu supérieur de l’établissement, et M. Pierrat, son collègue, travaillent à faire de saints et savants prêtres de leurs élèves. Pour plusieurs, la santé est un obstacle à la réalisation de ce but. C’est à bien juste titre qu’un de nos Confrères, jadis préposé à la direction d’un séminaire en Extrême-Orient, recommandait d’avoir à se préoccuper, à l’égard des séminaristes, de la sainteté, de la science, mais aussi de la santé.
« A la cathédrale, nos efforts se portent principalement sur l’instruction des chrétiens, auxquels nous apprenons que les conditions d’une heureuse existence ne se trouvent que dans le travail et la pratique de la vertu.
« Le Collège du Sacré-Cœur, nous dit M. Clauzet, a ressenti le contre-coup des événements d’avril dernier. Par prudence, un bon nombre d’élèves sont restés dans leurs campagnes : depuis qu’on applique le régime des suspects, les meilleurs ne sont pas tranquilles.
« Les Religieuses Canadiennes apportent 36 baptêmes d’adultes : c’est un beau chiffre. Leurs écoles ont été fréquentées par 130 élèves, ce qui est un grand succès. Elles ne veulent pas s’en tenir là : par leurs collaboratrices indigènes, elles ont rendu des services signalés à plusieurs districts. MM. Pénicaud, Marqué, Deswazières, Druais, ne tarissent pas d’éloges à leur endroit.
« Le zèle du vénéré M. Sorin est toujours jeune. Pour grouper catéchumènes et néophytes autour de sa chapelle, il a installé des métiers de tissage, qui donnent beaucoup de vie à un coin retiré de la ville de Canton.
« MM. Thomas et Poulhazan, imitant cette belle initiative, enseignent, avec grand succès, à un groupe considérable d’orphelins, l’art de la fabrication des cotonnades.
« M. Gervaix, tout en s’occupant de la chrétienté du quartier de l’Ouest, écrit pour les envoyer dans les deux hémisphères, des pages qui contribuent à faire aimer notre vocation de missionnaire, et apportent aux généreux bienfaiteurs de nos œuvres des nouvelles des pays vers lesquels se tournent sans cesse leurs cœurs.
« Sur les concessions de Sha-Min, M. Bourdin a eu le bonheur de voir un ministre protestant abjurer son hérésie et retourner à la foi de ses pères.


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« Dans la préfecture de Wai-Tchao, nos Confrères ont dû agir avec beaucoup de prudence et de discrétion. Wai-Tchao est un foyer de propagande et le boulevard de la révolution. Les réformistes et affidés des sociétés secrètes y sont nombreux. A l’insu, mais à la faveur des premiers, ceux-ci se sont livrés au brigandage.
« Un de nos doyens, M. Guillaume, qui habite depuis quelque vingt ans cette contrée, a enregistré un grand nombre d’extrêmes-onctions. Le mal que, aujourd’hui en Chine comme en France au temps du bon La Fontaine, on n’ose point nommer, a visité son district. Chaque extrême-onction répond à une longue course dans les montagnes. Les chrétiens de M. Guillaume sont très disséminés. Notre courageux Confrère ne recule pas devant la tâche si rude de l’administration du Shin-Nin ; son âge n’éteint point son ardeur et son ardeur lui donne des forces.
« En pénétrant chez M. Guillaume, nous arrivons à ce que nous pouvons appeler, en un sens, la partie la plus chrétienne de la Mission. Nous y rencontrons des sous-préfectures comptant jusqu’à 9.000 chrétiens : telle Kit-Yeung, où quatre missionnaires, MM. Veaux, Le Corre, Lasportes et Thiollière, suffisent à peine à l’administrer. Wai-Loi, avec des chrétientés de 800 à 1.000 âmes chacune, occupe tous les instants de M. Becmeur. Lok-Fong a trois titulaires MM. Rayssac, Etienne et Sicard. Les autres districts ne sont pas moins florissants. Les journées du missionnaire sont remplies par les soins spirituels qu’il doit donner à ses chrétientés.
« Les Missionnaires de cette région, si nous en exceptons MM. Delorme, Rey et Canac, sont favorisés sur un point important. Grâce à la densité de la population chrétienne, ils sont rapprochés les uns des autres, ce qui leur procure de précieux avantages.
« Avant de quitter le Kouang-Tong Oriental, il est juste de porter un regard d’admiration sur la magnifique église dédiée à Notre-Dame Auxiliatrice dans la ville de Tchao-Tchiou. Elle compte assurément parmi les plus beaux monuments religieux de l’Extrême-Orient. Une nombreuse et édifiante population chrétienne dirigée par M. Vogel fait, plusieurs fois par jour, retentir ses voûtes des accents de la foi la plus vive et la plus ardente.
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« Sur la frontière du Tonkin, dans les pays remués en tous les sens par le zèle infatigable de M. Grandpierre, sont établies les vieilles chrétientés de Tchouk-Shan et de Lo-Fao, où MM. Richard et Veyrès continuent avec intelligence les nombreuses œuvres existantes. Quelques difficultés sont survenues dans ce district. Elles ne sont pas encore réglées. Pouvons-nous même, dans les circonstances actuelles, en espérer l’arrangement ? Telle l’affaire de M. Rossillon : maltraité par les païens, il y aura tantôt deux ans, notre Confrère, malgré l’intervention de la Légation de France, n’a pas encore obtenu la moindre réparation.
« La tranquillité a été à peu près complète chez MM. Kammerer, Grégoire, Marqué, Lemaire et Laurent.
« Dans la préfecture de Ko-Tchao, MM Baldit, Genty et Mollat rencontrent beaucoup d’obstacles pour parfaire l’instruction de leurs néophytes et les maintenir dans l’observation des préceptes ecclésiastiques.
« A Leui-Tchao, MM. Zimmermann et Cellard continuent leurs abondantes moissons. Le premier a célébré ses noces d’argent sacerdotales. Elles lui ont procuré des journées de bonheur et de consolation.
« Le Nord, jadis si éloigné du centre de la Mission, ce Nord où l’on se rendait avec tant de lenteur, s’est déjà rapproché de nous. Nos Confrères de cette région signalent le danger que fait courir aux établissements catholiques le passage fréquent de grandes compagnies de brigands.
« Mais la terre classique du pillage se trouve dans les sous-préfectures riches et populeuses des environs de Canton, où les Missionnaires peuvent entendre tous les jours, le récit de déprédations commises sur tel ou tel point de leur territoire.


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« En parcourant la vaste étendue du Kouang-Tong, nous rencontrons, en quatre endroits différents, à Pak-Hoi, à Hai-Nan, à Tong-Hing et à Sua-Tao, les auxiliaires dévouées des Missions, les Sœurs de Saint-Paul de Chartres. Les titulaires de ces districts apprécient hautement le bien qu’elles opèrent autour d’elles ; nous sommes heureux de nous joindre à eux pour exprimer les plus vifs remerciements à ces vaillantes ouvrières. Il serait à souhaiter que des ordres religieux de but divers s’établissent dans les pays aujourd’hui défrichés.
« Les comptes rendus particuliers des districts signalent la pénurie de catéchistes. La cherté des vivres, les conditions d’existence sont devenues telles que les viatiques ne suffiraient pas, en beaucoup d’endroits, à l’entretien d’un bon catéchiste lettré. Le progrès matériel est considérable. Le commerce et l’industrie se sont développés dans des proportions surprenantes. Il s’en est logiquement suivi une augmentation de richesse et, aussi, des besoins de l’existence. Seules, nos ressources sont restées stationnaires. Ce n’est pas là une mince préoccupation pour le Supérieur de cette Mission.
« En terminant ce compte rendu, tous nos regards sont fixés sur le mouvement qui s’est d’abord dessiné dans le bassin du Fleuve Bleu. Ce mouvement s’est élargi ; il a pris des proportions gigantesques. Il ne se trouve pas une âme, aujourd’hui, dans Canton, qui ne soit fort anxieuse du lendemain. Les circonstances que nous traversons sont exceptionnellement graves pour l’avenir de notre sainte cause, dans toute l’étendue de la Chine.
« Nous avons spécialement besoin des lumières d’En-Haut : car de Dieu, et de Dieu seul, nous attendons le secours. »


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