| Année: |
1911 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Mandchourie Septentrionale |
| Rédacteur: | Mgr Lalouyer |
III. — Mandchourie Septentrionale
Population catholique 19.028
Baptêmes d’adultes 988
Baptêmes d’enfants de païens 1.346
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« Nous sommes heureux, écrit Mgr Lalouyer, d’offrir une gerbe de 3.204 baptêmes au Cœur Sacré de Jésus et au Cœur Immaculé de Marie. C’est grâce à leur puissant secours que, malgré les difficultés si grandes de l’année présente, nous avons atteint un pareil résultat.
« Ces difficultés sont venues de bien des causes. Mais la principale a été, sans contredit, la peste terrible qui a fait tant de ravages dans les deux Provinces de Ghirin et de Tsi-Tsi-Kar, depuis le mois de novembre 1910 jusqu’au milieu du mois de mars 1911. Parmi ses victimes, nous avons la douleur de compter trois courageux et zélés missionnaires, MM. Bourlès, Delpal et Mutillod, enlevés subitement à notre affection en l’espace de dix-huit jours.
« Après la mort si rapprochée de ces trois Confrères, Missionnaires, prêtres indigènes et chrétiens, désireux d’attirer sur eux la protection spéciale de la sainte Vierge, firent vœu de célébrer solennellement la fête de Notre-Dame Auxiliatrice pendant dix ans, et de jeûner la veille de cette fête. Celle qu’on n’invoqua jamais en vain daigna exaucer nos prières, en nous épargnant de nouveaux sacrifices,
« La mort de MM Bourlès, Delpal et Mutillod, a été certainement précieuse devant le Seigneur ; mais quels vides elle a laissés dans nos rangs déjà trop clairsemés ! Des postes précédemment occupés par des missionnaires, ont dû être abandonnés ; plusieurs districts ont été réunis en un seul. Malgré l’activité qu’ils ont déployée, les titulaires de ces vastes districts ont eu de la peine à entendre toutes les confessions annuelles, soit à cause du grand nombre de chrétiens qu’ils devaient visiter, soit à cause des malades éloignés qu’ils devaient administrer A peine en mesure de subvenir aux besoins de leurs néophytes, ils n’ont pas eu le temps nécessaire pour s’occuper de l’instruction des catéchumènes et de la conversion des païens. Ceux-ci, d’autre part, sont, pour la plupart, adonnés aux rudes travaux de la campagne, et ce n’est que durant l’hiver qu’ils peuvent apprendre le catéchisme et les prières avec assez de loisir. Mais la peste a sévi précisément à cette époque, et il a été impossible d’ouvrir les écoles.
« Ces contretemps expliquent pourquoi certains missionnaires, qui s’attendaient à recueillir une belle moisson de baptêmes, ont été déçus dans leurs espérances. Lorsque la peste a pris fin, l’époque des semailles était arrivée, et les pauvres catéchumènes ont dû renoncer temporairement à l’étude de la doctrine et reprendre leurs travaux habituels.
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« Nos Confrères n’ont plus auprès des mandarins l’influence dont ils jouissaient autrefois, influence bienfaisante qui amenait à eux les populations. Ils ont besoin de catéchistes zélés et instruits pour s’occuper de la conversion des païens. C’est dans ce but qu’avait été décidée, l’an dernier, l’ouverture d’une école de catéchistes. Afin d’empêcher les enfants chrétiens de fréquenter les écoles du gouvernement, où ils sont exposés à abandonner leurs devoirs religieux, nous avions aussi résolu de préparer des instituteurs, et projeté d’ouvrir une école normale. La peste ne nous a pas permis de donner suite à ces deux projets ; mais nous espérons qu’ils ne tarderont pas à être une réalité.
« Si nous pouvons dire que l’année 1911 a été pour nous une année de grandes épreuves, il est juste, cependant, d’ajouter que la bonne Providence a daigné nous ménager des consolations.
« Dans les premiers jours de mars, le Décret de la Sacrée Congrégation des Sacrements relatif à l’admission des enfants à la première communion a été traduit en chinois et largement distribué, accompagné d’une Instruction Pratique qui indiquait aux missionnaires les moyens d’arriver à une manière uniforme d’agir dans l’observation des règles établies.
« Un grand nombre d’enfants, arrivés à l’âge de discrétion, ont été admis, après une sérieuse préparation, à faire leur première communion. Parmi eux, nombreux sont ceux qui aiment à s’approcher souvent de la sainte Table. Nos chrétiens se montrent aussi de plus en plus soucieux de se nourrir du Pain Eucharistique. L’année dernière, nous comptions 32.163 communions de dévotion : leur chiffre est passé, pour le présent Exercice, à 46.878. La réception fréquente des sacrements produira, nous en avons la confiance, un surcroît de zèle, chez nos néophytes, pour travailler à la conversion de leurs frères païens.
« Nos Séminaires deviennent de plus en plus prospères. Il est pourtant regrettable de penser que, d’ici trois ans, nous n’aurons pas de sujets pour la prêtrise.
« Une autre cause de joie nous est venue de l’arrivée dans la Mission de six Religieuses Franciscaines du Cœur-Immaculé de Marie. Par leurs prières et par leurs œuvres, elles nous seront d’un grand secours pour étendre de plus en plus le règne de Notre-Seigneur.
« Enfin, à l’issue de notre Retraite annuelle une touchante fête de famille a fait éclater d’une manière spéciale l’union et la charité qui animent tous les Confrères : M. Sandrin a célébré ses noces d’argent. Durant les vingt-cinq années qu’il a passées en Mandchourie, il a su, par sa bonté, se concilier l’affection de tous, et tous ont tenu, en ce jour anniversaire de son sacerdoce, à lui prouver leur estime et leur sympathie. »
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Après cet aperçu sur les résultats généraux de l’Exercice 1910-1911, Mgr Lalouyer donne d’intéressants détails sur la visite pastorale dont le terme a été le district le plus éloigné de la Province de Tsi-Tsi-Kar
Le voyage de Ghirin à la Colonie Saint-Joseph, fondée par M. Roubin, prend plusieurs jours et, quoique non dénué d’agréments, impose de grandes fatigues et de nombreuses privations. Mais quelles joies à l’arrivée ! Quelles consolations de se trouver au milieu, d’une population dont la foi encore jeune est dans son plein épanouissement ! La Colonie Saint-Joseph est en pleine prospérité. Le recensement a donné 3.346 personnes, dont 1.380 sont baptisées et 1.616 inscrites au nombre des catéchumènes. La ferveur et l’esprit religieux des chrétiens sont admirables. Les Confréries du Rosaire, du Sacré-Cœur, du Mont-Carmel, qui ont de nombreux adhérents, sont florissantes ; les exercices de piété du mois de mars en l’honneur de saint Joseph, du mois de mai en l’honneur de la sainte Vierge, du mois de juin en l’honneur du Sacré Cœur sont suivis par une assistance recueillie et assidue.
M. Roubin a construit, tout récemment, un oratoire et une résidence à Toung-Ken. Cette ville qui ne date que de quelques années est une des plus importantes de la Province de Tsi-Tsi-Kar, à cause de son immense commerce de grains. L’émigration y a conduit de nombreux catholiques qui, à défaut de missionnaire établi à poste fixe ont bien besoin qu’un prêtre vienne les visiter.
Le district de Ju-King-Kai, celui de Pei-Lin-Tze, administré par M. Fleuriet, celui de Hou-Lan dont le titulaire était le regretté M. Delpal, ceux enfin de Che-Jen-Tcheng-Tze, de Chouang-Miao-Tze et de Siao-Ju-Chou ont vécu successivement les heureux jours que procure toujours la présence du premier Pasteur de la Mission.
La tournée pastorale s’est terminée au commencement de janvier à Fou-Kia-Tien, chez M. Bourlès.
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« C’est là, ajoute Mgr de Raphanée, que nous apprîmes les ravages de la peste. Elle avait pris naissance dans la partie Nord de la Province de Tsi-Tsi-Kar. A la fin du mois d’août 1910, plusieurs milliers de Chinois s’y étaient rendus pour chasser la loutre, dont ils vendent la peau aux Russes, qui en font des fourrures. La chair est jetée de côté. Entassée en grande quantité, elle ne tarda pas à entrer en putréfaction et à répandre des exhalaisons malsaines qui engendrèrent le redoutable fléau. Les chasseurs furent les premiers atteints et moururent en très grand nombre. La peur s’empara des survivants qui se dispersèrent dans toutes les directions. La plupart cependant profitèrent du chemin de fer pour gagner les villes de Fou-Kia-Tien et de Kouan-Tcheng-Tse. Ils emportaient avec eux le germe de la peste qui se propagea avec une rapidité effrayante.
« On estime que le nombre des pestiférés, morts dans les deux Provinces de Ghirin et de Tsi-Tsi-Kar, s’élève à 27.000. Nous n’avons perdu que 130 chrétiens.
« Nos vieilles chrétientés de Siao-Pa-Kia-Tze, de Ki-Zia-Ouo-Peung et de Ouang-Kia-Touen. composées de plus de 3.000 âmes, ont été entièrement préservées du fléau : nous attribuons cette protection spéciale à l’intercession de la très sainte Vierge et de saint Roch.
« Je ne saurais trop louer la conduite courageuse des Confrères, des prêtres indigènes et de nos chrétiens, surtout celle des chrétiens de Fou-Kia-Tien, durant tout le temps qu’a sévi la peste. Mais celui dont la conduite a été la plus héroïque est, sans contredit, le regretté M. Bourlès.
« Voyant que le nombre des pestiférés augmentait de jour en jour et que les païens avaient horreur d’entrer dans les lazarets du gouvernement, il voulut profiter de cette occasion pour gagner des âmes à Jésus-Christ. A cette fin, il ouvrit, près de sa résidence, un hôpital où étaient reçus indifféremment chrétiens et païens. Ces derniers vinrent nombreux lui demander un asile. M. Bourlès chargea son catéchiste de leur expliquer les principales vérités de notre sainte Religion et de les exhorter à se convertir. Il les visitait lui-même plusieurs fois par jour et les consolait en leur faisant entrevoir une vie meilleure. Ses exhortations produisirent de merveilleux effets. Tous les païens qui moururent à l’hôpital — et le chiffre des morts s’élevait à une dizaine par jour — demandèrent à recevoir le baptême à l’article de la mort.
« Pendant que le Missionnaire et son catéchiste s’occupaient du salut de l’âme de ces pauvres pestiférés, les autres chrétiens, entraînés par un si noble exemple, se dévouaient aux soins de leur corps. Ils les soignèrent durant leur maladie ; ils ensevelirent et conduisirent les morts à leur dernière demeure, sans se soucier du danger qu’ils couraient eux-mêmes de contracter le mal
« Et cependant, ce danger n’était que trop réel. Le catéchiste fut contaminé le premier et mourut. Le même sort fut partagé par les autres chrétiens qui approchèrent les pestiférés : trente d’entre eux ne tardèrent pas à les suivre dans la tombe. Considérée des yeux de la foi, combien une telle mort est enviable ! quelle belle couronne pour le Ciel leur avait tressée un pareil dévouement ! Nous ne saurions trop louer et trop admirer de tels héros de la charité chrétienne.
« Le cher M. Bourlès devait, lui aussi, recevoir la récompense de sa charité. Il succombait le 13 janvier. Quinze jours plus tard, c’était le tour de M. Delpal, qui s’était consacré au service de ses malades, dans le district de Houlan : il expirait le 27, suivi, quatre jours après (1er février), par M. Mutillod qui l’avait assisté à ses derniers moments.
« La peste a désolé, à des degrés divers, plusieurs autres districts de la Mission. Ceux de Pei-Lin-Tze, de Kouan-Tcheng-Tze, de Kou-Ju-Chou, de Neung-An, en ont le plus souffert. A l’exemple de nos chers et regrettés défunts, les Missionnaires de ces districts ont fait preuve de la plus parfaite abnégation et d’un héroïque dévouement, pour préparer leurs chrétiens à paraître au tribunal du Souverain Juge. »
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Laissons maintenant M. Cubizolles, provicaire, nous raconter les différentes phases de l’immense incendie qui a consumé les deux tiers de la ville de Ghirin.
« Le 8 mai, vers les 5 heures du soir, le feu se déclara dans un restaurant situé sur le quai « du Soungari. Comme ces incendies sont assez fréquents, le fait n’attira d’abord qu’une « médiocre attention. Néanmoins, les pompiers et la police accoururent sur le lieu du sinistre ; « ils remarquèrent vite qu’il ne pouvait, cette fois, s’agir seulement de deux ou trois maisons « dévorées par les flammes : car elles allaient s’étendant sur presque toute la ville. A 6 heures, « elles avaient gagné, à droite et à gauche, une distance considérable. Activé par un vent « violent, le feu se porta dans les rues parallèles au quai. D’énormes tisons s’abattaient sur les « maisons et dans les cours. En quelques instants, de nouveaux foyers s’allumaient, qui « portaient plus loin la terreur et la ruine.
« Sur le quai, on voyait les flammes se diriger du côté de la Mission. Le Palais du « Gouverneur, dont les murs furent arrosés d’eau, fut préservé ; mais, au Nord, le Palais des « Finances fut bientôt embrasé. La troupe prêtait son aide aux pompiers ; vains efforts ! « l’incendie gagnait toujours du terrain. La chaleur de l’atmosphère était devenue « insupportable. Vers les dix heures du soir, le découragement s’empara de tous les cœurs. « Les pompes furent abandonnées et la troupe rentra dans ses casernes, situées en dehors de la « ville. Le feu s’étendit jusqu’au mur du Nord, où il dut s’arrêter.
« Dès le commencement de la nuit, nous avions pris nos précautions. Le mobilier de la « sacristie et de la résidence avait été descendu dans les caves : ceci fait, nous pensions déjà à « nous retirer devant les flammes, lorsque nous nous aperçûmes qu’elles avaient cessé leur « marche dans notre direction. Arrivées à quelques centaines de mètres de notre maison, elles « avaient rebroussé chemin devant un fort vent de l’Est.
« Si notre résidence a été épargnée, nous avons eu, cependant, notre part dans ce malheur « public : la Mission a perdu des sommes qui sont considérables dans sa situation présente. Le « quartier commerçant a souffert plus que les autres, sans espoir d’indemnité ; car les « compagnies d’assurances ne sont pas encore établies dans ce pays. Le gouvernement a « consenti des avances pour aider à relever les ruines ; mais il ne peut pas rembourser les « dettes des maisons qui ont perdu leur fortune.
« Les conséquences du désastre se font déjà sentir. Les denrées et surtout le riz sont à un « prix inconnu jusqu’ici. L’année s’annonce rigoureuse. Les terres basses ayant été inondées, « les terres hautes ne donnent pas une récolte suffisante pour que le grain reste à un prix « raisonnable.
« Nous avons de grandes actions de grâces à rendre à la divine Providence, qui n’a pas « voulu ajouter à nos malheurs de cette année un surcroît d’affliction. »
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« Aux deux épreuves de la peste et de l’incendie est venue s’en ajouter une troisième. Au printemps dernier, il est tombé une grande quantité de neige. A peine était-elle fondue que la pluie lui a succédé et n’a presque pas cessé jusqu’à la mi-août. Les fleuves et les rivières ont débordé et couvert de leurs eaux les terres voisines. Les moissons ont été ravagées ; des villages entiers ont été détruits ; beaucoup de personnes ont trouvé la mort dans l’inondation, principalement dans les districts de Hou-Lan et de Toung-Ken. Il est impossible de compter les malheureux qui sont tombés dans la plus extrême misère. Notre consolation, au milieu de toutes ces afflictions, est de penser que Dieu, nous ayant ainsi éprouvés, daignera bientôt nous accorder d’abondantes et riches bénédictions, en ouvrant aux lumières de la foi le cœur des peuples que nous évangélisons pour l’extension de son règne sur la terre. »
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