| Année: |
1911 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Su-Tchuen Occidental |
| Rédacteur: | Mgr Dunand |
CHAPITRE III
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Groupe des Missions de l’Ouest
de la Chine
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I. — Su-Tchuen Occidental
Population catholique 45.000
Baptêmes d’adultes 2.006
Baptêmes d’enfants de païens 17.051
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Les graves événements qui se déroulent dans l’Ouest de la Chine n’ont pas permis à Mgr Dunand d’envoyer la relation détaillée de l’administration de son Vicariat. Sur l’invitation de Sa Grandeur, nous reproduisons les quelques renseignements suivants, extraits d’une lettre écrite au début du mouvement réformiste.
« Durant onze mois, dit Mgr de Caloë, nous avons joui d’une tranquillité relative. La visite des districts s’est faite sans trop de difficultés et sans procès graves. Mais voilà que, en juillet, les affaires ont pris une mauvaise tournure et, actuellement, nous sommes en pleine révolution.
« Depuis longtemps déjà, on prévoyait et tous redoutaient l’agitation présente.
« Ce qui a exaspéré surtout nos paysans et fait déborder la coupe a été la question de la voie ferrée au Su-Tchuen.
« Depuis quelques années, on prélevait pour cette voie ferrée un impôt qui a produit plusieurs millions de francs. Maintenant, on vend ce chemin de fer à des gouvernements étrangers qui s’en chargeront. Les millions prélevés ont disparu : quelques-uns sont allés à des édifices scolaires, magnifiques et inutiles, et ailleurs.
« Les notables de la Province dirigés par quelques grands chefs ont tenu conseil dans plusieurs séances. Le 18 juillet, la réunion comptait, dit-on, plus de dix mille personnes... Quand le Vice-roi titulaire, Tchao, eut pris les sceaux, vers le 18 août, il reçut une délégation des notables venus pour le prier de faire casser par le Régent le contrat des voies ferrées passé avec l’étranger. Ne pouvant accéder à leur demande, il les renvoya avec de bonnes paroles. Nos notables ne furent pas satisfaits : le résultat fut une grève générale dans toute la Province, avec cessation de tout commerce, fermeture des boutiques, défense de payer l’impôt, etc. Par politique, on ne doit pas toucher aux étrangers ni aux oratoires, afin de ne pas attirer les armées de l’Occident : c’est, du moins, la théorie. En pratique, sur les murs de la ville, un peu partout, on affiche contre nous des placards excitant le peuple à brûler les résidences, les oratoires de ces Européens, auteurs prétendus de leurs maux.
« Pour parer à ces menaces, toutes nos résidences sont gardées par des soldats.
« Le Vice-roi ne pouvant compter sur ses soldats de la capitale a dû se tenir caché chez lui, gardé par des satellites fidèles. Cette situation a duré dix-huit jours
« Enfin les troupes qu’il avait demandées sont arrivées. Le 7 septembre, il ordonne d’ouvrir les boutiques, etc. Pour toute réponse, on déchire son édit. Alors, il fait fermer les portes de la ville et fait dégager les rues par ses soldats. Dans la bagarre, on tire des coups de fusil et on compte plus de cent victimes, y compris les blessés Actuellement, on rouvre les boutiques : le calme reviendra-t-il ?
« Avant d’agir, le Vice-roi avait prié les étrangers de ne pas sortir. Chacun a obéi, et la colonie étrangère n’a rien eu à souffrir. Le Commandant chargé de nous protéger est un chrétien de Pékin, qui a, jadis, eu dix membres de sa famille tués par les Boxeurs. Cet officier s’est jusqu’ici bien montré à notre égard. Nos Religieuses Franciscaines n’ont pas été troublées
« Il y a seulement accalmie : il s’en faut que tout soit fini. Par prudence, les portes de la ville sont encore fermées, car on craint une invasion des vauriens, qui, par milliers, inondent la campagne.
« Nous avons tout à redouter pour nos établissements de la banlieue. Sur notre demande, le Vice-roi a envoyé des soldats garder nos deux séminaires, bâtis sur la sous-préfecture de Pen-Hien.
« Je ne sais ce que demain nous réserve : je profite du calme d’aujourd’hui pour écrire ces quelques lignes.
« Nos catéchumènes sont toujours nombreux. Nous avons eu, parmi eux, 2.000 baptêmes dont 800 in articulo mortis. Depuis bien des années, nous n avions pu atteindre pareil chiffre. Nos Chinois deviennent de plus en plus indifférents ; leur conversion devient difficile.
« Le Vicariat compte 18.000 enfants ondoyés à l’article de la mort. Ce chiffre diminuera, non parce que les naissances sont moins nombreuses, mais à cause des orphelinats, dispensaires, etc., construits par le gouvernement chinois ou les sociétés protestantes.
« L’an passé, nous avions 65.000 communions de dévotion : nous en comptons, cette année, plus de 80.000.
« Nos deux séminaires fonctionnent régulièrement, animés d’un excellent esprit et s’inspirant des prescriptions du Concile de Trente. Ils ont été agrandis et complètement remis à neuf.
« Il y a peu de temps, nous avons ordonné deux nouveaux prêtres, recrues insuffisantes à combler les vides et à fournir les titulaires requis par les nouveaux districts.
« Les Frères ont vu leurs classes se remplir d’élèves. On osait à peine espérer une rentrée de 50 ; ils en ont reçu une centaine et ce chiffre aurait été dépassé si le local l’avait permis.
« Nous espérons tirer de cet établissement des catéchistes qui nous seront précieux pour la formation de nos catéchumènes.
« Nos autres maisons de la ville, hôpitaux, dispensaires, orphelinat, ont toujours une nombreuse clientèle : l’orphelinat des Sœurs a reçu et soigné plus de 60 orphelines.
« Ces jours-ci, la ville est fermée et les relations interrompues. C’est le téléphone qui nous apprend la mort, presque subite, d’un de nos meilleurs prêtres indigènes, le P. Chôu, âgé de 60 ans, emporté par le choléra.
« Nous confiant en la Providence, nous continuerons sans bruit nos humbles travaux, persuadés que Dieu ne nous abandonnera pas à l’heure du danger, si jamais cette heure vient à sonner pour ce Vicariat. »
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