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Rapport annuel des évêques

Année: 1911
Pays: Chine
Mission: Su-Tchuen Oriental
Rédacteur:Mgr Chouvellon

II. — Su-Tchuen Oriental

Population catholique 40.587
Baptêmes d’adultes 2.330
Baptêmes d’enfants de païens 10.153
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La Mission du Su-Tchuen Oriental, si souvent agitée dans le passé par des révoltes locales, a été encore, durant le dernier Exercice, le théâtre de troubles qui, sans entraver l’administration des districts, ont causé de graves inquiétudes à quelques missionnaires.
« Au mois de janvier dernier, écrit Mgr Chouvellon, notre oratoire de Kiên-Kiang fut totalement saccagé. Des émeutiers envahirent d’abord le prétoire, expulsèrent ensuite le sous-préfet et rendirent la liberté aux prisonniers. Bandits et criminels réunis pillèrent les principales maisons de commerce et quelques familles chrétiennes, et dévastèrent notre oratoire. Après ce beau fait d’armes, ils se divisèrent le produit de leurs déprédations, au milieu d’un grand festin. Mais bientôt le mandarin entrait en scène, pénétrait dans la ville avec un bataillon de soldats venus à la hâte de Yeou-Yang, et tombait sur les bandes indisciplinées des rebelles qui furent massacrés sans merci En quelques jours, l’ordre était rétabli. Le sous-préfet a généreusement consenti à réparer les ruines accumulées et à dédommager les familles chrétiennes des pertes qu’elles avaient subies.


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« Le bon Dieu bénit visiblement le zèle et les travaux de mes bien-aimés collaborateurs. Je suis heureux de constater, chaque année, un progrès notable dans le nombre des confessions et des communions. Les premières sont passées de 106.125, en 1910, à 109.727, en 1911, et les secondes, de 133.348, à 147.894.
« Le Décret Quam singulari a été publié dans toute la Mission. Chaque prêtre a dû l’expliquer et l’appliquer dans toutes les stations de son district. Quoique les résultats que nous en attendons ne soient pas encore bien apparents, je ne doute pas que, grâce à la vigilance des pasteurs, les parents ne mettent désormais plus de soin à élever chrétiennement leurs enfants dès le bas âge. Etant donné l’esprit de routine de nos Chinois, il faudra insister sans doute bien des fois sur ce sujet. Néanmoins, nous aurons bientôt, je l’espère, des premiers communiants de sept, huit ou neuf ans.
« J’ai béni, en novembre dernier, l’oratoire de Yun-Kia-Che, bâti par M. Claval ; je compte bénir dans quelques mois celui de Su-Tin, dû à la générosité d’une riche et pieuse famille.
« La construction de notre Ecole Normale est en progrès. Notre cher procureur, M. Caron, qui a assumé la direction de ces bâtisses, pense qu’elles seront terminées vers la fin de janvier 1912. L’ouverture des cours est fixée au mois de mars suivant, c’est-à-dire après le nouvel an chinois. Nos chers Frères seront chargés des cours de sciences et de doctrine chrétienne. Comme la réussite d’une école dépend surtout des qualités pédagogiques de ses maîtres, ils se préparent à leurs nouvelles fonctions par une laborieuse étude de la langue chinoise.
« Les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie continuent sans bruit leur œuvre de charité et de dévouement. Voici le relevé du rapport annuel de la Mère Supérieure :

Malades soignés à l’hôpital 433
Journées d’hôpital 9.308
Malades soignés au dispensaire 16.262
Élèves au pensionnat des Sœurs 30
Baptêmes d’enfants de païens 20
Baptêmes d’adultes 6

« Les Petites-Sœurs des Pauvres, dont je souhaitais l’arrivée dans mon dernier rapport, n’ont pas encore fixé définitivement l’époque de leur installation à Tchong-Kin ; mais j’ai tout lieu de croire qu’elle ne sera pas différée, à moins que des événements imprévus ne viennent à surgir.

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« Le district de Kiu-Hien est celui qui nous donne, depuis plusieurs années, les plus beaux chiffres de conversions et de baptêmes d’adultes. Il fut ouvert et fondé par le Bienheureux Thaddée Lieou, et c’est là que ce courageux martyr, après une longue période de féconde administration, fut pris, jugé, jeté en prison, et condamné à mort. Il fut exécuté à côté des murs de la ville, et enterré à proximité du lieu de son supplice. Dans la suite, il fut transféré à Su-Tin dans un cimetière chrétien.
« Nous avons acquis un petit terrain voisin de l’endroit où notre Bienheureux donna à Jésus-Christ le témoignage de son sang. Nous nous proposons d’y élever un oratoire en son honneur. Les chrétiens de Kiu-Hien ont une grande confiance et une affectueuse dévotion au pasteur qui a donné sa vie pour les évangéliser, et il semble que le Bienheureux réserve encore ses plus riches faveurs à son ancien district, dont la population chrétienne a presque doublé en moins de dix ans, au point que cette station peut être considérée comme le joyau du Su-Tchuen Oriental. Neuf prêtres sont actuellement employés à l’administration des chrétientés de cette sous-préfecture, et le travail est au-dessus de leurs forces.
« M. Perrier, doyen de Kiu-Hien, m’écrit à ce sujet : Les conversions continuent, « nombreuses et sincères ; mais je manque de catéchistes pour instruire tous ces prosélytes, « qui manifestent une grande bonne volonté à apprendre la doctrine chrétienne. Le diable, de « son côté, ne reste pas inactif : il se sert des sociétés secrètes qui deviennent de plus en plus « influentes et audacieuses. J’ai la confiance que le Sacré Cœur de Jésus les empêchera de « nous nuire et brisera les obstacles. » Ce Confrère a pu faire, connue par le passé, en pleine campagne, les deux processions des fêtes du Saint-Sacrement et du Sacré-Cœur. Ces manifestations du culte catholique sont très agréables aux populations païennes de l’endroit qui les regardent comme le gage d’une abondante récolte. Le zélé M. Perrier a enregistré 164 baptêmes d’adultes.
« M. Théodore Cacauld nous offre la plus belle gerbe de baptêmes : son compte rendu accuse 238 néophytes régénérés dans les eaux saintes. « Les difficultés ne m’ont pas « manqué, écrit-il; un apostat s’était donné la tâche d’entraîner dans sa défection toute une « grande station de nouveaux chrétiens. Mais il commit tant d’injustices que les satellites « durent l’arrêter. Conduit au prétoire, il fut condamné par le mandarin a un mois de cangue. « Depuis sa sortie, il tâche de se faire oublier, et c’est ce qu’il a de mieux à faire..
« Deux autres apostats ont bouleversé une belle station de Gay-Fong-Tan. Ils étaient « d’autant plus insolents et turbulents qu’ils se savaient soutenus par les chefs du marché et « par le mandarin de Kiu-Hien. Ils n’ont pas joui longtemps de leur victoire : l’un, un beau « jeune homme, habile parleur, a eu la figure dévorée par un cancer ; l’autre, un vieillard de « plus de 60 ans, devenu subitement fou, est mort misérablement sans donner aucun signe de « repentir. Quelle terrible leçon pour nos néophytes encore timides et hésitants ! »


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« M. Pons, curé de la cathédrale de Tchong-Kin, fait remarquer que si la grande ville ne brille pas par le nombre de ses conversions, elle peut cependant être légitimement fière de ses œuvres de charité dont les résultats ne cessent de promouvoir le règne de Dieu dans les âmes.
« Mes hôpitaux, écrit-il, m’ont donné de grandes consolations, soit en raison de la parfaite « satisfaction des malades qui les fréquentent, soit en raison du chiffre des baptêmes in « articulo mortis qu’ils procurent. Durant cet exercice, l’hôpital des hommes a reçu 2.500 « malades, dont 300 ont embrassé notre foi et fait une mort très chrétienne. L’hôpital des « femmes, moins fréquenté, a reçu 152 personnes et a fourni 78 baptêmes in extremis.
« L’ouvroir attaché à l’orphelinat des petites filles a donné d’excellents résultats ; il est très « populaire et les orphelines sont heureuses de joindre à l’étude de la doctrine chrétienne des « travaux variés : tissage, tricotage, broderie, etc... Elles contractent ainsi des habitudes de vie « laborieuse et se préparent, par leurs modestes gains et leurs économies, un petit trousseau « pour le jour de leur mariage. Les familles chrétiennes ; même les plus honorables, s’ouvrent « volontiers aux enfants élevées à la Sainte-Enfance ; car, en général, elles font honneur à « l’éducation si religieuse qu’elles ont reçue dès le bas âge.
« Mes écoles de filles et de garçons m’ont donné toute satisfaction : parents et élèves « apprécient le mérite de leurs maîtres, ce qui est un précieux élément de succès.
« Nos chrétiens commencent à s’habituer à venir au catéchisme de persévérance qui se fait « chaque dimanche dans la soirée, et qui est suivi de la bénédiction du Saint-Sacrement. Au « début, les enfants des écoles assistaient seuls à ces pieux exercices. Actuellement, ils sont « fréquentés par un groupe compact d’hommes et de femmes, qui apprennent ainsi à mieux « connaître les mystères de notre foi et puisent dans ces réunions l’amour des pratiques « religieuses et, en particulier, de la Communion Réparatrice, que nous nous efforçons de leur « faire estimer. »
« M. Décomps, curé de Siu-Tin, est tout surpris d’avoir, cette année, une liste de plus de 400 adorateurs. Ce district, qui manquait de vie et n’avait point participé, jusqu’à ce jour, au mouvement de conversions qui se manifestait dans les stations voisines, est enfin sorti de sa « torpeur. « Je crois pouvoir attribuer ces conversions nombreuses, écrit notre Confrère, aux « Communions Réparatrices qui sont devenues plus fréquentes. »
« L’Apostolat de la Prière est en grand honneur à SiuTin, et le Sacré Cœur est l’objet d’un culte très particulier. Puissent ces nombreux adorateurs mériter bientôt la grâce du baptême et devenir, eux aussi, des apôtres de la Religion.


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« Dans la Préfecture de Yeou-Yang, M. Louis glane difficilement de maigres épis. La Mission s’est imposée, de puis 50 ans, de bien lourds sacrifices en hommes et en argent, pour ouvrir ce pays aux lumières de l’Evangile. C’est à Yeou-Yang que furent massacrés M. Mabileau en 1865, M. Rigaud et plus de 20 néophytes en 1869. C’est à Kien-Kiang, sous-préfecture du ressort de Yeou-Yang, que le P. Hue, à l’instigation du mandarin, fut mis à mort, en 1873, avec le prêtre Michel Tay. Jusqu a ce jour, le sang de nos martyrs n’a pas fait lever la moisson.
« Ce pays — le fait n’est que trop vrai — est spécialement ingrat, avec ses montagnes incultes et sa population barbare, dont la soumission ne remonte qu’aux premiers règnes de la dynastie actuelle... Nous continuons à creuser le sillon et à jeter la semence avec beaucoup de patience, confiants en la Providence, et persuadés que le jour approche où les missionnaires glaneront enfin de beaux épis qu’ils seront heureux de serrer dans les greniers du Père de famille.
« La sous-préfecture de Pen-Choui dépend également de Yeou-Yang. Elle fut jadis évangélisée par le Vénérable Moye. Les premières familles chrétiennes, que nous trouvons établies dès 1770, venaient d’ailleurs. Elles nous ont donné le Bienheureux Joseph Uen et un confesseur de la foi, Benoît Sen, d’abord disciple de M. Moye, puis ordonné prêtre, arrêté par les mandarins, et jeté dans les prisons de Siu-Tin, où il mourut de privations.
« M. Louison, chargé de ce district, enregistre peu de conversions ; il regrette l’absence de prosélytisme chez ses chrétiens. Afin de réveiller leur zèle, notre jeune Confrère vient d’établir l’Apostolat de la Prière et s’attache à développer le culte de l’Eucharistie. Les belles cérémonies de la première communion, à laquelle prenaient part de nombreux enfants, ont rehaussé la solennité des fêtes de Pâques. Chaque dimanche, dans l’après-midi, les chrétiens de la ville se réunissent, entendent l’explication du catéchisme et terminent les exercices de la soirée par le Chemin de la Croix ou la bénédiction du Saint-Sacrement. Nous aimons à croire que la sanctification des chrétiens amènera la conversion des païens.
« M. Tournier, curé de Ta-Tsiou, annonce qu’il a heureusement commencé l’application du Décret Quam singulari. Trente-six petits garçons de huit, neuf et dix ans, préparés par trois jours de retraite, se sont approchés ensemble, pour la première fois, du Banquet divin. « L’assistance a été vraiment touchée et édifiée de la bonne tenue de ces jeunes communiants « que leur Sauveur aime d’un amour de prédilection. La même cérémonie sera bientôt répétée « pour les petites filles qui, elles aussi, veulent jouir du bonheur de communier au corps et au « sang de leur Rédempteur. »
« M. Bétin signale le trouble jeté dans la chrétienté de Tchong-Tcheou par une mesure administrative. Le mandarin, à court d’argent, avait conçu le projet de mettre un impôt sur l’Almanach officiel et de le faire distribuer dans toutes les familles. Nos chrétiens, ayant déjà le calendrier imprimé par la Mission, refusèrent celui du mandarin, parce qu’il avait un caractère superstitieux. Le préfet se montra d’abord très mécontent ; il a promis cependant de ne plus molester les chrétiens pour une cause si futile. »


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Au moment où Mgr de Dansara terminait son rapport, la révolution chinoise donnait aux Missionnaires de graves inquiétudes.
« Depuis un mois, ajoutait Sa Grandeur, la Province est agitée ; Tchen-Tou a été bloqué. La populace de Kia-Tin et de Soui-Fou a envahi les prétoires et maltraité les mandarins. Les autorités manquent de troupes régulières et sont dans l’impossibilité de rétablir l’ordre.
« Jusqu’à ce jour, notre Mission n’a pas été sérieusement troublée. L’énergie des pouvoirs publics, soutenus par deux bataillons de soldats et la présence de quelques canonnières européennes, a maintenu la paix dans la ville de Tchong-Kin et dans les autres cités du Su-Tchuen Oriental. Nous sommes heureux de pouvoir offrir un refuge à Mgr Chatagnon et à cinq de ses vieux Missionnaires. Les Religieuses de Soui-Fou et de Kia-Tin se sont retirées dans le couvent attaché à notre hôpital.
« Ecce Maria erat spes nostra, ad quam confugimus ut liberaret nos. »



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