| Année: |
1911 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Thibet |
| Rédacteur: | Mgr Giraudeau |
IV. — Thibet
Population catholique 2.835
Baptêmes d’adultes 212
Baptêmes d’enfants de païens 147
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Mgr Giraudeau nous adresse, à la date du 5 septembre 1911, le compte rendu suivant, qui nous arrive seulement le 8 janvier 1912 :
« La situation politique du Thibet présente encore, cette année, un nouvel aspect. La Chine achève sa conquête par des mesures radicales : elle remplace les roitelets indigènes par des mandarins chinois. Tous ces chefs vassaux ont été mis en demeure de livrer leur territoire, leur peuple et leur sceau, à l’autorité chinoise. Quelques-uns, les moins puissants, ont obéi sans tergiverser; d’autres, comme celui de Ta-Tsien-Lou, ont commencé par protester, et finalement ont cru plus prudent de se soumettre.
« Quelques chefs du Nord s’étaient coalisés pour la résistance ; mais l’un d’eux fut assassiné par un clan ennemi, qui, moyennant bonne récompense, livra sa tête au général chinois. De ce fait, la coalition perdit toute consistance. La mésintelligence entre les chefs indigènes et la désaffection du peuple à leur égard expliquent la rapidité d’une conquête que quelques efforts combinés auraient pu rendre impossible.
« Notre roi thibétain de Ta-Tsien-Lou, encore tout-puissant au milieu de son peuple il n’y a que quelques jours, est maintenant privé de toute autorité. Il n’habite que provisoirement son vaste et luxueux palais. On va lui donner un titre dans la hiérarchie mandarinale, une rente viagère… et l’éloigner de son royaume. Il n’accepte pas son sort de gaieté de cœur ; il ne cesse de maudire ses chefs subalternes et son peuple, qui n’ont fait contre sa déchéance qu’un semblant de protestation. Nous ne pouvons regretter ce tyran qui ne permit jamais à un seul de ses sujets de se faire chrétien.
« Au point de vue temporel, il ne semble pas que les Thibétains aient à se féliciter du changement de régime. Les impôts croissent en proportion du progrès, et même bien au delà. Pour cette raison, la conquête du Thibet pourrait manquer de stabilité.
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« Avant de parler des travaux des Missionnaires, je veux noter quelques faits d’un intérêt général pour la Mission.
« Le 16 mai, six Religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie arrivaient à Ta-Tsien-Lou. Sans attendre que le local du dispensaire et l’ameublement fussent préparés de manière à répondre aux nécessités du service, elles se mirent bravement à l’œuvre. Bien que leur établissement soit en dehors des murs de la ville, les malades ne tardèrent pas à y affluer. La maison habitée par les Religieuses avait été construite en vue d’en faire le Séminaire, si le nombre de nos élèves l’exigeait. Dès maintenant, nous bâtissons pour elles une maison qui s’adaptera mieux à leurs œuvres et à leur genre de vie. Avec le dispensaire, elles tiendront un petit hôpital en attendant l’essai d’autres œuvres. Les soins qu’elles donnent aux malades sont très appréciés des Chinois et des Thibétains.
« M. Genestier a pu visiter Bonga, cher et douloureux berceau de notre Mission, ainsi que les villages voisins qui jadis avaient embrassé le christianisme. Dans un second voyage moins précipité, il a dû s’enquérir des baptisés encore vivants. Il a déjà acquis la certitude qu’un certain nombre sont restés fidèles à Dieu et continuent à prier chaque jour. C’est la première fois, depuis quarante-cinq ans, qu’un missionnaire a pu parcourir cette région. Partout il fut accueilli avec empressement.
« A 40 lieues au Nord de Ta-Tsien-Lou, à Rongmé-Tchrang-Gô, M. Charrier a ouvert un nouveau district en courant de très graves dangers.
« A la fin de notre Retraite annuelle, le 18 juin, j’ai eu le bonheur d’ordonner prêtre notre diacre, Vincent Ly. Malheureusement, nous ne pouvons plus compter sur les services de notre prêtre thibétain, le P. Hiong : il est gravement atteint de la poitrine et ses crises de vomissements de sang mettent sa vie en grand danger.
« Notre église votive du Sacré-Cœur, bien que non achevée, s’élève, radieuse, au milieu de la ville de Ta-Tsien-Lou, dont elle est le plus bel ornement. Tous les gros travaux seront terminés cette année.
« Malgré l’antipathie ouverte de plusieurs mandarins, nos Confrères ont travaillé avec leur zèle habituel au sa lut des âmes. A Ta-Tsien-Lou, M. Ouvrard, chargé de la direction des travaux de l’église, a été aidé dans le ministère paroissial par M. Davenas. Nonobstant les 27 baptêmes d’adultes obtenus, la population catholique est restée au même chiffre. Les nouveaux monopoles du gouvernement ayant ruiné le commerce, plusieurs chrétiens ne trouvant plus rien à gagner sont retournés en Chine.
« M. Davenas, pouvant désormais voler de ses propres ailes, a laissé la place à M. Alric. Il est installé au Taou depuis le mois de juillet. Il a pour voisin, à 180 lys de distance, le P. Hiong, dont j’ai parlé plus haut. Il s’est constitué son garde-malade, en attendant qu’il puisse le faire transporter à Ta-Tsien-Lou. C’est une grosse difficulté de faire transporter un malade, pendant neuf étapes, à travers les montagnes.
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« M. Charrier, après avoir installé son successeur au Taou, est allé prendre possession définitive de son nouveau district du Rongmé-Tchang-Kou — en thibétain, Rongmé-Tchrang-Gô. Ce nouveau poste a été conquis de haute lutte. En 1907, le P. Hiong visita ce pays. Il y resta à peine quelques jours afin d’éviter une expulsion imminente, et n’eut que le temps d’inscrire quelques dizaines de postulants qui déclaraient vouloir embrasser le christianisme. Les autorités locales, très mal disposées, protestèrent à Tchen-Tou contre le voyage du Missionnaire, comme si le salut de l’Empire eût été en jeu. L’autorité provinciale jugea cette protestation bien fondée et m’en écrivit officiellement. Ne disposant alors d’aucun missionnaire pour cette région, je n’insistai pas ; mais je réservai formellement notre droit pour l’avenir.
« Déjà en 1905, un missionnaire protestant, qui avait voulu s’établir à Rongmé-Tchang-Kou, en avait été chassé à coups de pierres par les habitants sur l’ordre des mandarins et des chefs du marché. Ces derniers, pour se donner le beau rôle, lui envoyèrent à Ta-Tsien-Lou ses caisses abandonnées dans la bagarre. Au printemps de 1910, un autre protestant de Ta-Tsien-Lou partit avec une charge de livres, avec l’intention d’en faire la distribution au Paty-Paouang. Arrivé à Rongmé, il dut rebrousser chemin devant l’attitude menaçante de la population.
« Ces diverses tentatives, suivies d’autant d’échecs, rendaient de plus en plus difficile l’accès de ce pays. Nous avions pour nous une vingtaine de familles qui nous appelaient malgré leurs concitoyens. Baisser pavillon devant ces menaces qui pouvaient n’être pas dangereuses, c’était se fermer à jamais cette région très peuplée. M. Charrier, qui, du Taou, recevait à la fois les invitations pressantes des uns et les menaces de mort des autres, me dissimulant une partie de la vérité, obtint la permission de se rendre au Rongmé.
« Le 4 janvier, il se mit en route avec trois compagnons décidés. Ils avaient 300 lys à parcourir ; la dernière nuit ils couchèrent à 30 lys du but à atteindre. Là se trouvait un espion délégué par le parti ennemi. Il leur annonça que le marché de Rongmé se disposait à les recevoir à coups de fusil et les exhorta à rebrousser chemin. Mais de grand matin, les voyageurs montent à cheval et poursuivent leur route en chantant, comme des gens assurés de la victoire.
« Voyant cela, l’espion se dit : « Ces quatre hommes sont certainement suivis de 200 « soldats ; autrement, ils n’auraient pas une telle assurance. » Et il court en avant communiquer ses impressions. Les voyageurs arrivent au village : personne sous les armes, aucun obstacle. Ceci n’était qu’une ruse des meneurs du marché qui ne voulaient pas se compromettre personnellement. Deux jours après, 200 gardes nationaux, appelés par eux, arrivaient en armes et drapeaux déployés, pour chasser l’étranger. Mais l’étranger, pressé par les autorités de se cacher au prétoire d’où on lui faciliterait la fuite, ne bougeait pas de chez lui. Il apprit que plusieurs de ces gardes nationaux ignoraient pourquoi on les avait appelés. Les chefs seuls semblaient être au courant. Les simples soldats ne paraissaient pas méchants et n’étaient probablement disposés qu’à faire une démonstration qu’on avait jugée suffisante pour faire déguerpir l’étranger.
« La manœuvre n’ayant abouti à rien, les meneurs renvoyèrent les miliciens chez eux. Ce n’était cependant point un recul de leur part. Peu de jours après, 3 ou 4.000 hommes, plus décidés que les premiers à faire un mauvais coup, arrivaient à leur tour par ordre des chefs du marché.
« Heureusement, dans l’intervalle, grâce à M. le consul Bons d’Anty, un ordre de protéger le Missionnaire était arrivé de Tchen-Tou. Les mandarins n’avaient plus qu’à congédier de nouveau leurs troupes. Celles-ci n’étaient plus d’humeur à battre ainsi en retraite sans avoir rien fait, et se proposèrent de démolir la mauvaise bicoque que le Missionnaire s’était procurée. Des gens bien pensants parvinrent à les en dissuader, et, grâce à la bonne Providence, M. Charrier resta maître du champ de bataille.
« Maintenant, ceux qui étaient venus pour le chasser, aussi bien que ceux de son parti, mettent sa petite pharmacie à contribution. Il distribue des médecines, soigne les malades et les éclopés. « Sa maison », écrit-il, « est devenue un vrai dispensaire », et on serait bien fâché de le voir partir.
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« M. Goré, curé de Chapa, a été occupé, cette année, à la construction de sa résidence. L’ancienne devient l’hospice des vieillards dont le logement laissait beaucoup à désirer. Il affermit peu à peu sa chrétienté du Yu-Tong. Grâce à la bonne volonté et à l’initiative du catéchiste Tchen, il y a construit une petite chapelle et une école. Au moment de la visite, 80 baptisés ou adorateurs peuvent se réunir au nouvel oratoire. Il a administré 16 baptêmes d’adultes.
« A Lentsy, M. Van Eslande a régénéré 21 adultes. Là encore, notre installation est trop étroite. Une chambre sert de chapelle, et, à la messe du dimanche, la moitié de l’assistance doit rester dehors. M. Van Eslande cherche à étendre son action sur la rive gauche du Tong-Ho. Cette région est assez mal famée ; mais il n’a pas peur et prétend avec raison que même les brigands peuvent se convertir.
« M. Léard exerce toujours son zèle à Mo-Sy-Mien. Il se plaint de n’avoir pu récolter que 10 baptêmes d’adultes. C’est peu, en effet, eu égard au nombre des adorateurs. Afin de stimuler ces derniers, il leur a fait passer un examen de conscience pour voir s’ils restaient du « parti de Dieu ou s’ils retourneraient au parti du diable. « Plus de 300 d’entre eux, écrit-il, « m’ont répondu qu’ils veulent continuer à adorer Dieu, et se sont excusés de n’avoir pas le « temps d’apprendre la doctrine et de se préparer au Baptême. Quelques-uns m’ont prié « d’avoir patience avec eux, parce qu’ils veulent sérieusement sauver leur âme. Presses « d’envoyer leurs enfants à l’école, ils trouvent que c’est bien difficile. Tous ont des champs, « des bœufs, des porcs ; quelques enfants doivent surveiller le bétail ; d’autres, ramasser le « bois pour cuire la soupe, etc... Misère ! Ce qui fait vivre un missionnaire, c’est l’espoir dans « l’avenir ; cet espoir., je l’ai aussi : mais quand se réalisera-t-il ? Dans tous les cas, on fait « toujours quelque petite chose pour la gloire du bon Dieu. »
« Au point de vue spirituel, Pathang reste à peu près stérile, malgré le zèle de M. Nussbaum.
« Au cours de cette année, M. Grandjean a relevé une partie des ruines de Yarégong.
« M. Tintet, escomptant sans doute la conversion du pays des Salines, construit fort grandement à Yerkalo. Les travaux ne sont point encore terminés : les entrepreneurs veulent tous toucher des arrhes avant de commencer le travail, et, une fois qu’ils les ont entre les mains, ils ne font plus rien. Cet état de choses, se prolongeant pendant des années, devient une épreuve difficile à supporter.
« A Tsedjrong, MM. Th. Monbeig et Lesgourgues ont pu baptiser 38 adultes : c’est un résultat fort consolant. A l’Epiphanie, leur église romane fut bénite solennellement au milieu d’un grand concours de chrétiens et de païens. Là se trouve la maison de famille de nos vierges institutrices thibétaines. Ces pieuses filles, encore peu nombreuses, nous donnent pleine satisfaction, et nous désirons que leur nombre s’augmente dans la mesure de nos besoins.
« M. Em. Monbeig, chargé du district de Siao-Ouy-Sy et Ouy-Sy, malgré une absence de plusieurs mois, a conféré le baptême à 27 adultes. « Bien que les mêmes difficultés « d’évangélisation subsistent, note-t-il dans son rapport, — je veux dire le manque de « catéchistes et aussi de missionnaires, — néanmoins, le chiffre des baptêmes d’adultes est « supérieur à celui des années précédentes. Parmi les nouveaux baptisés figurent un certain « nombre d’anciens adorateurs à qui deux ou trois ans d’attente ont donné juste la préparation « nécessaire. Dans ces pays, en effet, où l’aisance est une exception, il est très difficile de « mener à bien l1instruction des nouveaux convertis d’âge mûr. Ils sont pauvres, et la plupart « vivent au jour le jour ; ils sont obligés de chercher, d’un bout de l’année à l’autre, leur « nourriture et celle de leur famille. Aussi, parmi eux, il n’y a que les âmes de très bonne « volonté qui puissent aboutir. »
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« MM. Genestier et Doublet occupent l’un et l’autre la rive gauche de la Salouen. Séparés par une distance de deux jours, ils doivent passer deux fois le fleuve pour se rencontrer. Là, comme en beaucoup d’endroits au Thibet, la marche en ligne droite est impossible.
« M. Genestier a fait revivre fort heureusement l’ancienne chrétienté de Kionatong, à la frontière du Yun-Nan et du royaume de Lhassa. Il n’est établi là que depuis deux ans et les 50 baptêmes du dernier exercice portent déjà à 110 et plus le nombre de ses chrétiens. Cette population Loutse, lorsqu’elle n’est pas gâtée par le voisinage des Chinois ou des Thibétains, semble naturellement disposée à embrasser le christianisme.
« Cet hiver, écrit M. Genestier, je n’ai pas manqué d’ouvrage. Mes nouveaux chrétiens ont « mis la meilleure volonté à se faire instruire. Bien rares ont été ceux qui ne se sont pas « présentés aux instructions du matin et du soir, après avoir employé une bonne partie de la « journée à apprendre les prières. Aussi étaient-ils fiers de pouvoir bien répondre, le jour de « l’examen ; de mon côté, comme j’étais heureux de pouvoir les admettre au baptême ! Les « baptisés de l’an dernier ont suivi régulièrement les instructions avec les nouveaux sans « même y être invités par moi. Leur empressement à écouter la doctrine m’a été une grande « consolation. »
« M. Genestier ouvre des écoles thibétaines pour les deux sexes. Comme ces Loutse n’ont pas d’écriture, il est bon qu’ils étudient les livres thibétains, qui leur permettront de s’instruire personnellement de la doctrine chrétienne.
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« Nos Confrères du Thibet-Sud ne signalent aucun fait remarquable pendant ce dernier exercice. Ils remplacent par de nouvelles constructions plus solides leurs premiers établissements, déjà dévorés par les fourmis blanches. Le gouvernement anglais leur a accordé un terrain attenant à la résidence de Pédong, pour y ouvrir une école d’anglais et agrandir, au besoin, l’asile des vieillards et des infirmes.
« Les Missionnaires se sont empressés de faire connaître aux chrétiens le Décret Quam singulari et de le mettre en pratique. Le 14 mai, à Maria-Basti, après la cérémonie solennelle de la première communion et de la confirmation, eut lieu la bénédiction d’une belle statue de Notre-Dame de Lourdes, placée dans une grotte naturelle près de l’église. Depuis lors, aux principales fêtes de la sainte Vierge, toute la paroisse s’y rend en procession et les visites particulières y sont fréquentes.
« Daigne l’Immaculée prendre sous sa protection le peuple thibétain et répandre sur lui d’abondantes grâces de conversion, depuis l’Himalaya jusqu’aux frontières de la Chine ».
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