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Rapport annuel des évêques

Année: 1912
Pays: Chine
Mission: Kouang-Si
Rédacteur:Mgr Ducœur

IV. — Kouang-Si

Population catholique 4.716
Baptêmes d’adultes 245
Baptêmes d’enfants de païens 565
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« En considérant les événements si graves qui viennent de bouleverser la Chine, écrit Mgr Ducœur, le premier sentiment qui pénètre l’âme est celui de la plus vive reconnaissance envers la divine Providence.
« Depuis longtemps, le Kouang-Si est un pays de désordre et d’anarchie. Quand les missionnaires entendaient jadis, le soir, dans le lointain, le bruit de la fusillade et les clameurs des pillards, ils se demandaient si le jour ne se lèverait pas sur les ruines de leurs églises ; et cependant, dans ces temps troublés pour nous, la paix régnait en Chine. Aussi, semblait-il assez naturel que la Révolution dût avoir des conséquences beaucoup plus graves qu’ailleurs, dans une Province si bien travaillée par les sociétés de voleurs et parcourue dans tous les sens par les bandes de pillards. Les mandarins du vieux régime avaient assez orienté les esprits vers la haine et le mépris de l’étranger, pour que les missionnaires fussent les premières victimes des représailles populaires.
« La Providence a refusé à nos vieux ennemis la satisfaction de voir l’Eglise les suivre dans la ruine.
« Quelles que soient les raisons qui ont dicté leur conduite, les nouveaux maîtres de la Chine se sont appliqués, dès la première heure, à assurer la protection des catholiques, et, même au Kouang-Si, leurs ordres ont été exécutés.
« Les comptes rendus des Missionnaires sont généralement brefs sur les faits de cet exercice. Préoccupés des dispositions de la République chinoise à l’égard de l’apostolat, ils ont négligé un peu de parler du passé.
« Que sera pour nous l’avenir ? Question angoissante et que tous se posent ! Aurons-nous simplement, avec les nouvelles couleurs du drapeau chinois, un changement dans la coiffure et le costume ? La plupart des Missionnaires attendent plus ; de la transformation qui s’opère, ils espèrent des résultats favorables à la propagation de l’Evangile. La proclamation des libertés par le nouveau régime ; l’irrévérencieux traitement infligé, en plus d’un endroit, aux antiques superstitions, ont donné à réfléchir, et nos Confrères estiment que ce vieux fanatisme, contre lequel nous avons lutté dans cette Mission avec tant d’efforts et si peu de succès, disparaîtra insensiblement.
« Il nous est cependant difficile de regarder l’avenir avec l’enthousiasme et même la confiance des belles Missions de Chine, aux chrétientés solides et nombreuses. Les dispositions de l’ancien gouvernement nous étaient clairement hostiles et celles du nouveau ne semblent pas meilleures : mais nous ne voulons parler que du gouvernement provincial. Les règlements qu’il vient de promulguer, de sa propre autorité, contre les propriétés de l’Eglise, montrent que nous n’avons rien gagné au change, comme, d’ailleurs, les actes de persécution et de haine, contre lesquels il refuse d’intervenir, nous empêchent d’accorder une confiance sérieuse à la proclamation des libertés.
« Ici, dans cette Province-frontière, la susceptibilité, la suspicion et la crainte ont voulu faire de nous des ennemis redoutables. Malgré les idées plus larges qu’affichent les hommes qui détiennent aujourd’hui le pouvoir, cette appréciation reste, et légitime toutes les entreprises capables de faire le vide autour de nous.


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« Les dispositions des pillards, qui ont agi un moment comme les seuls maîtres de la situation, ne nous ont pas été directement hostiles. Si on excepte les districts du Sud, les Missionnaires ont pu s’occuper, presque régulièrement, de l’administration de leurs chrétiens. Ces districts du Sud, Koui-Hien, Koui-Pin, Pin-Nan, sont habités par des populations audacieuses et turbulentes. Il n’y a pas d’année où les Missionnaires de Koui-Hien, en particulier, ne s’attendent à quelque chose. La Révolution et le relâchement de l’autorité qui en fut la conséquence, étaient des circonstances trop favorables pour que ces gens prêts à tout n’en profitassent pas.
« Pendant les mois de décembre et de janvier, ce fut, partout, le brigandage organisé, jusqu’aux portes des villes. Il devenait dangereux, dans ces régions, d’entreprendre un voyage. M. Barrès en fit une expérience qui faillit être tragique, car la barque sur laquelle il se trouvait, pour remonter chez lui, fut criblée de balles, et il tomba lui-même entre les mains des pirates. La Providence le tira de ce mauvais pas, en permettant que le chef de la bande fût animé de dispositions bienveillantes à l’égard des étrangers. Ce bon larron fit royalement les choses ; il rendit au Missionnaire ses bagages que ses compagnons avaient pris, et il le reconduisit jusqu’à la ville d’où il était parti. Il n’est peut-être pas téméraire de penser qu’en chinois pratique et avisé, il a voulu se ménager les mérites d’une bonne œuvre pour le jour où il devra rendre ses comptes à la justice de son pays : car la fortune change si vite.
« Plusieurs Confrères, en voyant la gravité de la situation, s’étaient retirés à Ou-Tchéou. La résidence, un peu étroite, ne se prêtait guère à un séjour prolongé. M. Boulanger eut l’amabilité de les inviter à aller jusqu’à Hong-Kong, où ils reçurent une cordiale hospitalité au Sanatorium de Béthanie. Je suis heureux de pouvoir exprimer ma gratitude au Supérieur de Nazareth et à M. Fillastre, pour leur dévouement en cette circonstance.
« Le jour de l’an chinois ramena un peu de calme, et on commençait à espérer le rétablissement de la paix pour un avenir prochain. Mais, vers la fin de mai, on apprit le pillage de la ville de Koui-Hien. Sans dramatiser les événements, nos Confrères avouent que, pendant un moment, leurs craintes furent vives. Depuis bien des années, on parlait du pillage de la ville, et nous ne pouvons nous empêcher de voir la main de Dieu fixant l’heure de la catastrophe, en dehors de toutes les prévisions. Si ce pillage avait eu lieu quelques années auparavant, la Mission aurait eu sûrement à déplorer la ruine de ses œuvres. Il se trouva que les bandits n’avaient pas de mauvaises, dispositions à l’égard des chrétiens. Ils voulaient simplement s’enrichir ; voilà tout. Les magasins, bien fournis, de la ville commerçante et la caisse du prétoire leur suffisaient. Ni la Mission ni ses œuvres n’ont souffert. Nous remercions Dieu de tout notre cœur de nous avoir protégés.
« Koui-Lin et les districts du Nord-Est ont aussi eu leurs alertes. La ville de Lo-Yong dut fermer ses portes et se préparer à résister aux soldats révoltés de Liéou-Tchéou. M. Tessier fut assez vite rassuré sur les conséquences des menaces de ces braves ; voyant qu’on ne voulait pas entrer en composition avec eux, ils se retirèrent sans bruit. Dans les campagnes, le désordre fut un peu plus sérieux.

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« La région de Nan-Nin a été aussi calme que jamais. Il n’y a guère eu en ville qu’une panique un peu sérieuse, provoquée par le licenciement de l’école militaire, une troupe de 1.000 à 1.500 vauriens. Le désordre et l’émeute auraient eu pour nous, ici, des conséquences particulièrement graves ; car Nan-Nin est le centre de la Mission, où sont réunies les œuvres générales.
« Le Séminaire a pu fonctionner normalement, sous la direction de M. Labully, que la maladie et, finalement, le départ de M. Bascoul pour la France ont laissé seul pour l’éducation et l’instruction de nos séminaristes.
« Les Sœurs de Saint-Paul, avec le petit couvent et la Sainte-Enfance, ont continué leurs travaux dans un calme presque complet. Le curé de Nan-Nin est très occupé, pour le moment, par la construction de la léproserie. Quand tout sera fini et que les lépreux seront installés, nous espérons que, si cette œuvre ne rapporte pas de nombreux baptêmes, — car nos ressources ne nous permettront pas d’y entretenir un grand nombre de malades, — elle contribuera cependant à la gloire de Dieu et au bien de la Religion. Le Chinois, égoïste, ne comprend pas les motifs quI nous font agir ; mais il est forcé, cependant, de reconnaître à la religion des étrangers qu’il méprise une vertu que son orgueil l’a toujours empêché d’admirer.
« Quelques catéchumènes sont venus aussi, dans le cours de l’année, soutenir les espérances du prêtre dans ce poste jusqu’alors si ingrat.
« Après dix ans de séjour parmi nous, les Frères Maristes ont été obligés de nous quitter. Les exemples de leur piété et de leur dévouement, les efforts qu’ils ont tentés, pour faire connaître Dieu et estimer la France dans le milieu spécial où s’exerçait leur apostolat, ne seront pas perdus, nous aimons a le croire.

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« Les difficultés que signalait le dernier compte rendu dans le district de Ou-Iuen, n’ont pas encore disparu. L’hostilité a pris parfois les allures d’une véritable persécution. La construction de la résidence et de la chapelle a pu enfin se terminer, mais après bien des interruptions et des retards. Un jour, le briquetier n’osait plus livrer sa marchandise ; une autre fois, les ouvriers abandonnaient le travail, terrifiés par les menaces que notre fameux ennemi leur faisait porter secrètement.
« M. Bibollet qui, lui aussi, avait à lutter, l’année dernière, contre le mauvais vouloir de ses adversaires, a vu sa situation s’améliorer considérablement.
« Un beau mouvement se dessinait, depuis un an, dans le district de Tai-Pin. Mais les tracasseries ont suivi de près. M. Crocq, qui sait cependant ce que coûte la fondation des nouvelles chrétientés, en a été très affecté et il se demande, anxieux, si ses jeunes néophytes auront la force nécessaire pour résister à l’orage.
« Long-Tchéou reste toujours figé dans cette indifférence que son missionnaire signalait l’an dernier. La frontière n’est pas loin, et les belles chrétientés du Ton-kin, tout près. La différence de races ne suffit pas à expliquer la différence des résultats. Nous ne sommes pas l’avant-garde de l’invasion ; mais nous ne pouvons nous empêcher de jeter un regard d’admiration sur ces Missions qui grandissent à l’ombre du drapeau français, et qui pourrait nous reprocher alors de ressentir plus lourdement le poids de haine qui pèse sur nous ?
« J’ai entrepris, au mois de novembre, les visites pastorales et j’ai parcouru, tout d’abord, les postes du Nord-Ouest. Les chrétiens de ces régions n’avaient pas vu leur évêque depuis longtemps. L’éloignement et leurs montagnes ont préservé, jusque-là, ces populations indigènes des déprimants exemples de l’orgueil chinois des villes du Sud ; elles ont gardé leur simplicité, un peu fruste parfois, mais qui est une source de vraies consolations pour les Confrères qui s’occupent d’elles.
« Parmi les différentes races voisines du Kouy-Tchéou, les Missionnaires ont semé la parole de Dieu, et si, jusqu’à ce jour, le bon grain n’a pas rapporté le centuple, les oiseaux du ciel n’ont cependant pas détruit toute la semence. J’ai eu la joie de baptiser les premiers néophytes d’une tribu des montagnes, aux mœurs rudes, au costume bizarre et primitif. Là, plus que partout ailleurs encore, le manque de catéchistes se fait durement sentir. La variété des dialectes, la différence dans les habitudes, obligent les Missionnaires à prendre sur place les auxiliaires dont ils ont besoin : ceux de leurs chrétiens qui sont les mieux doués ont beaucoup plus d’aptitudes à courir la montagne qu’à se livrer à des études un peu sérieuses. Ceci explique pourquoi, chaque année, le nombre des baptêmes n’est pas en rapport avec celui des catéchumènes.
« J’ai terminé ma visite par le district de Sy-Lin. Si les souffrances des missionnaires suffisaient pour faire germer la moisson des âmes et si leur sang était la rosée nécessaire, nous devrions assister, ici, à un spectacle magnifique ; car, nulle part ailleurs, les tombes des ouvriers apostoliques sont plus nombreuses et leur sang plus largement répandu. Le titulaire du poste a réuni dans un petit monument les restes de quatre de ses prédécesseurs ; la pierre qui les recouvre nous dit qu’ils n’ont pas fourni, entre tous, plus de dix années de labeur. Sur la colline d’en face, passe le sentier que le Bienheureux Chapdelaine suivit pour aller mourir en cage dans la prison de Sy-Lin.
« Le sang des martyrs est une semence de chrétiens. Cette terre a bu ce sang et la semence ne grandit pas encore : l’heure n’est pas venue. J’ose espérer que tous ceux qui demandent chaque jour à Dieu que son Règne arrive, feront à cette Mission l’aumône d’une prière pour hâter cette heure si désirée. »


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