| Année: |
1912 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Kouang-Tong |
| Rédacteur: | Mgr Mérel |
III. — Kouang-Tong
Population catholique 61.800
Baptêmes d’adultes 993
Baptêmes d’enfants de païens 6.785
____
Du compte rendu de la Mission du Kouang-Tong, nous extrayons les passages suivants.
« ... Notre gerbe de baptêmes d’adultes, écrit Mgr Mérel, s’élève au chiffre de 993, et celle des baptêmes d’enfants de païens à 6.785. Le nombre des confessions répétées est de 140.851 et celui des communions de 205.065, deux chiffres qui n’avaient pas encore été atteints chez nous.
« M. Sorin, notre vénéré pro-préfet, qui administre la paroisse Sainte-Anne, a la joie de voir s’accroître son petit troupeau. « Le voisinage du palais du Vice-roi, écrit-il, nous a fait « courir les plus grands dangers. Malgré tout, mes chrétiens sont restés autour de moi, « disposés à verser leur sang pour l’amour de Jésus-Christ. Dieu s’est contenté de leur bonne « volonté : nous avons été quittes pour la peur, et nous n’avons subi aucun dommage. Aussi, « plusieurs familles païennes demandent à se joindre à nous. »
« La cathédrale de Canton, que fréquentent 1.100 Chinois environ, a fourni 13.200 confessions et 26.432 communions. Plusieurs fidèles font la communion quotidienne. M. Fourquet, aidé du P. Laurentius Yang, est l’heureux pasteur de cette paroisse.
« Du quartier de Sai-Kouan, à l’ouest de la ville, M. Gervaix écrit : « J’ai entendu 3.442 « confessions et distribué 3.817 communions. Il me semble qu’il y a, parmi mes chrétiens, « plus d’unité catholique, par suite de la présence assidue du prêtre. Quelques tièdes sont « revenus à la pratique de leurs devoirs religieux. Un certain nombre de païens ont été mis au « courant de la présence du missionnaire et sont venus le voir. Les uns ont été instruits, les « autres baptisés. »
« M. Bourdin, qui est chargé de la paroisse européenne sur les Concessions de Shameen, est heureux de voir les fidèles répondre à son dévouement pour eux. « La population « catholique de Shameen, écrit-il, est de 246 fidèles. Le chiffre des confessions et des « communions est sensiblement supérieur à celui de l’année dernière. J’ai insisté, le « dimanche, dans mes sermons, sur les prescriptions du Souverain Pontife au sujet de la « communion fréquente ; mais je constate que les vieux préjugés sont difficiles à déraciner sur « ce point. Nous possédons, en ce moment, un commencement d’école. Une dame portugaise « a ouvert un cours chez elle. Une vingtaine d’enfants suivent la classe. Il est convenu que les « élèves apprendront régulièrement le catéchisme en anglais. »
« M. Nicouleau a eu la douleur de perdre un de ses chrétiens, le jour même de la proclamation de la République. Ce malheureux avait été envoyé à la ville de Tseng-Shing, chez M. Léauté, pour prendre des nouvelles. Il partit et, depuis lors, on ne l’a point revu. Tout porte à croire qu’il a été assassiné en chemin.
« A cause de ces troubles, ajoute notre Confrère, j’ai jugé opportun de supprimer la « tournée que j’aurais dû faire au printemps dans mes chrétientés. Actuellement, le calme « paraît revenu et je pense pouvoir faire la visite que tous attendent impatiemment. Les « mauvaises nouvelles sont propagées si effrontément et acceptées si crédulement qu’il « importe beaucoup de rassurer les chrétiens. »
« A Tong-Koun, M. Jarreau a pu sortir sain et sauf de tous les dangers auxquels il a été exposé. « Les autorités, dit-il, ont fini par sévir contre les malfaiteurs, et depuis le mois de « juillet nous respirons un peu... »
« M. Frayssinet n’a point souffert personnellement, mais plusieurs familles de ses chrétiens ont été victimes des pirates et ont dû chercher refuge ailleurs.
« M. Deswazières, qui a sa résidence principale à Kong-Tshong, a échappé à un grave danger. Il se trouvait providentiellement absent quand les parents des meurtriers du P. Chanès sont venus pour le tuer. Toutes ses chrétientés ont enduré les vexations des païens. Un village chrétien a pu, pendant six mois, se défendre contre les attaques de 600 païens, grâce à la forte haie de bambous qui servait de fortification et aussi grâce au courage de ses habitants.
« Dans le district voisin du Yun-On, M. Merle a la joie de présenter une gerbe de 52 baptêmes d’adultes : « Ma résidence de Lap-Shak, écrit-il, n’a point été menacée.
« Les païens, mes voisins, se sont réfugiés dans les montagnes pour échapper aux coups « des brigands. Ils ont eu heureusement plus de peur que de mal. J’ai cependant une dizaine « de familles chrétiennes qui ont été pillées. »
« Les catholiques du district de Ho-Gnien doivent une grande reconnaissance à MM. Druais et Coiffard, qui, par leur présence, ont empêché le retour des persécutions précédentes. « Plusieurs fois, annonce M. Druais, des bandits se sont approchés de Von-Nay et de Kong-« Poi-Hang, pour forcer les chrétiens à livrer leurs armes ; mais ils n’ont osé les leur enlever, « quand ils nous ont vus bien résolus à nous défendre.
« Le chiffre des communions, qui était de 419 en 1906, dépasse aujourd’hui celui de 5.000. « C’est la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus qui nous a valu ces progrès dans la ferveur. Deux « catéchistes de grand zèle ont réussi, par leur dévouement et par leurs exemples, à inspirer à « nos rudes montagnards un grand amour envers la sainte Eucharistie... »
« Plusieurs des néophytes et des catéchumènes de M. Fabre, à Shau-Kouan, ont beaucoup « souffert. « Les chrétiens de Kong-Ké, écrit-il, ont vu des brigands envahir leur chapelle et « mettre le village à feu et à sang. Les catéchumènes de Kouai-Ti ont eu plusieurs maisons « incendiées et demandent en vain quelque réparation.
« Au milieu de ces bouleversements, la Providence nous a envoyé de 200 à 300 « catéchumènes sérieux. Je voudrais aussi compléter la conversion de quelques familles : le « chiffre des baptisés s’élèverait ainsi à 450 au lieu de 226. »
« Au-dessus de Shau-Kouan, les chrétiens de M. Collas, à Nam-Hong, et ceux de M. Barnier, à Lok-Tchung, n’ont pas eu trop à souffrir. M. Barnier voit parmi les païens un mouvement consolant de conversions.
« Lien-Tchéou a été le théâtre de nombreux combats entre les bandes qui se disputaient sa possession. Le P. Ly, qui y réside, n’a pas voulu quitter son poste. Son vieux père, se sentant près de sa fin, lui écrivit un jour de venir le voir une dernière fois. Voici continent ce bon prêtre m’exposait son refus : « Mes chrétiens, disait-il, sont effrayés de l’audace des voleurs et « désirent me garder avec eux. Dans ces circonstances, le devoir ne me permet pas de faire le « voyage de Lien-Tchéou à Pé-Né, — un voyage de 200 lieues, — pour aller fermer les yeux « de mon vénérable père. C’est un sacrifice que je fais pour le bien des âmes. »
« Un autre prêtre Chinois, le P. J.-B. Wong, que Mgr Guillemin conduisit autrefois en France, a été moins heureux. Il a dû quitter momentanément son district de Tson-Fa, pour échapper à la vengeance des sociétés secrètes, dont les affiliés avaient pillé les maisons de ses chrétiens. Après trois mois d’attente, le gouvernement lui donna une escorte pour le reconduire et le protéger.
*
* *
« En revenant vers Canton, nous trouvons à Fat-Shan M. Le Tallandier. Fat-Shan, ville d’un million d’habitants, est demeurée tranquille, bien qu’elle soit entourée de pays chers aux voleurs de toute sorte.
« En effet, dans l’arrondissement de Shun-Tac, voisin de Fat-Shan, les vols à main armée sont journaliers. « La Révolution, dit M. Favreau, s’est accomplie sans secousse ; mais le « calme n’a pas duré longtemps. Les compétiteurs se sont battus pour s’emparer du pouvoir. « Le vaincu et ses soldats ont usé de leurs armes pour dévaliser les habitants et les voyageurs. « Aux environs de Noël, les voleurs m’ont arrêté en chemin et dévalisé. A la fête de « l’Assomption, c’est un de mes Confrères, venu pour passer la fête avec moi, qui a été pillé « sur le fleuve tout près de la ville. Plusieurs familles chrétiennes du village de Long-Gan et « de Tong-Li, ont reçu également la visite des voleurs qui ont enlevé tout ce qu’ils ont pu « prendre... »
« M. Mollat, chargé du district de Ko-Tchao, a entretenu les meilleures relations avec les autorités. « Leur fermeté, écrit-il, et leur bonne volonté ont réussi à chasser de la ville et des « environs les brigands qui ravageaient le pays depuis plusieurs années. S’ils n’ont pu « réprimer tous les désordres, c’est que leur action n’a pas pu s’étendre partout. Un de mes « chrétiens a été tué par les païens avant qu’on ait pu venir à son secours. La chrétienté de « Long-Wo, la plus exposée aux coups des brigands, a été épargnée ; aussi, les païens du « village se sont mis à étudier la doctrine, ce qui me donne une centaine de catéchumènes. »
« Tout à fait à l’Ouest de la Mission, sur la frontière du Kouang-Si, nous trouvons les districts de MM. Baldit et Genty. Le premier n’a pas revu les brigandages des années précédentes ; mais M. Genty et ses chrétiens ont souffert plus que tous les autres...
« MM. Zimmermann et Cellard ont été pareillement en butte à des hostilités plus ou moins avouées. M. Zimmermann a régénéré dans les eaux du baptême 70 catéchumènes. Il espère arriver l’année prochaine à la centaine. »
Mgr Mérel nous fait encore visiter Kouang-Tchéou-Wan, administré par M. Laurent, l’Ile de Hainan où travaillent MM. Pénicaud et Grégoire et où les Religieuses de Saint-Paul de Chartres ont établi une crèche, un ouvroir et une école ; puis l’Ile de Wai-Tchao, Pak-Hoi, Lo-Fao, Tong-Hing, Tchiok-Shan, etc.
*
* *
« De toutes nos chrétientés, continue Sa Grandeur, celles qui ont été le moins éprouvées sont celles de l’Est, bien que, parmi elles, quelques-unes aient eu des malheurs à déplorer.
« Le port de Swatow, si tranquille d’ordinaire, a été le théâtre de luttes entre les chefs Hac-Kas et les chefs Hoc-Los. « Ceux-ci voulaient être les maîtres chez eux, écrit M. Werner. Les « Hac-Kas, qui avaient aidé la Révolution, prétendaient aussi avoir le droit de commander : de « là des disputes entre les chefs et des rixes entre les soldats. Le 17 mars, ils en vinrent à une « bataille en règle ; elle se livra aux environs de ma chapelle. Les soldats Hoc-Los se « cantonnèrent dans les maisons des chrétiens, et la maison des Sœurs se trouva sur le champ « de combat. Les murs de leur demeure et de la mienne furent criblés de balles. La Rév. Mère « Supérieure faillit être atteinte ; je fus également en danger ; et nous devons une grande « reconnaissance à Dieu qui nous a fait échapper au péril avec nos chrétiens. Les blessés Hoc-« Los se réfugièrent chez nous, tandis qui je faisais enterrer les morts. La victoire resta aux « Hac-Kac : leur chef laissa ses soldats réclamer de l’argent aux boutiques de la ville, jusqu’à « l’arrivée du général Wou-Siang-Tat qui, usant de douceur, amena le général hac-ka à se « retirer et à céder l’autorité aux Hoc-Los. »
« Au chef-lieu de la Préfecture, à Tchao-Tchiou, les prétentions des Hac-Kas ont jeté la ville dans de grandes inquiétudes durant plusieurs mois. Les chrétiens ont partagé le malaise général ; mais ils n’en ont accompli leurs devoirs religieux qu’avec plus de ferveur.
« M. Vogel a entendu environ 10.000 confessions et régénéré par le baptême 35 adultes et 700 enfants de païens.
« Les chrétiens de Tchin-Pin, écrit M. Canac, n’ont eu à souffrir ni dans leurs personnes ni « dans leurs biens. Les notables des principales familles avaient donné à leurs subordonnés « l’ordre de ne pas nous nuire… »
« Dans les district de Pin-Yan et de Ka-Yin-Tchiou, la paix n’a point été troublée.
« M. Guillaume écrit, de son côté, que le pays de Shin-Nen est resté tranquille. M. Vacquerel déplore la mort de deux de ses chrétiens et le pillage de plusieurs familles. Vainement il a demandé la punition des coupables : ses réclamations n’ont pas été écoutées. Ses néophytes ne se sont pas laissés ébranler par la persécution et il a eu la consolation de les voir s’approcher nombreux des sacrements de Pénitence et d’Eucharistie.
« Quelques familles, écrit M. Constancis, ont été molestées à l’occasion de contributions « superstitieuses ; mais elles ne se sont pas départies de la patience qui convient à des « chrétiens et les conflits se sont arrangés. Les guerres de village à village continuent. Le « canon gronde tous les jours, mais il est peu redoutable. Plus terribles sont les destructeurs de « moissons en fleur. Les chrétiens n’osent sortir de chez eux pour venir à la chapelle. »
*
* *
Voici maintenant, en raccourci, l’état des établissements communs de la vaste Mission du Kouang-Tong.
« Les élèves du Séminaire sont toujours pieux et dociles. M. Pierrat met toutes les ressources de son cœur à les former aux vertus sacerdotales : le Divin Maître bénit ses efforts. Trois de ses séminaristes se préparent au sous-diaconat et huit aux ordres mineurs.
« Le Collège du Sacré-Cœur continue à jouir de la confiance des familles. Le nombre des élèves dépasse 300. M. Clauzet est satisfait de leur tenue et de leur bon esprit. Ils suivent avec goût le cours d’instruction religieuse. Deux d’entre eux ont reçu le baptême et sont un sujet d’édification pour les autres par leur piété et leur travail. Le dévouement des chers Frères qui assistent M. Clauzet, mérite les plus grands éloges.
« A l’orphelinat, 32 enfants ont reçu le baptême.
« Les vaillantes Religieuses de l’Immaculée-Conception d’Outremont dirigent une petite communauté de novices et de religieuses chinoises, un asile de vieilles femmes et l’Ecole du Saint-Esprit. La Rév. Mère Supérieure trace de ses œuvres le tableau suivant : « Nous avons « dans notre maison 170 personnes, et à l’Ecole du Saint-Esprit 200 élèves. Nous avons pu « préparer au baptême 34 jeunes filles. Nous avons établi une petite école apostolique où les « enfants, au nombre de 20, apprennent à aimer Notre-Seigneur et à pratiquer les vertus « religieuses. Plusieurs de nos vierges chinoises sont allées remplir dans les districts les « fonctions de catéchistes. Elles sont quatre à l’Ile de Sancian, où elles instruisent de « nombreuses catéchumènes. Les autres nous aident à la communauté ou vont enseigner les « femmes mandchoues, que la pauvreté a rapprochées de nous, et que nous avons accueillies « avec bonheur afin de les sauver de la misère temporelle, mais surtout des peines de l’enfer. « Elles sont plus de 200 qui se préparent à devenir enfants de Dieu par le baptême. »
~~~~~~~
<< Retour page précédente
|