| Année: |
1874 |
| Pays: |
Corée du Sud |
| Mission: |
Corée |
| Rédacteur: | Mgr Ridel |
Corée.
1874
La chère Mission de Corée , si belle d’avenir , mais si rudement éprouvée par la tempête , n’a pas encore séché ses larmes . Nous ignorons même si le sang de ses enfants a cessé de couler , et si les jours de souffrance et de deuil vont bientôt faire place pour elle à des jours de joie et d’espérance .
Mgr Ridel et ses missionnaires sont toujours en Mandchourie , sur la frontière de Corée , attendant avec impatience le moment où ils pourront entrer dans leur chère Mission . Peut-être ce moment sera-t-il hâté par les graves événements qui viennent de s’accomplir en ce pays .
Depuis quelques mois , les journaux venant de Chine nous avaient annoncé qu’une révolution gouvernementale avait eu lieu en Corée . Une lettre de Mgr Ridel du 8 juin 1874 , en confirmant cette nouvelle , nous donne sur ces événements politiques des détails que nous allons analyser ici .
Le roi actuel de Corée doit le trône à la reine Tzo-Taïpi , qui l’adopta après la mort du dernier roi , son mari . Cette adoption a fait naturellement la fortune du père et de la mère de ce jeune prince . Son père est devenu régent du royaume , sa mère a reçu le titre de Reine-Mère , tandis que Tzo-Taïpi a continué à être appelée Reine-Veuve-Régente .
« La tyrannie et les exactions du régent , dit Mgr Ridel , ont mécontenté tout le monde et donné lieu à un complot qui a éclaté vers le milieu de novembre 1873 . Ce complot avait été tramé par quelques nobles , et il paraît que les deux reines elles-mêmes y étaient entrées . Les injustices du régent sont secrètement dénoncées au jeune roi , et sa mère adoptive lui déclare que son peuple est malheureux , qu’elle ne veut plus vivre au milieu des larmes de ses enfants, qu’elle veut mourir .
« Le jeune roi écoute , prend des informations et est bientôt convaincu que les accusations portées contre son père sont légitimes . Il fait venir le régent , lui déclare qu’il veut désormais gouverner par lui-même et le confine dans son palais .
« Les ministres sont aussitôt exilés ou changés , les principaux gouverneurs des provinces destitués , et le parti hostille au régent arrive au pouvoir . A la suite de cette révolution pacifique , plusieurs impôts iniques ont été abolis ou considérablement diminués , et tout le peuple est dans la joie . »
Quelles en seront les conséquences sous le rapport religieux ? C’est encore un mystère . Le régent renversé avait été le bourreau de nos évêques et de nos missionnaires ; que sera le gouvernement qui lui succède ? C’est ce qu’il est encore difficile de dire , mais il ne saurait verser plus de sang chrétien que le précédent .
A la nouvelle de ce bouleversement politique , Mgr Ridel a mis tout en œuvre pour faire parvenir au jeune roi une supplique en faveur de la Religion chrétienne . Le premier ministre actuel est l’élève d’un homme dont le le fils est devenu chrétien . Si , par son intermédiaire , il eût été possible à Sa Grandeur de faire arriver jusqu’à la cour sa requête , il restait là une lueur d’espérance ; c’est un lettré chrétien de la Corée qui a tenté cette entreprise .Le lettré a pu pénétrer en Corée et s’aboucher avec quelques chrétiens , mais n’a pu rencontrer celui sur lequel reposaient les espérances de Mgr Ridel , le plus grand nombre des néophytes ayant été dispersés par la tempête .
Cette tentative n’ayant point réussi , il ne reste à nos confrères qu’à compter sur la Providence qui se sert de tous les moyens pour faire triompher sa cause , même du sang de ses Martyrs . Les vœux et les prières de toutes les âmes catholiques les accompagneront et les soutiendront dans les combats qu’ils pourront avoir à livrer pour une si sainte cause et ne pas laisser sans secours les brebis errantes que le glaive de la persécution a dispersées , mais n’a pas encore abattues . Nous ne doutons point qu’avec la grâce de Dieu et un zèle tempéré de prudence ne se lèvent bientôt , du milieu de ces ruines naguère fumantes , de nouveaux adorateurs de la croix .
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