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Rapport annuel des évêques

Année: 1878
Pays: Corée du Sud
Mission: Corée
Rédacteur:Mgr Ridel

Corée.

1878
Jusqu’à présent, nous avions dû par prudence, nous contenter de recommander à vos prières cette infortunée Mission. Les événements dont elle vient d’être le théâtre et la publicité qui leur a été donnée nous mettent cette année plus à l’aise, pour vous dire en détail ce que nos Confrères de la Corée ont fait, dans ces derniers temps, afin de venir au secours de cette Église désolée.
Depuis l’année 1866, époque de la glorieuse mort de Nosseigneurs Berneux et Daveluy et de sept de nos Confrères , aucun Missionnaire n’avait pu entrer en Corée, et les chrétiens furent privés des secours de la religion et en butte, pendant sept ans, à la persécution la plus violente. Dans une de ses lettres, Mgr Ridel nous fait le tableau le plus désolant des maux que causa cette persécution . Grand nombre de néophytes ont péri au milieu des plus horribles supplices ; beaucoup d’autres sont morts de misère et de faim sur les montagnes et dans les forêts où ils s’étaient réfugiés ; les survivants ont été dispersés et ont perdu tout ce qu’ils possédaient. Et de cette Mission, naguère si florissante, il ne reste plus que des ruines.
Il tardait à Mgr Ridel et à ses vaillants collaborateurs de pouvoir pénétrer dans ce pays, afin d’y réparer tant de désastres et de reprendre la suite des travaux apostoliques interrompus par le martyre de leurs glorieux compagnons ou devanciers. Après plusieurs tentatives infructueuses dans lesquelles les Missionnaires coururent les plus grands dangers, Mgr Ridel réussit enfin, dans le courant de 1876, à introduire en Corée deux de nos Confrères .
A peine arrivés à la capitale, où ils passèrent les premiers mois, MM. Blanc et Deguette se mirent courageusement à l’œuvre . Mais la joie de leur heureuse arrivée fut bien vite troublée par la maladie de M. Deguette, maladie qui causa les plus vives inquiétudes et dont le dénoûment probable faisait entrevoir à son cher compagnon les douleurs d’une séparation pénible et d’un isolement fâcheux, surtout dans les circonstances présentes. Dieu eut pitié d’eux, et, comme par miracle, au moment où son état était le plus désespéré, M. Deguette recouvra subitement la santé. Cette première épreuve passée, il fallait aviser aux moyens de tirer parti d’une situation pleine de difficultés et de périls. Il s’agissait de mettre les chrétiens , dispersés dans toutes les directions, à même de profiter de la présence des Missionnaires et d’éviter en même temps les dangers presque inséparables d’un pareil ministère. Nos Confrères avaient aussi à préparer l’arrivée de leur Évêque et père et de leurs compagnons, qui attendaient avec impatience le moment où ils pourraient partager leurs travaux et leurs périls. C’est ce à quoi, avec beaucoup de prudence et de courage, ils réussirent parfaitement. Après avoir pourvu à tous les besoins les plus urgents , préparé une résidence pour y recevoir les futurs arrivants et administré les sacrements aux chrétiens de la capitale, nos deux Confrères se mirent en route pour les provinces , où les attendaient nombre de pauvres néophytes impatients de les accueillir et de recevoir les secours et les consolations de notre sainte Religion. En quelques mois, ils eurent le bonheur de préparer un grand nombre de ces courageux chrétiens à la réception des sacrements, d’administrer le baptême à 84 adultes et à plus de 200 enfants de païens .
Les limites de cette lettre ne nous permettent pas de raconter les merveilles dont nos Confrères furent les heureux témoins, le zèle, l’empressement des chrétiens à s’instruire. Ils les virent, oublieux de tous les dangers, accourir de toutes parts, ne demandant qu’une seule chose pour prix de leurs fatigues, la consolation de voir leurs pères en Jésus-Christ , de déposer à leurs pieds le poids de leurs péchés, de recevoir le pardon de leurs fautes et d’obtenir le Pain de vie, ce Pain qui donne la force d’affronter tous les périls et d’endurer toutes les souffrances.
Tout était donc prêt pour recevoir de nouveaux ouvriers : un asile et surtout beaucoup de travail les attendaient, aucune mesure n’avait été négligée afin de leur faciliter l’entrée du pays. Bientôt , après plus de dix ans d’attente, Mgr Ridel eut la consolation de fouler de nouveau ce sol arrosé du sang de ses prédécesseurs et de ses anciens compagnons, et de prendre possession de ce pays confié à sa sollicitude pastorale, où lui-même avait couru tant de périls et où de nouveaux combats, de nouvelles souffrances lui étaient réservés. Sa Grandeur était accompagnée dans ce voyage de deux jeunes Missionnaires, plein de zèle et de dévouement. « Que le saint nom du Seigneur soit béni ! nous écrivait le courageux Prélat, notre expédition a parfaitement réussi !… Quant à notre situation., je la résume en quelques mots : Humainement parlant, elle est aussi précaire que possible. Tout nous manque, catéchistes, servants, maîtres de maison …. Nous ne tenons ici que par une grâce spéciale de Dieu. A la capitale , presque tous les chrétiens avaient par crainte abandonné toute pratique extérieure de religion, et tout à coup les voilà changés au point de se dévouer pour nous, dévouement généreux, car, vu le danger qui nous entoure, je regarde ce qu’ils font en notre faveur comme autant d’actes héroïques de charité… Nous ne pouvons compter sur aucun secours humain, mais l’action protectrice de la divine Providence n’en sera que plus visible. Ceux que Dieu garde sont bien gardés. Aussi, tout en prenant toutes les précautions que suggère la prudence, sommes-nous sans inquiétudes sur l’avenir . »
L’arrivée de l’Évêque au milieu de son cher troupeau permit de réaliser plusieurs projets très-utiles. Un des premiers actes de son administration fut la création d’un séminaire pour la formation d’un clergé indigène ; la direction en fut confiée à un des deux Missionnaires nouvellement arrivés. Les autres Confrères reprirent avec un zèle nouveau l’exercice de leur ministère. De sa résidence à la capitale, Mgr Ridel était l’âme de toutes les entreprises, pourvoyait à tous les besoins, inspirait toutes les résolutions et donnait ses soins à la chrétienté de Séoul. Les néophytes n’avaient plus de livres, il était urgent de leur en procurer, une imprimerie fut établie en conséquence et Sa Grandeur en prit elle-même la direction.
Mais Dieu, dont les desseins ne sont pas toujours conformes à nos espérances et à nos désirs, réservait de nouvelles épreuves à son Église de Corée. Un courrier, porteur de plusieurs lettres à l’adresse des Missionnaires, fut pris à la frontière et les missives dont il était chargé, ou les aveux que la torture lui arracha, révélèrent au gouvernement coréen la présence de l’Évêque et de ses Missionnaires. Le 28 janvier, Mgr ridel fut arrêté à Séoul avec plusieurs chrétiens et conduit en prison, où il demeura détenu pendant plusieurs mois. Durant cette longue détention, dont nous regrettons de ne pouvoir publier les émouvants détails , Sa Grandeur subit plusieurs interrogatoires et eut le bonheur de confesser Notre-Seigneur Jésus-Christ . La dignité, la prudence et le courage de ses réponses, sa patience inaltérable, sa douceur lui gagnèrent l’estime et la sympathie de tous, même de ses juges.
Cependant le gouvernement coréen, très-embarrassé de sa capture, ne savait quel parti prendre. Renouvellerait-il les scènes épouvantables de 1866, ferait-il de nouveaux martyrs ? ou bien se contenterait-il de renvoyer en Chine l’Évêque et ses Missionnaires ? Il ne savait à quoi se résoudre, lorsqu’au mois de juin, à la sollicitation du ministre de France à Pékin, l’intervention du gouvernement chinois vint mettre un terme à ses perplexités et à ses indécisions. Et chose jusqu’alors inouïe en Corée, la vie d’un Missionnaire fut respectée ! Mais, hélas ! ce fut au prix d’un bien pénible sacrifice. Mgr Ridel, ramené en Chine, dut céder à la force et quitter sa chère Mission où sa présence était si nécessaire et où il eût préféré verser son sang pour la cause de Jésus-Christ .
Pendant que ces événements se passaient à la capitale, les quatre Missionnaires étaient poursuivis, traqués comme des bêtes fauves. Dieu seul sait ce qu’il ont eu à souffrir ; sans ressources, sans asile, durant un hiver rigoureux, obligés sans cesse de fuir, n’ayant bien souvent que le ciel pour abri, souffrant de la faim , du froid ; exposés sans cesse à tomber entre les mains des satellites ou à devenir la proie des bêtes sauvages ; accablés de tristesses et d’inquiétudes ; l’âme abreuvée d’amertume à la pensée des maux qui menaçaient leur Père vénéré et leurs chers néophytes . Mais Dieu veillait sur eux, ils échappèrent à toutes les recherches , évitèrent tous les dangers ; et aujourd’hui ils profitent de la tranquillité qui leur est laissée pour continuer leurs travaux auprès des chrétiens .
Aux dernières nouvelles, les prisonniers, arrêtés en même temps que Mgr Ridel, avaient presque tous succombé successivement, dans leurs cachots, aux souffrances et aux mauvais traitements. Depuis plusieurs mois, on avait cessé de faire de nouvelles arrestations et de molester les chrétiens . Que va faire maintenant le gouvernement coréen ? se portera-t-il à de nouveaux excès, ou bien reviendra-t-il à de meilleurs sentiments à l’égard de ses sujets coupables seulement de fidélité à leur Dieu et leur conscience ? Une ère de paix et de prospérité va-t-elle s’ouvrir pour l’Église de Corée ? C’est le secret de Dieu. Pour nous, hâtons par nos prières ce moment si désirable, conjurons le Seigneur de prendre en pitié cette infortunée Mission, et, s’il lui destine de nouvelles épreuves, demandons pour nos frères persécutés le courage et la constance des martyrs.




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