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Rapport annuel des évêques

Année: 1884
Pays: Corée du Sud
Mission: Corée
Rédacteur:Mgr Blanc

Corée. 1884

Dieu a rappelé à Lui Mgr Ridel . Le vénérable confesseur de la foi, que les événements d’abord et la maladie ensuite tenaient éloigné, depuis bien des années, de sa chère mission, avait toujours conservé l’espérance de la revoir, d’y travailler encore et d’y achever sa pénible mais glorieuse carrière. Dieu en a disposé autrement . C’est dans l’exil qu’il est mort, et sa dépouille mortelle repose loin de ses enfants ; mais son âme sanctifiée par la souffrance et la pratique de toutes les vertus, n’oublie pas dans le ciel ceux qui lui étaient si chers. Mgr Blanc que Mgr de Philippopolis, en vertu de pouvoirs spéciaux, avait choisi pour coadjuteur avec future succession, a pris en qualité de Vicaire apostolique, l’administration de la mission dont le gouvernement lui avait été confié depuis plusieurs années.
Dans le compte rendu que Mgr d’Antigone adressait à Mgr Ridel, et qui n’est arrivé en France qu’après la mort de ce Prélat, nous constatons avec autant de bonheur que d’admiration les fruits de salut obtenus par nos confrères, malgré toutes sortes de difficultés et de périls. Non seule-ment les chrétiens ont été visités et ont pu remplir leurs devoirs religieux, mais 727 néophytes ont été régénérés dans les eaux du baptême, et près d’un millier de catéchumènes se disposent à recevoir prochainement la même faveur.
Mais parcourons, à la suite de Mgr Blanc, les divers districts de la mission, ayant soin de ne pas perdre de vue l’état où, par suite de la persécution, avaient été réduits les chrétiens de Corée, forcément privés pendant tant d’années de tous secours religieux, dispersés au milieu des païens leurs ennemis, et vivant aujourd’hui encore sous la menace de nouvelles épreuves.
« Cette année, écrit Mgr d’Antigone, je ne me suis occupé que de la ville de Séoul ; j’ai eu la consolation de baptiser 50 adultes et d’entendre près de 800 confessions annuelles, dont 92 remontaient à l’année 1866. L’état de la chrétienté est assez satisfaisant, les néophytes rem-plissent leurs devoirs religieux, beaucoup ont réappris leurs prières et leur catéchisme ; malheureusement nombre de vieillards ne sont plus à même de le faire. Au point de vue matériel, la position est fort triste, presque tous sont dans la misère, les récoltes ont été mauvaises et, pour comble de difficultés, l’argent est déprécié, et le prix des choses nécessaires à la vie s’est considérablement élevé. Pour terminer je signalerai un mouvement très prononcé de conversions dans toutes les classes de la société ; les anciens préjugés tombent petit à petit, et la con-fiance remplace la crainte qui paralysait tant de bonnes volontés.»
M. Mutel est chargé de la procure et s’occupe en même temps du procès des martyrs. «Malheureusement, parait-il, les dépositions des témoins sont fort insignifiantes. Outre son travail ordinaire, ce confrère s’occupe encore des chrétiens de la province de la capitale. Le nombre des stations de cette province augmentant chaque année, le chiffre des confessions annuelles s’est élevé à 439, et sur ce nombre 53 sont de vieille date ; il y a eu 13 baptêmes d’adultes. Le chiffre des catéchumènes est très considé-rable, on compte sur beaucoup de baptêmes à la prochaine administration . Dieu le veuille!
« M. Deguette est chargé de K. : les chrétiens y sont peu nombreux, l’administration est difficile à cause des distances. » Le chiffre des baptêmes d’adultes a été de 52, et il y a beaucoup de conversions en espérance. Les chré-tiens de ce district sont bons, mais pauvres.
« M. Poisnel est installé à H. Depuis le mois de janvier, la position est difficile ; jusqu’ici, par la grâce de Dieu, ce confrère a bravement surmonté tous les obstacles, et.sa pré-sence a déjà été l’occasion du retour de plusieurs. Cette chrétienté du N.- O. , longtemps abandonnée, est dans le plus fâcheux état, on ne peut compter sur personne, cha-cun est habitué à ne s’occuper que de soi-même. Si le divin Maître permet à M. Poisnel de s’y maintenir, dans quel-que temps nous aurons là une belle chrétienté... » Cette année, 61 adultes de ce district ont reçu le baptême.
« M. Doucet, dans la partie de la mission qui lui est confiée, a entendu 2,578 confessions annuelles et donné 88 baptêmes d’adultes ; il lui reste encore plus de 140 caté-chumènes à instruire. Notre confrère a eu pour sa part l’administration la plus laborieuse, et on pourrait dire la plus fructueuse, vu le grand nombre de baptêmes d’adultes et le retour de vieux chrétiens tièdes ou apostats. Cette chrétienté du centre s’améliore d’une manière sensible d’an-née en année. Ce qui fait la grande difficulté, c’est que beaucoup de néophytes vivent au milieu des païens, et n’ont pu encore parvenir à former des villages chrétiens. Cependant, grâce à Dieu et à l’espèce de tolérance dont nous jouis-sons , Cet état de choses tend à disparaître peu à peu . Le Maipho sort de ses cendres, il y a des kongsos (lieux de prières), même dans les districts où la persécution a sévi jadis avec le plus de violence, de cruauté et de continuité. Vraiment le bon Dieu semble aimer cette terre des martyrs d’un amour de prédilection ; ici comme partout : « Sanguis martyrum , semen christianoru. » Gloire à Dieu !
« M. Liouville, dans son district, a eu 1,776 confessions annuelles et 40 baptêmes d’adultes; soit 14 de plus que l’an dernier. Quoiqu’il y ait près de 4,000 chrétiens dans cette province du Sud-Ouest, c’est celle dans laquelle le missionnaire a le moins de peines et le moins de consola-tions. Malgré son zèle, le cher P. Liouville n’a pas encore réussi à secouer cette apathie, ce manque de ferveur pour la conversion des infidèles, qui sont les deux défauts particuliers des chrétiens de cette province. Peut-être cela tient-il à ce que ceux-ci sont moins pauvres qu’ailleurs, et que la crainte de perdre leur petit patrimoine leur fait pousser la prudence jusqu’à la couardise ; peut-être aussi les païens du Sud ont-ils le caractère plus mal fait que ceux des autres provinces, on les dit généralement fourbes. Quoi qu’il en soit, Spiritus ubi vult spirat.
« Cette année la province de K. S. , confiée à M. Robert, a été privilégiée. Outre 1,772 confessions annuelles, ce confrère a eu le bonheur de régénérer dans les eaux du saint baptêttie 215 adultes. Ce que l’on admire surtout dans ce district, c’est le retour sensible des anciens chré-tiens. M. Robert a entendu plus de 150 confessions de dix-neuf à vingt ans. Il. y a eu aussi un mouvement très sensible de conversions chez les païens. Outre les 215 adultes baptisés il reste 384 catéchumènes. Le nombre des enfants de païens, baptisés in articulo mortis, est de 250, dont 216 sont allés intercéder auprès de Dieu pour leurs parents et leurs compatriotes, encore plongés dans les ténèbres de l’idolâtrie.
« Une mesure qui favoriserait grandement l’œuvre de la christianisation de cette grande province , tout en réchauffant ou entretenant le zèle des anciens et des nou-veaux chrétiens , serait l’établissement d’un ou deux missionnaires dans un poste définitif . La présence des missionnaires, tout en attirant plus particulièrement les bénédictions de Dieu par l’oblation du saint sacrifice de la Messe, etc., contribuerait à soutenir et encourager les faibles. Jusqu’ici il n’y a pas eu moyen de donner suite à ce projet, peut-être l’année prochaine y aura-t-il possibilité de le réaliser. Les chrétiens de cette province ont eu beau-coup à souffrir de la famine. Dans beaucoup d’endroits, la mission a été obligée de supporter de lourdes charges. J’ai fait distribuer par M. Robert quelques secours aux chrétiens les plus nécessiteux, sed quid sunt hœc inter tantos? Heureusement la nouvelle année a commencé sous de bons auspices; on espère une récolte abondante. Daigne le divin Maître nous prendre tous en pitié, pour le corps et pour l’âme !
« M. Josse, jusqu’ici, ne s’est occupé que d’apprendre la langue. A l’automne prochain, je pense lui donner un district pris sur ceux de MM. Doucet et Robert, au grand soulagement de ces deux confrères trop surchargés de besogne. »
A ce résumé du travail accompli et des résultats obtenus par nos confrères, nous n’avons plus que quelques mots à ajouter, au sujet de l’Œuvre du clergé indigène. Un certain nombre de jeunes gens se préparent, à Pinang, à travailler plus tard à la conversion de leur patrie. Ils trouvent au Collège général des soins qu’il serait impossible de leur donner en Corée, et nous sommes heureux d’ajouter qu’ils répondent bien au dévouement de leurs supérieurs. Les imprimeries que la mission possède en Corée et au Japon, rendent des services importants et justement appréciés.



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