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Rapport annuel des évêques

Année: 1885
Pays: Corée du Sud
Mission: Corée
Rédacteur:Mgr Blanc

Corée - 1885

Populationcatholique 13.623
Baptêmes de païens 570
Baptêmes d’enfants de païens 1.755

« L’année dernière au mois de septembre, écrit Mgr Blanc, par un bienfait spécial de la divine Providence, j’avais pu réunir tous les confrères à la capitale ; nous fîmes notre retraite spirituelle, puis nous réglâmes dans une sorte de synode quelques questions importantes touchant l’admi-nistration des sacrements et le gouvernement des chrétiens. Cette réunion, la première depuis la rentrée des mission-naires en Corée, avait rempli tout le monde de joie et de consolation , et chacun était reparti pour son poste animé d’une ardeur nouvelle et d’un dévouement plus entier. L’ad-ministration des chrétiens venait à peine de commencer lorsque éclata à Séoul une révolution de palais. Comme c’était le parti anti-libéral et anti-européen qui triomphait, pendant plusieurs mois je fus dans une assez vive inquié-tude sur le sort de mes confrères qui parcouraient le pays pour donner les sacrements aux chrétiens. Heureusement, le divin Maître ne permit pas qu’il arrivât de malheur à personne ; nous en fûmes quittes pour la peur et quelques vexations dont nos chrétiens du centre eurent à souffrir. Quoique les populations fussent devenues plus ou moins antipathiques aux chrétiens, je dois dire que, presque par-tout où ils purent recourir à l’intervention des mandarins, ceux-ci leur donnèrent raison en voilant plus ou moins la question de religion.
« Sauf ces petites misères, il n’y a pas eu d’événement extraordinaire, et l’on peut dire que nous avons passé une assez bonne année. Le bon Dieu a daigné bénir nos efforts ; pour la première fois, le chiffre de nos confessions annuel-les dépasse 9.000 ; celui de nos baptêmes d’adultes s’est maintenu au-dessus de 500. Le mouvement de conversion est surtout sensible dans les provinces du nord-est et du sud-est confiées à MM. Robert et Poisnel ; chacun de ces confrères a eu la joie de régénérer dans les eaux du saint baptême un grand nombre d’adultes, et il eût été plus consi-dérable encore si nous nous étions montrés aussi faciles que les années précédentes ; mais, dans notre petit synode, nous avions décidé de demander une préparation plus sérieuse à ceux qu’on admettrait au baptême, de sorte que si nous avons un peu perdu pour la quantité, nous sommes plus sûrs de la qualité. Le nombre des catéchumènes portés sur les listes est bien consolant ; évidemment, tous ne tiendront pas bon ou ne seront pas en état d’être baptisés à l’automne prochain ; cependant, avec la grâce de Dieu, nous esperons une assez belle moisson.
« A la capitale, j’ai eu près de 800 confessions annuelles et plus de 50 baptêmes d’adultes. A cause de la difficulté de vivre, beaucoup de chrétiens ont quitté Séoul pour aller s’établir en province ; ceux qui restent sont presque tous aussi dans la misère ou, ce qui n’est pas moins dangereux et pénible, obligés de vivre au milieu de leur famille païenne. Le nombre des ménages entièrement chrétiens n’est que la petite minorité ; dans les autres, c’est tantôt le père, tantôt la mère ou un des enfants qui, ayant eu le bonheur de re-cevoir le baptême, pratique la religion à l’insu des autres membres de la famille, et est obligé d’inventer mille pré-textes pour échapper aux superstitions. Malgré ces diffi-cultés, il y a eu plus de 50 retours de vieux retardataires, et je compte de 90 à 100 catéchumènes qui ont déjà com-mencé à apprendre les prièies.
« Au mois de mars, nous avons pu, malgré notre situation encore si précaire, ouvrir à Séoul un établissement de la Sainte-Epfance, et depuis lors, c’est-à-dire dans l’espace de cinq mois, nous avons déjà recueilli 39 enfants dont 13 sont morts avec le baptême, et 26 sont vivants. Ce nombre serait encore plus considérable si nous pouvions nous pro-curer des nourrices, et surtout si l’on ne craignait de trop attirer les regards et d’exciter les soupçons des païens en réunissant un trop grand nombre de petits enfants dans la même maison. Ah ! si nous avions un peu plus de liberté et quelques religieuses pour tenir notre Sainte-Enfance ! En Kyeng-Syang-to, l’Œuvre aussi s’est beaucoup déve-loppée depuis le printemps 1885 ; le nombre des orphelins recueillis est aujourd’hui de 60 à 70.
« A Séoul, sous les auspices de la bonne Vierge, nous avons commencé une Œuvre bien nécessaire et que je crois très agréable au Cœur de notre divin Maître : c’est une maison de refuge pour les vieillards sans asile. Depuis le 2 juillet, le nombre des vieux et des vieilles recueillis est de près de 20, et celui des demandes d’admission est fort con-sidérable. Mais, là aussi, comme pour la Sainte-Enfance, nous devons modérer notre zèle, de crainte de causer quel-que malheur ; et cependant, combien est digne de pitié la position de ces pauvres gens vivant d’aumônes ou logés chez des païens, et ne pouvant recevoir les sacrements à l’article de la mort !
« M. Mutel, chargé du district de la capitale, a eu 570 con-fessions annuelles dont 36 dataient de dix-neuf ans et plus. Il a baptisé 71 adultes et a pu inscrire 176 catéchumènes. Ce district augmente d’importance d’année en année. Il y a eu un mouvement remarquable de conversion en parti-culier dans la préfecture de Siou-ouen ; pour seconder ce mouvement, il nous faudrait quelques catéchistes unique-ment occupés de prêcher les païens et d’instruire les caté-chumènes ; nous allons essayer d’y pourvoir.
« Rien de particulier à dire du district confié à M. De-guette. Ce confrère a eu 1.109 confessions annuelles et 45 baptêmes d’adultes ; il a une centaine de catéchumènes.
« M. Doucet a eu 1.436 confessions annuelles et 32 bap-têmes d’adultes ; ce confrère m’écrit : « Je serais heureux de pouvoir donner quelques détails satisfaisants sur le district de Tchyoung-tchyeng-to. Cependant je dois dire qu’il reste encore bien des ruines à relever. » « Je pos-sède à Asan deux pépinières de catéchumènes, et je me promettais une bonne récolte pour la nouvelle administration, quand, tout à coup, a éclaté une persécution locale qui est venue jeter la consternation, chez ces nou-veaux convertis. L’un d’eux, le jeune catéchiste Sin, a eu à subir les plus cruels tourments ; mais, malgré cela, il est demeuré férme dans sa foi. De retour chez lui et comme estropié, il répondit à ses parents qui se lamentaient de le voir dans un si déplorable état : « Battu, fouetté, insulté, je pensais à Notre-Seigneur attaché à la colonne où il fut battu de verges ; suspendu à la poutre, je pensais à Jésus attaché à la croix, et de ma vie je n’ai éprouvé une aussi grande joie ; c’est pourquoi je vous prie de ne point vous décourager. Et maintenant, quelle ne serait pas ma dou-leur si, d’enfants de Jésus-Christ, je vous voyais retomber dans les griffes de Satan. »
Kyeng-Syeng-to. _ La grâce de Dieu suit parfois des voies extraordinaires pour amener les âmes au salut.
« A Tchil-Kol, écrit M. Robert, une sorcière, ou si vous préférez, une diseuse de bonne aventure, ayant assisté aux prières de nos chrétiens, sans qu’ils s’en aperçussent, s’en alla aussitôt publier dans le village voisin que les habitants de tel endroit étaient chrétiens, qu’ils récitaient une foule de prières, et que cela lui paraissait bien beau. Quelques jours après, une femme païenne, qui avait entendu les paroles de la sorcière, venait trouver le catéchiste pour lui dire qu’elle aussi voulait apprendre à prier. Cette femme fut instruite et instruisit elle-même ses fils et ses petits-fils, ses brus et le reste de sa famille ; de sorte que tous les gens de la maison ont pu recevoir le baptême cette année, tandis que la sorcière roule toujours pour chercher, fortune, sans se douter qu’elle la fait trouver aux autres. »
« A Cai-Kou, le mouvement religieux s’accentue de plus en plus, et les chrétiens y sont d’une très grande ferveur. Ce qui semble stimuler leur zèle et amener les païens à embrasser notre sainte religion, c’est l’Œuvre des enterrements religieux gratuits, établie depuis quatre ou cinq ans par les chrétiens eux-mêmes, et que je m’efforce de soutenir et d’encourager. »
M. Robert a eu, pendant le cours de son administration, 1,444 confessions annuelles et 127 baptêmes d’adultes.
M. Liouville, en Yel-la-to, a eu 1,486 confessions an-nuelles, 8 baptêmes d’adultes et 54 nouveaux catéchumènes. Les chrétiens de cette province ont eu à souffrir quelques vexations locales qui ont heureusement cessé, grâce à la bonne volonté des mandarins ; les récoltes ayant été très mauvaises, les chrétiens sont dans une très grande misère, et comme ils habitent presque tous dans les montagnes, les païens les regardent comme des voleurs et leur suscitent des difficultés.
Kang-Ouen-to. _ « La partie de Kang-Ouen-to que j’étais chargé de visiter, se compose, écrit M. Poisnel, de chrétientés petites , généralement ferventes, d’une administration pleine de consolation. L’histoire de leur pau-vreté n’est plus à faire ; elle est actuellement lamentable; les pluies continuelles de l’été dernier n’ayant pas permis aux moissons de mûrir dans les montagnes. Malgré ces misè-res corporelles qu’on voudrait pouvoir toutes soulager, mais acceptées du reste, avec une résignation et une confiance en Dieu admirables, ces pauvres chrétiens ont trouvé dans leur foi les moyens non seulement de conserver, mais en-core de multiplier leurs lieux de réunion. A ce point que sur une étendue de pays, qui, tout compté, n’offrait que 20 stations l’année précédente, j’ai pu tenir l’hiver dernier 39 Kongsos. »
« Au district d’Ichyen une douzaine de petits villages groupés autour de Syep-Kol semblent lutter de zèle pour amener à l’Église de nouvelles recrues. J’ai recueilli par là une moisson de 50 baptêmes et enregistré plus de 100 ca-téchumènes. C’est, à n’en pas douter, l’heure de la grâce, et pour peu qu’il plaise à Dieu de la faire durer, on peut espérer que la religion fera bientôt dans ces parages de rapides progrès, et que chaque recoin de la montagne
pourra abriter un hameau chrétien.
« Le chiffre total des confessions annuelles, entendues par M. Poisne, la été de 1,185, et celui des baptêmes de 144.
« M. Josse a fait ses premières armes en Tjyël-la-to où il a eu 1,644 confessions annuelles, et 27 baptêmes d’adultes avec 128 catéchumènes. Ce cher confrère m’écrit : « L’esprit des chrétiens m’a semblé être fort bon, et ils paraissent disposés, en plusieurs localités du moins, à s’occuper de la conversion des païens. Un ou deux catéchistes travaillent activement, et j’espère que Dieu bénira leurs efforts. Plu-sieurs chrétientés de ce district ont subi quelques vexa-tions ou persécutions qui n’ont point eu de conséquences graves.
« A l’automne, c’est-à-dire dans un mois ou deux, nous allons inangurer notre petit séminaire. L’état précaire dans lequel nous vivons et notre nombre insuffisant m’avaient fait hésiter jusqu’ici ; mais la divine Providence, en nous renvoyant nos élèves du collège de Pinang, semble nous reprocher ce manque de confiance. Si nous avions un peu plus de liberté, ce petit séminaire, comme notre collège chinois de la capitale, prendrait facilement une grande extension. Mais nous en sommes toujours aux espérances non réalisées. Après la guerre de Chine, tout le monde disait que la France se hâterait de venir signer son traité avec la Corée ; mais quoique la paix avec la Chine ait été signée le 9 juin, on n’entend encore parler de rien. Un bruit qui circule depuis quelque temps cause, au contraire, les plus grandes inquiétudes à nos chrétiens : on annonce le retour prochain du vieux Régent, entre les mains duquel on remettrait les rênes du gouvernement, sous prétexte que le roi actuel est trop faible pour gouverner. Convaincu que cet ennemi acharné du nom chrétien ne fera et ne pourra faire que ce que le bon Dieu lui permettra, je ne pense pas qu’il y ait lieu de croire tout perdu. Cependant le retour de cet homme, encore couvert du sang de tant de milliers de chrétiens qu’il a fait massacrer, n’est pas précisément de nature à rassurer les parents des victimes.
« Une autre misère encore dont nous sommes menacés, c’est l’invasion des ministres protestants. Déjà plus d’une dizaine d’entre eux sont venus, ainsi que deux ou trois ministress; pour le moment, ils se livrent à l’étude de la langue et cachent même leur titre de prédicants. Ce sont tous des Américains qui profitent, pour s’installer, de l’absence du consul d’Amérique. Notre position, à nous, ne laisse pas que d’avoir un côté assez étrange. Tandis que les prédicants de l’erreur peuvent circuler et agir tout à leur aise, nous, les prédicateurs de la vérité et de la vraie liberté, nous avons pour ainsi dire pieds et mains liés, avec la seule ressource de circuler en cachette comme dés malfaiteurs.
« Heureusement nous travaillons pour le bon Dieu et sous l’œil de Dieu, qui sait mieux que nous la dose de liberté qui nous convient ; et comme saint Paul nous pou-vons dire : Ventas non est alligata. _ Exsurgat Deus et dissipentur inimici ejus, ut serina Dei citius currat et clarifficetur ! »




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