| Année: |
1886 |
| Pays: |
Corée du Sud |
| Mission: |
Corée |
| Rédacteur: | Mgr Blanc |
II. - Corée.
Population catholique .................14,039
Baptêmes de païens....................661
Baptêmes d'enfants de païens ..........1,918
« Nous avons, grâce à Dieu, nous écrit Mgr Blanc, passé une année bien tranquille; l'administration des sacrements s'est faite dans de bonnes conditions, sans le moindre accident; les résultats sont assez satisfaisants, quoique nous soyons encore loin des conversions en masse qui, dans d'autres missions, procurent tant de gloire à Dieu et tant de consolations à ses serviteurs.
(i) 18 mars 1887. Un télégramme de Shang-Haï nous annonce la douloureuse nouvelle de la mort de Mgr Boyer.
« Jusqu'ici, ce qui fait que nos succès sont si modestes c'est que nous n'avons, ni ne pouvons encore avoir aucune communication immédiate avec la population, aucune action directe sur les païens.Toutes les conversions que nous enregistrons sont dues uniquement, après la grâce de Dieu, au zèle de nos chrétiens. Quand un de nos néophytes a pu convaincre un païen de la vérité de notre sainte religion, il lui fait apprendre les prières et le catéchisme, et si, au passage du missionnaire, la préparation est suffisante, on lui amène alors le catéchumène au lieu de réunion pour lui faire recevoir le baptême, sinon on le fait attendre jusqu'à l'année suivante. Jadis, Mgr Daveluy disait que, pendant vingt ans de mission, il n'avait adressé qu'une fois la parole à un vrai païen; actuellement nous n'en sommes pas là, et peu à peu, nous essayons de prendre notre place au soleil, sans toutefois compromettre les chrétiens, qui nous reçoivent chez eux ou nous accompagnent pendant les voyages. Notre position s'est considérablement améliorée durant ces dernières années; espérons que bientôt nous verrons tomber les derniers obstacles qui, jusqu'ici, se sont opposés à la propagation de notre sainte religion. Puissions-nous bientôt. nous organiser ouvertement pour combattre les combats du Seigneur, et faire entrer dans le bercail du divin pasteurtant d'âmes de bonne volonté, que le sentiment de la peur retient seul aujourd'hui !
« Voici maintenant quelques mots sur l'état de' la chrétienté de Corée. La capitale continue à donner son contingent ordinaire de baptêmes d'adultes: il y en a eu, cette année, 67 (au lieu de 50 en 1884) avec près de 40 confessions de retardataires de 1866 et 800 confessions annuelles. Il y a encore un bon nombre de catéchumènes, un peu dans toutes les classes de la société; il suffirait d'un peu de liberté pour augmenter la bonne volonté, d'un grand nombre. Espérons que le divin Maître, nous l'accordera bientôt.
« M. Poisnel chargé de la province de Kyeng-Kei a eu 791 confessions annuelles et 41 baptêmes d'adultes; ce confrère dit dans son compte rendu : « Mon district continue à augmenter d'importance : le nombre des « confessions entendues cette année dépasse de 200 le chiffre de « l'exercice « précédent. Il faut attribuer cet accroissement, d'abord à un mouvement « d'émigration des chrétiens des provinces éloignées, que l'espérance de la « liberté religieuse prochaine attire dans le voisinage de la capitale, « ensuite aux nombreux baptêmes de l'an dernier, enfin au réveil des « anciens chrétiens, qui reviennent à la pratique des sacrements « abandonnée depuis la persécution de 1866. J'ai eu la joie de recevoir une « cinquantaine environ de ces pauvres égarés qui, heureux d'avoir retrouvé « la vérité et la paix, ont promis d'en amener d'autres.
« Ce mouvement de conversion s'est fait surtout sentir à Yang-Syeng où il reste « beaucoup d'endormis, et à Ryong-In où les chrétiens venus du centre occupent de « nouveau la vallée de Toui-Kol qui était, il y a vingt ans, le centre de douze chrétientés « florissantes, Les païens des environs reconnaissent la vérité de notre sainte religion, et, « quoiqu'ils n'aient pas encore le courage de « l'embrasser, plusieurs déjà ont fait baptiser « leurs enfants à l'article de la mort. Au point de vue de l'instruction religieuse, les « chrétiens des poteries sont généralement plus avancés que les cultivateurs. Quand,
« certaines familles, perdues pour ainsi dire au milieu des païens, pourront se fixer dans un « milieu plus favorable, en se rapprochant des villages chrétiens, l'ignorance cessera avec « les causes qui l'ont produite. Je compte à peu près 80 catéchumènes qui n'ont pas encore « eu le temps de se préparer suffisamment. »
« M. Doucet chargé de la grande province du Centre, a eu 1,857 confessions annuelles « et 68 baptêmes d'adultes. « Sa Grandeur n'ignore pas, m'écrit ce confrère, que je possé« dais, l'année dernière, trois chrétientés qui étaient des pépinières de nouveaux « convertis; mais hélas! les choses ont bien changé depuis : la famille Sin plus ou moins
« décimée a cru bon d'émigrer, et par là même, les catéchumènes de ce lieu ont été « abandonnés. Les Sin, heureux d'avoir eu à souffrir quelque chose pour la cause du Divin « Maître, se font remarquer, partout où ils sont, par une foi vive et une piété sincère. « Généralement, les chrétiens de Tchyoung-Tchyeng-To sont bons et fervents; ce « pendant ceux qui habitent dans des villages païens laissent à désirer sous le rapport de « l'instruction et de l'observation du dimanche; aussi je fais tous mes effort pour les « porter à s'établir au milieu des chrétiens. » Dans ce district une cause de grande fatigue pour le missionnaire est le travail de nuit. Souvent après une journée des mieux remplies, il faut veiller jusqu'à une heure fort avancée, pour donner les sacrements à des chrétiens qui n'ont pu réussir qu'à la faveur des ténèbres, à tromper l'attention de leurs voisins païens.
Tjyen-La-To forme deux districts; le sud de la province est administré par M. Liouville dont le compte rendu accuse 1,550 confessions annuelles et 25 baptêmes d'adultes.
C'est en visitant la partie nord qui lui était confiée, que le regretté P. Josse, arrêté au beau milieu de ses travaux, a succombé aux attaques de la fièvre. « Ayant eu, dit Mgr Blanc, le bonheur de mourir sur le champ de bataille, il a été assez heureux pour se présenter devant le divin Maître avec 1,089 confessions annuelles et 29 baptêmes d'adultes. »
Le P. Robert a eu la joie d'entendre 1,700 confessions annuelles et de baptiser 158 adultes . Son district est formé en grande partie par la province de Kyeng-Syang. « Les chrétiens, écrit ce missionnaire, tous néophytes dans la foi, y sont en général très fervents; surtout ils travaillent avec un zèle admirable à la conversion des païens, sans s'inquiéter du dommage qui pourra parfois en résulter. Un païen vient-il à embrasser la religion, qu'avant même de s'être préparé au baptême, il s'empresse d'instruire ses proches, s'il en a, sa femme et même ses voisins. S'il survient quelque difficulté, il ne se décourage pas, mais va consulter les chrétiens qu'il connaît, s'inspire de leurs conseils, met au feu les objets de superstition qui se trouvent dans sa maison, rompt avec ceux qui sont pour lui une occasion de péché, fussent-ils ses parents; et si sa position devient intenable, il émigre et va s'établir ailleurs, mais toujours dans quelque village chrétien. A la ville de Tai-Kou, les femmes surtout, sont d'une ferveur qui va quelquefois jusqu'à l'imprudence, et que le catéchiste a de la peine à modérer. J'ai été moi-même obligé dé les en réprimander, leur recommandant d'y aller plus doucement. » L'uvre des enterrements et celle de la Sainte-Enfance, touten continuant à porter leurs fruits, servent pour les païens qui en sont témoins, de prédication plus efficace souvent que les plus beaux discours.
Mêmes magnifiques résultats dans la province de Kang-Ouen, confiée aux soins du P. Deguette. Ce confrère écrit à son Vicaire Apostolique : « J'avais espéré une centaine de baptêmes d'adultes ; aujourd'hui, je suis heureux de pouvoir augmenter beaucoup ce chiffre; j'ai trouvé, contre toute attente, un bon nombre de catéchumènes tous bien préparés et très désireux de recevoir le baptême, si bien que j'ai la joie de vous annoncer en tout 150 baptêmes. Ce nombre, je le sais, ne manquera pas de vous rendre heureux, surtout si j'ajoute qu'à l'automne prochain, il sera certainement dépassé. Parmi ces nouveaux baptisés, on compte 5 ou 6 maîtres d'école assez forts en chinois et qui pourront, plus tard, être utilisés pour la mission.
« Une bonne nouvelle aussi : on annonce la conversion d'un grand village composé d'une vingtaine de maisons, sur lesquelles sept sont déjà devenues des maisons de catéchumènes très fervents; le reste est indécis, mais il faut un rien pour que la chose tourne du bon côté. On annonce d'autre part qu'un peu plus loin, il y a quatre familles de catéchumènes qui apprennent en ce moment la doctrine. Sans nul doute, la cause de ces conversions se trouve uniquement dans les fruits du saint Sacrifice; car, humainement parlant, les hommes sur lesquels on pourrait compter n'abondent pas dans ces parages; c'est donc tout à fait l'ouvrage du Bon Dieu: Gloire à Dieu, amour à Marie! »
M. Deguette a entendu 1,465 confessions annuelles.
M. Couderc a fait ses premières armes dans les deux provinces du Nord-Ouest; mais il a beaucoup plus de lieues à parcourir que de chrétiens à administrer. Il a eu cependant 287 confessions annuelles et 41 baptêmes d'adultes. Entre plusieurs traits, rapportés par ce missionnaire, de la providence spéciale dont le bon Dieu entoure les siens, nous citons le suivant :
« Avant de partir pour Hpyeng-Yang, ne voyant pas arriver les courriers pour l'heure attendue, je n'étais pas sans quelque chagrin. Hélas, que ma vue était bornée! Je ne savais pas que le froid, qui retardait les courriers, m'amenait une pauvre femme âgée de soixante-dix ans, sans parents; ni feu ni lieu. Elle voyait la mort venir à grands pas avec l'enfer dont elle est suivie, comme elle avait appris que cela arrive aux hommes qui meurent dans le péché. Depuis vingt ans elle croyait tous les chrétiens massacrés, et, voulant être chrétienne, elle ne savait à qui s'adresser. Arrivée dans notre village, elle demanda à y rester au moins pour la nuit, et, quoiqu'il ne fut que midi, on n'osa pas lui dire non, tant sa misère était grande et le froid rigoureux. On m'annonça son arrivée et dans quelles conditions; je dis à mon ancien servant d'aller l'interroger, et c'est alors qu'elle raconta avec larmes ce que j'ai dit d'elle en quelques mots. Je donnai ordre de la recevoir dans ma maison et de commencer son instruction aussitôt après mon départ, et mon impatience fut calmée. »
« Le divin Maître, continue Mgr d'Antigone, bénit d'une manière sensible les quelques petits établissements que nous avons essayé de fonder, pour procurer sa plus grande gloire, et venir au secours spirituel et temporel de nos chrétiens pauvres. Notre hospice de vieillards a toujours été rempli de chrétiens et de païens, et nous avons eu la consolation de voir mourir enfants de la sainte Église, plusieurs de ces derniers qui y étaient entrés, dans l'unique but de ne pas tomber d'inanition dans la rue. Peu à peu, les circonstances nous ont forcés de donner à cet établissement une destination nouvelle aujourd'hui, c'est un hospice hôpital dans lequel nous recevons et soignons les chrétiens, quoique jeunes, qui, gravement malades, sont sans ressource, ou qui, à cause de leurs parents païens, se trouvent dans l'impossibilité de recevoir les sacrements à leurs derniers moments. Ah! si nous avions un peu plus de liberté, quel bien nous pourrions faire à nos chers Coréens! Notre hospice étant aujourd'hui connu à peu près de tout le monde, notre seul regret est de ne pas pouvoir accueillir tous ceux qui nous sont présentés pour y entrer.
« Notre collège chinois n'a jamais été aussi prospère que cette année; un moment, il a compté plus de quarante élèves païens ou chrétiens. Il nous a donné quinze baptêmes d'enfants, sachant très-bien leur catéchisme et leurs prières.
« L'orphelinat de la Sainte-Enfance à Séoul a pris aussi de grandes proportions. Le nombre des enfants qui y ont été admis dépasse 250, sur lesquels 157 sont morts avec le saint baptême, et sont allés au ciel augmenter la phalange des petits anges, et prier pour leurs bienfaiteurs auxquels ils doivent le bonheur de jouir de la vision de Dieu. A l'époque du choléra, nous avons été dans une bien grande inquiétude; nous avons craint un moment que tous nos enfants ne fussent emportés par le fléau. Depuis lors, les vides se sont comblés de nouveau, et le nombre des enfants entretenus à Séoul est encore de quatre-vingts. En province nous en avons aussi à peu près cent cinquante, élevés chez des chrétiens.
« Notre Petit-Séminaire confié aux bons soins de M Maraval, se trouvant dans des conditions moins favorables, n'a pas pu se développer encore beaucoup. Le nombre des élèves n'a pas dépassé la dizaine. Pour le moment, nous cherchons à le transporter ailleurs. Le maître de chinois et un élève ont été emportés par le choléra.
« Ce fléau, qui nous a visités deux mois durant, a fait un nombre de victimes très considérable; dans la capitale, en particulier, on estime que nous avons perdu un dixième de la population chrétienne; je ne parle pas des païens dont on porte le nombre des morts à un chiffre fabuleux. Comme toujours, le bien s'est trouvé à côté du mal, et, grâce à cette terrible épidémie, nous avons eu la consolation de voir le retour d’un bon nombre de gens timides ou peureux. Nous avons eu aussi quelques baptêmes de païens in articulo mortis. »
L’imprimerie de la mission, installée à Nagasaki, a été transportée en Corée. M. Coste, provicaire, a repris à Séoul même les travaux commencés au Japon. Outre plusieurs ouvrages de doctrine ou de piété en voie de publication, nos confrères espèrent pouvoir incessamment imprimer l’Histoire de l’Église de Corée. La traduction en coréen de cet ouvrage est presque achevée, et les chrétiens en attendent avec impatience la publication.
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