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Rapport annuel des évêques

Année: 1887
Pays: Corée du Sud
Mission: Corée
Rédacteur:Mgr Blanc

II.  Corée.


Population catholique 14,247
Baptêmes de païens 583
Baptêmes d’enfants de païens 2,825


« Comme vous le voyez par les chiffres qui précédent, nous écrit Mgr Blanc, peu à peu nous gagnons du terrain, et chaque année voit s’augmenter le nombre des adorateurs du vrai Dieu. Cependant, les causes qui ont jusqu’ici empêché l’élan des conversions n’ayant pas disparu par la signature du traité franco-coréen, nous ne pouvons que glaner çà et là quelques épis choisis pour les ajouter à la moisson.
« Nous n’avons pu commencer encore nos travaux de construction ; mais, avec la grâce de Dieu, j’espère que ce sera fait avant l’hiver. Le terrain que nous avons pu acheter, au centre de la ville, est bien placé et suffisamment vaste, pour y installer nos principaux établissements.
« L’administration des sacrements, dans les provinces, s’est faite sans accident et dans les meilleures conditions. M. Déguette, chargé de la province de l’Est, a visité 40 stations, entendu environ 1,400 confessions annuelles, et baptisé 60 adultes. Le nombre des baptêmes, inférieur à celui de l’an dernier, a été abondamment compensé par le retour des tièdes et des apostats de 1866. Une des difficultés de ce district est la longueur des routes : M. Déguette a eu à faire 80 lieues, pour visiter trois petites chrétientés du Nord-Est. C’est dans ce district que se trouve Htyei-tchyen, jadis renommé comme centre de nombreuses chrétientés, et à cause du collège de la mission ; mais, précisément à cause de cela, cette préfecture a été le principal théâtre de la persécution de 1866. Aujourd’hui encore, beaucoup de ces chrétiens vivent isolés au milieu des païens, toujours tremblants au souvenir des mauvais jours, sans avoir le courage de se relever, de se débarrasser des entraves qui les retiennent captifs ; beaucoup peut-être ne connaissent point le retour des missionnaires au milieu d’eux.
« A quelque distance de là, un village chrétien, composé d’abord de douze ou treize maisons, vient de s’augmenter par la conversion extraordinaire, presque miraculeuse, de trois familles. Voici comment. A cent pas du village, sur le bord de la grand’route, se trouvaient trois maisons ou auberges, qui avaient été jusque-là une grande source d’inquiétude pour les chrétiens, toutes les fois que le missionnaire visitait leur village. Un des aubergistes, nommé An, de la corporation des portefaix, et dont les antécédents étaient assez mauvais, se mit un jour en tête de faire main basse sur le village chrétien. Il se disait : « A coup sûr, les gens de « ce village sont des chrétiens ; mais pour arriver plus sûrement à mon but, il me faudrait « quelque preuve en main. » Là-dessus, il se dirige vers le village, et entre furtivement dans le parloir d’une des maisons. Après avoir épié les allées et venues, seul et à son aise, il furète partout, et, ne trouvant qu’une petite bourse appendue à la muraille, il l’ouvre et y trouve, ô bonne fortune !… un chapelet ! D’une main avide, il saisit le chapelet, et, content de sa trouvaille, il retourne chez lui. Qui l’aurait cru ? Sans qu’il le sût alors, il se trouvait pris dans ses propres filets.
« Une fois chez lui, An se dit : « Maintenant que j’ai une preuve en main, cela me suffit à « la rigueur, et je suis sûr de mon coup ; cependant, mieux vaudrait encore ajouter à cette « preuve le témoignage sorti de la bouche du propriétaire de cet objet. » Aussitôt, sans rien dire à personne de son projet, mais mû à son insu par l’objet mystérieux, il se rend chez le maître du chapelet, auquel, après les saluts d’usage, il demande d’un air assuré : « Quelle est « donc cette doctrine étrange que tu suis en cachette, ainsi que tous les gens du village ? Cela « fait du bruit dans la contrée ; tout le monde en cause ! » Le chrétien lui répondit sans la moindre hésitation : « La doctrine que je pratique est la religion du Maître du Ciel (Dieu) ; « elle est bonne, et c’est pour cela que tous les gens du village la suivent. Toi aussi, si tu veux, « tu pourras te joindre à nous. Cette doctrine, voici en quoi elle consiste… », et sur-le-champ, il lui explique avec calme les dix commandements et les principales vérités de la religion….
« Le païen An, qui était venu pour tout casser, écoute en silence ; au bout de quelque « temps, il se déclare satisfait, et ajoute : « Mais, dis-moi, est-ce que tu n’as rien perdu ? ― « J’ai perdu quelque chose de bien précieux pour moi, répond le chrétien ; on m’a pris mon « chapelet, un objet de piété dont nous nous servons en faisant nos prières. » A ces mots, le païen l’arrête tout court, tire sur les cordons de sa bourse et exhibe le précieux chapelet, en disant : « Ne crains rien, c’est moi qui l’avais pris dans telle et telle intention, mais maintenant « mon cœur est changé. Tout ce que tu viens de me dire sur la religion est admirable ; moi « aussi, je veux embrasser cette religion, dès aujourd’hui ; si tu consens à m’instruire, je « viendrai auprès de toi apprendre les prières, et ferai tout ce que tu me diras. » Inutile de peindre la stupéfaction joyeuse du chrétien en entendant ces paroles. Évidemment, ce n’était pas les quelques mots qu’il avait dits tant bien que mal sur la religion, qui avaient pu produire un pareil résultat ; seule, l’influence mystérieuse du chapelet, ou plutôt de la bonne Vierge, avait pu dompter ce caractère violent. De retour chez lui, le nouveau converti se met à évangéliser ses voisins, qui accueillent avec joie la bonne nouvelle. Aujourd’hui, ces trois familles apprennent prières et catéchismes, et sont animées d’une grande ferveur. Gloire et reconnaissance à Marie, Reine du saint Rosaire !
« M. Déguette, établi près du port de Ouen-san, annonce aussi un mouvement considérable de conversions dans le voisinage.
« M. Couderc a visité 37 chrétientés dans les deux provinces du Nord-Ouest, et une partie de celle de l’Est ; il a entendu plus de 1,400 confessions annuelles, baptisé 51 adultes ; mais, pour cela, il a été obligé de faire une route de 330 lieues. Ce district se divise en trois portions : le côté Est, le Centre et le côté Ouest. L’Est comprend la partie montagneuse, où l’on mange la pomme de terre et le gland, et la partie de ravins et de rizières. Les néophytes sont, en général, d’anciens chrétiens qui pratiquent assez bien, mais dont le zèle, en face des païens, est paralysé par la peur ; d’où, peu ou point de baptêmes d’adultes. Dans le Centre, au contraire, les chrétiens, beaucoup plus pauvres des biens de la terre, sont plus fervents et plus courageux vis-à-vis des païens ; l’an dernier, il y eut là 80 baptêmes d’adultes ; cette année encore, malgré la disette et la peste, il y en a eu 24, et près de 80 catéchumènes. Parmi ces 24nouveaux baptisés, M. Couderc dit en avoir trouvé au moins une dizaine, qui n’avaient jamais sciemment commis un péché mortel.
« L’Ouest est la partie la plus pitoyable de ce district. L’état de ces pauvres chrétiens est « écœurant, m’écrit le missionnaire. Presque tous sont sans maison, vivant par ci par là chez « les païens ; le père de famille erre des mois entiers à droite et à gauche, laissant sa femme et « ses enfants chez un chrétien qui aura l’avantage d’avoir un toit de chaume. J’ai trouvé une « maison, où il y avait au moins sept ou huit ménages étrangers ! De là, quels « inconvénients ! » Pour Tâcher d’améliorer cette situation déplorable, j’ai envoyé M. Rault s’établir au milieu de ces pauvres chrétiens, avec la mission de les grouper, de les réunir en villages, en un mot de les aider, tant au temporel qu’au spirituel. Dans la province du Nord-Ouest, qui était aussi désolée que celle-là, nous avons déjà pu réussir à former deux villages chrétiens, qui servent aujourd’hui d’asile, et fournissent des moyens d’existence à plus de 200 néophytes.
« M. Poisnel est chargé de la province du Centre, où se trouve la capitale. Dans les 32 chrétiens qu’il a visitées, il a entendu plus de 1,100 confessions annuelles, dont 53 de retardataires d’au moins 20 ans ; il a baptisé 34 adultes. La disette et le choléra ont grandement entravé le mouvement de conversions qui s’était manifesté dans ce district. »
M. Doucet, dans la province du Centre-Ouest, a entendu environ 1,400 confessions annuelles dans ses 32 chrétiens, et baptisé 42 adultes. Voici quelques passages de son compte rendu : « Et, d’abord, je ne saurais passer sous silence l’élan produit par l’indulgence du Jubilé ; tous mes chrétiens se sont fait un devoir de profiter de cette précieuse faveur. c’est avec les larmes aux yeux que, dans chaque chrétienté, je vis arriver, de plusieurs lieues de distance, le père ou la mère portant son enfant sur le dos, le viellard appuyé sur son bâton, la jeune fille ou la femme noble, profitant des ténèbres de la nuit pour cacher aux yeux des païens leur pieuse fraude ; tous étaient las à n’en pouvoir plus. Cependant, je ne saurais dépeindre la joie qui brillait sur le visage de tous ; oh ! vraiment, nous sommes les bénis du divin Maître ! Pauvres enfants ! il y a plus de cinquante ans qu’on leur parle de liberté ! Pendant ce temps, ils ont eu bien des larmes à essuyer, bien des dangers à courir. L’année dernière, ils crurent enfin avoir trouvé un terme à leurs maux, quand, une fois encore, ils se virent déçus dans leur espérance. Malgré cela, plusieurs vieillards disent qu’avant leur mort, le bon Dieu leur fera la grâce d’admirer la première église de Corée. Puisse leur pieux désir s’accomplir ! … »
M. Liouville, dans la province du Sud-Ouest, a visité 46 chrétientés, entendu plus de 1,300 confessions annuelles et baptisé 21 adultes. En se rendant dans sa dernière chrétienté, le cher Père a été atteint de la fièvre : « J’ai pu quand même, écrit-il, achever de donner les sacrements et me rendre chez moi, mais non sans beaucoup de peine. Arrivé dans ma maison, ma maladie a augmenté ; je me suis vu sur le point de mourir, et le P. Doucet est venu pour m’assister. » Grâce à Dieu, notre confrère s’est, depuis lors, complètement rétabli ; mais, comme ses forces ne semblaient plus répondre au travail pénible de l’administration, il a été placé au séminaire, nouvellement établi près de la capitale.
« En Tyen-la-to, M. Baudounet a donné les sacrements dans 50 chrétientés, entendu plus de I,600 confessions annuelles, mais il n’a eu que 15 baptêmes d’adultes. Ce confrère attribue cette diminution du chiffre des baptêmes au choléra et à la disette qui ont bouleversé le pays. Trois nouvelles chrétientés se sont formées dans ce district, par suite de l’émigration de quelques familles ; grâce à ces chrétiens nouvellement établis dans une région toute païenne, on a pu découvrir, dans le voisinage, un village composé tout entier de chrétiens, fervents avant 1866, mais qui, depuis la persécution, avaient laissé de côté toute pratique religieuse. La peur étant la seule cause de leur apostasie, on espère qu’ils reviendront peu ; déjà, ils commencent à entretenir des relations suivies avec nos chrétiens ; peut-être, à l’automne, seront-ils prêts à recevoir les sacrements. M. Baudounet se réjouit d’inscrire sur ses listes une gerbe de près de 400 petits païens, baptisés à l’article de la mort, et qui, de fait, pour la plupart, se sont déjà envolés au Ciel : preuve évidente du zèle que mettent ses chrétiens à procurer la gloire de Dieu et le salut de leurs frères païens. »
M. Robert, toujours chargé de la province du Sud-Est, a parcouru 34 chrétientés, entendu plus de 1,000 confessions annuelles et baptisé 68 adultes. « Les chrétiens du district de Kyeng-syang-to, écrit-il, se sont montrés très empressés à gagner l’indulgence du Jubilé ; partout, la ferveur et l’enthousiasme ont été remarquables. Les exercises prescrits, pour participer à l’indulgence plénière, ont été fidèlement exécutés, et, au lieu de deux jours de jeûne, j’en ai trouvé plusieurs qui en avaient observé jusqu’à cinq ou six, afin, disaient-ils, d’obtenir plus efficacement la rémission entière de la peine due à leurs péchés. Plusieurs tièdes, qui ne s’étaient pas approchés des sacrements depuis plus de vingt ans, ont profité de cette circonstance si favorable, pour sortir de leur engourdissement et se réconcilier avec Notre-Seigneur ; ces retours ont été pour mon cœur une consolation bien grande, au milieu de toutes les petites misères qu’impose au missionnaire, l’administration souvent si pénible des chrétiens.
« La province de Kyeng-syang, après avoir été désolée en grande partie par la disette, qui a fait un grand nombre de victimes, a été envahie par une de ces maladies qu’on appelle le fléau de Dieu, et que les païens reconnaissent eux-mêmes comme une punition du Ciel ; je veux parler du choléra, qui a sévi avec une fureur telle que, de mémoire d’homme, on ne se rappelle pas avoir jamais vu tant d’existences éteintes, dans l’espace de deux ou trois mois. Des familles entières ont été anéanties : le gouverneur de la province a succombé un des premiers ; depuis son palais jusqu’à la chaumière du plus pauvre campagnard, il n’est pas une maison qui ne compte une, deux, trois, et parfois même quatre ou cinq victimes. Les bras ne suffisaient plus pour enterrer les morts ; on les jetait pêle-mêle à la voirie, sans songer à les recouvrir de quelques pouces de terre ; les chiens et les oiseaux de proie se repaissaient de chair humaine, qu’ils trouvaient partout, jusque sur le bord des chemins. L’air était infecté, et je puis dire que jamais je n’ai été témoin d’un pareil spectacle ; bien qu’il y ait plus de quatre mois que ce fléau a disparu, j’en frémis encore d’horreur ! Il ne fallut rien moins qu’un ordre sévère des mandarins pour rétablir la circulation, qui demeura interrompue pendant plusieurs jours. Ils ordonnèrent, sous les peines les plus rigoureuses, à tout propriétaire de champs, rizières ou terrains quelconques, d’enfouir, dans le plus bref délai, tous les cadavres qui s’y trouvaient déposés. Les mandarins eux-mêmes, effrayés à la vue de tant de victimes, enjoignirent, dans toute l’étendue de leurs districts respectifs, d’offrir des sacrifices pour apaiser la colère du Ciel, irrité contre la Corée. Nos chrétiens se gardèrent bien d’y participer ; les païens firent force supertitions à la la ville et dans la campagne, ce qui n’aboutit qu’à augmenter le nombre des morts.
« A Yeng-tchyen, dans un village païen assez considérable, habitaient deux néophytes lettrés et doués d’une foi vraiment remarquable. Lorsque l’ordre de sacrifier au Ciel arriva de la ville voisine, ils rassemblèrent les habitants de leur village et leur expliquèrent que le Ciel, dont parlait le mandarin, n’était autre chose que le Dieu des chrétiens, que ce Dieu est tout-puissant, infiniment bon et infiniment sage, qu’il récompense les bons et punit les méchants, etc… ; puis ils passèrent en revue toutes les vérités principales de la religion chrétienne ; après quoi, ils leur dirent qu’ils se chargeaient eux-mêmes de prier le Dieu qu’ils adoraient de les prendre tous en pitié, et de faire cesser un fléau qui déjà avait enlevé le quart des habitants du village.
« Pour cela, ils prescrivirent aux païens de préparer à la hâte une tente, au sommet de la montagne voisine. Dès le lendemain, tout le monde se mit à l’œuvre, et bientôt une petite tente était érigée à l’endroit désigné pour le sacrifice. Au jour marqué par le mandarin du lieu, nos deux néophytes, après avoir jeûné et prié le jour précédent, munis d’un crucifix, de leurs livres de prières et d’une image de la sainte Vierge, pénétrèrent dans la tente préparée à cet effet, firent disparaître toute trace de superstition, et commencèrent à chanter à haute voix les litanies des Saints, pendant que les païens, se tenaient à quelque distance, la face contre terre. Deux d’entre eux, ayant vu la manière dont nos chrétiens récitaient leurs prières, s’écrièrent qu’ils n’exécutaient pas les ordres du mandarin, et qu’au lieu de sacrifier, ils faisaient les sorcelleries des chrétiens, etc…Mais, sans se troubler, nos deux néophytes continuèrent à chanter les litanies jusqu’à la fin ; après quoi, il réprimandèrent fortement les deux individus qui avaient osé jeter le trouble dans la cérémonie, leur disant que s’ils persistaient à se montrer rebelles au milieu d’un pareil danger, le Dieu des chrétiens les en punirait. En effet, dès le soir de ce même jour, ces deux païens, frappés par le choléra, périrent misérablement avant la tombée de la nuit, ce qui glaça d’épouvante tous ceux qui avaient été témoins de leur conduite. Il furent les dernières victimes du fléau dans cette localité ; le choléra disparut complètement, après avoir enlevé quarante habitants du village en moins de quinze jours.
« Tous les païens, qui avaient assisté au soi-disant sacrifice, demandèrent aussitôt à être instruits de la religion chrétienne ; aujourd’hui, le nombre des catéchumènes est de 48 dans ce village ; tous sont très fervents et font leurs exercices religieux publiquement, au vu et au su de tout le monde, sans s’occuper des voisins. L’un d’entre eux étant mort, il y a quelque temps, après avoir reçu le baptême, les cérémonies de l’enterrement furent faites publiquement, à la manière des chrétiens : nos deux néophytes récitaient les prières, tandis que les païens, au nombre de plus de quarante, répétaient en coréen l’invocation : « Priez pour lui. » Tout cela me donne à espérer que j’aurai un bon nombre de baptêmes dans ce village à la prochaine administration.
« A An-eui, le catéchiste, Tchoi Augustin, prodigua ses soins aux malades, avec un zèle et une ferveur extraordinaires. Comme il s’entend un peu en médecine, et que son habileté lui a déjà acquis une certaine renommée, il était appelé, jour et nuit, par les païens des environs, auprès des malades attaqués du choléra. Après s’être servi de plusieurs drogues sans effet, il comprit que le mal était sans remède. Prenant alors son crucifix, et le déposant sur une table auprès d’un moribond qu’il était allé voir, il se mit à réciter à haute voix les litanies des saints ; il expliqua ensuite à qui voulait l’entendre les vérités premières de notre sainte religion. Ses paroles claires, remplies d’onction et accompagnées de la grâce de Dieu, touchèrent le cœur de plusieurs païens, qui, aussitôt, demandèrent à s’instruire de la religion. Parmi les cholériques qu’il visita, plusieurs revinrent à la vie, et les autres reçurent le baptême à l’article de la mort ; le nombre de ces derniers est de neuf, qui tous furent enterrés chrétiennement. Grâce au dévouement du catéchiste Tchoi, le nombre des catéchumènes a augmenté sensiblement, et aujourd’hui il dépasse la quarantaine. Ce zélé catéchiste s’empresse de les instruire et de les consolider dans la foi. »
La chrétienté de Tai-kou, dont le P. Robert était si content, après avoir passé par les épreuves d’une petite persécution, parce que Dieu voulait la purifier encore et l’associer plus étroitement à la Croix, s’est reconstituée peu à peu ; les chrétiens, presque tous plus ou moins ruinés, ne pensent à leurs désastres passés qu’afin de les offrir de nouveau au divin Maître, pour la conversion de leurs frères plongés encore dans l’idolâtrie.
« A Séoul, continue Mgr Blanc, j’ai eu plus de 800 confessions annuelles, et baptisé 69 adultes. C’est la première fois que j’atteins ce chiffre à la capitale, et encore n’ai-je pas vu les faubourgs, dont M. Poisnel est chargé. Il y a eu, de plus, 79 adultes ondoyés par les catéchistes au moment du choléra ; mais la plupart sont morts après leur baptême. Pour entretenir le mouvement de conversion, qui a commencé à la capitale depuis le traité franco-coréen, nous avons acheté une maison, hors les murs, pour servir de salle de prédication, ou plutôt d’enseignement, car jusqu’ici, afin d’aller avec plus sûreté, nous nous contentons d’instruire tous ceux que la curiosité ou la grâce du Saint-Esprit nous amène. La maison hors les murs est pour les gens du peuple ; le parloir de ma maison, intra muros, sert pour les nobles et les savants. Depuis quelque temps, les deux catéchistes, que nous avons installés, sont occupés du matin au soir. Plaise au divin Maître de faire fructifier la semence de la bonne parole, et d’accorder la persévérance à ceux auxquels il a donné la première bonne volonté !
« Un des catéchumènes, qui viennent s’instruire chez moi, me disait, il y a quelque temps : « Actuellement, dans presque tous les salons des nobles, on parle de la religion « catholique, et beaucoup de nobles ont lu un ou deux livres. Personne ne trouve la religion « fausse ou mauvaise ; la seule objection que l’on fait, c’est que, pour la pratiquer, il faut se « résigner à faire dès ici-bas le rôle de cadavre (pensée plus vraie que ne le pensent même « beaucoup de chrétiens) ; et puis, le gouvernement ne s’étant pas encore prononcé pour la « liberté entière, on craint de se compromettre. » Espérons que l’installation prochaine d’un représentant de la France fera disparaître quelques-uns des prétextes que mettent en avant les gens craintifs et pusillanimes !
« Nos œuvres continuent à prospérer, et, n’était le manque de ressources, elles prendraient bientôt une extension très considérable. Nous avions d’abord fixé à 33 le nombre des pensionnaires de l’hospice, mais nous avons été débordés presque aussitôt ; aujourd’hui ce nombre est de 46, et cependant, que de demandes encore je me vois obligé de refuser !
« Nos deux orphelinats de la Sainte-Enfance sont toujours pleins ; mais, là encore, nous sommes loin de pouvoir faire tout ce que nous voudrions. Je suis actuellement en pourparlers avec des religieuses françaises ; je leur demande de venir à notre secours, et de vouloir bien se charger de nos orphelinats et de la direction de notre hospice.
« Notre collège de Séoul se maintient entre 40 et 50 élèves, et fournit son contingent de baptêmes d’adultes ; le local devenant beaucoup trop étroit, nous allons être obligés de construire quelque chose de mieux approprié. Les ministres protestants américains, qui encombrent les rues de la capitale coréenne, sont malheureusement à la tête de trois écoles, dont deux sont soutenues par le gouvernement : l’une avec le nom d’École du gouvernement pour les jeunes gens de haute naissance, l’autre pour les petits nobles et les roturiers. Des diaconesses américaines ont aussi installé une école de filles.
« Le prosélytisme direct et officiel étant prohibé par le gouvernement des États-Unis, on est censé enseigner seulement l’anglais et les sciences européennes dans ces diverses écoles, mais, par le fait même, ce sont des écoles d’hérésie et de haine du catholicisme. Quand serons-nous en état de lutter avantageusement ? Ce qui nous console un peu, c’est que les minitres font beaucoup plus de tapage que de besogne, et que, jusqu’ici, le nombre de leurs adeptes est fort petit.
« Notre petit séminaire, établi définitivement à une lieue de Séoul, commence à avoir une vraie tournure de séminaire. Le nombre de nos enfants est de 14. M. Liouville en est le supérieur, et M. Maraval est son auxiliaire ; il y a aussi un professeur de chinois. Nous sommes disposés à faire tout notre possible pour perfectionner et améliorer cet établissement, sur lequel nous fondons les plus grandes espérances.
« Les travaux d’imprimerie n’ont pas discontinué de toute l’année ; nous n’avons cependant imprimé aucun ouvrage nouveau, parce que, occupé à élaborer le coutumier de la mission de Corée, je n’ai pu travailler à la correction des livres à imprimer, travail dont je suis seul chargé. J’ai le plaisir de vous annoncer que notre coutumier, à l’impression duquel M. Coste met tous ses soins, sera prêt dans quelques jours. Mes confrères de province ont à peu près terminé la traduction coréenne de l’Histoire de l’Église de Corée ; nos chrétiens attendent ce travail avec impatience, car, malheureusement, la plupart d’entre eux ne connaissent point les glorieuses origines de leur Église, ni les non moins glorieux actes d’héroïsme de leurs ancêtres, martyrs ou confesseurs de la foi. Peut-être pourrons-nous imprimer cet important travail dans le courant de l’année.
« M. Poisnel, chargé de continuer le procès apostolique des vénérables martyrs de 1839, a à peu près terminé son travail, et, dès aujourd’hui, nous allons commencer le procès de l’Ordinaire pour les martyrs de 1866-1873. »



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