| Année: |
1891 |
| Pays: |
Corée du Sud |
| Mission: |
Corée |
| Rédacteur: | Mgr Mutel |
II.─ Corée.
Population catholique 19.015
Baptêmes de païens 1.216
Baptêmes d’enfants de païens 2.057
Mgr Mutel écrit :
« Pendant les six ans qu’a duré mon absence de Corée, j’avais suivi, année par année et même jour par jour, les progrès réalisés par nos confrères, mais il m’a fallu revenir dans la mission, pour me rendre un compte exact du changement de situation qui s’est opéré. Aujourd’hui, adieu cachettes, adieu habits de deuil ; nous vivons au grand jour, encore un peu et ce sera, nous l’espérons, la liberté.
Le traité qui nous a valu ce changement ne parle pas, il est vrai, de religion, mais nous sommes protégés comme sujets Français ; les missionnaires ont des passeports leur permettant dc parcourir le pays ; nous en profitons largement, en attendant que tombent les dernières entraves. A Séoul et dans les environs, les missionnaires portent le costume ecclésiastique ; dans les provinces, le changement s’opère peu à peu, et, dans quelques années, tous pourront sans inconvénient observer également cette prescription des saints canons. Aujourd’hui, il faut ménager encore quelques chrétiens perdus au milieu des païens et qui ont continué à vivre « incognito ». C’est le cas du petit nombre, car presque tous nos chrétiens sont maintenant connus comme tels, par leurs voisins païens.
« Je vous ai écrit longuement au sujet de l’affaire de Tai-kou et de l’heureuse conclusion qu’elle a eue. Depuis sa rentrée solennelle dans la ville d’où il avait été chassé, le P. Robert n’a pas été autrement inquiété ; il a pu voir le nouveau gouverneur et s’établir à Tai-kou, au vu et au su de toute la population. Sa maison est continuellement assiégée par des visiteurs, conduits, les uns par le désir de connaître la religion, les autres, il est vrai, par la seule curiosité, mais aucune mauvaise disposition ne se manifeste, ni contre le missionnaire, ni contre notre sainte religion. Ce changement de notre situation n’a pourtant guère modifié encore les dispositions des païens à notre égard. Pour tous, et plus spécialement pour la classe noble et les gens en place, nous sommes étrangers, et la défiance séculaire qu’ils entretiennent pour tout ce qui n’est point purement coréen est loin d’être tombée. Plusieurs seraient heureux et flattés d’avoir des relations avec nous, mais ils n’osent braver l’opinion et demeurent à l’écart. Cela est vrai surtout pour la capitale, où l’on craint davantage le qu’en dira-t-on. Il reste aussi les anciens préjugés répandus contre la religion, et surtout la crainte de la persécution. Il y a peu d’années encore, le nom chrétien était si sévèrement proscrit, qu’il n’entre pas dans les esprits qu’on puisse aujourd’hui impunément pratiquer une religion qui attirait naguère tant de maux à ses adeptes. Et puis, le Coréen, avec son esprit foncièrement religieux, demeure très attaché aux superstitions de famille. Souvent tout un village prendra fait et cause contre un catéchumène qui aura eu le courage de s’affranchir des anciens usages, en renonçant aux superstitions.
« A l’encontre des anciens préjugés encore trop répandus, on est heureux de constater que là où des centres chrétiens peuvent être formés, les païens ne tardent pas à changer d’opinion. Les deux faits suivants rapportés par le P. Rault en sont la preuve :
« Dans la ville de Tjyang-ryen (Hoang-hai-to), on arrêtait, l’hiver dernier, un homme qui « dut avouer, sous les coups, qu’il était réellement voleur ; et, après une seconde bastonnade, « il dénonça sept hommes, assez bien posés dans le district, comme recélant les objets volés. « De ce nombre était un chrétien. Les satellites se saisissent des six prétendus recéleurs « païens; quant au chrétien, personne ne crut rien de l’accusation portée contre lui.─ C’est « impossible, dirent-ils, il pratique la religion du Maître du ciel ; il est avéré que ces gens-là « ne volent ni n’aident les voleurs. » En conséquence on fait administrer une troisième volée « de coups de bâton au prévenu, qui avoue qu’il a menti, et déclare notre chrétien innocent. « Pendant ce temps, celui-ci était tranquillement chez lui, se doutant fort peu de tout le bruit « fait autour de son nom ; il n’apprit que huit jours plus tard l’heureuse issue de cette affaire et « la grande prédication qu’il avait faite sans le savoir.
« A Syong-hoa, les chercheurs d’or, qui sont loin d’avoir une bonne réputation, ont pris « pour arbitre, dans leurs querelles et leurs différends, le catéchiste de la chrétienté voisine, et « personne ne réclame de sa décision : on est persuadé que la justice ne peut être lésée dans le « jugement porté par un chrétien. »
« Une difficulté que nous ne connaissions pas autrefois nous vient du côté de la propagande protestante. A l’armée nombreuse des ministres méthodistes américains, qui ont envahi la capitale depuis quelques années, est venue s’ajouter, au printemps dernier, une mission anglicane. Ni les uns, ni les autres n’ont fait grand’chose, jusqu’ici ; les ressources très considérables dont ils disposent sont certainement, entre leurs mains, un moyen facile d’attirer des adeptes, mais ils commencent eux-mêmes à s’apercevoir que la conviction ne s’achète pas à prix d’argent. Le bon Dieu nous a déjà amené des âmes de bonne volonté qui s’étaient fourvoyées chez les protestants, et n’ont pas tardé à reconnaître leur erreur.
« Nos moyens d’évangélisation n’ont guère changé, depuis la persécution. Ce sont généralement les chrétiens qui nous amènent de nouveaux convertis. Ils ont, Dieu merci, le zèle du salut des âmes, et plusieurs d’entre eux sont de véritables apôtres. A Séoul, au dire du P. Doucet, voici ordinairement comment les choses se passent. On sait que dans tel endroit se trouve telle personne, le plus souvent une veuve, au cœur droit, et près de laquelle il y a espoir de réussir. Aussitôt une catéchiste, ou bien une personne instruite, est envoyée vers elle, généralement déguisée en marchande. La chrétienne parle de religion : on l’écoute d’abord sans rien dire, puis, on l’invite à revenir ; peu à peu, une liaison s’établit entre ces deux femmes, la conversion ne tarde pas à s’en suivre. A son tour, la catéchumène raconte son affaire à des parentes, amies, esclaves, et, de fil en aiguille, il se forme ainsi un petit noyau de catéchumènes. Si cette femme a son mari, celui-ci ne tarde pas à s’apercevoir de quelque chose : quelquefois, la grâce de Dieu aidant, il suivra l’exemple de sa femme, d’autres fois, il mettra tout en œuvre pour la faire renoncer à son dessein ; il se livre alors un combat à outrance, où l’on voit toute l’énergie de foi que la grâce de Dieu met dans ces âmes de bonne volonté. En voici un exemple tout récent :
« Il s’agit d’une jeune femme de vingt-huit ans qui, ayant entendu parler de religion, « voulait à toute fin se faire chrétienne. Elle était devenue le jouet de toute la famille : sa « belle-sœur, son beau-frère, mettaient tout en œuvre pour la faire renoncer à son projet. « Ajoutez à cela les insultes et les mauvais traitements de son mari, qui souvent la chassait de « la maison, et la mettait dans la nécessité de mendier pour vivre. J’eus, par deux fois, « l’occasion de la voir ; elle me toucha par sa gaieté et l’énergie dont elle faisait preuve ; mais « enfin elle ne pouvait résister à tant de vexations. Elle tombe malade et se trouve bientôt en « danger de mort ; une catéchiste, accourue vers elle, la baptise en secret. La maladie traîne « quelque temps en longueur, mais notre néophyte sait qu’il lui reste peu de temps à vivre, et « elle veut à toute force me revoir, avant de mourir. Comme je ne pouvais pénétrer jusqu’à « elle, je lui envoyai une chaise et deux porteurs, qui me l’amenèrent, sous un prétexte « quelconque et en l’absence de son mari. Elle reçut les derniers sacrements, dans les « sentiments de la plus grande piété ; on la reconduisit chez elle, et, le soir même, elle expirait « dans la paix du Seigneur. »
« En province, nos chrétiens suivent le même procédé, mais, le plus souvent, il n’est pas nécessaire de prendre tant de précautions. Nos catéchistes anibulants, dernière création du vénéré Mgr Blanc, sont appelés à compléter l’instruction religieuse des catéchumènes, commencée par les chrétiens. Sous ce rapport, cette institution nous a déjà rendu des services : plusieurs conversions de païens sont dues entièrement à la prédication de ces catéchistes ; mais, jusqu’ici, le résultat le plus important de leur ministère a été d’ouvrir les voies à l’Evangile, en détruisant les préjugés répandus, dans le euple, contre la religion. Partout où ils ont pénétré, nos catéchistes ont réussi à se faire écouter avce intérêt, et il n’est pour ainsi dire pas un de leurs auditeurs qui n’ait déclaré, après les avoir entendus, que la religion chrétienne est vraie et mérite d’être suivie. Sans doute il y a loin encore de là à la pratique, c’est cependant un premier pas dans le chemin de la vérité. Comme résultat positif, nous avons la joie d’enregistrer cette année 1.216 baptêmes d’adultes. Nous voici à peu près au chiffre de population constaté, en 1866 : la persécution nous aura donc retardé d’un quart de siècle ! Actuellement, comme alors, nos chrétiens sont dispersés dans les huit provinces ; ils sont toutefois moins nombreux dans la partie septentrionale.
« Le P. Rault, qui visite Hpyeng-an-to, signale un bon nombre de retours parmi les chrétiens qui ont été baptisés par Mgr Berneux, à la veille de la persécution ; la crainte les avait retenus jusqu’ici loin de nous. Dans son district, qui comprend en outre la province de Hoan-hai, le missionnaire s’est efforcé de grouper ses chrétiens, en villages séparés. Réunis qu’ils sont en faisceaux solides, ils s’excitent, ils s’encouragent mutuellement, et les habitudes d’une vie toute chrétienne s’implantent peu à peu. Grâce à cette mesure, tous les enfants et les femmes ont appris à lire, et ils savent bien le catéchisme et les prières. Des écoles aussi ont été fondées ; le local qui sert à une d’elles, à Syouk-kai, a été construit en forme d’oratoire, et c’est là que les chrétiens se réunissent pour leurs exercices de piété, comme aussi pour l’administration, lors de la visite du missionnaire. Je trouve, dans le compte rendu du P. Rault le trait suivant :
« Dans les montagnes de Tyang-san, au territoire de Tyang-yen, vivaient quatre familles « originaires de Tchyoung-tchyeng-to. Baptisées en 1866 par le P. Féron, après le martyre de « Mgr Berneux, elles avaient fui la persécution et vivaient isolées, dans ces montagnes, « pratiquant en secret le peu qu’elles savaient de leur religion, car elles n’avaient guèrè appris « que le strict nécessaire, lors de leur baptême. Elles croyaient bien que la religion avait « disparu pour toujours, du sol de la Corée, et n’espéraient jamais plus rencontrer de « chrétiens. Cependant les chefs de deux de ces familles vinrent à mourir : ce fut la plus « grande misère, et les veuves se virent réduites à la mendicité. Un jour, allant de porte en « porte, l’une d’elles fut repoussée par cette parole qui fut pour elle comme une illumination : « Nous, lui disaient les païens, nous ne savons pas donner, mais va chez les chrétiens, à cette « maison que tu vois, ils te donneront une tasse de riz et des provisions. » La bonne vieille y « court ; un jeune chrétien faisait tranquillement sa prière, dans la cour extérieure. Elle « l’aborde timidement et apprend avec bonheur qu’on ne l’a pas trompée. Elle se trouve là, « comme en famille, apprend bientôt que vingt Pères sont en Corée, et que l’un d’eux viendra, « dans deux mois, donner les sacrements à cette chrétienté ; la bonne nouvelle fut bientôt « communiquée à ses compagnons d’exil, et, à l’automne, pour la première fois depuis vingt-« cinq ans, ils un missionnaire. In te, Domine, speravi, non confundar in æternum ! »
« Ham-kyeng-to contient moins de chrétiens encore que Hpyeng-an-to. C’est la persécution qui y a conduit les premiers, puis, d’autres sont venus se grouper autour d’eux. Ils n’occupent guère que le sud de la province. Il y a cependant, là, une population simple, laborieuse et forte, qui donnerait sans doute de bonnes recrues à l’Évangile. Le P. Maraval, établi à Ouen-san, se propose de faire quelques excursions apostoliques, dans ce pays encore neuf pour nous. Ouen-san est un port situé sur la mer du Japon, et ouvert au commerce étranger ; il compte une population fixe de 1.500 à 1.800 maisons : soit, à peu près, 10.000 habitants. Nous avons, là et dans les environs, une petite chrétienté, que la persécution a visitée, il y a deux ans ; elle a tenu bon contre l’orage et se développe de jour en jour. « La foi, « la bonne volonté, une soumission complète aux ordres du Père, c’est ce qui me frappe le « plus dans mes chrétiens, écrit le P. Maraval. Ils n’enfouissent pas le talent qu’on leur a « confié ; sans trop de bruit, ils vont bon chemin, m’amènent beaucoup de païens, et la « proportion entre les chrétiens et les nouveaux baptisés est très consolante : 40 nouveaux « baptisés sur 250 chrétiens, c’est presque du tiers que j’ai vu augmenter mon petit « troupeau. »
« Dans le nord de Kang-ouen-to, le P. Couderc visite une vingtaine de villages chrétiens, formant une population d’un millier d’âmes environ. Là aussi, il y a beaucoup de zèle pour la conversion des infidèles, dont 111 ont été baptisés dans l’année. Les chrétiens sont à l’abri des dangers que le contact des païens pourrait faire courir à leur foi, les enfants ignorent absolument ce que c’est que la vie païenne, le nom même des superstitions leur est inconnu. Quant aux païens des environs, ils connaissent assez bien les vérités de la religion, un grand nombre même savent faire le signe de la croix, et ils vivent en bonne intelligence avec les chrétiens. Dans le reste de la province, la population chrétienne est au contraire assez disséminée, et les PP. Maraval et Le Merre, qui y ont une partie de leurs districts, sont obligés de faire des voyages considérables pour visiter leurs ouailles. Des écoles ont été établies, dans les principaux centres ; le P. Le Merre en compte six. De plus, il s’est construit une résidence très convenable, paraît-il, et il a commencé la construction d’un oratoire de style purement coréen, qui pourra abriter deux cents personnes.
« Kyeng-syang-to, la province du Sud, est partagée en deux districts ; le Nord est visité par le P. Robert, qui a, comme chaque année, une belle gerbe de baptêmes d’adultes. Il rend bon témoignage du bon esprit de ses chrétiens et de leur zèle à catéchiser les païens.
« La partie méridionale de Kyeng-syang-to est administrée par le P. Jozeau, établi au port de Pou-san (ou Fousan). La maison qu’il habite actuellement n’est que provisoire, mais un terrain a été acheté, près de la concession japonaise, et, dès le printemps prochain, on doit y construire une petite résidence. Au port même, les chrétiens sont assez peu nombreux, mais, peu à peu, nous espérons entamer les villages voisins, et faire là une chrétienté dans le genre de celle de Ouen-san. A deux cents lys de Pousan, se trouve la grande île de Re-tjyei, avec une petite communauté chrétienne, qui a été, il y a trois ans, rudement éprouvée par la persécution. Depuis cette époque, il n’avait pas été possible au missionnaire d’y retourner. Cette année, le P. Jozeau y est allé, et sa présence, en rendant le courage aux chrétiens, a aussi eu pour effet d’amener les païens à restituer les biens qu’ils avaient accaparés, lors du martyre de Pierre Youn. De plus, ces païens ont demandé des livres de religion, et un mouvement de conversion a commencé à se produire parmi eux. En 1889, les chrétiens de Ham-an avaient aussi perdu une partie de leurs biens ; malgré l’ordre venu de Séoul de les faire restituer, le mandarin ne s’était pas exécuté. Une visite que le missionnaire lui a faite, lors de la dernière administration, l’a enfin amené à faire rendre bonne justice. Cette affaire a aussi le bon résultat de montrer aux païens que l’on peut aujourd’hui, sans se compromettre, pratiquer la religion.
« Tjyeng-la-to est la province où les chrétiens sont actuellement le plus nombreux. On en compte environ 4.500 répartis on 110 chrétientés ; aussi les deux confrères qui les visitent ont-ils une administration très chargée. Jusqu’ici, le nombre des baptêmes d’adultes ne répondait pas au chiffre de la population chrétienne ; mais, cette année, la moisson est relativement plus abondante que partout ailleurs ; le P. Baudounet enregistre 137 baptêmes d’adultes, et le Père Vermorel, 70.
« Le mouvement de conversion qui nous a procuré ces baptêmes est sans doute, comme je le disais plus haut, la cause des persécutions locales nombreuses que le Tjyen-la-to a endurées. Les missionnaires et les chrétiens ont été indignement calomniés, et des néophytes maltraités et dépouillés de leurs biens. Le P. Baudounet a réussi, par deux fois, à faire rendre justice aux chrétiens, mais, actuellement encore, nous avons plusieurs affaires pendantes, et la réparation désirée est lente à venir.
« La province de Tchyoung-tchyeng compte une population catholique de 4.000 âmes environ. Avant 1866, nous avions, là, de magnifiques chrétientés, dont il ne reste plus de trace ; trop souvent, les chrétiens sont, aujourd’hui, dispersés, au milieu des païens, où la pratique de la religion est bien plus difficile. Le P. Curlier a visité, pour la première fois, cette année, une petite communauté chrétienne, établie à An-mien-to. Cette île, qui compte environ 20.000 habitants, est très fertile et très boisée ; c’est ce qui y a attiré nos chrétiens, généralement pauvres. Le missionnaire espère voir ce centre s’agrandir petit à petit. « J’ai « trouvé là, écrit-il, une pauvre femme qui m’a grandement édifié. Elle habitait cette île, « depuis sept ans, ayant été obligée d’y suivre son mari, chrétien devenu tiède. Pour elle, elle « n’a cessé d’observer les dimanches et fêtes, les jeûnes et abstinences ; elle n’a oublié ni une « priere ni un mot de son catéchisme ; elle soupirait avec ardeur après la venue d’un Père, « pour pouvoir s’approcher des sacrements. Aussi pleurait-elle de joie on les recevant, et avec « quelles admirables dispositions ! » Le P. Pasquier, qui est chargé de la seconde partie de Tchyoung-tchyeng-to, a pu, malgré sa santé encore un peu faible, faire sans encombre son administration. Il signale une trentaine de confessions, qui datent de la persécution de 1866, et un bon nombre de catéchumènes se préparant au baptême. Là aussi, les chrétiens ont eu à souffrir des vexations de la part des païens ; un recours opportun, que le missionnaire a fait au mandarin, a même arrêté toute une petite persécution.
« Le district suivant nous ramène jusqu’aux portes de la capitale ; il comprend toute la partie méridionale de Kyeng-keui-to. Les chrétiens y sont près de 2.000, et leur nombre augmente, chaque année. Le centre du district est Kat-teng-i, gros village aux trois quarts chrétien, qui sert de résidence au P. Alix. Son prédécesseur, le regretté P. André, y avait construit un oratoire pouvant contenir 200 personnes : il s’était servi pour cela des entrepreneurs improvisés qu’il avait sous la main, aussi, dès cette année, l’édifice menacait-il ruine. Le P. Alix l’a consolidé, agrandi, orné, de sorte que, quand je me suis rendu à Kat-teng-i pour donner la confirmation, j’ai pu contempler une chapelle très convenable et donner la permission désirée d’y conserver le Saint-Sacrement. Cette première visite pastorale me réservait d’autres consolations. Il y a dix ans, j’avais été le premier missionnaire appelé à donner les sacrements à Kat-teng-i. Il avait fallu parlementer longtemps, pour décider les rares chrétiens d’alors à me recevoir ; tout s’était fait, la nuit, et avec des précautions inouïes ; cette première visite m’avait permis de donner les sacrements à une cinquantaine de chrétiens à peine, encore étaient-ils venus de tous les environs. Aujourd’hui, ces mêmes environs fourniraient un millier de chrétiens ; lors de ma visite, ils se plaisaient à rappeler les circonstances de notre première entrevue. La moisson commencée, alors, n’est point finie encore, mais, chaque année, on serre de nouveaux épis dans le grenier du Père de famille.
« A ce district on pourrait rattacher aussi le port de Intchyen (Chemulpo), où réside le P. Le Viel, qui y remplace le P. Wilhelm appelé au séminaire de Ryong-san. Il est chargé d’une chrétienté qui compte 108 Coréens et 40 Japonais. Il y a eu, dans l’année, 26 baptêmes d’adultes, dont 15, il est vrai, in articulo mortis. Un terrain assez vaste, situé près des deux concessions chinoise et japonaise, a été acheté, dès l’an dernier, et, cette année, nous avons pu y construire une maison servant de procure, dans laquelle on a ménagé une petite chapelle très convenable. On y conserve aussi le Saint-Sacrement.
« Je termine cette revue des districts par Séoul, où nous comptons une population chrétienne de 1.592 âmes. Pendant le dernier exercice, le P. Doucet a enregistré, pour la capitale seulement, 145 baptêmes d’adultes, dont 34 in articulo mortis, c’est la meilleure preuve que Séoul n’est pas au dernier rang, dans le mouvement qui se produit vers notre sainte religion. Cette communauté nombreuse est encore, hélas ! sans église, mais, au printemps prochain nous commencerons enfin la bâtisse de la cathédrale, pour laquelle nous réunissons actuellement des matériaux. Toutefois, le nombre de nos chrétiens augmentant sensiblement, chaque année, nous avons jugé convenable d’établir, en dehors des murs, le centre d’une nouvelle quasi-pa-rorsse. Déjà le terrain est préparé, et peut-être, dès cet automne, pourra-t-on commencer la construction de la chapelle.
« Le 6 mai dernier, j’ai eu la consolation de bénir et de poser la première pierre de notre séminaire. Actuellement, la bâtisse en est très avancée et l’on espère pouvoir l’occuper, au printemps prochain. Nous l’avons laissé à Ryongsan, dans l’enclos même du séminaire provisoire qui continue, malgré l’embarras des constructions, à fonctionner comme d’habitude. Trois de nos élèves revenus de Pinang, après leurs études achevées, se préparent, actuellement, à la tonsure. Les autres nous donnent aussi pleine satisfaction, pour le moment, et bon espoir, pour l’avenir. Leur nombre est réduit à 17, car nous n’avons pu admettre aucun nouveau, cette année.
« Notre hospice de vieillards, fondation du regretté Mgr Blanc, ne compte plus que 19 pensionnaires. La mort a fait plusieurs vides que nos ressources ne nous permettent pas de combler. Les postulants ne sont que trop nombreux ; ils attendaient impatiemment l’arrivée du nouvel évêque, pour obtenir place, et j’ai eu le crève-cœur d’avoir à les éconduire. C’est pourtant là une excellente œuvre qui nous permettrait de sauver bien des âmes !
« L’orphelinat de la Sainte-Enfance est toujours très prospère. Dans l’exercice dernier, le P. Coste y a baptisé 21 adultes et 73 enfants. Le personnel actuel est de 167, tant garçons que filles. En voyant tout ce petit monde si proprement tenu, si bien soigné, si bien élevé, on comprend toute la portée du service que nous rendent les sœurs de Saint-Paul de Chartres, qui se dévouent sans compter à leurs œuvres toutes de charité. »
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