| Année: |
1895 |
| Pays: |
Corée du Sud |
| Mission: |
Corée |
| Rédacteur: | Mgr MUTEL |
II. — Corée.
Population catholique .25.998
Baptêmes d’adultes. 1.871
Baptêmes d’enfants de païens. 1.716
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LETTRE DE MGR MUTEL, ÉVÊQUE TITULAIRE DE MILO,
VICAIRE APOSTOLIQUE DE LA CORÉE ,
A MM. LES DIRECTEURS DU SÉMINAIRE DE PARIS.
« Séoul, le 15 octobre 1895.
« Messieurs et bien chers Confrères,
« L’année dernière, à pareille époque, la situation de nos chrétiens restait très précaire ; partout les rebelles Tong-hak les poursuivaient de leur haine, et nous nous demandions avec inquiétude si nous n’allions pas assister à un massacre général. Dans cette extrémité, nous nous sommes adressés avec plus de confiance que jamais à la Vierge du Saint-Rosaire, et par Elle nous avons été sauvés. Dès la fin du mois d’octobre, en effet, plusieurs des missionnaires pouvaient regagner leurs districts, et peu à peu le calme est revenu : au commencement de février, tous les postes étaient réoccupés, et la visite des chrétiens a pu se faire partout sans entrave.
« Pendant ce temps, la politique n’a point chômé ; toute l’année, on peut le dire, n’a été qu’une suite de commotions et de révolutions, dont nous sommes loin d’être sortis. Après qu’ils se furent emparés du Palais royal, en juillet 1894, les Japonais mirent le Régent à la tête de l’administration, croyant sans doute en faire l’instrument de leurs volontés. Ils reconnurent bientôt leur erreur, et, dès la fin de novembre, ils le remercièrent de ses services, pour mettre au gouvernement des ministres de leur choix. Au lieu de se faire l’humble serviteur des Japonais, le Régent avait au contraire remué ciel et terre afin d’en délivrer son pays. Pour cela, il avait fait appel aux rebelles de la province et avait concerté avec eux un complot, qui fut heureusement éventé avant d’être mis à exécution. Les rebelles devaient venir en masse à la capitale, y provoquer du désordre, en chasser les Japonais, entourer le Palais, forcer le Roi à abdiquer et faire monter sur le trône Ni-tjyoun-yong, le petit-fils même du Régent. Tels sont du moins les chefs d’accusation relevés au procès qui s’est déroulé au printemps dernier. On n’a point osé toucher au Régent, l’âme du complot ; on s’est contenté de faire arrêter son petit-fils. Les charges relevées contre lui ont-elles été bien prouvées ? il est difficile de le savoir ; toujours est-il que cinq de ses principaux complices ont été condamnés à mort et exécutés, d’autres envoyés en exil perpétuel. Pour Ni-tjyoun-yong, sa qualité de neveu du Roi et certaines influences étrangères l’ont arraché à une mort certaine : il a été condamné à l’exil avec réclusion de dix années, puis gracié au bout de trois mois.
« Parmi les partisans des Japonais qui furent mis aux affaires à la fin de l’année dernière, se trouvaient plusieurs proscrits de 1884. Leur premier soin a été naturellement de faire effacer leur ancienne condamnation et celle de leurs complices. Pour rendre la mesure acceptable, ils ont proposé au Roi de gracier tous les condamnés pour délits politiques ou faits semblables, et de leur restituer leurs anciennes dignités. Or ,sur la liste soumise à la sanction royale, nous avons eu la joie de voir figurer les noms de plusieurs chrétiens condamnés à mort pour cause de religion et exécutés en 1866. Cette grâce posthume et cette réhabilitation sont d’une importance capitale pour nous ; on peut enfin considérer comme close l’ère des persécutions officielles et prévoir l’heure où liberté entière d’embrasser la religion chrétienne sera octroyée. Je n’ai pas manqué de remercier les membres du gouvernement et même le Roi de cette faveur inespérée.
« Pour la première fois, j’ai eu cette année l’honneur d’être reçu ou plutôt mandé en audience royale, car c’est le Roi lui-même qui a exprimé le désir de me voir. Je lui ai été présenté par le Commissaire de France ; l’accueil a été bienveillant et l’entrevue très cordiale ; Sa Majesté s’est plu à m’entretenir longtemps et à causer familièrement avec moi. La conversation a roulé spécialement sur nos épreuves du temps passé, sur les moyens que nous employions alors pour nous tenir cachés. Le Roi a rappelé la persécution de 1866, exprimant le regret le plus sincère des violences commises alors. « Je n’y ai été pour rien, m’a-t-il dit, et « depuis que j’ai pris en main les rênes du gouvernement, tout cela a cessé. Je vous connais « depuis longtemps, je sais que votre unique but est le plus grand bien de la Corée, et c’est « pour cela que j’ai tenu à vous voir. Je saurai désormais que vous êtes là, et dans les « événements heureux ou tristes de l’avenir, je compterai que vous êtes avec nous. » Y avait-il dans ces dernières paroles du Roi le pressentiment des rudes épreuves qui l’attendaient ?
« Le traité de Shimonoseki a déclaré la Corée indépendante, cela veut dire, je pense, indépendante de la Chine, car pour son autonomie, la Corée est encore loin de l’avoir trouvée. Le parti progressiste au pouvoir a été doublé dans tous les ministrères de conseillers japonais, lesquels se sont beaucoup remués : aussi l’année a-t-elle été très fertile en réformes, en projets surtout. La division du pays en huit provinces a été abolie pour être remplacée par celle en 23 départements comprenant ensemble 336 sous-préfectures, les noms des Ministères ont été changés, les administrations remaniées de fond en comble ; on s’est attaqué à tous les abus à la fois, on a tout réglementé jusqu’à la couleur des habits et la longueur des pipes. A côté des réformes ridicules de ce genre, il y en a d’autres très sages et dont le pays profiterait beaucoup, pourvu qu’elles fussent appliquées ; or c’est là précisément ce qui a manqué jusqu’ici, et, de toutes les nouvelles mesures édictées et promulguées au Journal officiel, on peut dire qu’il n’y en a peut-être pas une sur cent qui soit observée. Les anciens abus subsistent à côté de la réglementation nouvelle, et les populations n’ont qu’une médiocre confiance dans ce régime auquel elles ne comprennent rien. Nos chrétiens n’ont pas eu plus que les autres à souffrir de cet état de choses, plus que tous même ils ont profité des secours envoyés par les Japonais contre les rebelles et qui ont tant contribué à ramener le calme dans le pays. A cela près, nous avons cru constater parfois dans les magistrats du nouveau régime une tendance à nous dénigrer, nous et nos chrétiens, et au besoin à lancer de fausses accusations contre nous ; il est vrai que les autorités supérieures nous ont toujours permis de présenter notre défense, et généralement même nous ont rendu justice.
« Celui de tous peut-être qui a le plus souffert de ces réformes est le Roi. Habitué, sans être autocrate, à gouverner par lui-même, il s’est difficilement résigné au rôle effacé, auquel on l’a réduit, de n’avoir plus guère qu’à approuver et à contresigner les mesures et les nominations préparées par ses ministres. Pour écarter cette main des Japonais qui lui pesait tant, il a cherché tous les moyens, et n’en trouvant pas d’autre, il s’est tourné de nouveau vers l’ancien parti au pouvoir, celui des parents de la Reine. Cela n’a guère servi qu’à accentuer la défiance entre le souverain et ses ministres et peut-être à susciter les révolutions qui ont suivi.
« Le 7 juillet au matin, on apprenait qu’un mandat d’arrêt venait d’être lancé contre l’un des anciens proscrits, le ministre de l’intérieur Pak-yeng-hyo. Il était accusé d’avoir voulu envahir le palais à la tête d’une troupe de Japonais pour attenter à la vie du Roi et de la Reine. On n’a jamais su si cette accusation était fondée ; le prévenu se réfugia à temps à la Légation du Japon qui favorisa son évasion, et, après quelques jours d’émotion, tout rentra dans le calme ordinaire.
« Trois mois plus tard, le 8 octobre, le même complot, repris en sous-œuvre sans doute, a été exécuté. Des Japonais, parmi lesquels des soldats et des agents de police, sont allés chercher le Régent à sa maison de campagne et l’ont conduit au palais royal ; pendant ce temps, d’autres conjurés escaladaient les murs du palais, en gardaient les issuses et des assassins se mettaient à la poursuite de la Reine. Après une résistance insignifiante et quelques coups de fusils tirés, la garde royale prit la fuite et les traîtres enrent le champ libre. Un général a été tué à son poste devant la porte du palais, et un ministre près des appartements royaux. La Reineaurait été tuée aussi et son cadavre brûlé. Il y avait avec les Japonais des soldats coréens formés par eux, mais la plupart, sauf quelques chefs, n’ont pas su à quelle besogne on les employait. Les complices coréens, il faut les chercher parmi les gens au pouvoir, encore ne sait-on pas au juste où sont les plus coupables. Depuis lors, le pauvre Roi est gardé dans son palais par les soldats qui ont coopéré à la révolution et son conseil se compose en majeure partie des ministres qui l’ont préparée. Aussi ne peut-on guère s’étonner des édits arrachés à la sanction royale qui paraissent chaque jour à l’Officiel : l’un charge la reine Min de tous les crimes, l’accuse d’avoir abandonné le Roi au moment du danger pour se mettre en sûreté et la dégrade de son titre de reine ; un autre ordonne au ministre de la Cour de procéder au choix d’une nouvelle épouse royale. La version officielle est que la Reine n’est pas morte, et bon nombre de ceux qui peuvent être bien informés assurent en effet qu’elle a pu s’échapper. On ne saura la vérité que plus tard. Quoique la Légation du Japon ait nié toute participation de sa part, son personnel a été renouvelé et les principaux meneurs de la révolution rappelés au Japon. En même temps, le cabinet de Tokio exprimait sa plus vive indignation pour les crimes commis et envoyait un ambassadeur spécial porter ses condoléances au Roi. Nous en sommes là. De l’avis de tous, cette situation ne saurait durer, et, d’un jour à l’autre, on s’attend à quelque nouvelle complication. Viendra-t-elle de l’intérieur ou de l’extérieur ? On ne saurait le dire. Toutefois la gravité de ces événements et l’incertitude de l’avenir m’ont déterminé à contremander une visite pastorale que je devais faire, cet automne même, dans le Tjyen-la-to. Je n’oserais à pareil moment m’éloigner de la capitale, surtout quand l’absence doit être de plusieurs mois.
« Dans les temps troublés que nous traversons et malgré tant d’épreuves, c’est une grande consolation de constater que jamais notre chiffre de baptêmes d’adultes n’avait été aussi élevé. C’est là un résultat sur lequel nous n’aurions pas osé compter au commencement de cet exercice. Que Dieu en soit mille fois béni ! Encore dois-je noter que la visite des chrétiens ayant été retardée a dû se faire un peu à la hâte et que les résultats en sont forcément diminués. Cela est à remarquer surtout pour les chiffres de notre population chrétienne ; plusieurs familles ont dû échapper au recensement annuel et nombre des chrétiens qu’il accuse, 25.998, est certainemeut au-dessous de la réalité.
« Voici maintenant quelques détails sur chacun des districts de la Mission :
« Hpyeng-an-to, Hoang-hai-to. 1.203 chrétiens, 164 baptêmes d’adultes. Comme la plupart des missionnaires de province, M. Le Gendre avait été obligé pendant la guerre de se réfugier à Séoul. A peine de retour chez lui, il se trouva en face de la rébellion des Tong-hak qui sema pendant quelque temps la terreur dans le pays. Personnellement, il n’a pas été inquiété, et même il a pu rendre service au mandarin voisin lequel, après avoir été malmené par les rebelles, est venu demander au missionnaire refuge et protection en cas de besion. Le refuge n’eût pas été sûr ni la protection efficace ; mais le pauvre magistrat s’est trouvé rassuré par la présence d’un Européen dans son district. Ces rapports dont toutes les populations ont été témoins, entre le missionnaire et le mandarin, ont produit sur les païens un effet salutaire, et peut-être est-ce en partie à cela qu’il faut attribuer le nombre des catéchumènes inscrits. Le district en compte 194 qui ont déjà commencé à étudier les prières et le catéchisme. Le mouvement de conversions est surtout accentué à Syouk-tchyen et à An-tjyou dans le Hpyeng-an-to. Notre confrère va se trouver en mesure de le suivre maintenant d’un peu plus près. Lors de la bataille de Hpyeng-yang, la ville a été presque totalement vidée de ses habitants, les maisons y ont été longtemps à vil prix ; les chrétiens en ont profité pour acheter une maison destinée à la résidence du Père et située dans la ville extérieure. Il a dû s’y installer ces temps derniers. Ce pas en avant était d’autant plus nécessaire que Hpyeng-yang est appelé à être port ouvert dans un avenir peu éloigné.
« Kang-ouen-to Nord. 1.433 chrétiens, 83 baptêmes d’adutes. M. Dutertre, chargé de ce district, habite dans les montagnes de la sous-préfecture d’I-tchyen, ce qui ne l’a pas empêché l’an dernier d’être dépouillé de tout par les soldats chinois. La persécution vait forcé jadis les chrétiens à se retirer sur les hauts sommets ; depuis quelques années, ils ont plutôt une tendance à descendre dans la plaine ; mais, en général, ils s’éloignent peu de leurs anciens villages. « C’est ce qui m’a décidé, écrit ce missionnaire, à bâtir d’une manière définitive une « chapelle. Mes montagnards se sont montrés admirables de zèle pour sa construction. Vous « les eussiez vus, en plein hiver, au milieu d’une neige profonde, çà et là dans les montagnes, « coupan les plus beaux arbres, les traînant à force de bras jusqu’aux endroits où les bœufs, « pouvant monter, me les amenaient dans ma cour et mon petit champ qui en étaient tout « couverts ; on eût dit que la montagne était descendue chez moi. Maintenant que l’ouvrage « est presque achevé par les charpentiers et maçons payés à cet effet, mes chrétiens qui n’ont « point souffert dans leur culture sont déjà tout heureux. »
« Au moment où ces chrétiens travaillaient ainsi à construire la maison du bon Dieu, les rebelles parurent dans les environs. Le mandarin, effrayé dès avant leur apparition, était décidé à les subir sans chercher à les repousser ; mais il apprit que le missionnaire s’étonnait de sa résolution et pour son compte prêchait la résistance autour de lui. Encouragé par cette attitude, le magistrat envoya demander l’appui du Père et de ses chrétiens ; le missionnaire ne pouvait évidemment pas entrer lui-même en campagne, mais il promit d’envoyer ses chrétiens, et, à leur tête, il mit six chasseurs qu’on équipa tant bien que mal à l’européenne. Cela fit, paraît-il, un tel effet sur les populations qu’ils conduisaient au combat, qu’à la première rencontre les rebelles furent défaits et mis en complète déroute. Quand ces troupes improvisées rentrèrent dans leurs foyers, le mandarin voulut voir les six chasseurs européens qui avaient décidé de la victoire, il alla à leur rencontre en dehors de la ville, les couvrit de louanges, leur distribua des récompenses, puis les renvoya avec une lettre de remercîments pour leur missionnaire. Tous les païens bénissent le Père et ses chrétiens de les avoir sauvés, ce qui a déterminé un beau mouvement de conversions ; parmi les nouveaux catéchumènes, il y a plusieurs lettrés ou gens influents dans le pays.
« Port de Ouen-San. 216 chrétiens, 16 baptêmes d’adultes. A peine arrivé à son nouveaux poste, M. Bret a été assez heureux pour faire l’acquisition d’un terrain que nous convoitions depuis longtemps, et déjà il y a construit une petite résidence. Actuellement il prépare la bâtisse d’une chapelle et cherche à réunir les fonds nécessaires pour cela. Cette année, le passage des troupes japonaises et l’enrôlement des coolies indigènes ont tellement préoccupé les esprits, que païens et chrétiens ont à peine trouvé le temps de songer à l’unique nécessaire ; aussi les nouvelles conversions sont-elles plutôt venues du dehors. Voici le récit de l’une d’elles fait au missionnaire par l’heureux converti :
« Depuis longtemps déjà nous avions entendu parler de la vraie religion : mais nous « hésitions encore à faire la démarche décisive, quand, l’an dernier, un événement fort « ordinaire vint nous décider tout à fait.
« Etienne, un de nos bons voisins, le seul chrétien de la localité, se trouvait gravement « malade et se demandait avec anxiété comment il pourrait recevoir les derniers sacrements. « Humainement parlant, la chose offrait peu d’espoir ; notre village est situé en dehors de la « grand’route, et les communications avec Ouen-san ne sont jamais bien faciles ; mais alors « nous étions à la sixième lune, et, à cause des pluies torrentielles, la plaine était inondée et la « rivière débordée.
« Au moment où tout semblait désespéré, arriva dans notre village un chrétien étranger qui « se rendait à Ouen-san pour affaires et qui avait senti, comme malgré lui, l’inspiration de « quitter la grand’route et de s’arrêter chez nous. C’était la divine Providence qui dirigeait ses « pas.
« Aussitôt que le malade apprend cette nouvelle, il commence par remercier Dieu qui « n’abandonne jamais les siens, puis il appelle le chrétien de passage et le prie d’inviter le « missionnaire de Ouen-san à venir lui donner le sacrement des mourants.
« Le chrétien voyageur n’hésita pas ; malgré sa fatigue, il partit aussitôt et alla réclamer le « secours du ministère du grand homme de Ouen-san. Le missionnaire d’alors, comme vous « du reste, n’avait ni palanquin ni monture. Bien différent en cela de nos nobles, il retroussa « bravement sa soutane et, pendant plus de six heures, pataugea dans la boue sous une pluie « battante jusqu’au milieu de la nuit, précédé du messager de bonne volonté qui lui montrait le « chemin.
« Il donna au malade un remède pour le corps en même temps que la médecine de l’âme et « repartit au point du jour, toujours accompagné du fidèle chrétien qui portait les objets du « culte nécessaires à l’administration des sacrements.
« Ce spectacle nous toucha profondément et je résolus ce jour-là même d’embrasser une « religion capable d’inspirer de tels dévouements aux prêtres et aux fidèles. Vous voyez que « j’ai tenu parole, et mon parrain ici présent est ce même Etienne que le bon Dieu a presque « ressuscité. »
« Ham-hyeng-to et Kang-ouen-to Est. 697 chrétiens, 95 baptêmes d’adultes. Ce district s’étend sur une longueur interminable au bord de la mer du Japon, et la visite demande beaucoup de fatigue. M. Bouladoux n’hésite pas néanmoins à la faire deux fois l’an ; il rend bon témoignage de ses chrétiens, très zélés à s’instruire et aussi à travailler à la conversion de leurs frères païens. Outre les nombreux baptêmes de cette année, il compte déjà plus de 80 catéchumènes.
« Kang-ouen-to Sud. 905 chrétiens, 70 baptêmes d’adultes. M. Le Merre écrit : « Je « m’étais demandé plusieurs fois avec une certaine inquiétude : Si mes chrétiens étaient mis « en demeure de confesser leur foi, peut-être, hélas ! un bien petit nombre aurait assez de « courage pour le faire ! Eh bien, non, je m’étais trompé : il y a eu d’intrépides confesseurs de « la foi qui sont morts en proclamant bien haut qu’ils donnaient leur vie pour le Maître du « Ciel, et ce témoignage est rendu par des païens non suspects.
« La vieille matrone, la jeune mariée, la jeune fille, ont confessé la foi avec intrépidité, se « moquant des bourreaux et de leurs supplices, et les pressant de leur couper la tête pour les « mettre en possession de l’objet de leur amour. La vaillance et le courage dans les tourment, « l’intrépidité et la constance dans les convictions, sont quelque chose de si rare en ce monde « que, quand par hasard ces vertus se rencontrent surtout dans le sexe faible, l’admiration « s’empare de ceux qui en sont témoins. Les Tong-hak ont plus d’une fois loué le courage et « l’intrépidité des confesseurs de la foi. Une vieille chrétienne, entre autres, mise à la torture, « refuse d’apostasier pour sauver sa vie : « Non, dit-elle, comment veuxtu que je perde en un « instant, par une lâche parole, le fruit de près de 70 années de travaux ? Plutôt mille fois « mourir ? » Et le chef des bourreaux, de guerre lasse, de s’écrier en s’adressant à ses « compagnons de brigandage : « Voilà vraiment une sincère adoratrice du Maître du Ciel ? « Lâchez ses liens et laissez-la aller ; il est inutile d’insister davantage. » Encore une fois, « c’est une grâce inespérée, que sur une population de près de 2.000 chrétiens, tous plus ou « moins persécutés et en grand nombre mis en demeure de confesser leur foi, on ait rencontré « seulement une quinzaine de défections, dont deux très graves, et le reste consistant dans une « parole de faiblesse aussitôt réparée par des pénitences volontaires. »
« Tchyoung-tchyeng-to Est. 1.212 chrétiens, 41 baptêmes d’adultes. Le compte-rendu de M. Bouillon contient plusieurs faits intéressants, en particulier la découverte providentielle de descendants d’anciens martyrs, qui ont conservé intacte la tradition chrétienne, bien qu’ils n’aient jamais vu de missionnaires ni même de vrais chrétiens et n’aient pas reçu le baptême.
« Kyeng-syang-to Nord. 777 chrétiens, 44 baptêmes d’adultes. Ce district a été taillé dans celui de M. Robert, pour décharger ce confrère de courses trop lointaines, et aussi pour mettre moins de distance entre les missionnaires de cette Province. M. Pailhasse, qui en est chargé, a commencé par payer un large tribut à la maladie ; mais, grâce à Dieu, il est revenu à la santé, et malgré les troubles des Tong-hak il a pu faire son administration d’automne et même faire rendre à ses chrétiens des biens que les rebelles leur avaient enlevés pendant la tourmente.
« Tai-kou et les environs. 800 chrétiens, 113 baptêmes d’adultes. L’année a été très mouvementée à Tai-kou ; aussi la présence de M. Robert, resté jusqu’au bout au milieu de ses chrétiens, n’a-t-elle pas peu contribué à les rassurer et à les protéger. Lors de l’invasion japonaise d’abord, et plus tard à l’occasion du soulèvement de Tong-hak, une telle panique s’empara des habitants que les trois quarts quittèrent la ville pour se réfugier à la montagne. Les chrétiens, forts de la présence de leur Père, sont restés chez eux et bien leur en a pris. Grâce aux relations qu’il a réussi à nouer avec le général japonais et ses officiers, et à celles toujours excellentes qu’il a continué d’avoir avec les autorités de la ville et de la province, le missionnaire a pu arracher à une mort certaine 300 chrétiens du Tjyen-la-to que la persécution avait forcés à se réfugier dans le district de Ham-yang d’où le mandarin et ses prétoriens les voulaient impitoyablement chasser.
« Fusan, Kyeng-syang-to Sud. 1.111 chrétiens, 70 baptêmes d’adultes. Cette année encore, ce district a été éprouvé par la disette ; c’est la troisième fois de suite que la récolte manque, et la misère est extrême partout. « La sécheresse a été telle, écrit M. Oudot, qu’elle a « fait périr non seulement le riz des rizières, mais encore les grains semés dans les champs. « Pour donner une idée de cette sécheresse, il suffit de rappeler qu’au mois d’août dernier des « voyageurs ont été obligés de payer sept ou huit sapèques une tasse d’eau. Païens et chrétiens « émigrent en masse dans les autres provinces, espérant obtenir plus facilement en mendiant « de quoi ne pas mourir de faim. Les districts de Oul-san et Kyeng-tjyou ont perdu plus d’un « quart de leur population par émigration.
« L’île de Ke-tjyei me donne toujours beaucoup de consolations. Malgré la mauvaise « année, le mouvement de conversions continue, et les chrétiens y sont très fervents. Parmi les « catéchumènes baptisés à Ke-tjyei, trois se sont convertis malgré les coups et les injures des « païens, et ils continuent à bien pratiquer. Cette année, j’ai eu aussi le plaisir de voir la « religion s’implanter à Htong-yeng ainsi qu’à la ville de Tong-nai. »
« Tjyen-tjyou, Tjyen-la-to, Centre et Sud. 3.804 chrétiens, 303 baptêmes d’adultes. Qui seminant in lacrymis in exultatione metent ! Cette parrole se réalise à la lettre pour cette province du Tjyen-la-to, si éprouvée l’an dernier, si féconde cette année en baptêmes d’adultes. Encore dois-je faire observer que la visite des chrétiens n’a pu se faire que tard et assez rapidement ; de plus, M. Jozeau n’ayant pas été remplacé encore, son district a été provisoirement divisé entre les deux missionnaires de la Province. M. Baudounet, à qui est échue la plus grande part, fait le récit détaillé des maux soufferts par ses chrétiens ; ce qui frappe ici encore c’est la constance et la fidélité de ces pauvres néophytes :
« Nos chrétiens ont été pillés, battus, obligés de vivre dans des cavernes : hommes, « femmes, enfants, toute la famille enfin, étaient entassés pêle-mêle dans ces réduits où une « petite ouverture laissait à peine pénétrer la lumière du jour. C’est là que la plupart ont vécu « des mois entier. Quelles n’ont pas dû être leurs angoisses pendant un si long temps, ignorant « quand finiraient leurs maux ! Que ces angoisses devaient augmenter lorsqu’un des leurs, « ayant été aux renseignements, apprenait les cruautés des rebelles, comme la prise d’une « ville, l’incendie des villages, le massacre des habitants ou l’assassinat de quelque magistrat ! « Un autre jour, on annonçait la décision arrêtée de faire un massacre général des chrétiens.
« Parfois ceux-ci tombaient entre les mains des rebelles, qui les lâchaient rarement sans les « avoir auparavant soumis à la torture et obligés à racheter leur liberté à prix d’argent. « Quelquefois on voulait les forcer à l’apostasie ; c’est ainsi qu’un chrétien de Heung-tek, « nommé Lye, après avoir été horriblement battu, fut sommé d’apostasier. Comme il s’y « refusait, il fut mis sur un bûcher et menacé d’être brûlé vif. Il confessa encore plus « énergiquement sa foi ; ses bourreaux allumèrent le feu, déjà les flammes s’élevaient et « léchaient les habits de la victime, lorsqu’un des Tong-hak, plus humain que ses camarades, « le retira de dessus le bûcher. Ce chrétien a survécu à ces mauvais traitements ; mais il en « restera estropié toute sa vie.
« A la ville de Tjyen-tjyou, la population chrétienne augmente d’année en année, grâce au « nombre de baptêmes qui s’y donnent ; sous peu, cette chrétienté qui date de quatre ans à « peine, comptera plus de cent personnes. Les néophytes sont tous fervents et zélés pour « instruire leurs compatriotes. Actuellement les catéchumènes sont assez nombreux et parmi « eux se trouvent plusieurs enfants. »
« Tjyen-la-to Nord. 2457 chrétiens, 105 baptêmes d’adultes. M. Villemot écrit : « L’administration a été, comme il fallait s’y attendre, pénible par un certain côté. L’état de « gêne, parfois de misère, où presque tous les chrétiens sont réduits, fait peine à voir, et le « récit des souffrances qu’ils ont endurées arracherait des larmes aux plus insensibles. « Environ 70 de mes chrétiens ont été soumis à d’affreuses tortures par les révoltés ; les « femmes même n’ont pas été épargnées, et je connais telle pauvre vieille qui a subi le subi le « de la courbure des os. Tous auraient passé par ces supplices s’ils n’avaient fui à la « montagne ; mais, là encore, que d’angoisses, que de misères ! Trois longs mois, il leur fallut « lutter contre le froid, la faim et, disons-le aussi, contre le désespoir. Ils avaient cru que de « Séoul les Pères leur enverraient du secours, et le secours n’arrivant point, le démon « cherchait à faire entrer dans leurs âmes le doute, que suit de si près la perte de la foi. Mais, « grâces en soient rendues à Dieu et aux saints Apôtres, au milieu des tourments, ils sont « restés fidèles à la religion, et c’était pour moi une grande consolation et le sujet d’une « légitime fierté de me trouver au milieu de nouveaux confesseurs de la Foi ; parmi eux, il y a « des néophytes baptisés depuis quelques mois seulement et vivant au milieu des païens ! « N’est-ce pas là un vrai miracle de la grâce divine ?
« J’ai pu les visiter sans graves incidents ; cependant je dus changer une fois mon itinéraire « par suite d’un nouveau soulèvement des rebelles. Il paraît même que ceuxci m’avaient tendu « une enbuscade ; mais Dieu, qui se joue des desseins des impies, me l’a fait éviter. La « chapelle, commencée l’année dernière, a été miraculeusement protégée : à plusieurs « reprises, des bandes de rebelles s’assemblèrent pour la détruire ; à chaque fois, quelque « circonstance imprévue a tout empêché. Aujourd’hui, fête de la Pentecôte, quoi qu’elle ne « soit pas entièrement achevée, je puis pourtant y célebrer la messe. Ce matin, 260 chrétiens y « recevaient la sainte communion, et j’espère que bientôt Notre-Seigneur Jésus y viendra « prendre demeure. »
« Tchyoung-tjyeng-to Ouest. 3.755 chrétiens, 184 baptêmes d’adultes. La maladie de M. Pasquier a obligé son confrère, M. Curlier, à faire cette année double administration ; mais ses forces ont trahi son courage, et il est tombé gravement malade à son tour. Heureusement on a pu l’amener à Séoul où deux mois de repos et de soins l’ont remis sur pied. En rentrant chez lui, il a eu la joie de trouver sa chapelle et sa maison en parfait état. Pendant les troubles de l’an dernier, les rebelles avaient tout saccagé, brûlé les portes et les planchers, détruit les murs de clôture. A la demande du Commissaire de France, le gouvernement a donné au mandarin du district l’ordre de tout réparer aux frais des rebelles. C’est ce qui a été fait.
« Je suis rentré de ma campagne d’été, écrit le missionnaire, enchanté du mouvement de « conversions qu’il y a dans le bas Nai-hpo. Comme vous pouvez le remarquer dans ma « feuille d’administration, c’est là que j’ai glané les plus beaux épis qui sont dans la gerbe que « j’ai le bonheur de vous offrir. En partant de Séoul, je ne comptais que sur une vingtaine de « baptêmes, j’en ai trouvé bien davantage. Un seul poste, Yong-a-sil, au district de Sye-« tchyen, m’en a donnée 22. Un seule famille a eu onze membres régénérés dans les eaux du « saint baptême ; il y avait là quatre générations, et ce qu’il y a de plus curieux, c’est que « l’arrière-grand-père n’a que soixante ans et que sa femme était dans un état de grossesse « avancée quand je l’ai baptisée. J’ai eu aussi la consolation, dans le cours de cet exercice, de « voir rentrer au bercail 28 brebis égarées, tièdes qui n’avaient pas reçu les sacrements depuis « la persécution de 1866. »
« Kyeng-keui-to Sud. 2.774 chrétiens, 157 baptêmes d’adultes. « Nous constatons avec « grand plaisir, écrit M. Alix, mes chrétiens et moi, un mouvement vers la religion qui « s’accentue chaque jour davantage dans un circuit de cinq lieues aux alentours de ma « résidence. Chose étonnante, certains catéchumènes montrent plus de zèle pour propager la « doctrine que les anciens chrétiens. Ainsi les villages d’Ou-te-nei et de Ye-reul-moul où il « n’y avait pas un seul chrétien, il y a deux ans, en comptent au moins 50 qui pratiquent la « religion avec ferveur. L’érection de ces petites chrétiens est due au zèle de deux convertis, « qui, pour remercier Dieu de ses bienfaits, ont fait tous leurs efforts pour communiquer le « don de la foi à leurs parents et amis.
« Parmi ces catéchumènes, il y en a qui sont vraiment admirables dans la simplicité de « leur foi. L’un d’eux, nommé Ko, vint me demander le baptême le mardi de Pâques ; je lui « dis, pour l’éprouver : « Puisque tu n’es pas venu dimanche dernier recevoir le baptême avec « les autres, je ne puis te baptiser aujourd’hui. J’aurais bien voulu venir dimanche ; mais « j’ai une maladie de poitrine qui me fait beaucoup souffrir ; ce jour-là j’étais tellement « oppressé que je n’ai pu faire un pas hors de chez moi ; je suis condamné à mourir dans peu « de temps, de grâce ne me refusez pas le baptême. Je ne crois pas pouvoir revenir ici jamais, « et mon âme que deviendra-t-elle, si elle n’est pas lavée de ses iniquités ? Ah ! que j’ai péché « dans ma vie ! Pour tout vous dire, j’ai été valet de satellite, et vous savez que ces sortes de « gens ne sont pas scrupuleux. » J’admirai la simplicité de ce brave homme et la sincérité « avec laquelle il faisait sa confession publique devant toutes les personner présentes et sans « en être prié. Il va sans dire que je l’ai baptisé sur l’heure.
« A Hoang-sai-ol, j’ai été témoin d’un fait non moins édifiant, mais plus curieux. Je venais « d’arriver dans ce village lorsque je vois entrer un jeune homme clopinclopant : « Qu’as-tu « donc à boiter ainsi ? J’ai un furoncle à la jambe, me dit-il, de sorte qu’il m’est impossible « de marcher. Alors comment es-tu venu ici de chez toi, car il y a plus d’une lieue ? » Il se « mit à sourire sans oser avouer le moyen de locomotion dont il s’était servi pour venir. Les « chrétiens me dirent alors que sa mère l’avait apporté sur son dos. Porter sur son dos un « grand bébé de dix-huit ans pendant l’espace d’une lieue et demie, voilà un acte de foi dont « je n’avais pas encore été témoin !
« Ce n’est pas seulement de la part des catéchumènes que j’éprouve des consolations dans « mon ministère, mais aussi de la part des chrétiens. Pendant les derniers troubles surtout, « d’aucuns se sont montrés vraiment admirables. Sur la fin de septembre, une bande de 40 « Tong-hak se rendit au village d’Ap-sil pour s’emparer d’un catéchiste, Philippe Tchoi, brave « homme qui, bien qu’il n’ait qu’un œil, voit plus clair dans les choses de Dieu que beaucoup « qui en ont deux. C’était un dimanche matin. Philippe venait d’achever ses prières d’usage, « lorsqu’il entendit des cris violents à la porte. « Il faut le tuer ; où est-il ? qu’on le saisisse et « qu’on l’amène ! » Ils allaient entrer dans la maison, lorsqu’il se présente en disant : Vous « me cherchez ? me voici ! que voulez-vous de moi ? » Deux Tong-hak se jettent sur lui, le « lient, lui enlèvent son serre-tête et lui font la toilette comme à un condamné à mort. Après « ces préparatifs, ils braquent leurs fusils sur le catéchiste et le somment de renoncer à sa « religion et de se faire tong-hak. « Tuez-moi si vous voulez, répondit-il, mais quant à « renoncer à ma relligion et à me faire tong-hak, jamais ! Jusqu’à la mort, je veux servir le « Seigneur du ciel. » On le frappa à coups de bâton, mais sans le faire fléchir ; et, après l’avoir « roué de coups, on se dit : « Il en a assez, allons-nous-en, nous reviendrons, s’il le faut ; peut-« être la prochaine fois sera-t-il moins entêté ! » Après m’avoir, à la dernière visite, raconté « son aventure, Philippe me demanda : « Père est-ce que j’aurais été martyr si j’étais mort « entre les mains des Tong-hak ? Certainement. Alors je regrette qu’ils n’aient pas fait de « moi un martyr, à ce moment c’eût été très facile, car j’avais fait le sacrifice de ma femme, « de mes enfants, de toutes les choses du monde. Quand le moment de mourir sera arrivé, « peut-être ne serai-je pas aussi bien préparé ! »
« Port de Chemulpo. 252 chrétiens, 29 baptêmes d’adultes. Actuellement, le nombre des chrétiens de Chemulpo est bien plus considérable. L’année dernière, les chrétiens de la province de Tchyoung-tchyeng-to, traqués par les rebelles, sont venus en grand nombre se réfugier dans ce port ; la tranquillité une fois revenue, beaucoup sont repartis ; d’autres, les plus misérables, sont restés ; et il est probable que plusieurs finiront pas se fixer définitivement à Chemulpo. Toutefois, comme cette année encore, ils ont été visités par le missionnaire de leur province d’origine, c’est au total de la population de Tchyoung-tchyeng-to que 500 de ces chrétiens ont été portés. C’est parmi eux que le choléra a fait le plus de victimes ; une trentaine en sont morts, tandis qu’on en compte seulement trois ou quatre appartenant à la population ordinaire de Chemulpo ; M. Maraval a été assez heureux pour pouvoir administrer tous ces cholériques. Ce fléau, suite ordinaire de la guerre, a sévi surtout dans les centres populeux où les soldats avaient campé, comme Eui-tiyou, Hpyeng-yang, Chemulpo, Séoul et Ouen-san ; dans les villages de la province, il y a eu à peine quelques décès ici ou là.
« Bien que les trauvaux de construction de l’église aient été commencés l’année dernière, la guerre étant venue les interrompre, la première pierre n’en a été bénite et posée que le 11 août de cette année ; et déjà les travaux de maçonnerie en sont très avancés. Les Sœurs ont recueilli chez elles une quinzaine d’enfants ; ce sont là les modestes commencements d’un orphelinat qui ne tardera pas à s’accroître, quand le local permettra de faire de nouvelles admissions.
« Séoul extra muros et environs. 2.201 chrétiens, 180 baptêmes d’adultes. M. Doucet constate dans son compterendu que les chrétientés dont il est chargé n’ont pas été exemptes des misères suscitées par les rebelles ; toutefois, leur proximité de la capitale a fait qu’elles ont moins souffert ; elles ont été aussi les premières délivrées. Mais les rebelles une fois éloignés, la misère est restée, et nombre de chrétiens ont été toute l’année dans une grande gêne. A Séoul même, le choléra a fait entendre sa grande voix, et cette voix a été écoutée. Plusieurs tièdes qui n’avaient pas reçu les sacrements depuis plus de 30 ans, se sont réconciliés avec Dieu ; beaucoup de païens aussi qui, ayant entendu parler de religion, avaient quelque velléité de l’embrasser, ont été baptisés à l’article de la mort.
« Séoul intra muros. 1.175 chrétiens, 98 baptêmes d’adultes. « Voici les quelques notes « du compte-rendu de M. Poisnel : « La population des chrétiens de la ville a été augmentée « par un certain nombre de familles de province que la guerre et la faim ont poussés vers la « capitale à l’automne dernier. La plupart de ces familles sont maintenant reparties ; celles qui « restent, peu nombreuses d’ailleurs, paraissent s’être définitivement établies à Séoul. Les « événements de l’année dernière ont contribué aussi beaucoup au retour de plusieurs « chrétiens tièdes. Vingt à trente environ, après de longues années d’abandon, sont revenus à « leurs pratiques religieuses. Quelques ménages désunis et divorcés ont fait la paix. Les « catéchumènes baptisés au cours de l’année, sans être très nombreux, sont en général des « jeunes gens déjà mariés. En dehors des catéchumènes inscrits (80), et qui appartiennent tous « à des familles en partie chrétiennes, il y a bon nombre de païens qui sont en train d’étudier « la doctine ; depuis la guerre, les livres élémentaires de religion sont demandés presque « chaque jour. »
« Sainte-Enfance : Personnel, 226 ; baptêmes, 119. Dans ce chiffre de baptêmes, il y a des adultes et des enfants ; tous sont comptés au total des baptêmes d’adultes, puisqu’ils augmentent d’autant notre population chrétienne, en dehors de l’accroissement normal par l’excédent des naissances. Il est vrai que beaucoup de ces enfants meurent en bas-âge ; cette année surtout, la mortalité a été terrible à cause du choléra. L’épidémie a sévi partout à Séoul, mais nulle part aussi violemment qu’à l’orphelinat des Sœurs qui ont perdu en huit jours à peu près un quart de leur personnel : une Sœur française, deux postulantes coréennes et plus de quarante enfants. Ces vides ont été d’ailleurs bien vite comblés par les orphelins du choléra qu’on s’empressait d’emporter à la Sainte-Enfance. Pendant plus d’un mois, il n’est pas de jour peut-être où M. Coste n’ait eu quelques baptêmes à donner.
« MM. Rault et Vermorel restent chargés de notre séminaire de Ryong-san ; cette année, j’ai même dû leur adjoindre provisoirement M. Chargebœuf, moins à cause du nombre des élèves qu’en raison de la multiplicité des cours. Aux Quatre-Temps de Carême, nous avons eu une ordination de 4 tousurés et de 7 minorés, et aux Quatre-Temps de la Pentecôte, nouvelle ordination de 3 sous-diacres, tous trois anciens élèves de Pinang ; nous espérons les voir arriver à la prêtrise l’an prochain.
« A l’époque de la retraite, nous avons pu procéder à la translation des restes du cher M. Jozeau. A la demande du Commissaire de France, le gouvernement a mis avec beaucoup de bienveillance à notre disposition les porteurs nécessaires à une escorte d’honneur qui a accompagné le convoi depuis Kong-tjyou jusqu’à Séoul. Les frais d’exhumation et de route ont été en grande partie supportés par les autorités locales, et en plusieurs endroits les mandarins sont allés par honneur à la rencontre du cortège, et ont voulu héberger les missionnaires qui le conduisaient. Les obsèques solennelles ont eu lieu le 27 avril, à la chapelle du séminaire, et tous les confrères ont eu la consolation d’y assister. De nombreux chrétiens sont venus du Tjyen-la-to, faisant ainsi une route de plus de huit jours pour rendre à leur Père les derniers devoirs. La dépouille mortelle de notre vaillant confrère repose maintenant au milieu des nôtres, dans le cimetière de la Mission.
« Enfin, nous avons commencé les informations préliminaires procès de l’Ordinaire pour nos Martyrs de 1866. Après avoir dépouillé toutes les pièces relatives à ces Martyrs, on a dressé une liste des noms connus avec les renseignements sommaires sur chacun d’eux ; cette liste a été imprimée, elle forme un volume de 163 feuilles, et contient 877 Martyrs. Un exemplaire en a été distribué à chacune de nos chrétientés pour permettre aux témoins qui existent encore de se faire connaître, et aussi de compléter ou de corriger les données de ce premier catalogue. C’est vous dire combien long et difficile sera le procès lui-même…
« Veuillez agréer, etc.
« + G. MUTEL,
« Ev. Tit. de Milo. »
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