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Rapport annuel des évêques

Année: 1896
Pays: Corée du Sud
Mission: Corée

II. ─ Corée.

Population catholique 28.802
Baptêmes d’adultes 2.724
Baptêmes d’enfants de païens 2 .033
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L’exposé annuel des travaux de nos missionnaires et des résultats obtenus par eux ne comporte guère un récit détaillé des faits politiques survenus dans les pays confiés à notre Société. Toutefois il peut y avoir, il y a des exceptions à cette loi que nous observons ordinairement et il semble bien que, vu les circonstances actuelles, la Corée rentre dans ces exceptions. Ainsi l’a justement compris Mgr Mutel, qui commence son rapport par les pages suivantes que tous liront avec intérêt.
« Je ne puis guère vous présenter le compte rendu de nos traxaux, sans vous dire un mot des événements politiques de l’année. Et d’abord, le fait de la mort de la Reine, au sujet duquel on a eu longtemps des doutes, n’est que trop certain. Elle a été assassinée le 8 octobre 1895 par des conjurés japonais, et son cadavre aussitôt brûle dans l’enceinte même du palais royal. Les fauteurs et auteurs du crime ont été mis en jugement au Japon ; mais, comme il fallait s’y attendre, tous ont bénéficié d’une ordonnance de non-lieu.
« Pendant ce temps et comme pour dérouter l’opinion, les Japonais jusque-là tout puissants amenaient le Roi à rendre un décret réhabilitant la Reine défunte, et quelques jours plus tard, le 1er décembre, on annonçait officiellement sa mort ; tout le royaume se mit en deuil. On réussit même à trouver trois Coréens, gens obscurs et inconnus, qui furent soi-disant convaincus d’avoir assassiné la Reine, et comme tels exécutés le 29 décembre.
« Cependant toutes ces menées ne réussissaient pas à tromper l’opinion ; on sentait que le peuple rongeait son frein, qu’il gémissait sous l’oppression de ses maîtres du jour et que sa sympathie était toute pour le pauvre Roi, gardé à vue dans son palais comme prisonnier du parti au pouvoir. Le 28 novembre, une tentative fut faite pour lui rendre sa liberté : elle échoua piteusement. Des patriotes conjurés avaient rassemblé quelques centaines d’hommes de bonne volonté et s’étaient rendus en secret derrière le palais royal, prêts à y entrer, dès que la porte leur serait ouverte ; ils voulaient faire main basse sur les ministres accusés de félonie. La mèche fut éventée, la porte ne s’ouvrit point au signal convenu, ou plutôt, quand elle s’ouvrit, ce fut pour livrer passage à une garde bien armée qui se saisit des premiers conjurés et les jeta en prison. Les deux principaux fauteurs de ce coup de main ont été exécutés le 30 décembre, et les autres rendus à la liberté.
« Délivrés de ce danger, les ministres, toujours soutenus par les Japonais, se crurent tout permis. Le 31 décembre, un décret royal, rendu sur leur initiative, adoptait le calendrier européen pour les actes publics. Du premier janvier de cette année date l’ère nouvelle appelée première année de l’Etablissement du Soleil et correspondant à la 505e année de la fondation de la dynastie. Cette mesure passa sans difficulté, mais d’autres réformes édictées en même temps et, entre toutes, la coupe des cheveux à l’européenne, excitèrent au plus haut point le mécontentement du peuple. Le Roi était tellement devenu l’esclave de ses ministres, que malgré ses répugnances, il donna l’exemple, se coupa lui-même les cheveux et publia un décret invitant son peuple à l’imiter. Dans le principe la mesure n’était obligatoire que pour les seuls fonctionnaires du gouvernement, soldats et agents de police, lesquels s’exécutèrent en rechignant. Mais bientôt on mit à l’extension de cette soi-disant réforme un tel zèle, une telle violence que, bon gré mal gré, tout le monde dut s’exécuter. Si ridicule, vexatoire et impopulaire que fût cette mesure, on s’y soumit presque sans protester à la capitale et dans les environs. En province il en alla tout autrement : ce fut le signal de la rébellion, de tous côtés se levèrent des volontaires qui prirent le nom de Soldats de la Justice, et se donnèrent le mandat de chasser les Japonais du royaume et dc faire justice des ministres félons pour rendre au Roi sa liberté. Le mouvement fut si général qu’il fallut songer à l’arrêter et à le réduire ; on envoya donc des soldats contre ces rebelles d’un nouveau genre. Les soldats partirent sans enthousiasme et se battirent de même, si tant est qu’il y ait eu de vrais engagements.
« Les choses en étaient là, quand le 11 février au matin on apprend que le Roi a quitté son palais en secret et s’est rendu à la Légation de Russie pour y chercher asile et protection. Cette nouvelle est accueillie avec un étonnement profond auquel se mêle la joie de la délivrance. Mais, comme il arrive dans toutes les révolutions, il y eut des victimes. A peine rendu à la Légation russe, le Roi destituait le ministère et lançait un mandat d’arrêt contre les principaux titulaires ; les décrets de la première heure sons entachés d’une violence regrettable et qui n’eut que trop bien son effet. Deux des ministres, arrêtés dans la journée, furent massacrés sur-le-champ, et leurs cadavres livrés aux outrages de la populace ; un troisième fut tué quelques jours plus tard en se rendant en province ; les autres réussirent à s’échapper et probablement à se réfugier à l’étranger.
« Avec le ministère à sa dévotion, le Japon voyait du même coup tomber toute son influence, passée d’emblée aux mains de la Russie. Nombre de Japonais, répandus un peu partout dans la province pour leur commerce, étaient massacrés sans pitié par les populations ; terrible retour des justices humaines : les innocents payaient pour les coupables.
« Tous les décrets rendus précédemment par le Roi sous la pression du ministère tombé sont rapportés ; liberté laissée à chacun de s’habiller à sa guise et de porter les cheveux longs ou courts ; amnistie générale accordée aux condamnes politiques. Les troupes envoyées contre les soldats de la justice sont rappelées ; aux populations soulevées on envoie des émissaires royaux chargés de les ramener au calme et à l’ordre ; on promet toutes les satisfactions désirables. Malheureusement la rébellion est plus facile à déchaîner qu’à apaiser, et les soldats de la justice, habitués à tenir campagne, ne voulurent rien entendre aux messages de pacification. Sous prétexte que le Roi était l’hôte et peut-être le vassal des étrangers, que justice n’avait pas été faite du meurtre de la Reine, ils continuèrent à soulever le pays. Il fallut en venir aux moyens de rigueur et de nouveau envoyer des troupes contre eux. La campagne a duré tout l’été et elle n’a point pris fin encore. Ces soi-disant patriotes ne sont plus aujourd’hui que de vulgaires brigands ; ils continuent à piller de côté et d’autre pour vivre et à inquiéter le gouvernement.
« Comme toute la population paisible, nos chrétiens ont souffert des menées de ces rebelles. Un village de cinquante maisons a été, à leur occasion, partie incendié, partie pillé par les païens d’un canton voisin. Un autre village a perdu tous ses bœufs et ses instruments de labour avec son mobilier. Malgré nos réclamations appuyées par le chargé d’affaires de France, il nous a été impossible jusqu’ici d’obtenir justice pour ces pauvres chrétiens : bien plus, huit d’entre eux, abominablement calomniés par leurs persécuteurs, sont depuis trois mois en prison et même condamnés aux travaux forcés malgré leur innocence évidente.
« C’est assez vous dire que, nonobstant toutes ces révolutions, la Corée n’est point sortie de ses vieux errements. Plus les hommes changent et plus on s’aperçoit que les choses restent les mêmes. Malgré la nouvelle législation, et, il faut le dire, grâce peut-être à la confusion qu’elle a amenée dans toutes les administrations, les anciens abus persévèrent. On vend encore les places et les dignités et la justice se rend au profit du plus offrant ; peu ou point d’entente dans le gouvernement : les ministres se jalousent les uns les autres, chacun cherchant à démolir le voisin.
« A tout cela se joint le malaise éprouvé dans tout le pays en voyant le Roi s’éterniser à la Légation de Russie. On croyait qu’il s’y rendait pour quelques jours seulement, et qu’une fois le gouvernement reconstitué sur de nouvelles bases, il réintégrerait son palais. Mais non, le pauvre Roi, à tort ou à raison, craint pour sa vie et n’ose pas s’éloigner de son refuge. Ces temps derniers, cependant, il semble qu’on ait trouvé un moyen terme : on fait restaurer et agrandir un petit palais situé dans le quartier européen, à quelques pas seulement de la Légation de Russie. Là, le Roi pourrait être chez lui, sans trop s’éloigner de ses protecteurs.
« Le 4 septembre dernier, les restes de la feue Reine, ─ ou plutôt la bière qui est censée les contenir ─ ont été transportés en grande pompe au nouveau palais. On s’occupe maintenant de régler les détails des funérailles dont le jour n’est pas encore fixé. C’est après tout cela seulement que le Roi se résignerait à habiter sa nouvelle résidence ; on dit bien, il est vrai, que tous ces préparatifs sont pour la forme et que jamais le pauvre souverain n’aura le courage de faire cette démarche.
« Il est possiblé que nous ayons profité, pour notre œuvre d’évangélisation, du désarroi dans lequel tous ces événements ont jeté le pays. Nombre de païens honnêtes, ne sachant plus où donner de la tête, sont venus à nous avec l’arrière-pensée sans doute d’y trouver quelque appui. Par la grâce de Dieu ils y ont d’abord trouvé le don de la foi qui a bien vite corrigé ce que les dispositions premières avaient de défectueux. L’augmentation du nombre des baptêmes d’adultes est en effet exceptionnelle, puisque nous en comptons 2.724, soit près d’un millier de plus que d’habitude. Avec le surcroît des naissances, ce chiffre fait monter de 25.998 à 28.802 notre population chrétienne. Nous devons à Dieu de vives actions de grâces pour ces résultats certainement très consolants. »
Après cet aperçu général sur la situation du royaume, Mgr Mutel donne des détails sur les différents districts de son Vicariat apostolique. Sa Grandeur laisse ordinairement la parole à ses missionnaires. Nous ferons de même le plus souvent, car il y a là des pages qui forment une belle suite à la si édifiante Histoire de l’Église de Corée.
Les deux provinces de Hpyeng-an et Hoang-hai constituent le district confié au zèle de M. Le Gendre qui s’est définitivement installé à la grande ville de Hpyeng-an, où il a pu également établir une maison d’école, laquelle fonctionne depuis le printemps. Notre confrère a récolté la belle gerbe de 213 baptêmes d’adultes et a vu s’élever à plus de 200 les chrétiens de sa résidence principale, qui étaient à peine au nombre de 80 l’an dernier. 268 catéchumènes inscrits, indiquent que le mouvement des conversions continue dans ces parages.
Un fait nouveau s’est produit là, parmi ceux qui demandent à embrasser notre sainte religion. Jusqu’ici les conversions n’avaient guère lieu que dans le voisinage des chrétientés déjà existantes. Or, cette année, il n’a pas été rare de voir, en des localités séparées de tout centre chrétien par plusieurs journées de marche, des païens étudier la doctrine catholique, tantôt isolément, tantôt par petits groupes de deux ou trois et, après avoir ainsi appris le livre de prières et le catéchisme, venir demander le baptême.
Comme nécessairement une instruction religieuse, acquise de cette façon, présente des lacunes qu’il n’est pas toujours loisible de combler sur-le-champ, M. Le Gendre n’était pas sans éprouver quelque inquiétude sur la fidélité de ces catéchumènes. « Cependant, remarque-t-il, ces braves gens avaient fait pour se préparer tout ce qui leur était matériellement possible. Aussi ne me suis-je pas cru le droit de leur refuser le baptême, et j’espère que Dieu, qui ne manque jamais aux hommes de bonne volonté, suppléera à l’insuffisance de leur préparation et leur fournira les moyens, ou de venir s’établir en pays chrétien, ou de réunir autour d’eux un groupe de nouveaux catéchumènes suffisant pour assurer leur persévérance.
« C’est du reste ce qui s’est produit déjà à Syep-ka-tji, au district de Syouk-tchyen. Une nouvelle chrétienté, fondée de la sorte, il y a dix-huit mois, compte maintenant deux villages presqu’entièrement convertis. Il y a, en outre, aux environs une trentaine de chrétiens plus ou moins dispersés, mais presque tous par groupes qui, pour être petits, semblent assez compacts et qui deviendront, Dieu aidant, de nouveaux centres ; aussi je vais ouvrir là-bas, à l’automne, la nouvelle station de Tang-ni. »
Dans le nord du Kang-ouen-to, M. Dutertre a baptisé 196 adultes, mais le contentement que lui procuraient ces conversions a été mélangé de crainte par suite des incursions des rebelles. Dans une chrétienté nouvelle ils se sont livrés au pillage ; ils en ont incendié mie autre et forcé ainsi les néophytes à se disperser çà et là dans des milieux païens, où leur foi naissante ne sera pas sans courir quelque danger.
« Pour ce qui est des anciens chrétiens, écrit ce missionnaire, ils sont toujours pleins de ferveur, fidèles à tous leurs devoirs, et font ma plus grande joie. L’année dernière, avant mon départ pour la retraite, mon église voyait ses colonnes dressées et les poutres posées. J’ai pu y dire la messe, pour la première fois, le jour de l’Assomption et, depuis, nous avons le bonheur d’y conserver le Très Saint Sacrement. »
Le poste de Ouen-san est occupé par M. Vermorel qui, au mois de janvier, y venait prendre la place de M. Bret, appelé à le remplacer lui-même au séminaire de Ryong-san. 66 baptêmes d’adultes ont couronné ses premiers efforts.
Au Kang-ouen-to Est, M. Bouladoux en a eu 179, principalement dans la région appelée Ryeng-tong, au bord de la mer du Japon.
Dans le Kang-ouen-to Sud, la plupart des chrétiens vivent sur les montagnes et sont assez séparés des païens. Cette situation ne leur permet guère de communiquer à ceux-ci la doctrine de l’Évangile, au grand regret de M. Le Merre, dont le zèle a de la peine à se contenter des 81 baptêmes qu’il a pu administrer à des adultes. Dieu lui a ménagé de grandes consolations dans ses travaux : il va nous les raconter lui-même.
« Voici un petit trait, c’est à Moun-em-i, au district de Yang-keun que la chose se passe. L’an dernier, à l’époque du choléra, une païenne encore jeune se trouvait à l’extrémité. Soudain, elle se souvient d’avoir entendu parler d’un moyen d’éviter les flammes de la prison d’outre-tombe et de monter au ciel dans le séjour de l’éternel bonheur. Aussitôt elle fait appeler un chrétien ; celui-ci arrive, voit tout de suite le danger et, sans plus tarder, il comble les désirs de la malade en lui enseignant de son mieux les vérités les plus nécessaires et en la baptisant. L’eau régénératrice n’a pas plus tôt coulé sur son front que la malade éprouve un mieux sensible ; quelques jours après, elle était guérie.
« A l’époque de l’administration, elle se demandait comment elle pourrait venir me voir ; son mari étant païen, il était à craindre qu’il ne voulût pas la laisser sortir. Mais le bon Dieu ne tient-il pas dans ses mains le cœur de l’homme et ne le fait-il pas fléchir à son gré à ses volontés suprêmes ? Contre toute attente, la permission désirée est obtenue, et la néophyte vient me saluer en compagnie des autres chrétiennes. Ce n’est pas tout, le soir, au moment de l’examen du catéchisme, elle me fait présenter une paire de bas, œuvre de ses mains, me priant de les accepter. Je refuse net en lui disant : « Je ne puis accepter cette offrande ; vous « avez sans doute fait cela à l’insu de votre mari, ce n’est pas bien. » Elle répond : « Oh non, « il n’en est pas ainsi, comment aurais-je pu faire cela à l’insu de mon mari ? Quand je lui « manifestai le désir d’aller vous saluer et de vous offrir quelque petite chose il me répondit « d’une façon aimable : ─ Il est juste que tu ailles saluer le grand homme puisque tu es de sa « religion, ut je ne vois rien qui s’oppose à ce que tu lui fasses un petit présent. » ─ Tant de candeur et de simplicité me firent accepter.
« S’il y a en Corée, continue le même missionnaire, des chrétiennes malheureuses dans toute la force du terme, ce sont celles qui, après la persécution de 1866, ont été données un mariage à des païens. J’avais dans mon district une de ces infortunées, le bon Dieu l’a rappelée à Lui l’été dernier. Pauvre chrétienne ! Elle avait réussi une fois à venir me voir, il y a quelques années, et cela pendant la nuit. Mais son mari païen avait eu vent de la chose, et depuis lors elle s’était trouvée dans l’impossibilité de pratiquer. L’année dernière, soudain, elle tombe malade de la peste ; personne pour l’exhorter, la consoler ; elle pleure, elle demande le Père. « Appelez-moi le Père... Oh ! que le ciel « est beau... Oh! que l’enfer est « terrible !... » Et c’est en prononçant ces exclamations et d’autres semblables qu’elle rend le dernier soupir ! Ces détails, je les tiens des enfants de la défunte aujourd’hui baptisés ainsi que leur père ; ce qui me porte à croire que le Dieu de toute miséricorde aura pardonné à sa servante, et qui plus est lui aura accordé la conversion de ses enfants et même du mari qui lui avait fait endurer un si long martyre. »
M. Bouillon administre le district de Tchyoung-tchyen-to Est, situé au sud du précédent. L’an dernier, les baptêmes d’adultes avaient été de 41 seulement ; au cours de cet exercice, ils se sont élevés à 91.
« Dans le nombre des baptisés in articulo mortis, dit notre confrère, j’aurais pu inscrire une pauvre femme qui est morte avec le plus vif désir de voir l’eau sainte couler sur son front. Elle s’était réfugiée pendant un an avec son mari dans la chrétienté de Son-reung-ton, où elle avait
appris quelques prières qu’elle récitait tous lcs jours. Son mari qui n’avait pas la moindre envie de se convertir, voulut, au grand déplaisir de sa femme, retourner chez les païens. Bon gré mal gré, il fallut se résoudre à partir. Il y avait un mois à peine qu’ils avaient changé de résidence que la femme tomba gravement malade. « Si je pouvais voir le Père, disait-elle à « son mari, il me donnerait le baptême, et je mourrais contente ; va me le chercher, il n’est pas « loin d’ici, il n’y a qu’une lieue. ─ Pour cela non, je n’irai pas voir l’Européen ; tu te figures « qu’il viendra si je vais l’avertir ! ─ Oui, il viendra ; du reste, si tu ne veux pas aller chercher « le Père, va donc trouver le catéchiste de Son-reung-ton, il peut me donner tout aussi bien le « baptême. ─ Ce n’est pas si pressant que tu le dis, tu ne meurs pas encore. ─ Mais si, je vais « mourir ! » La jeune catéchumène eut beau insister plusieurs fois de suite, elle ne fut pas écoutée.
« Voyant qu’il était inutile de songer au baptême d’eau, elle prononça ces paroles qui ne me laissent aucun doute sur son salut : « Puisque tu ne veux aller me chercher ni le Père ni le « catéchiste, dit-elle à son mari, je sais bien que Jésus et Marie auront pitié de moi, et je n’irai « pas en enfer. Oui, Jésus et Marie me sauveront. » ─ Jésus ! Marie ! répétait-elle sans cesse. Après trois ou quatre jours de maladie, cette catéchumène, j’allais dire cette chrétienne ─ elle avait reçu le baptême de désir ─ expirait en prononçant ces saints noms. »
Le compte rendu de 1895 relatait la découverte providentielle de descendants d’anciens martyrs quit malgré leur éloignement de tout prêtre et de tout chrétien, avaient conservé la plupart des habitudés chrétiennes. Cette année le missionnaire et un catéchiste ont pu entrer en communication avec quelques-uns d’entre eux. M. Bouillon a même eu le bonheur de baptiser deux personnes de ces familles et il a les meilleures espérances pour un avenir prochain.
Voici comment ensuite notre confrère fait part d’une importante acquisition qu’il a pu mener à bonne fin. « Un des événements de l’année a été l’achat de l’emplacement d’une grande maison, en majeure partie brûlée par les Japonais au mois de février dernier, lorsque les chasseurs coréens allaient essayer de les deloger de leurs cantonnements. Cette maison est située dans le grand marché de Tjyang-hai-ouen, le plus beau centre de la contrée. Par là notre sainte religion vient de faire, il me semble, un grand progrès dans le district qui m’est confié. L’achat de cette maison, du reste, a été fait dans des conditions qui me font croire que le bon Dieu a des vues toutes spéciales sur cette partie de la mission. De plus, le marché a été conclu pendant le mois de mai, au moment où je m’y attendais le moins, ce qui veut dire que la sainte Vierge se met aussi de la partie. Je crois deviner que la bonne Mère veut là une chapelle dont elle sera la patronne... »
Dans le nord du Kyeng-syang, M. Pailhasse a enregistré 48 baptêmes d’adultes. « Ce chiffre, écrit-il, bien qu’un peu plus élevé que celui du précédent exercice, est cependant loin de répondre aux espérances que je fondais au commencement de l’année. La raison de cette déception est que, dans les districts de Syang-tjyou et de Ryong-koung où j’espérais faire une abondante moisson, les rebelles ont répandu des bruits mensongers qui ont ralenti d’une manière considérable l’ardeur des catéchumènes. Néanmoins, j’aime à me flatter que ce qui est retardé ne sera pas perdu. Un fait qui est arrivé dans le district de Ryong-koung prouvera, une fois de plus, que le diable ne prend que ceux qui veulent se laisser prendre et qu’en somme le bon Dieu a toujours le dernier mot.
« « Paul Ni a vu environ une quarantaine de printemps. Cultivateur par état, il vit à son aise et possède l’estime de tous ses voisins. Un soir d’automne, pendant que je faisais le catéchisme dans la chrétienté de Tyeng-kou-ri, mon Ni vint me trouver et, après les salutations d’usage, il me dit tout simplement qu’il venait se faire baptiser, ajoutant même que si je ne jugeais pas à propos de lui conférer le baptême, il était décidé à monter jusqu’à Séoul pour recevoir des mains de Monseigneur l’eau salutaire qui ouvre la porte du Paradis des chrétiens.
« C’est bien, mon ami, lui dis-je, ton intention est bonne, ta demande fort juste, et j’en suis « moi-même ravi de joie : mais avant de monter à Séoul, raconte-moi un peu ton histoire.
─ « J’étais encore tout païen, reprit-il, et sans avoir précisément de l’aversion pour les « Européens, je ne professais à leur égard aucun sentiment d’estime, en un mot j’avais les « idées qu’ont en général les païens au sujet des étrangers. C’est dans ces sentiments que l’an « dernier je fus appelé à porter vos bagages d’administration. Ce paquet était si lourd, mais si « lourd, que depuis lors je pense souvent que le diable cherchait à me jouer quelque mauvais « tour, celui par exemple de me rendre plus odieuse la vue des missionnaires. Or ce fut tout le « contraire qui arriva. Depuis ce moment, en effet, je cherche à m’instruire de la religion des « chrétiens. Ce n’est pas tout, quand les gens de mon village et ceux de ma parenté en « particulier apprirent ma résolution, ils réunirent tous leurs efforts pour me faire abandonner « mon dessein. Les paroles de persuasion ne me furent pas épargnées, pas plus que les injures, « les menaces et même les coups. A tous et à tout cela je répondais invariablement : Je veux « me faire chrétien. Un jour, un de mes proches vint me trouver et m’annonça qu’il ne « souffrirait pas pareille tache dans sa famille, qu’en conséquence je devais revenir sur ma « décision. Comme je refusais, il me fit garrotter, disant qu’il ne me relâcherait qu’après « m’avoir entendu renier mes nouvelles croyances. Malgré les nombreux coups que je reçus, « je sortis victorieux de cette lutte. Bien plus le lendemain, je commençais, au su et vu de tout « le monde, la construction d’une nouvelle maison afin de recevoir plus dignement le Père. Le « diable se mit aussi de la partie en me suscitant mille embûches, dans lesquelles, grâce à « Dieu, je ne suis pas tombé. Parfois, lorsque, en travaillant ou en marchant, je traçais le signe « de la croix, les païens me demandaient ce que j’entendais faire par là. Sur ma réponse que « par ce signe des chrétiens je chassais le diable, les injures recommençaient. Malgré tout, j’ai « tenu bon ; j’ai d’abord appris à lire pour pouvoir étudier le catéchisme et enfin me voici prêt « à recevoir le baptême. »
« Je l’ai baptisé sous le nom de Paul. Aujourd’hui grâce à son zèle et à sa piété, six néophytes lui sont, après Dieu, redevables de leur conversion.»
M. Robert, qui est chargé de Tai-kou et des environs, compte 173 baptêmes de païens adultes. Voici un extrait de son rapport :
« Mes chrétiens sont toujours fervents, et à l’exception de trois ou quatre, tous reçoivent les sacrements au moins une fois chaque mois. Ils sont très zélés, et s’ingénient de mille manières pour procurer le bienfait de la foi à leurs compatriotes ; aussi ai-je, cette année, un bon nombre de catéchumènes nouveaux qui se préparent au baptême avec ardeur.
« Je rapporterai un fait seulement qui, entre plusieurs autres, m’a paru plus extraordinaire.
« Tjo est un prétorien qui, pendant les troubles des Tong-hak, entendit parler de la religion chrétienne par ses amis et résolut de l’embrasser. Il vint me trouver pour me déclarer sa résolution, lut les livres chinois et autres que j’ai ici, et se prépara au baptême. Après quarante jours d’épreuve, selon le règlement de la mission, je le baptisai sous le nom de Paul. Jusqu’à ce moment, il n’avait parlé à personne de tout ce qu’il avait fait. Après son baptême, rempli de la grâce du Saint-Esprit, il rentra chez lui, déclara à son frère aîné, à sa grand’mère, à sa femme, à tous, qu’il était chrétien, baptisé, qu’eux aussi devraient embrasser la religion. Puis aussitôt il prit les tablettes des ancêtres, les brisa et les jeta au feu. Son énergie triompha de tous les obstacles ; sa femme se fit instruire ; mais son frère aîné, surpris de tant d’audace, s’aboucha avec les notables du village pour le chasser et le bannir du pays. Une bonne lettre du mandarin de Tai-kou, que je lui obtins, suffit à le réinstaller, et fit peur à tout le monde. Cependant, sa grand’tnère, âgée de soixante-douze ans, ne se tint pas pour battue. Dès ce jour-là, elle fit un tapage infernal dans la maison, criant, pleurant, frappant ; enfin, on aurait dit une vraie énergumène. Le pauvre Paul ne savait que faire pour rétablir la paix que sa première ferveur avait troublée. Il vint me trouver et me demander conseil, me disant que sa vieille grand’mère ne faisait qu’injurier l’Européen qui avait ensorcelé son petit-fils. Je lui répondis que j’irais la voir, et qu’elle n’était pas si terrible qu’il voulait bien le dire. En effet, quelques jours après, accompagné de mon servant, de mon maître d’école et des élèves, je dirigeai ma promenade de ce côté, et me rendis dans la maison de Paul située à 10 kilomètres de Tai-kou. La bonne vieille ne sut pas plus tôt la chose qu’elle se sauva dans une maison voisine, disant qu’elle ne consentirait jamais à voir la figure d’un européen. Je l’envoyai chercher à diverses reprises, mais en vain. Après le dîner que nous servit Paul, une catéchiste de Tai-kou arriva, et elle fit si bien par ses exhortations près de la vieille qu’elle finit par me l’amener. En me saluant, celle-ci me fixa avec un regard étincelant et réellement peu naturel. Je reçus son salut, lui fis des compliments sur sa vigueur malgré son âge avancé, lui parlai de sa famille, de ses fils et petits-fils, et enfin lui expliquai que, n’ayant plus que peu de temps à vivre, elle devait penser au salut de son âme si elle voulait revoir ses enfants. Peu à peu, son visage se dérida, ses yeux se baissèrent et de grosses larmes commencèrent à remplir ses paupières. Après plus d’une heure de silence, elle s’approcha de moi, me prit la main en disant : « Je croyais que « vous étiez un mauvais esprit, un démon ; mais je puis me convaincre du contraire ; vous êtes « un ange de la terre, et je veux vous obéir. » Séance tenante, je lui appris à faire le signe de la croix, et voila que dès ce moment elle s’applique avec constance à se préparer au baptême. N’est-ce pas que l’Esprit de Dieu souffle où il veut et de la manière qu’il veut ! »
M. Oudot a baptisé 115 adultes à Fusan et dans le district qui en dépend. L’île de Ke-tjyei en fait partie. « Cette île, écrit notre confrère, forme la plus prospère de toutes mes chrétientés ; depuis un an, j’y compte 38 nouvelles familles de néophytes. Le bon Dieu, pour récompenser la ferveur des chrétiens, les bénit d’une manière plus spéciale en leur amenant de nombreux catéchumènes.
« A Fusan même, les conversions ont été aussi plus nombreuses, et l’avenir me paraît plein d’espérance. Les païens commencent à faire la différence entre nous et les protestants, et la population semble se rapprocher de nous. Chaque dimanche, à la messe, je vois des figures nouvelles ; ce sont des catéchumènes qui se font un devoir de venir assistcr au Saint-Sacrifice. Les jours de grandes fêtes, la chapelle est beaucoup trop petite.
« Je vais relater ici l’histoire d’une jeune néophyte, Barbe Tjyang, morte ondoyée à l’automne dernier. Au printemps de 1895, cette jeune fille, âgée de dix-neuf à vingt ans, entendit, je ne sais comment, parler de notre sainte religion, et conçut aussitôt le désir de l’embrasser. Près de chez elle habitait un jeune ménage chrétien. Elle va donc trouver sa voisine, lui demande des explications, et la prie de l’instruire, tout cela à l’insu de ses parents. Depuis ce moment, cette jeune personne ne manqua aucune occasion d’aller apprendre quelques bribes de prière ou de catéchisme. Au bout de quatre ou cinq mois, son père et sa marâtre finirent par savoir qu’elle était catéchumène, et firent tout pour l’empêcher de continuer à s’instruire, mais ce fut en pure perte. La marâtre, furieuse alors, la lia comme un cadavre, l’enroula de nattes, lui mit du coton dans la bouche, et pendant qu’elle la maintenait, commanda à un de ses ouvriers de frapper la pauvre enfant à coups redoublés avec un gros bâton. Les voisins connurent cet acte de sauvagerie, et en furent tellement irrités qu’ils résolurent d’en appeler au mandarin. Ils rédigèrent une pièce relatant ce qui s’était passé et la jetèrent pendant la nuit dans la cour du mandarinat.
« Le lendemain matin, le mandarin trouva cette pièce, en prit connaissance et fit appeler immédiatement le chet du village en lui ordonnant de faire une enquête. Le rapport qui s’ensuivit concordait exactement avec le billet accusateur. Le magistrat rendit alors sa décision : si la jeune fille succombait à la suite du mauvais traitement subi par elle, la marâtre serait condamnée à la mort et le père envoyé en exil.
« Quatre jours après avoir ainsi souffert, la pauvre victime perdait la raison. Cependant, afin de dégager sa responsabilité, le père fit venir des médecins. Un catéchiste, Antoine Kim, et mon servant, Paul Lyeng, profitèrent de cette occasion pour pénétrer jusqu’à la malade. En les voyant, Barbe se mit à dire que ses maîtres venaient la visiter, et pourtant elle ne connaissait ni l’un ni l’autre. Malgré sa folie, elle était assez tranquille ; il n’y avait qu’une exception, c’est quand elle apercevait son père ou sa marâtre ; alors elle avait comme des accès de fureur.
« A la suite d’une nouvelle médication qui produisit des effets assez singuliers, la malade fut prise d’hémorragies abondantes et s’affaiblit de plus en plus. Des chrétiens me prévinrent de l’état de la pauvre catéchumène, me demandant ce qu’il y avait à faire. Je leur répondis de la baptiser sans tarder, ce qui ne put avoir lieu qu’une vingtaine de jours après. Depuis son baptême, elle sembla plus calme. Mais, de peur qu’elle ne s’évadât, ses parents l’enfermèrent dans une chambre dont on avait enlevé toutes les nattes et même cloué la porte à l’extérieur. On la laissa ainsi au mois de novembre sans feu et sans nourriture. Elle souffrit encore pendant près de trois semaines, après quoi elle partit pour un monde meilleur. Le jour de l’enterrement, une colonne lumineuse se tint sur la maison où se trouvait la dépouille mortelle ; elle fut aperçue d’abord par les infidèles qui la firent remarquer à deux chrétiens. Ce fait eut un assez grand retentissement, mais ce qu’il y a de plus extraordinaire, c’est que, depuis ce temps, le père et la marâtre de Barbe Tjyang se sont mis, eux aussi, à apprendre les prières. Béni soit Dieu qui sait tirer le bien du mal ! »
« La province de Tjyen-la, dit Mgr de Milo, qui compte à elle seule plus de 7.000 chrétiens, a donné cette année encore de très beaux résultats. Malheureusement l’élan des populations vers la religion catholique s’est ralenti depuis le printemps, et il se pourrait que l’année prochaine fût moins fructueuse. D’abord les protestants américains viennent de s’établir définitivement dans cette province, et dans l’état actuel des esprits ils ne laissent pas de faire du mal à notre œuvre. Mais le principal obstacle est venu du gouverneur de Tjyen-tjyou.
« Excité en secret par un émissaire royal, ennemi déclaré de tout ce qui est étranger, ce magistrat a lancé une proclamation dans laquelle il commande aux mandarins de son ressort de procéder sévèrement contre les chrétiens qu’ils reconnaîtront coupables de quelque délit. Nous sommes loin de nous plaindre qu’on punisse ceux des nôtres qui sont convaincus de quelque faute ; mais, sous sa forme d’apparence modérée, la proclamation allait bien plus loin ; elle mettait en réalité nos catholiques au ban du royaume et les désignait à la vindicte et au mépris publics, car elle fut affichée partout. Il arriva ce que le gouverneur attendait : des chrétiens, innocents ou coupables seulement de légers délits, furent accusés de crimes abominables et traités comme tels. Par le chargé d’affaires de France je me suis plaint de ce procédé, et on a aussitôt promis le retrait de la proclamation ; mais dans ces pays, tous les ordres donnés ne sont pas exécutés, et ce n’est qu’à la destitution du gouverneur que les proclamations ont disparu. Nos chrétiens ont d’autant plus souffert que l’opinion leur attribuait les méfaits des disciples ou soidisant adeptes des ministres protestants ; la charge était lourde, puisque ceux-ci ont cru devoir protester dans les journaux contre les désordres de ces gens qui se disaient faussement, paraît-il, leurs disciples. »
Malgré toutes ces tracasseries, M. Baudounet a pu recueilir 223 baptêmes d’adultes à Tjyen-tjyou et dans les environs. « Dans mon district, écrit-il à son Vicaire Apostolique, la population chrétienne n’augmente pas partout également. Je citerai comme étant surtout en progrès Ryong-au, Tjyang-tyou, Tjin-au et aussi Tjyen-tjyou avec sa préfecture. Dans celle-ci, où Dieu n’avait aucun adorateur il y a cinq ans, je compte aujourd’hui plus de cent néophytes. Cette année le nombre des baptêmes se monte à une quarantaine pour la ville même.
« Ces nouveaux chrétiens ont été témoins, en ces derniers temps, de l’efficacité de l’eau bénite dans les obsessions du démon, ce qui a contribué à affermir leur foi et à susciter quelques conversions. Voici le fait tel qu’il s’est passé. Dans une maison païenne, une jeune fille avait été obsédée et après avoir été maintes et maintes fois tourmentée, elle était morte dans de cruelles tortures. Son frère, parvenu à l’âge de se marier, a cherché un parti et conclu les fiançailles. Il est à remarquer que la fiancée n’avait été jusqu’à ce moment l’objet d’aucune obsession de la part du démon. Le mariage célébré, elle fut à peine entrée dans la maison de son mari qu’elle se prit à crier et à se plaindre d’un ennemi invisible qui la frappait à coups redoublés. Ces scènes avaient lieu fréquemment soit le jour, soit la nuit. Toute la famille la crut d’abord folle, mais bientôt elle se trouva dans le plus grand embarras, ne sachant quel remède apporter à cette étrange maladie qu’ils reconnaissaient être la même que celle de leur fille morte précédemment. Ils craignaient de la voir mourir, et le discrédit que cette nouvelle mort jetterait infailliblement sur leur famille les glaçait d’effroi, Enfin, au bout de quelques jours d’angoisses, on se décida à renvoyer la jeune femme chez ses parents.
« La Providence attendait ici cette famille, elle se l’était choisie. Lors d’une visite que le mari de cette jeune femme faisait à son ancien précepteur de chinois, celui-ci s’aperçoit de la tristesse peinte sur son visage. Il lui en demande la cause. Le jeune homme hésite, balbutie, puis finit par tout avouer. Le chrétien renseigné minutieusement sur l’état de la malade, lui déclare formellement que tout remède coréen sera inutile, qu’il n’y a qu’un remède, celui d’abandonner les superstitions et de pratiquer la religion catholique. Comme autre condition essentielle, le précepteur exige de toute la famille la même ligne de conduite. Toute la famille se soumit à ses prescriptions.
« Dès ce jour, le jeune marié avec sa femme commencèrent à apprendre la doctrine. Le diable ne se montra que plus furieux contre cette dernière. Apparaissant sous la figure de sa belle-sœur dont il est parlé plus haut, il lui commandait de ne plus songer au catholicisme, sinon il la châtierait sévèrement ; il ajoutait même parfois qu’amenant avec lui ses soldats, il la tuerait. La jeune femme tremblante n’osait répondre ni oui ni non. Encouragée cependant par les exhortations de son mari elle répondit timidement qu’elle voulait pratiquer la sainte doctrine. Le diable alors amène ses satellites armés de lances et de fusils ; il menace de la tuer. La jeune fcmme effrayée perd connaissance et s’évanouit. Son mari qui était à ses côtés se doutant de la présence de l’ennemi commun du genre humain s’arme d’un goupillon et asperge la chambre d’eau bénite. Le diable avec sa troupe s’enfuit aussitôt. De semblables scènes ont eu lieu plusieurs fois tantôt dans la chambre tantôt dans la cour ou à la cuisine. Il est un fait qui mérite d’être signalé, c’est que la visite du précepteur du mari eut pour effet, d’après le récit de l’obsédée, de rendre le démon plus furieux mais aussi de lui enlever à l’avenir le pouvoir d’entrer dans la chambre. Enfin les assauts du diable devinrent moins fréquents à mesure que la jeune femme crut plus fermement à la toute-puissance de Dieu. Ils finirent par cesser au bout de quinze jours de luttes et n’ont pas recommencé depuis un mois. Il va sans dire que cette jeune personne, tout heureuse d’être délivrée entièrement de ces visions effrayantes, remercie tous les jours Dieu, son unique libérateur, dont elle invoque avec foi le saint nom. »
Outre le district de M. Baudounet, la province de Tjyen-la-to en comprend deux autres. Celui du Sud est confié à M. Lacrouts qui enregistre, pour ses débuts dans le ministère apostolique, 95 baptêmes d’adultes.
M. Villemot, chargé du Nord-Est, a vu dans trois ans son troupeau s’augmenter de 600 chrétiens, et il compte cette annéc 159 baptêmes d’adultes. « Entre les faits les plus importants de cet exercice, écrit-il, je dois signaler l’achèvement de la petite chapelle dont les travaux, commencés il y a deux ans, avaient été suspendus pendant la guerre. Elle est assez vaste pour contenir 400 chrétiens ; chaque dimanche elle est à peu près remplie, et les jours de fête beaucoup sont obligés de se tenir à la porte.
« L’assistance à la sainte messe est beaucoup plus suivie que par le passé et le maintien des fidèles ne laisse rien à désirer. Pouvant aussi conserver la Sainte Réserve, aux pieds de Notre-Seigneur réellement présent près de moi, il fait bon déposer le fardeau de ses inquiétudes et chercher lumière dans ses difficultés. Les chrétiens ont accueilli cette faveur avec reconnaissance et la plupart tiennent à cœur de visiter chaque jour en particulier le divin Hôte du tabernacle.
« Une cueillette parmi les faits édifiants. Un nouveau chrétien me racontait ainsi sa conversion : « La terrible hôtesse (petite vérole) était entrée dans ma maison, mon petit « garçon se mourait ; sorciers, sorcières, tout fut employé, et le mal empirait. Par hasard je « rencontrai un de mes parents chrétien : ─ Promets, me dit-il, d’embrasser la religion si ton « fils guérit, et en gage de ta promesse relève la haie de ton jardin, brûle tous les objets de « superstition, et asperge ta maison de cette eau bénite par le Père. » ─ Le remède était dur ; tout le village étant païen, c’était s’exposer à la risée, aux insultes. La grâce de Dieu aidant, il suivit toutes les prescriptions de cet étrange médecin. L’enfant revint à la santé, et le père est aujourd’hui un fervent chrétien.
« Le mandarin de Keum-san, mal informé sans doute, fit emprisonner un néophyte sous un prétexte futile. Les prétoriens, vrais suppôts du diable, firent contre lui un tel réquisitoire que la condamnation à mort s’ensuivit. Sachant que ces gens n’étaient ses ennemis que parce qu’il était chrétien, ce généreux néophyte acceptait joyeusement son sort, disant à ses amis de ne point le plaindre puisque c’était pour Dieu qu’il allait mourir. Le Seigneur se contenta de sa bonne volonté ; le gouverneur de Kong-tjyon, s’étant fait instruire de toutes les circonstances de cette affaire, renvoya le prisonnier avec honneur et infligea un reproche public au mandarin. »
« Les deux districts du Tchyoung-tchyeng-to Ouest ont été reconstitués comme ils l’étaient avant la maladie de M. Pasquier. La partie qu’administrait ce dernier a été visitée, cette année, par M. Devise qui, ensuite a été appelé à gérer la procure de Séoul. Dans le cours de cette première administration, il a eu 99 baptêmes d’adultes. Il avait établi sa résidence à Kong-tye-tji, centre important situé sur la baie d’A-san. Une maison qui tombait plus ou moins en ruines a été par ses soins achetée, remise à neuf et une partie convertie en chapelle. Au dire de tous ceux qui l’ont vue, cette installation est très convenable. »
L’autre district reste toujours confié aux soins de M. Curlier qui explique ainsi pourquoi il n’a eu que 110 baptêmes d’adultes.
« Je suis profondément désolé de ne pouvoir offrir une gerbe aussi bien remplie que les années précédentes. Je ne sais ce qui se passe dans les districts des autres confrères, quant à ce qui me regarde, je puis dire que l’esprit général de la population, lorsqu’il n’est pas hostile à notre sainte religion, est très indifférent. Les païens d’un certain âge apprennent à leurs enfants qu’autrefois on tuait les chrétiens. Ces pauvres gens qui ne connaissent pas Dieu, qui ne savent pas qu’Il a promis à son Église de l’assister jusqu’à la fin des siècles, qui n’entendent au sujet de la religion que des calomnies et les menaces des méchants, n’osent pas venir à nous. Qui sait, disent-ils, si une nouvelle persécution ne viendra pas bientôt tout renverser ?
« Comme ensemble l’esprit de mes chrétiens est bon ; on leur souhaiterait pourtant un peu plus de zèle pour faire du prosélytisme près des païens, un peu plus d’ardeur pour apprendre les explications du catéchisme et enseigner à lire à leurs enfants. »
Le district de Kyeng-keui-to Sud, avec ses 3.000 chrétiens était, jusqu’ici, administré par le seul M. Alix qui, cette année, au moment même où il allait entrer en campagne, est tombé malade de la fièvre typhoïde. Fort heureusement M. Wilhelm s’est trouvé là juste à point pour porter secours à son confrère. Il a fait la visite de la partie la plus montagneuse du Kyeng-keui, qui est aussi la plus éloignée de la résidence ordinaire du missionnaire et par conséquent la moins directement atteinte par son action. Il y a recueilli 68 baptêmes d’adultes. Voici son compte rendu.
« L’isolement des chrétiens de ces montagnes fait comprendre avec quelle joie j’ai été reçu par eux. Ils m’ont accueilli avec la cordialité de gens simples et droits qui voient dans le missionnaire l’envoyé du Seigneur et regardent sa présence au milieu d’eux comme une bénédiction. Pouvoir assister à la sainte messe tous les jours, avoir les sacrements à leur portée, être sûrs de ne pas mourir sans extrême-onction, voilà des avantages auxquels leur foi vive les rend très sensibles.
« Voici quelques rares traits qui m’ont frappé au cours de ma visite. A Ké-meum-tyeng-i vivait dans une misérable hutte, presque au ras du sol, un pauvre homme aux trois quarts aveugle, attiré par la réputation de bienfaisance des chrétiens. Ceux-ci lui construisirent gratis sa modeste case, firent bien des journées pour l’aider dans sa culture, et maintenant Ni Joseph, s’il n’y voit pas plus clair pour planter son tabac, voit du moins clair dans les choses du ciel. Il est baptisé depuis le 1er mars ; sa femme Magdeleine et leur petite fille l’ont été à Pâques. Combien ils bénissent la religion qui, en leur sauvant la vie du corps, leur a donné la paix de l’âme, le bonheur dans la pauvreté et l’espérance des vraies joies !
« Mal-kour-i, avec ses pauvres masures accrochées au flanc de la montagne, est une vivante image de la misère. Mais grâce au zèle du catéchiste Hong, les catéchumènes n’y manquent pas. Il y avait là une veuve d’une trentaine d’années, que l’amour de la vérité a portée à quitter ses belles rizières dans la plaine, pour venir partager le genre de vie de nos montagnards et leur logement ouvert à tous les vents. Son intelligence du catéchisme était peu commune et son désir du baptême extrême. Le bonheur d’Isabelle fut indescriptible quand je l’admis à recevoir ce sacrement, et sa joie, après l’avoir reçu, ne savait comment s’exprimer. Cette fervente néophyte ne sera certainement pas de celles qui renferment en elles les dons de Dieu sans les communiquer. »
Cette administration terminée, M. Wilhelm, revenu à Séoul pour la retraite, a payé à son tour tribut à la tertible fièvre typhoïde. Sa vie a même été en danger et il a reçu les derniers sacrements ; mais le bon Dieu a épargné à la mission de Corée un nouveau sacrifice en rendant ce cher confrère à la santé. Actuellement il est au Hoang-hai-to en train de préparer la fondation d’un nouveau poste avancé.
Cependant M. Alix était lui-même entré en convalescence et, après une interruption de deux mois et demi, reprenait son travail. Il a pu sans trop de fatigue donner les sacrements aux chrétientés plus rapprochées de sa résidence et il y a récolté 132 baptêmes d’adultes. « Lorsque j’étais couché sur mon grabat à Séoul, écrit-il, je ne m’attendais pas à une aussi belle gerbe de baptêmes. Le mérite n’en est pas au missionnaire, mais à Dieu qui par sa grâce opère dans les âmes et leur fait toucher du doigt la vérité. Quand on demande au catéchumène avant de l’admettre au baptême : « As-tu commis beaucoup de péchés ? ─ Oh oui, Père, j’ai « commis beaucoup de péchés, mais depuis que je suis entré dans la religion, j’ai rompu avec « toutes mes mauvaises habitudes, j’ai observé les commandements de Dieu et de l’Eglise ; je « suis bien résolu à ne plus offenser Dieu. Après avoir connu Dieu et sa loi, ne serait-ce pas « une noire trahison que de l’offenser encore ? » Telles sont les dispositions dans lesquelles ces Coréens se présentent pour la plupart ; d’autres, ils sont plus rares, arrivés à l’âge de 25 ans, n’ont guère que le péché originel sur la conscience. Arriver à cet âge sans faute grave à se reprocher, n’est-ce pas d’une âme digne d’être marquée du sceau des enfants de Dieu ?
« Les catéchistes ont montré plus de zèle que précédemment pour l’instruction des païens. Les districts de Syon-ouen, Tjin-oui, Nam-yang offrent beaucoup d’espérances pour l’avenir. Plus de 200 catéchumènes sont inscrits et chaque jour il nous vient de nouveaux adhérents. Je n’ai jamais eu tant de consolations que cette année ; le jour de Pâques, j’ai baptisé 32 adultes. »
M. Maraval, dont la santé exigerait des ménagements et du repos, a été excessivement occupé pendant toute cette année à Chemulpo. Il lui a fallu diriger et surveiller les travaux de construction d’un orphelinat pour les sœurs de Saint-Paul, sans compter l’église qui va être terminée dans quelques semaines. Le bon Dieu s’est plu à le dédommager de cette fatigue exceptionnelle en lui amenant de nombreux catéchumènes. Il a eu 89 baptêmes d’adultes, résultat magnifique dans un port de mer et un centre de commerce comme Chemulpo. « L’année a été bonne, excellente. Dieu veuille nous en donner de nombreuses comme celle-ci, et le nombre des chrétiens augmentera rapidement. Dans le nombre il y en a bien quelques-uns qui laissent à désirer, mais l’ensemble est bon. Malgré leurs occupations et leur commerce, ils viennent régulière-meni à la messe les dimanches et fêtes. En somme, on ne peut guère leur demander plus qu’ils ne font. »
L’orphelinat a recueilli 52 enfants dont 23 sont morts baptisés dans le courant de l’année.
M. Doucet, dans l’administration du district de Séoul extra muros qui comprend aussi plusieurs chrétientés de province, a récolté 210 baptêmes d’adultes.
« Il y a deux ans, rapporte-t-il, alors que les Tong-hak faisaient des ravages de tous côtés, brûlaient et pillaient les villages, violaient les femmes, emmenaient les jeunes filles, nos chrétiens de province ont eu bien à souffrir ; mais leur bonne conduite les a rendus forts et leur a donné un certain prestige, même auprès des païens. Ils n’ont été compromis dans aucun complot ; combien de païens ne sauraient en dire autant !
« Cette année encore, les soi-disant soldats de la justice, vrais brigands, sont arrivés jusqu’à Yang-tjyou à six lieues de Séoul, pillant et semant la panique sur leur passage. Comme ils s’apprêtaient à tomber sur la ville pour enlever toutes les armes à feu qui s’y trouvaient, le mandarin prit peur et déjà il se préparait à se replier sur Séoul, quand les pretoriens qui connaissaient notre station de Ka-ra-pi, avertissent le mandarin qu’à une lieue de là les chrétiens d’une poterie, bons chasseurs, hommes fidèles et sur lesquels on pouvait compter, le tireraient facilement d’embarras. Aussitôt dit, aussitôt fait, le mandarin appelle le catéchiste de Ka-ra-pi, le nomme général en chef de tous les chasseurs du district, lui ordonne d’expulser les brigands et, s’il le faut, de faire des perquisitions dans chaque village, mais avant tout, il lui demande de venir garder la ville qui d’un moment à l’autre pouvait être livrée au pillage. Le pauvre catéchiste, abasourdi par tant d’ordres et par le titre de général en chef qui lui tombe sur la tête à l’improviste, répond qu’étant chrétien, dans une affaire de ce genre il ne pouvait agir de lui-même, mais qu’il était de son devoir d’en référer au missionnaire charge de son district. « Très bien, répond le mandarin, et tâche de faire la chose « promptement. » Consulté à ce sujet, je dis au catéchiste que l’ordre du mandarin étant un ordre du Roi, il n’avait qu’à obéir, mais que toujours il devait agir en conscience et selon la justice. Ma réponse fut rapportée au mandarin qui s’en montra, paraît-il, très satisfait. La ville fut donc gardée par les chasseurs chrétiens pendant plus de huit jours ; les rebelles n’osèrent pas l’attaquer et se dispersèrent presque aussitôt. Tous les païens de l’endroit et des environs ne savaient comment témoigner leur reconnaissance à leurs libérateurs. Pendant ce séjour à la ville, la bonne conduite des nôtres fut une vraie prédication ; mais de là il y a loin encore à une conversion !
« A Saint-Joseph extra muros le nombre des baptêmes va en augmentant d’année en année ; mais aussi je dois avouer que parfois ce n’est pas le vrai mobile qui fait agir, et quelques jours après un baptême il n’est pas rare de voir arriver mon homme me prier de le tirer d’un embarras ou me demander quelque lettre de recommandation. De même la persévérance n’est peut-être pas celle des anciens dans le bon vieux temps de la persécution ; il était rare alors de voir un baptisé revenir en arrière ; et maintenant je ne crois pas manquer à la vérité en disant qu’on peut bien compter deux défections sur cent baptêmes. Toutefois il y a toujours à espérer, et la plus petite maladie nous ramène ces égarés et les fait revenir dans le bon chemin ; c’est du moins là ce qu’il y a de consolant ».
Le district de Séoul intra muros, d’après le recensement de cette année, compte 1.242 chrétiens. Il est confié à la vigilance et au zèle de M. Poisnel dont nous transcrivons le compte-rendu.
« L’impression générale qui me reste de l’administration dernière est relativement bonne. La gerbe a grossi. Il y a eu cette année plus de baptêmes, de confessions et de retours, plus de mariages et de naissances, plus de décès aussi que de coutume. La visite du choléra pendant l’été de 1895 n’a certainement pas été étrangère à quelques-uns de ces résultats. La voix de ce prédicateur extraordinaire a ramené bon nombre de pécheurs endurcis ; en moins de deux mois, le catéchiste de la ville a baptisé à lui seul 40 païens in articulo mortis ; c’est ce qui explique notre chiffre de 145 baptêmes d’adultes.
« L’empressement des chrétiens à suivre les offices et à recevoir les sacrements continue. Chaque dimanche nous amène un flot de païens, surtout de païennes, poussées peut-être par la curiosité, mais en partie aussi par un mouvement de la grâce. Malheureusement, pour répondre à leur attente et pour les faire profiter de leurs visites à l’église, nous sommes dans des conditions matérielles déplorables. Nous manquons non seulement de locaux spéciaux pour réunir, exhorter et instruire à part hommes, femmes et enfants, mais la chapelle provisoire est de plus en plus insuffisante pour le nombre des fidèles, ce qui nuit singulièrement au bon ordre et au recueillement de l’assistance. Par suite toujours de l’exiguité du local, le missionnaire chargé de la paroisse n’est pas à la portée des chrétiens ; pour arriver jusqu’à lui, il faut tant d’intermédiaires que pratiquement on recule devant la difficulté ; d’où il suit qu’il ignore bon nombre d’affaires courantes dont la connaissance serait loin d’être inutile. »
« A la Sainte-Enfance de Séoul, les résultats dépassent ceux des années précédentes. L’orphelinat des Sœurs compte actuellement 242 enfants. 211 baptêmes y ont été administrés, sans compter 21 enfants ondoyés à l’article de la mort. Le chiffre des entrées pour cette année seulement est de 259, et, ces temps derniers surtout, l’insuffisance du local et le manque de ressources obligent les Sœurs à refuser beaucoup d’admissions.
« Comme vous le savez déjà, le cher M. Coste qui s’occupait avec tant de zèle de cette œuvre bénie nous a été ravi par la mort à la fin de l’hiver ; sa mémoire restera toujours en vénération près des Sœurs et des orphelins ; nous aussi, nous garderons pieusement le souvenir de ce saint prêtre, le modèle des missionnaires et le type accompli de l’amabilité et de la charité.
« Trois semaines après le décès de M. Coste, les Sœurs perdaient aussi une des leurs, jeune religieuse morte très pieusement à l’aurore de la fête de saint Joseph. Une autre avait été auparavant conduite par la même fièvre typhoïde jusqu’aux portes du tombeau ; mais elle est, grâce à Dieu, revenue à la santé.
« Notre séminaire de Riong-san ne compte plus aujourd’hui que 24 élèves ; c’est qu’il nous a donné cette année trois prêtres indigènes, les premiers depuis 1866. Pour donner à tous les confrères la consolation et la joie d’assister à leur ordination, la cérémonie avait été fixée à la clôture de notre retraite, fête du Patronage de saint Joseph. L’ordination a été presque générale puisque, à l’exception des diacres et des exorcistes, tous les ordres y étaient représentés. Aujourd’hui nos trois prêtres sont en district où ils ont été très bien accueillis par les chrétiens. »


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