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Rapport annuel des évêques

Année: 1903
Pays: Corée du Sud
Mission: Corée
Rédacteur:Mgr Mutel

CHAPITRE II
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GROUPE DES MISSIONS DE CORÉE

ET DE MANDCHOURIE


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I. — Corée


Population catholique 60.554
Baptêmes d’adultes 8.049
Baptêmes d’enfants de païens 2. 269
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« Les résultats du présent exercice dépassent notablement ceux que nous avions obtenus jusqu’ici, écrit Mgr Mutel, et pourtant cette année comptera parmi les plus fécondes en épreuves. Il est vrai que succès et épreuves se rattachent, quoique bien différemment, à une même cause qui est celle-ci :
« L’administration est déplorable, et le peuple, qui en souffre, est souverainement malheureux et digne de pitié. Aussi cherche-t-il par tous les moyens à s’assurer un secours, une protection contre les exactions quotidiennes des mandarins. C’est ce qui explique la tendance marquée des Coréens pour les associations de toute sorte. Après avoir essayé de tout, et souvent en vain, plusieurs viennent à la religion, espérant trouver dans le groupement chrétien un appui plus efficace. Et cet appui, ils le trouvent souvent ; non pas en ce sens que le missionnaire s’occupe de leurs affaires civiles, mais par le fait que les mandarins, se trouvant moins libres devant un Européen témoin de leurs exactions, ménagent, autant qu’ils peuvent, leurs administrés chrétiens. Ils le font sans aucune bonne grâce, d’ailleurs ; plutôt disposés à combattre une religion qui sert de rempart à leurs injustices et à tomber, à l’occasion, sur ces chrétiens qui échappent, en partie, à leur rapacité.
« C’est ce qui est arrivé notamment pour le Hoang-hai-to, province qui nous donnait, ces années-ci, tant de conversions nouvelles. Un préfet y fut envoyé, l’an dernier, dont le programme était d’enrayer, par tous les moyens, le mouvement des conversions et de décourager, par la persécution, les néophytes déjà baptisés. Il a tenu parole et n’a que trop bien réussi dans une partie de ses infâmes desseins. Tous les moyens ont été bons pour lui : il a lancé des proclamations contre la religion, congédié sans merci les employés chrétiens des mandarinats, refusé de punir des bandits convaincus de violence contre des missionnaires. Ses administrés, même païens, le connaissaient bien. Il suffisait souvent qu’une des parties ayant affaire à son tribunal accusât, même contre toute vérité, la partie adverse d’être chrétienne pour gagner son procès.
« Bientôt il prit à partie les missionnaires, les accusa, à Séoul, de crimes imaginaires et demanda leur rappel. Bientôt aussi, surgirent entre catholiques et protestants des démêlés comme il s’en présente fréquemment entre Coréens, et le rusé préfet crut l’occasion bonne pour ameuter contre nous tout le camp protestant. Les ministres qui, depuis longtemps, trouvaient dure la concurrence que leur faisait la propagande catholique, entrèrent dans la mêlée et le firent avec une impudence rare. Il n’est pas de calomnies qu’ils n’aient débitées contre les missionnaires et semées aux quatre vents de la publicité.
« Un procès fut engagé qui servit de prétexte à l’arrestation d’un bon nombre de néophytes, pendant que des mandats d’amener étaient lancés contre les catéchistes et les chétiens les plus influents. La police, renforcée des bandes de portefaix, parcourut la province et, sous prétexte d’exécuter les mandats d’arrêt, mit en coupe réglée le plus grand nombre des chrétientés. Des villages entiers furent dispersés et leurs biens pillés. C’était une vraie persécution, car on offrait liberté et sauf-conduit à ceux qui voulaient apostasier. Le résultat fut que 4 missionnaires, sur 8, durent céder momentanément à l’orage et quitter la province, et que deux prêtres indigènes restèrent des mois entiers, comme gardés à vue dans leur maison, à tel point que les chrétiens n’osaient même pas venir les voir. Aujourd’hui, l’affaire a été appelée à Séoul, et nous espérons bien que justice nous sera enfin rendue.
« On comprend sans peine qu’une persécution si violente, tombant sur des néophytes, ait fait des ravages et causé des ruines. Nous n’en connaissons pas encore l’étendue ; cependant les nouvelles qui nous arrivent des districts plus spécialement éprouvés sont bien consolantes et témoignent que la foi de nos néophytes était solide.

« Tout voisin qu’il soit de cette province, le Hpyeng-an-to n’a pas été inquiété ; il a plutôt servi de refuge aux persécutés. En même temps, il s’ouvrait sur plusieurs points à la lumière de l’Évangile. Une seule station, dans le nord-est de Hpyeng-yang, a donné 62 baptêmes. Mais c’est surtout le district du nord qui a élargi son champ d’action. Le poste de Eui-tjyou paraît décidément fondé. A mi-chemin de la route qui y conduit. M. Meng a aussi ouvert une station nouvelle dans le marché de Nap-tchyen ? (Tjyeng-tjyou).
« A l’est de Eui-tjou, Tcho-san donne également des espérances. Eun-san, qui n’avait qu’une station il y a trois ans, en possède maintenant 4. C’est là qu’une seule famille a donné au missionnaire 11 baptêmes et 3 mariages.
« Nos chrétientés, au nord du fleuve Tou-man , bien groupées en colonies agricoles, continuent d’augmenter, et leur ferveur se maintient. On dirait que la bonne Providence veuille donner à leur foi un excitant continuel en les couvrant d’une protection toute spéciale. Voici un fait rapporté par M. Bret :
« J’ai vu l’an dernier, à Kyo-tong, un néophyte, Jean-Baptiste Kang, âgé de dix-neuf ans. « Ce jeune homme voyageant avec 70 païens aux environs de Possyet, ses compagnons « moururent tous gelés dans la nuit du 20 décembre 1901, bien qu’ils fussent habillés de « vêtements ouatés et fourrés. Seul, Jean-Baptiste revint sain et sauf, quoiqu’il n’eût que des « habits simples comme on les porte en été. Aussi avec quelle ferveur reçut-il les sacrements « en action de grâces de cet événement, que tout le monde, dans la contrée, s’accorde à « qualifier de miraculeux. »
« Nous avions cru, jusqu’ici, que ces régions, habitées presque exclusivement par des Coréens, appartenaient, sans conteste, à la Chine, et nous avions demandé à Mgr Guillon d’abord, et, plus tard, à Mgr Lalouyer la permission de les administrer. La question, paraît-il, est loin d’être claire ; il y a actuellement, entre la Corée et la Chine, un échange de notes diplomatiques à ce sujet. La Corée réclame, comme territoire que des traités avec la Chine lui reconnaissent, une large bande de terrain situé entre un fleuve appelé Ato-moun et le Tou-man. Or, toutes nos chrétientés du nord sont précisément situées dans cette enclave, appelée aussi du nom de Kan-to.

« Le Kang-ouen-to est le pays des populations aux mœurs simples et des chrétiens à la foi solide et communicative. M. Devred en rend ce témoignage :
« Ils sont ordinairement sans instruction ; ceux qui savent lire n’ont guère lu que les livres « de religion ; c’est là tout leur bagage scientifique. Aussi, s’ils obtiennent des conversions « autour d’eux, est-ce plutôt par la vie exemplaire qu’ils mènent que par les belles paroles « qu’ils pourraient dire. En hiver, quelques-uns se font un plaisir d’instruire, qui deux, qui « trois, qui cinq catéchumènes. Avec quelle joie et quelle fierté ils présentent leurs grands « élèves lors du passage du missionnaire ! L’un aime à vanter l’intelligence facile de son « disciple ; l’autre suppute tout le temps et tout l’effort qu’il a dû dépenser pour arriver à un « résultat satisfaisant ; un troisième, moins heureux, se demande quand il aura fini d’instruire « son protégé. Enfin le bon Dieu doit tenir compte de toutes ces bonnes volontés, et réserve à « ces instructeurs dévoués de magnifiques récompenses dans son paradis.

« A Ro-tjyang-kol, dans le district de Nang-tchyen, il y a eu, cette année, 20 baptêmes « d’adultes. Tout un petit hameau s’est converti ; le diable lui-même s’est mis de la partie, dit-« on, pour stimuler les retardataires. En effet, sur sept familles dont se composait le village, « cinq avaient déjà commencé l’étude de la religion, et renoncé, par le fait même, à toutes les « pratiques superstitieuses. Diables et diablotins délaissés s’étaient réfugiés dans les deux « familles restées païennes. Ils firent bientôt un tel vacarme, que les membres d’une de ces « familles durent, pour s’en débarrasser, cesser toute superstition et apprendre le catéchisme, « tandis que les membres de l’autre famille vendaient leur maison à un chrétien et quittaient « le village. »
« M. Dutertre cite les traits suivants de la foi vive de ses néophytes : « Kouen Ayapit, de « Keui-san, a une vieille sœur qui, mariée à un païen, habite à une cinquantaine de lys de cette « chrétienté. Ayapit allait de temps en temps voir cette bonne vieille et l’exhortait à se faire « chrétienne. Elle n’eût pas demandé mieux, mais son mari y mettait obstacle ; de plus, elle ne « savait pas lire et ne pouvait s’absenter un seul instant pour venir chez son frère. Elle a « plusieurs enfants, tous mariés, dont l’aîné sait lire. Un jour, travaillée par la grâce, elle vient « tout exprès à Keui-san pour se procurer des livres de religion. Profitant de l’occasion, « hommes et femmes passent les nuits et les jours à l’instruire, si bien qu’elle ne pense plus à « rentrer au logis. Son mari, inquiet, envoie un de ses fils la chercher ; elle ne consent à partir « qu’après avoir reçu de son fils la promesse formelle qu’il lui apprendra à lire en cachette de « son mari. Retournée chez elle, cette femme de soixante ans passe ses veillées à apprendre à « lire ; après quoi elle complète son instruction en étudiant les prières et le catéchisme. Deux « jours avant ma visite à Keui-san, elle y vient pour s’éclairer sur tout ce qu’elle n’a pas bien « compris et passe très bien son examen. Je la baptise, elle fait la sainte communion et reçoit « la confirmation. Elle pleurait de joie et repartit bien décidée à travailler à la conversion des « siens. Elle a déjà tenu parole, puisque, au printemps, j’ai baptisé son fils aîné, et les autres se « préparent maintenant au baptême. Le père sait tout et laisse faire.
« J’ai encore dans la chrétienté de Sol-mo-ron une autre femme qui m’a beaucoup édifié. « Son mari avait commencé, comme elle, à étudier le catéchisme, mais, devant la colère de « son père, il cessa d’étudier la doctrine. La jeune femme voyant cela, dit à son mari : « Quand on a entrepris une chose, il faut la finir. Vous avez commencé à pratiquer la religion, « pourquoi vous arrêtez-vous ? Un homme n’agit pas de la sorte : moi qui ne suis qu’une « pauvre femme, je la pratiquerai à votre place, et ce sera jusqu’à la mort. »
« Elle tint parole; toutefois, à cause de son beau-père, elle ne pouvait ni se faire instruire à « la maison, ni même fréquenter ostensiblement les familles chrétiennes ; elle s’entendit alors « avec ses voisines. Il n’y a qu’une fontaine pour tout le village ; encore est-elle un peu « éloignée des habitations. Il fut convenu qu’elle irait plusieurs fois chaque jour à la fontaine « et que les chrétiennes s’y trouveraient à tour de rôle pour lui enseigner la doctrine mot par « mot. Ainsi fut fait et, par ce moyen, elle réussit à apprendre les prières et le catéchisme. Je la « baptisai sous le nom de Monique. Bientôt son mari se remit à étudier ; mieux encore, à « l’article de la mort, le beau-père, vingt fois exhorté par les paroles et les larmes de sa bru, « reçut le baptême et mourut dans d’excellentes dispositions. »
« M. Bouyssou a baptisé un vieillard qui, depuis plus de trente ans, ainsi qu’il l’a raconté lui-même, demandait au Ciel d’avoir pitié de lui et de ne pas l’abandonner.

« Dans le Kyeng-syang-to, deux districts nouveaux se sont ouverts à la fois : An-tong et Kyeng-tjyou, ancienne capitale du royaume de Sil-la. A Tai-kou, la nouvelle église de Notre-Dame de Lourdes, qui a coûté tant de soins et de peines à M. Robert, a été livrée au culte le premier dimanche de l’Avent 1902. Je compte partir, dans une quinzaine de jours, pour une visite pastorale qui me permettra d’en faire la bénédiction.

« Saluons, en passant à Quelpaërt, MM. Lacrouts et Taquet, qui travaillent avec courage à maintenir leur petit troupeau, échappé aux massacres, et à l’augmenter. Cette année leur a donné une trentaine de baptêmes et le nombre des catéchumènes atteint 200. La besogne est particulièrement rude quand il s’agit de faire de vrais chrétiens de ces insulaires aux mœurs à demi sauvages, et dont le moral est assez peu élevé.
« M. Deshayes rencontre les mêmes difficultés dans cette infinité d’îles, semées comme à plaisir sur la côte ouest du Tjyen-la-to. Cette année, 10 nouvelles îles se sont ouvertes à l’Évangile et environ 2000 chefs de famille étudient la doctrine.
« Les femmes, écrit le missionnaire, sont de vraies bêtes de somme, sans loisirs, sans « instruction. Elles travaillent jour et nuit sans se plaindre. Elles plantent le riz, le sarclent, le « coupent, l’égrènent, le pilent ; elles vont chercher le bois sur la montagne, recueillent le « coton et le filent. Les femmes, sur le continent, n’ont que des travaux de couture à faire « pendant l’hiver, en dehors des soins du ménage ; dans les îles, elles doivent faire la toile, « dévider les cocons et tisser soies ou cotonnades jusqu’à une et deux heures du matin.
« Les hommes, en général, sont instruits. A de très rares exceptions près, tous savent les « livres coréens, et bon nombre connaissent les caractères chinois et les écrivent.
« Chaque chrétienté a bâti ou acheté une maison convenable qui sert de lieu de réunion. « Elle se compose d’une chambre de trois ou quatre travées qui tient lieu de chapelle, d’une « chambre pour le Père, d’une salle de réception d’un logement pour les domestiques.
« Les motifs qui amènent les insulaires à notre sainte religion ne sont pas toujours « purement spirituels. En voici un exemple : Tjyo François était un joueur et un viveur, depuis « son enfance : Son père Pierre était mort à Quelpaërt, il y a deux ans, en défendant la « résidence des missionnaires : sa mère et ses frères étaient baptisés, mais, lui, continuait à « s’amuser et à boire. Il faillit être pris par les « policemen » qui débarrassèrent l’île de « Tchou-tja-to des pirates, l’an dernier. Décidé à se convertir, il se mit à l’étude du « catéchisme, mais n’étudia qu’à la façon des paresseux. Une nuit, dans un songe, il se voit « transporté sur le bord de la mer avec un de ses anciens camarades d’enfance, mort noyé « depuis peu. Ils s’avancent ensemble dans l’eau. Soudain, son camarade lui saisit le bras et « l’entraîne vers la haute mer. Il veut résister, il se débat : c’est en vain. L’eau lui monte « jusqu’à la bouche, il se croit perdu. Alors il entend des jeunes gens qui lui crient du rivage : « Fais le signe de la croix, et tu seras sauvé. » D’une main défaillante, il trace sur lui le signe « de la croix : aussitôt son ami le lâche en poussant des ricanements lugubres. Depuis ce jour, « François a étudié avec ardeur et je l’ai baptisé dernièrement. C’est la deuxième fois que je « vois un païen converti par la vertu du signe de la croix. »
« L’ensemble du Tjyen-la-to a donné 300 baptêmes de plus que l’an dernier. Autrefois la culture du tabac, très rémunératrice, avait attiré beaucoup de nos chrétiens sur la montagne et ils vivaient à l’aise. Ils n’en est plus de même aujourd’hui, où M. Mialon se plaint que son district se dépeuple. Les chrétiens veulent maintenant essayer de la culture du riz dans la plaine.
« Le Tchyoung-tchyeng-Lo a été quelque peu troublé, cette année, par les menées de lettrés ennemis du nom chrétien, qui ne parlaient de rien moins que de renouveler les massacres de Quelpaërt. C’est dans le district de M. Devise que ce mouvement hostile s’est produit, menaçant de s’étendre à toute la région ; et il était d’autant plus à redouter que les meneurs s’étaient assuré d’avance la quasi-complicité de certains ministres du gouvernement. Grâce à l’appui de la légation de France, ces manœuvres ont été déjouées. Un procès qui avait été entamé à A-san, fut appelé à Séoul, et la perfidie des accusateurs fut complètement dévoilée.
« Dans son compte rendu de l’année, M. Curlier cite les faits que voici :
« Autrefois, j’avais entendu parler, sans trop y ajouter foi, de certains mauvais génies « appelés « oang-sin », qui étaient une cause de désolation et de ruine pour les familles chez « lesquelles ils se fixaient. Cette année, pendant ma tournée de printemps, j’ai vu, non le « oang-sin », mais une personne qui avait été longtemps tourmentée par ce mauvais esprit. « Dès sa plus tendre enfance, elle avait eu à souffrir de ses vexations. Il était non dans son « corps, mais à l’extérieur et l’accompagnait partout. Elle le portait sans cesse sur ses épaules.
« L’as-tu vu ? lui demandai-je.  Oui.  Sous quelle forme ?  Sous la forme d’un jeune « homme à figure très agréable, portant le chapeau des jeunes mariés et vêtu d’un habit bleu. » « Elle ne pouvait s’en débarrasser. Il la tracassait continuellement, l’obligeant à faire des « superstitions et la frappant sans pitié quand elle n’obéissait pas assez vite. Son mari, de qui « elle avait trois enfants, ennuyé de vivre avec une personne qui était, pour toute la famille, « une cause d’ennuis, la chassa du foyer conjugal. Elle tomba alors entre les mains d’un « certain portefaix, Yang, qui vint s’échouer l’automne dernier à la poterie de Mi-ryek-pel, et « commença, avec sa femme, à pratiquer la religion. La femme surtout apprenait les prières « avec ferveur, espérant qu’une fois chrétienne, le « oang-sin » finirait par s’en aller. Mais « plus elle étudiait, plus elle était torturée. Bref, le mauvais esprit la réduisit à un état tel « qu’elle semblait devoir mourir sous peu. Appelé à la hâte, le catéchiste Ryon Paul la disposa « de son mieux et l’ondoya. Aussitôt elle se leva ; sa maladie avait disparu avec le « oang-« sin . Notre néophyte n’a plus été inquiétée. Elle jouit d’une tranquillité qu’elle n’avait « jamais connue avant son baptême ; aussi apprend-elle le catéchisme avec ardeur.
« Parmi mes nouveaux chrétiens, j’en ai qui sont animés d’un esprit de foi extraordinaire. « Une femme, entre autres, nommée Kim Maria, mérite une mention spéciale. Son mari, « nommé Youn, est d’une haute noblesse, mais c’est un homme rempli d’orgueil et de « préjugés. Il se figure que si un membre de sa famille pratique la religion chrétienne, lui-« même en est souverainement déshonoré. Il y a quatre ans, cette femme, dont la belle-sœur « était morte après avoir été ondoyée, se mit à étudier la religion. Comme elle sait très bien « lire et écrire et qu’elle est intelligente, elle eut vite fait d’apprendre (à l’insu de son mari et « de ses fils) tout le catéchisme et même les prières du matin et du soir. Pendant trois ans, « quoique privée de la grâce du baptême, elle a vécu comme une parfaite chrétienne. A la fin, « la grâce la touchant plus efficacement, elle est venue se faire baptiser. C’est le jour de « l’Assomption de l’année dernière que j’ai eu le bonheur de baptiser et de confirmer cette « âme prédestinée. La famille n’a pas tardé à avoir connaissance de la chose ; le mari a fait du « tapage, le fils a menacé de se tuer si sa mère persévérait. Elle n’en a pas moins continué à « pratiquer sa religion.
« A Ka-tjai, district de Sye-san, une jeune femme païenne, dont la sœur aînée est baptisée « depuis six ans et le mari depuis un an, avait pour la religion une répugnance inexplicable. Il « suffisait que son mari commençât à réciter ses prières pour qu’elle sortît de la maison, ne « voulant pas entendre des paroles qui choquaient son oreille. Finalement, ennuyée des « exhortations de son mari, elle s’enfuit du foyer conjugal et s’en alla chez ses parents païens. « C’était en 1901, année de grande disette. La fugitive vécut pendant deux mois de racines et « d’herbes de toute espèce. Bientôt, n’y tenant plus, elle retourna chez son mari. Cette fois, la « faim fut bonne conseillère. Le mari n’avait pas trop souffert de la famine. Les préjugés de sa « femme ne tardèrent pas à tomber l’un après l’autre. Elle écoutait les exhortations, mais ne « pouvait encore se résoudre à apprendre le catéchisme. A l’automne dernier, elle commença « à faire le signe de la croix ; dès lors, autant elle avait montré d’aversion pour la religion, « autant elle montra d’ardeur et de bonne volonté pour en étudier la doctrine. Elle fit si bien « qu’au printemps elle était prête à recevoir le baptême. Dire la joie que j’éprouvai en versant « l’eau sainte sur son front est impossible.

« Lors d’une tournée de confirmation que j’ai faite, à l’automne dernier, dans la partie sud de Kyeng-keui-to, j’ai eu le bonheur de bénir une chapelle et une résidence que M. Alix a fait construire tout à neuf. L’emplacement est vaste et bien choisi, et les bâtiments, de style coréen, ont très bon air. Avec des ouvriers coréens, on comprend ce qu’il en a coûté à notre confrère de soins, de patience et d’argent pour arriver à tel résultat. J’ai vu avec un réel plaisir, à l’occasion des agapes qui ont couronné la fête, la bonne harmonie qui règne entre chrétiens et païens ; ceux-ci étaient accourus nombreux et ils se sentaient vraiment de la fête.


« A Séoul, les écoles de garçons des deux paroisses sont assez bien fréquentées ; pour celles de filles, on se bute encore au préjugé très enraciné ; même chez nos chrétiens, que les fillettes ne peuvent pas décemment sortir de la maison ; et, malgré toute la bonne volonté qu’y ont mise les Sœurs, c’est presque à désespérer de la réussite.
« Les orphelinats comptent, cette année, celui de Chemulpo, 110 enfants ; celui de Séoul, 205. S’il y a une légère diminution sur l’an dernier, ce n’est pas que la clientèle ait manqué, bien au contraire. Mais l’année a été mauvaise, les denrées, fort chères, et il a fallu, bon gré, malgré, limiter le nombre des admissions.
« En commençant je vous parlais de nos épreuves ; il me faut finir par la même note, en vous rappelant les vides que la mort a faits dans les rangs des ouvriers apostoliques. MM. Pailhasse et Grisard ont succombé à des maladies que les fatigues du ministère ont certainement causées ou aggravées.
« De plus, nous venons de perdre le doyen de nos prêtres indigènes, le P. Laurent Kang. Ancien élève de Pinang, il en était revenu gravement atteint de la poitrine ; mais il était si pieux et si bien doué que, pour sa consolation du moins, je l’avais ordonné, tout malade qu’il était. Il a fourni à la mission un travail de sept années pleines d’œuvres et de mérites. Sa mémoire restera en bénédiction parmi nous et nos chrétiens. »


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