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Rapport annuel des évêques

Année: 1905
Pays: Corée du Sud
Mission: Corée
Rédacteur:Mgr Mutel

CHAPITRE II
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GROUPE DES MISSIONS DE CORÉE
ET DE MANDCHOURIE

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I. — Corée

Population catholique 64.070
Baptêmes d’adultes 4.091
Baptêmes d’enfants de païens 2.832
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« Au moment où je trace ces lignes, écrit Mgr Mutel, la paix vient de nous être rendue. Nous n’en connaissons pas encore exactement les conditions ; mais il n’importe, car nous sommes enfin délivrés des maux de la guerre et de tous les ennuis qu’elle nous a causés.
« En vérité, nous devons remercier la bonne Providence, qui a éloigné de nous les grosses calamités que nous avions à redouter. Nos épreuves sont légères, comparées à celles des missions de Mandchourie et même du Japon .
« Le traité de paix disposerait, dit-on, de la Corée de manière à en changer notablement la situation politique ; mais c’est là l’avenir, et l’avenir appartient à Dieu. Le passé, c’est le malaise que la prévision de cette éventualité a mis dans toutes les branches de l’adminis-tration, et le désordre qui s’en est suivi. Chacun, selon ses préférences ou ses espérances, s’est cru mission de conduire le pays. On a vu surgir quantité d’associations diverses, les unes sous le titre de conservateurs (Tong-hak, soldats de la justice) s’efforçant de maintenir l’ancien état de choses ; les autres sous le titre de progressistes, luttant pour amener des réformes radicales. Profitant du désarroi général, des brigands se sont levés un peu partout, répandant la terreur et semant le pillage. Il est à remarquer que c’est dans les régions les moins exposées aux réquisitions militaires que ces brigands ont surtout opéré. Les populations qui étaient en contact avec les troupes ont été éprouvées par les corvées, qu’il a fallu fournir pour la construction des lignes de chemin de fer stratégique ou pour d’autres motifs. Je dois dire pourtant que, sous ce rapport, nos chrétiens n’ont pas eu plus à souffrir que leurs compatriotes païens.

« Au milieu de tant de difficultés, c’est donc encore un beau chiffre que celui de 4.091 baptêmes d’adultes. Sur ce nombre, 575 ont été conférés in articulo mortis à des âmes indécises, qui connaissaient la religion sans avoir le courage de l’embrasser, et qui, en présence de la mort, se sont ressaisies.
« Le nombre total des sacrements administrés, qui est de plus de 130.000, dépasse de beaucoup la moyenne ordinaire. L’augmentation provient de la grâce du Jubilé, dont nos chrétiens ont profité avec un pieux empressement. Quelques âmes tièdes aussi doivent à cette circonstance leur retour à la pratique des devoirs religieux.

« Dans le Hpyeng-an-to, la région de Eui-tjyou n’a pu être visitée à cause de la guerre ; mais partout ailleurs, l’administration s’est faite régulièrement. M. Meng a eu à souffrir d’une agglomération extraordinaire de population qui s’est formée près de Yeng-you, sa résidence.
« L’appât était une mine d’or, mais, comme il arrive souvent, le gain se trouve annihilé par le renchérissement des denrées qui ont triplé de prix. Le missionnaire, qui n’avait rien à gagner, y a beaucoup perdu.
« A Hpyeng-yang la population catholique a diminué. Beaucoup de chrétiens pauvres ont quitté la ville pour aller chercher dans les montagnes une vie plus rude, sans doute, mais plus assurée, et aussi moins dangereuse pour l’éducation de leurs enfants.
« Il a fallu laisser, sans la visiter, la colonie chrétienne du nord du Ham-kyeng-to. « J’ai « pourtant, écrit M. Bret, d’assez bonnes nouvelles de cette région. Quoique les maladies « contagieuses, surtout la mortalité infantile, m’aient enlevé un bon nombre de fidèles, les « survivants persévèrent dans la ferveur et soupirent après la réception des sacrements. Deux « d’entre eux n’ont pas reculé devant un voyage à pied de 700 kilomètres, et ont bravement « traversé les lignes russes et japonaises pour venir se confesser à Ouen-san. »

« La foi catholique a pénétré à Oul-leung-to. Cette île, située sur la côte orientale de la Corée, compte 3.000 habitants. Des chrétiens du continent s’étant rendus à Oul-leung-to pour leur commerce, y ont prêché la religion catholique, et, actuellement, une cinquantaine de néophytes sont prêts à recevoir le baptême. Malheureusement, l’accès de l’île est difficile, et, jusqu’à ce jour, aucun missionnaire n’a pu la visiter. Cette année, cinq familles de néophytes ont entrepris un voyage de 100 lieues en mer pour aborder à la station chrétienne de Po-ri-kol, où 15 personnes appartenant à ces familles ont été baptisées.

« Nos chrétiens du Kang-ouen-to, malgré leur foi robuste, sont, par leur pauvreté même, plus exposés que d’autres aux séductions des gros salaires. Beaucoup s’y sont laissé prendre depuis un certain temps. Les colons américains des îles Hawaï, en quête d’ouvriers pour leurs plantations, ont pensé que « Jacques Bonhomme » coréen serait plus souple et plus facilement corvéable que ses voisins japonais et chinois. Ils ont fait miroiter aux yeux du peuple des salaires élevés. Partout où cela a été possible, les missionnaires ont détourné leurs chrétiens de ce mirage ; néanmoins, un assez grand nombre de néophytes sont partis en cachette. Les uns, il est vrai, ont trouvé aux îles Hawaï des missionnaires catholiques ; mais il en est d’autres qui vivent privés de tout secours religieux. Sous le rapport matériel, leur condition n’est guère enviable ; car, si les salaires sont élevés, le prix des denrées de première nécessité est tel que les pauvres gens, tout en se donnant beaucoup de mal, gagnent à peine ce qu’il faut pour ne pas mourir de faim.
« Dans le Kang-ouen.to, on retrouve encore de nombreuses épaves de la persécution de 1866. Les montagnes avaient servi de refuge aux chrétiens ; ils y sont restés. Ici, c’est un vieillard dont toute la famille est prête à recevoir le baptême. Il est heureux de se réconcilier avec Dieu avant de mourir, et de voir ses enfants et petits-enfants admis au sacrement de la régénération. Là, c’est une vieille femme, qui apprend par un hasard providentiel le passage du missionnaire et qui s’empresse de se rendre près de lui pour obtenir le pardon de ses fautes, grâce dont elle est privée depuis son enfance. Son père, sa mère et son mari sont morts pour la foi dans les prisons ; elle est restée seule sur la terre, avec un païen qui ne veut pas entendre parler de religion. Les courts instants qu’elle passe près du missionnaire lui font oublier bien des peines. Son désir serait de rester avec les chrétiens ; mais il lui faut retourner chez elle.
« C’est encore un jeune homme, dont le père et la mère sont morts, il y a plus de dix ans, sans avoir pu rencontrer de missionnaire. Ils avaient baptisé leur enfant dès sa naissance et, au moment de mourir, lui avaient fait promettre de rester chrétien. Le fils a tenu parole. Il a vu le missionnaire, a reçu les sacrements et s’en est retourné content.
« M. Robert cite le fait « d’un vieillard qui ne s’était pas approché des sacrements depuis « quarante-deux ans. Il avait cessé toute pratique religieuse, mais ne faisait point de « superstitions. Il habitait un petit hameau païen, situé dans les montagnes du district de « Tchyeng-to. Un jour, Mathias Pak, qui voyageait en ces parages, fut surpris par la pluie. « Comme il n’y avait pas d’auberge aux environs, il dut se réfugier dans une maison « particulière. Les Coréens sont très hospitaliers ; le chrétien fut reçu cordialement. Lorsqu’on « lui servit à manger, il fit un grand signe de croix avant de prendre son repas. Le maître de « maison, âgé d’une soixantaine d’années, tout surpris, lui demanda timidement s’il était « chrétien et s’il y avait encore des chrétiens en Corée. « Oui, je suis chrétien, lui répondit « Mathias ; et non seulement il y a des chrétiens en Corée, mais aussi un évêque, de nombreux « missionnaires et plusieurs grandes églises. — Est-ce possible ? » répondit le vieillard ; et de « grosses larmes coulèrent de ses yeux. Puis, après un moment de silence : « Je m’appelle « Benoît : il y a quarante-deux ans que j’ai abandonné la religion chrétienne, la croyant « anéantie pour toujours. Dites-moi où je pourrais me procurer des livres de prières, un « catéchisme et un crucifix. Je veux mourir chrétien, car je suis né de parents chrétiens. » « Mathias Pak lui fournit les renseignements qu’il désirait et s’offrit à lui apporter les livres et « le crucifix qu’il demandait. Benoît se mit bientôt en rapport avec la chrétienté voisine, et, à « ma dernière visite, je pus lui donner les sacrements, qu’il reçut avec la plus grande ferveur.
« L’ensemble du Kyeng-syang-to nous a fourni 826 baptêmes d’adultes, chiffre supérieur à la moyenne des années précédentes.

« A Quelpaert, la population chrétienne se trouve presque doublée par les 157 baptêmes obtenus. Plusieurs stations nouvelles ont été ouvertes dans les deux districts de l’île.
« Beaucoup de païens, écrit M. Taquet, sont revenus de leurs préjugés contre la religion ; « s’ils ne vont pas encore jusqu’à estimer ceux qui se font chrétiens, ils admettent, au moins, « que la doctrine catholique est belle ; et la maison du missionnaire n’est plus, pour eux, un « objet de répulsion. Mais de là à se convertir il y a loin : superstitions, vin, jeu, femmes, « autant d’obstacles à surmonter. »
« Après de longues démarches, M. Lacrouts a pu opérer la translation, dans le terrain concédé par le gouvernement, des restes de nos chrétiens massacrés en 1901. Le sous-préfet et les secrétaires du gouverneur, en l’absence de ce dernier, ont assisté, sous la pluie et la neige, à cette cérémonie de réparation et d’expiation.

« Nous rentrons dans le Tjyen-la-to par les îles de la côte ouest, qui forment le district de M. Deshayes. Elles lui ont donné 433 baptêmes d’adultes, au prix de soucis et de difficultés sans nombre. Des « progressistes », venus on ne sait d’où dans ces îles, y ont organisé le désordre, voire même le pillage, sous prétexte de réforme. Leur action néfaste s’est étendue aux autres districts de la province, et les missionnaires sont unanimes à se plaindre des embarras que ces soi-disant « progressistes » leur ont causés.
« Dans le Tchyoung-tchyeng-to, deux nouveaux postes ont été établis. L’un est situé sur le bord de la mer, à plus de 10 lieues de la résidence du missionnaire, sur la route qu’il suit pour se rendre dans l’île d’An-min-to. La curiosité des habitants, éveillée par la vue d’un prêtre catholique, les porta à s’enquérir de la religion et à se procurer des livres de doctrine. La grâce aidant, ils sont arrivés peu à peu jusqu’à la conversion.
« L’autre poste est la ville même de Ok-tchyen qui, avec les environs, compte un millier de catéchumènes. Déjà plusieurs adultes ont été baptisés, mais il est de toute nécessité de placer là un missionnaire. La nouvelle chrétienté servira de trait d’union entre les districts de cette province et ceux du Kyeng-siang-to.

« M. Curlier a rencontré, sur son chemin, deux belles âmes dont il raconte ainsi l’histoire : « L’une est un bon vieillard, baptisé il y a un mois et à moitié sourd. Fatigué « d’instruire sa femme de vive voix, il s’est dit que, s’il pouvait lui apprendre à lire, la « besogne serait tout à fait simplifiée. Il y a réussi, et maintenant sa chère moitié lit assez « bien et étudie avec ardeur. Ce brave homme a la foi très vive ; dès avant son baptême, il ne « pouvait faire le chemin de la croix sans verser de larmes.
« L’autre, petite fille de dix ans, est morte dans des circonstances très édifiantes. Sa mère « avait épousé en secondes noces un individu qui s’est fait chrétien depuis, et avait conservé « sa jeune enfant avec elle. Elle ne voulut jamais écouter les exhortations de son mari qui « l’invitait à embrasser la religion catholique. Bien plus, elle ne lui permettait pas d’instruire « sa fille, dont le cœur innocent était tout disposé à recevoir la divine semence, et qui avait « grande envie d’étudier. Mais Dieu ne voulait pas laisser sur la terre cette enfant si bien « douée. Un jour, elle tombe malade et, se voyant sur le point de mourir, elle supplie avec « larmes qu’on lui donne le remède qui doit guérir son âme et lui ouvrir le ciel. Bientôt « l’enfant, sanctifiée par la grâce, ne tarde pas à s’envoler avec les anges. Un arc-en-ciel « lumineux vient alors se fixer sur la maison où se trouve le corps de l’enfants. Ce « phénomène, que plusieurs païens ont vu, m’a été rapporté par le catéchiste Pai Adrien, « homme digne de foi. »

« Voici un autre trait raconté par M. A. Gombert, qui réside à An-syeng : « Au printemps « dernier, dit-il, j’ai baptisé, à l’article de la mort, une bonne femme, catéchumène du temps « de la persécution. Dans son enfance, elle habitait Séoul, où elle apprit une partie du « catéchisme. Puis, vint la persécution : alors elle se vit séparée de tous ceux qu’elle aimait et « fut mariée à un païen. Malgré les menaces de son époux, elle conserva plusieurs objets de « religion : deux chapelets, une croix et un catéchisme. Même après qu’elle eut atteint la « cinquantaine, son mari l’empêcha de venir à l’oratoire. Cependant elle n’avait pas oublié les « principales vérités de la doctrine chrétienne, et récitait souvent le Pater et l’Ave. A « l’automne de 1904, la maladie vint la visiter : ses forces diminuèrent à vue d’œil, si bien « qu’au mois d’avril, sentant sa fin prochaine, elle fit appeler une chrétienne et, lui confiant « ses objets de piété : « Va, dit-elle, les porter au Père et raconte-lui toute mon histoire. J’ai « connu le bon Dieu et ne l’ai pas servi ; je suis bien coupable. Que ces objets, du moins, « soient soustraits à la profanation. Je ne sais si je puis encore espérer le baptême, que je « serais pourtant si heureuse de recevoir. » J’envoyai d’abord mon servant et mon catéchiste « voir la malade. Son mari et sa fille s’inclinèrent devant la dernière volonté de la mourante. « Le mari lui-même plaida sa cause : « Elle n’a eu, toute sa vie, dit-il, qu’un désir, celui de « pratiquer la religion : c’est moi qui l’en ai empêchée ; vous pouvez lui donner ce qu’elle « demande, car elle est chrétienne de cœur depuis longtemps. » Comme elle n’avait pas oublié « les principales vérités de la foi, il me fut facile de la préparer au baptême. Je lui donnai le « nom de Marie. Décrire son bonheur, lorsque l’eau sainte eut coulé sur son front, est « impossible. Elle eût voulu mourir tout de suite, de crainte d’offenser le bon Dieu. Quelques « jours après, elle rendait le dernier soupir, et quittait cette terre pour un monde meilleur. « Puisse-t-elle obtenir la grâce de la conversion à sa fille et à son mari, qui, depuis lors, est « venu déjà plusieurs fois à la chapelle ! »

« Si le nombre des chrétiens est plus élevé dans la province de la capitale, les conversions n’y sont pas plus nombreuses ; mais les néophytes ont l’avantage d’être en rapport avec les anciens chrétiens et leur persévérance en est plus assurée. Ils ont grand besoin d’être soutenus et encouragés, surtout dans les centres populeux où leur foi est plus en danger. L’exemple des étrangers est plutôt pernicieux, et les séductions qu’engendre leur fréquentation, obligent nos néophytes à des précautions inconnues dans le passé. Grâce à Dieu, la grande majorité reste bonne et dévouée. C’est ainsi que M. Doucet, provicaire, qui vient de couronner d’une flèche élégante son église de Saint-Joseph, a vu ses chrétiens rivaliser de zèle pour contribuer, malgré leur pauvreté, aux frais de cette construction .
« M. Poinel, curé de la cathédrale, rend de ses ouailles le même bon témoignage. « Le « Jubilé et les fêtes du cinquantenaire de l’Immaculée-Conception ont été pour beaucoup, « dans l’empressement que nos chrétiens ont mis à préparer la fête du 8 décembre et à lui « donner tout l’éclat et le décor propres à rehausser une solennité si extraordinaire. De fait, il « ne fut jamais plus beau à voir que ce jour-là, dans sa verte et fraîche parure, le sanctuaire de « Notre-Dame à Séoul ; on eût dit qu’à travers l’or des oriflammes qui pendaient des voûtes, à « travers les fleurs et la verdure dont les longues guirlandes tapissaient la nef entière, il « cherchait à répondre de partout au sourire de sa Patronne, in fimbriis aureis circumdata « varietatibus. Aussi quelles peines ne s’étaient pas données, pour y réussir, les pieuses Sœurs « de Saint-Paul de Chartres ! A elles surtout, l’honneur et le mérite ; et principalement, à « cette vaillante Sœur Eustelle que le bon Dieu vient de rappeler à Lui. A ce propos, je « croirais manquer au devoir de la plus élémentaire justice, si je ne disais ici toute la « reconnaissance que nous lui devons pour les soins si attentifs, l’activité infatigable et le zèle « constant que, malgré une santé délabrée, elle a déployés pour la maison de Dieu, pendant « près de dix ans qu’elle a été chargée du matériel de la sacristie et de la cathédrale. Ce qui, « grâce à elle, y frappait à première vue tous les regards, surtout ceux des étrangers de « passage, c’était ce bel ordre, cette netteté parfaite, ce véritable luxe de propreté qui était, « d’ailleurs, le plus beau, pour ne pas dire le seul ornement de notre église. Daigne le Dieu « bon et miséricordieux récompenser la chère Sœur de ses longs services. Qu’ils puissent-être « égalés, je l’espère ; surpassés, jamais.
« A l’occasion du dernier jubilé, j’ai remarqué avec plaisir que les fidèles ont mieux « compris que par le passé le sens et la portée des grâces qui y sont attachées. Moins préoc- « cupés des conditions extérieures et matérielles, ils ont mis un soin plus qu’ordinaire à se « préparer, en ce qui concerne la confession et la contrition, à gagner l’indulgence plénière. « Puissent les fruits de salut qu’ils en ont retirés se conserver longtemps !
« Cette année, nous devons à une épidémie de fièvre scarlatine une augmentation de la « mortalité, surtout chez les enfants. Parmi ces petits anges, pour qui le bon Dieu a voulu « raccourcir le chemin du paradis, on m’a rapporté de très bonne source le cas d’une petite « fille païenne de neuf à dix ans, fille du général Hong, tué, il y a quelques années, devant la « porte du Kyeng-pok-koung, lors de l’attaque du palais par les Japonais. Cette enfant avait eu « connaissance de la religion par sa grand’mère maternelle, qui est chrétienne. La foi avait « pénétré dans son âme. L’année dernière, elle tombe malade. Sa mère païenne essaie tous les « remèdes et, à bout de moyens, finit par avoir recours aux diableries pour sauver la vie de « son enfant. Elle prépare divers mets et les dispose, sur une étagère, au-dessus de la « couchette de la petite fille, pour étouffer le germe de la maladie. Mais la malade finit par « s’apercevoir du manège et demande des explications. La mère païenne les donne tout « bonnement : « Qu’on m’enlève tout cela ! crie la fillette, je ne veux pas de ces « superstitions ; c’est pour aller en enfer. » La mère désolée a beau prier, supplier, expliquer « que c’est nécessaire, l’enfant ne veut rien entendre et fait si bien, par ses cris et ses pleurs, « que sa mère est forcée d’enlever toutes les choses offertes au démon. La malade redevient « tranquille, joyeuse même. Quelques jours se passent. La maladie poursuit son cours sans « s’aggraver apparemment. Un soir, l’enfant s’agite plus que de coutume ; la peur la prend. « Elle appelle sa mère, elle crie : « Je vais mourir cette nuit, et je ne suis point baptisée ; qu’on « appelle Thérèse Na — c’est le nom d’une chrétienne qui venait de temps en temps à la « maison. — Il faut que cette personne vienne me baptiser pour que j’aille avec la sainte Mère « au ciel. » On a beau expliquer à l’enfant que la nuit est avancée, le temps mauvais, rien n’y « fait. « Appelez Thérèse ; allez vite la chercher. » On y va pour calmer l’enfant. La « chrétienne arrive. La malade ne se sent plus de joie. « Je croyais que vous n’arriveriez pas « à temps ; vite, vite, baptisez-moi. — Mais tu n’es pas malade à mourir ; rien ne presse. — « Oh ! si, je vous en prie ; pour que j’aille avec la sainte Mère. — C’est extraordinaire, se « dit la chrétienne ; il faut la satisfaire. Puis, se faisant apporter de l’eau : « N’aie plus « peur : puisque tu le veux, je vais te baptiser. » L’enfant fait le signe de la croix : et, pendant « que l’eau coule sur son front, entend ces paroles : Marie, je te baptise... » Avant l’aurore, « Marie Hong était en paradis. Petits enfants de la Corée, louez le Seigneur ! »

« Le séminaire de Ryong-san, qu’une nouvelle rentrée vient de repeupler, nous a donné, cette année, un prêtre de plus. Mais, hélas ! le nombre de nos précieux auxiliaires indigènes n’augmente pas pour autant : le nouveau prêtre était à peine ordonné, que nous perdions le P. Paul Ni. Ce dernier, malgré une santé altérée dès le séminaire, a fourni plus de cinq années de travail apostolique. D’une piété exemplaire et d’un courage que rien ne rebutait, il a laissé au milieu de ses néophytes, presque tous baptisés de sa main, une mémoire bénie et le parfum d’une vie vraiment sacerdotale. Il est venu mourir à Séoul et il s’est éteint doucement entre mes bras, dans un dernier effort qu’il fit pour embrasser son crucifix. »



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