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Rapport annuel des évêques

Année: 1906
Pays: Corée du Sud
Mission: Corée
Rédacteur:Mgr Mutel

CHAPITRE II
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GROUPE DES MISSIONS DE CORÉE
ET DE MANDCHOURIE

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I. — Corée

Population catholique 61.290
Baptêmes d’adultes 4.096
Baptêmes d’enfants de païens 2.470
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« En 1905, l’émigration aux îles Hawaï nous avait fait perdre un certain nombre de chrétiens, écrit Mgr Mutel. Depuis lors, ce mouvement s’est heureusement arrêté. Les émigrés, arrivés là-bas, n’y ont point trouvé le pays de leurs rêves et, malgré la honte qu’ils en éprouvaient, plusieurs n’ont pas hésité à le confesser et à l’écrire à leurs frères restés au pays. Le désir de les suivre est tombé tout naturellement. D’un autre côté, une loi récente sur l’émigration rend plus difficiles les conditions de l’enrôlement, et les exploiteurs de travail humain ont, en fait, renoncé à leur commerce.
« Par contre, le nombre de nos catholiques s’accroît, chaque jour, des chrétiens Japonais qui viennent chercher fortune en Corée. C’est même là une difficulté nouvelle pour nous, au point de vue du ministère des âmes. La plupart de ces chrétiens ne savent pas et ne sauront jamais assez le coréen pour pouvoir se confesser en cette langue ; de sorte que c’est nous qui devons chercher le moyen de leur procurer des missionnaires de langue japonaise. L’an dernier, un prêtre japonais de Nagasaki a visité les principales colonies de ses compatriotes, et leur a donné les sacrements. De leur côté, les missionnaires de Corée étudient quelques bribes de japonais, de façon à se mettre à la portée de leurs nouvelles ouailles. Mais, il faut bien le reconnaître, alors même que nous faisons de notre mieux, beaucoup de choses laissent à désirer sur ce point. Ce n’est pas seulement une différence de langue, mais aussi d’usages, de caractère et d’éducation. Si ces chrétiens japonais étaient groupés, on pourrait leur donner un missionnaire qui s’occuperait exclusivement d’eux, mais ils sont un peu partout où les attirent les affaires et le commerce, et nulle part en assez grand nombre pour occuper un missionnaire. Dans toute la Corée, nous en connaissons environ 200. Ce nombre croîtra, chaque année, dans la proportion où croît le chiffre des immigrés.

« Depuis le 17 novembre 1905, le protectorat du Japon est établi sur la Corée. Le Japon veut évidemment se servir du pays protégé comme d’un champ, qu’il entend tenir largement ouvert à l’excédent de sa population. Cela ne va pas sans des froissements très vivement ressentis par nos Coréens. Aussi n’est-il pas étonnant qu’on ait vu surgir des semblants de rébellion, comme il s’en produit toujours dans les temps troublés.
« Les « soldats de la justice » se sont mis en campagne, sans autre but bien défini que celui de protester contre le nouvel état de choses. Mal organisés, plus mal disciplinés encore, ils étaient voués d’avance à un échec certain. Le mouvement a commencé, pendant l’hiver, dans les montagnes du Kangouen-to ; il n’a guère abouti qu’à des pillages et à un brigandage déguisé. M. Poyaud a dû renoncer à visiter quelques-unes de ses chrétientés, pour ne pas tomber au milieu de ces bandes. Au printemps, c’est le Tchyoung-tchyeng-to qui a été agité : une ville murée, Hong-tjyou, est même tombée aux mains des rebelles ; mais il a suffi de quelques soldats Japonais et coréens pour les réduire et les disperser. Depuis lors, on n’en entend plus guère parler.
« Un mouvement tout opposé, quoique dû aux mêmes causes, s’est aussi produit. Les Coréens, sentant bien que toute résistance était impossible, ont cherché à s’accommoder du nouveau régime. En s’affiliant à des sociétés favorisées par les Japonais, ils espéraient jouir d’une protection relative pour leurs personnes et pour leurs biens. Il y a les « Progressistes » qui, ostensiblement, se mettent du côté des Japonais et prêchent la civilisation nouvelle ; les « Néobouddhistes », qui cherchent à infiltrer un renouveau japonais au vieux bouddhisme très démodé de Corée : les « Éducationnistes », qui portent leurs efforts du côté de l’instruction par les nouvelles méthodes ; les « Doctrinaires du ciel », Tong-hak renouvelés, qui veulent imposer leurs rêveries comme religion nationale. Grâce à la faveur, plus ou moins déguisée, que les autorités japonaises ont cru devoir à de pareilles sociétés, bon nombre de Coréens ont cru sage de s’y enrôler pour se mettre du côté des plus forts. Et nos chrétiens, qui se sont, en général, tenus à l’écart de ces groupements intéressés, ont eu souvent à pâtir de la part des affiliés. La lutte a été forte, surtout dans le sud du Tjyen-la-to, et spécialement dans les îles évangélisées par M. Deshayes. Mais l’hostilité de ces sectes à notre égard s’est fait sentir partout, et il n’est pas un seul missionnaire qui ne s’en plaigne.

« Les comptes rendus des missionnaires sont unanimes à constater et à déplorer l’acharnement de la propagande protestante. Tous les moyens sont mis en œuvre pour la promouvoir. Les ministres anglais vantent l’alliance de leur pays avec le Japon ; les ministres américains, les relations cordiales du leur, toutes choses qui leur permettent d’escompter pour leurs adeptes la bienveillance du protectorat. Presque partout, les prédicants ressassent devant les Coréens simplistes, et, de préférence, là où il y a des catholiques, les accusations, cent fois réfutées, des protestants contre l’Église catholique. Pourquoi les prêtres catholiques gardent-ils le célibat ? Pourquoi honorer les images de la sainte Vierge et des saints ? Pourquoi accepter des honoraires pour la messe ? Pourquoi le prêtre catholique, en tournée d’administration, se fait-il nourrir aux frais des chrétiens et perçoit-il une sorte de tribut ? Ils savent mettre leur enseignement à la portée de leur auditoire. C’est ainsi qu’ils usent de ces dernières objections dans les pays les plus pauvres, et là où ils n’ont pas encore d’adeptes. Leur mauvaise foi est d’autant plus évidente, qu’ils font, près de leurs adhérents, des collectes qui dépassent de beaucoup les modestes cotisations que les chrétiens ont coutume d’offrir au missionnaire catholique, à l’époque de la visite annuelle.
« Il n’est pas jusqu’aux moyens violents dont on n’ait usé contre nous. Pendant ma visite du Tjyen-la-to, un incident insignifiant ameuta contre nos catholiques les nouvelles recrues protestantes. Tant que je fus là, il n’y eut guère que des menaces ; mais, à peine avais-je quitté le district, que, profitant de l’absence momentanée de M. Peynet, les protestants, en armes, envahissaient son village et emmenaient prisonniers plusieurs chrétiens. Il fallut déposer une plainte et demander protection aux autorités, et celles-ci ne s’étaient pas encore décidées à agir que le missionnaire se voyait, à son tour, assailli et gravement menacé. Sans perdre la tête, se trouvant en état de légitime défense, il usa de son droit et dispersa ses agresseurs. Ceux-ci, pour se venger, eurent recours à la calomnie. Heureusement, une enquête, conduite par la police japonaise, reconnut notre bon droit, et les calomniateurs restèrent confondus. Depuis lors, le calme n’a pas été troublé et, dans cette région du moins, les protestants ont perdu de leur insolence, et de leur influence aussi.

« Malgré toutes ces circonstances défavorables, les résultats de l’année, en baptêmes d’adultes, sont, à quelques unités près, les mêmes que ceux de l’an dernier : 4.096, dont 655 in articulo mortis. Pour éviter des redites, je me dispenserai, cette année, de faire la tournée des districts, me contentant de signaler les faits vraiment nouveaux, et de raconter quelques traits curieux ou édifiants.
« L’an dernier, la guerre russo-japonaise avait empêché M. Bret de visiter ses chrétiens de l’extrême nord. « Aussi, écrit-il, malgré les nouvelles assez rassurantes apportées, à de longs « intervalles, par d’intrépides courriers qui parvinrent à traverser les lignes, n’étais-je pas sans « inquiétude au sujet de ces chrétientés.
« Je pus me convaincre, en effet, du péril couru par nos néophytes lorsque, en novembre « 1905, après avoir obtenu l’autorisation du commandant de la garnison de Ouen-san, je « m’embarquai sur le premier vapeur en partance pour Kyeng-syeng. De ce port à Hoi-ryeng, « quel triste spectacle s’offrit à mes yeux ! Partout, des maisons détruites ou abandonnées, des « villages entièrement déserts, des tranchées creusées par les cosaques ou par les Japonais. Ici « et là, dans les gorges de la vallée, les traces des combats étaient encore visibles. Ici, « l’emplacement des feux de bivouac, avec des armes, des boîtes à conserves : là, les tombes « des morts. A l’entrée de la ville de Pou-ryeng, j’ai compté 66 stèles, élevées à la mémoire de « soldats japonais tués à l’ennemi.
« Quel eût été le sort de nos chers convertis si, après avoir déjà subi l’occupation russe, ils « avaient encore été réquisitionnés par les Japonais ? La divine Providence les protégea « visiblement. D’abord, la croix, dont leurs maisons étaient surmontées, les préserva de toute « malversation de la part des cosaques : ensuite, lorsque les troupes belligérantes, séparées « seulement par une distance de quelques kilomètres, allaient en venir aux mains sur le « territoire habité par nos chrétiens, la paix fut signée à Portsmouth, et les Japonais ne « franchirent pas le Tou-man.
« Si j’étais rassuré sur les intérêts temporels de nos néophytes, que n’avais-je pas à « craindre pour leurs âmes, privées pendant deux ans du secours des sacrements, au « lendemain de leur baptême ? Là encore, je n’ai que des actions de grâces à rendre à Dieu et « à la bonne Mère : tous nos chrétiens ont persévéré dans la foi et la pratique des vertus « chrétiennes.
« J’ai baptisé 356 adultes, dont 32 à l’article de la mort. C’est le plus beau chiffre que j’aie « enregistré jusqu’ici, mais il est juste d’observer qu’il s’étend à deux années.
« Le trait saillant de cet exercice est le zèle de nos chrétiens à s’instruire des vérités de la « religion. Ayant constaté des lacunes dans l’intelligence du catéchisme, je me suis attaché à « expliquer la doctrine. Le résultat m’a amplement dédommagé de mes efforts, car j’ai eu la « satisfaction, à la fin de ma tournée, de rencontrer des chrétiens qu’aucune question, pour « ainsi dire, ne pouvait embarrasser. »

« M. Tournier raconte ainsi la conversion des premiers néophytes, venus de Oul-leung-to :
« Un païen nommé Kam, maintenant baptisé sous le nom d’Albert, avait entendu parler de « la religion chrétienne avant d’aller se fixer dans l’île de Oul-leung-to. La beauté de notre « doctrine avait touché cette âme droite et simple, mais il fallait un effort pour passer de « l’erreur à la vérité, il fallait un acte de grande bonne volonté pour embrasser une religion qui « sortait à peine des persécutions sanglantes. L’énergie lui manqua. Du reste, les « circonstances n’étaient guère favorables. Son départ pour l’île de Oul-leung-to était décidé ; « comment pourrait-il étudier la doctrine dans une île entièrement païenne ? Malgré tous les « obstacles, il conservait le désir de devenir chrétien. Il se mit enfin résolument à l’œuvre ; il « apprit le catéchisme, l’enseigna à d’autres et réunit de nombreux disciples. Dès lors, et « pendant huit ans, montèrent chaque jour vers Dieu les prières et les supplications de ces « pauvres gens. Leurs prières allaient être exaucées, mais Dieu exigeait d’eux un dernier « sacrifice, devant lequel des âmes moins fortes eussent reculé.
« Jusque-là, ils avaient espéré qu’un missionnaire catholique pourrait enfin mettre le pied « dans leur île, et ils l’attendent. Ne le volant pas venir, ils résolurent d’aller au-devant de lui. « Albert, malgré sa pauvreté, était encore, de tous, le plus à l’aise. Il mit tout ce qu’il « possédait à la disposition des autres : « Que ceux qui veulent devenir chrétiens me suivent, » « dit-il ; et 31 catéchumènes répondirent à son appel. Ils sont venus, et aucun d’eux n’a « regretté d’avoir quitté Oul-leung-to pour se faire baptiser par le missionnaire, sur le « continent.
« Une quarantaine d’autres doivent venir encore cette année. Albert les attend et partagera « avec eux sa tasse de riz, sans se douter qu’il est un héros. »

« Une païenne de famille noble, raconte M. Robert, ayant entendu parler du catholicisme « par le catéchiste de Tchyeng-to, en reconnut aussitôt la vérité, et, sans hésiter, jeta au feu « tous les objets superstitieux qui se trouvaient dans sa maison. Le démon qu’elle reniait ainsi « ne se tint pas pour battu. Il s’empara de la malheureuse, qui se mit à débiter un flux de « paroles incompréhensibles, à écrire des lettres inintelligibles, elle qui ne sait ni lire ni écrire. « Les lettres m’étaient adressées ; le catéchiste me les apporta, mais je ne pus rien en « déchiffrer. Ce n’était ni du coréen, ni du chinois, ni du français, ni du latin. Impossible de « savoir en quelle langue elles étaient écrites.
« Quand, le 5 mars dernier, j’arrivai à la chrétienté de Eusyeng (Tchjyeng-to), je fis « appeler la noble païenne ; elle vint aussitôt, parée de ses plus beaux atours. Comme on « l’invitait à entrer dans la chambre réservée aux femmes, elle refusa et entra dans la chambre « haute, où est placé l’autel et où je me trouvais avec mon servant, le catéchiste et plusieurs « chrétiens. Elle récita le Pater, l’Ave et le Credo, qu’elle avait appris, mais ne voulut jamais « faire le signe de la croix. Debout devant le crucifix, elle resta un moment silencieuse ; puis, « après trois prostrations, elle débita des vers, de la prose, par phrases décousues et sans suite, « parlant de Jésus-Christ, des apôtres, des martyrs, de la persécution en Corée et au Japon, de « l’état actuel de l’empire coréen, ete. Après l’avoir écoutée pendant une demi-heure, je la « renvoyai, en l’aspergeant d’eau bénite. Aussitôt elle se mit à trembler de tous ses membres « et tomba par terre, en disant : Pourquoi jette-t-on sur moi de l’eau bénite ? Remarquez « qu’elle ne savait pas du tout ce que c’est que l’eau bénite. En même temps, son cou se « tordit, de manière que la tête se trouvait complètement de travers. Comme elle ne pouvait « plus parler, je la fis transporter dans une maison voisine, et, là encore, son cou s’allongea de « plus d’un demi-pied : il semblait sortir de ses épaules, ce qui était affreux à voir. Les « chrétiens, effrayés, se sauvaient ; je l’aspergeai une seconde fois d’eau bénite. Elle resta « dans cet état jusqu’au soir où, semblant sortir d’un profond sommeil, elle s’écria : Devant le « Père, je ne puis faire ni dire ce que je voudrais. » Elle passa une nuit très agitée, n’ayant pris « aucune nourriture depuis la veille au matin. Le lendemain, j’ordonnai qu’on l’amenât pour « assister à la sainte messe, pendant laquelle elle eut encore une crise de courte durée, au « moment de l’élévation. Après la messe, je l’exhortai de nouveau à faire le signe de la croix ; « cette fois, elle y consentit. Mais, ce qu’il y a de plus curieux, c’est qu’elle ne se rappelait pas « ce qu’elle avait fait et dit auparavant. Rentrée chez elle, elle s’empressa de convertir sa « famille, qui se compose de six personnes. Tout ce monde étudie les prières, et j’espère bien « baptiser les sept catéchumènes à l’automne. »

« Voici un autre fait, où nos Coréens voient aussi l’intervention du diable ; il est cité par M. Alix :
« Il y a, dans le village de Kamari, une famille dont le chef est païen endurci ; les autres « membres de la famille sont tous chrétiens. Un soir, le feu prit dans la haie de clôture ; on « attribua le fait à des malfaiteurs. Quelques jours après, le feu prenait dans le toit de la « maison, à plusieurs reprises et sous les yeux des spectateurs. On réussit à l’éteindre chaque « fois, mais la maison était calcinée par endroits. Persuadés que le diable était pour quelque « chose, dans cette affaire, les chrétiens me demandèrent de bénir la maison. J’y consentis, à « la condition que le chef de famille se ferait instruire ; il le promit. Après la bénédiction, tout « reste tranquille pendant quelques jours ; puis, le feu prend et reprend ; on l’éteint, on l’éteint « encore. De guerre lasse, la famille se résout à vendre la maison, à quelque prix que ce soit. « Pendant qu’on fait le marché avec un païen des environs, dont toute la famille est « chrétienne, le feu prend à la haie de clôture de ce païen. C’en est assez pour lui enlever « l’envie de conclure le marché. Un bon chrétien, plus hardi, achète la maison et s’y installe. « Depuis ce moment, on n’entend plus parler d’incendie.
« Cependant les propriétaires de la maison émigrent au village de Mirinai. Ils n’y sont pas « établis depuis huit jours, que le feu prend chez eux ; on l’éteint, il reprend et dévore la « maison. Les pauvres gens ont été obligés de revenir à Kat-teung-i, où ils habitent « actuellement chez des parents. On m’a affirmé que le feu avait pris quinze fois chez eux. Je « craignais que l’épreuve ne décourageât ces chrétiens, victimes d’une pareille persécution ; il « n’en a rien été, grâce à Dieu. Tous voient dans ce qui s’est passé un châtiment de leurs « péchés, et ils sont résolus à rester fermes dans la foi, coûte que coûte. »

« M. Deshayes rapporte les trois traits suivants :
« Au mois de novembre dernier, une barque, montée par 32 pirates coréens, aborde à l’île « d’An-tchyang. Les voleurs envahissent l’auberge de Pierre Tyeng et se font servir un « copieux festin. Quelques-uns d’entre eux visitent ensuite les différentes pièces du logis et se « trouvent tout à coup en face d’images religieuses : « J’ai peur de ces images, dit le chef, « installons-nous dans une autre chambre. » Pierre introduit alors ses terribles clients dans un « réduit bas et obscur, dont ils se contentent. Or, sous les images, Pierre avait déposé son « magot, 300 ligatures, que les bandits ne découvrirent pas. La sainte Vierge leur avait voilé « les yeux, me disait Pierre, en me racontant le fait.
« J’ai eu la bonne fortune de retrouver une chrétienne, perdue au milieu des païens, depuis « huit ans. Philomène Sye n’avait pas abandonné ses pratiques religieuses. Chaque matin, elle « faisait sa prière, et chaque dimanche, récitait le rosaire. N’ayant pu se procurer de « calendrier, pendant sept ans elle a gardé l’abstinence, pour ne pas s’exposer à violer la loi de « l’Église.
« A Mok-hpo, j’ai eu la joie d’enregistrer la conversion d’une famille Pak, dans des « circonstances tout à fait extraordinaires. Le fils unique, âgé de six ans, était malade. La « sorcière, consultée, déclare que la présence d’une famille chrétienne, dans l’appartement « voisin, est cause de la maladie de l’enfant. On chasse les chrétiens, et le petit malade guérit « comme par enchantement. Au bout de trois mois, la maladie reparaît. De nouveau consultée, « la sorcière répond : « Offrez des sacrifices aux mânes de vos ancêtres plus fidèlement que « par le passé, et donnez-moi 20 piastres pour que je leur en offre moi-même à votre intention, « votre enfant sera guéri radicalement. » Les sacrifices sont offerts aux parents défunts, la « sorcière reçoit les 20 piastres, mais la maladie s’aggrave à vue d’œil. On consulte les « médecins coréens, japonais, américains. Aucun remède ne réussit : l’enfant va mourir. Sa « mère se souvient alors que les chrétiens ont un secret pour guérir le corps et l’âme ; elle prie « le catéchiste de baptiser le pauvre petit moribond. Dès le lendemain, un mieux sensible se « déclare, et aujourd’hui, le petit André se porte à merveille. Dans quelques jours, je vais « baptiser ses parents, et tous ensemble nous rendrons grâces à Dieu qui les a amenés, en « quelque sorte malgré eux, à la connaissance de la vraie religion. »

« Dans les environs de Yen-ki (Tchyoung-tchjyeng-to) une cinquantaine de chefs de famille étudient le catéchisme avec la plus louable ardeur. En signalant ce fait, M. Curlier raconte la mort édifiante d’une jeune enfant.
« Il s’agit de la petite Maria Tyeng, baptisée avec sa mère en 1904, et âgée de cinq ans. « Cette enfant, très intelligente, savait presque toutes ses prières ; elle était pieuse, obéissante « et supportait les privations avec une résignation rare chez les enfants de son âge. Ses parents « étant très pauvres, il lui arrivait souvent de ne faire qu’un repas par jour, et quel repas ! « Malgré cela, Maria ne se plaignait jamais d’avoir faim. L’an dernier, un peu avant « l’Assomption, mon servant avait composé un cantique coréen pour célébrer les louanges de « la sainte Vierge. Le père de notre petite prédestinée copia le cantique et l’emporta chez lui. « Maria l’apprit par cœur en un rien de temps et, chaque jour, elle ne cessait de chanter les « louanges de Reine des cieux. Petit à petit, le désir de voir la sainte Vierge pénétra dans son « cœur. Un matin (on était à la neuvième lune), elle dit à sa mère : « Maman, aujourd’hui, « avant le coucher du soleil, je verrai la sainte Vierge » Comme elle n’était pas malade, sa « mère la gronda, la traitant de petite folle. Eh bien, ce jour-là même, sans aucune maladie, sa « belle âme quittait son corps et allait voir la sainte Vierge en paradis. Heureuse enfant !
« Une petite païenne de quatre ans, du même village que Maria, et son amie, a tellement « supplié ses parents d’embrasser la religion catholique, qu’à la fin, Ils s’y sont décidés, et « actuellement, ils étudient les prières et le catéchisme avec ardeur. N’est-ce pas le cas de « dire : Ex ore infantiumet lactentium perfecisti laudem ? La sainte Vierge semble avoir une « affection spéciale pour le village de sa petite Maria : il y a là une dizaine d’enfants païens « qui apprennent les prières avec une sorte d’avidité, qui ne laisse aucun doute sur la droiture « de leurs dispositions. »

« Voici encore un trait, rapporté par M. A. Gombert :
« Un jeune homme de dix-huit ans,de famille noble et aisée, s’était adonné passionnément « à l’étude des caractères. Son tempérament maladif l’avait, sans doute, empêché de se livrer « aux travaux des champs avec ses frères.
« Malgré tous les soins, il dépérissait à vue d’œil et sa fin semblait prochaine. Il demande, « un jour, à son père, de lui procurer des livres protestants. Le père lui répondit : Si tu veux te « renseigner sur la religion des étrangers, va voir le vieux Kim, qui pratique la religion du « Maître du ciel, c’est la meilleure de toutes. » Il alla donc trouver Pierre Kim, homme droit et « instruit, qui a su gagner l’estime de tous les païens du voisinage.
« Pierre reçut le jeune païen avec bienveillance, et lui exposa la doctrine catholique. Après « deux ou trois conférences, son disciple, pleinement convaincu, lui demanda un livre de « prières, pour les apprendre à la maison, car la marche le fatiguait trop. Peu de temps après, « le jeune néophyte dut garder la chambre. Un soir du mois de mars, il se dresse tout à coup « sur sa couche et demande avec larmes qu’on veuille bien l’habiller. Il supplie ensuite son « père de le faire transporter chez Pierre Kim. On l’enveloppe dans une couverture, et deux « domestiques le transportent chez le chrétien. « Ma fin est proche, dit-il à Pierre, en arrivant, « terminez rapidement mon instruction et donnez-moi le baptême, car je veux sauver mon « âme. Vous me veillerez pendant mon agonie, et vous ne permettrez pas qu’on me reporte « chez moi, où tout est superstition. Je veux mourir ici près de vous. » Pierre l’instruisit « jusqu’au chant du coq et le baptisa en lui donnant le nom de Joseph. Il récita ensuite les « prières des agonisants. Elles étaient à peine achevées, que Joseph s’envolait au ciel. »

« L’état politique, inauguré avec l’établissement du protectorat, a provoqué de notables changements dans la vie du pays. On se passionne pour le nouveau, le progrès, la science, tout ce qui est censé représenter la civilisation. La question des écoles, surtout, est à l’ordre du jour ; on en fonde jusque dans les coins les plus reculés de la province. Le départ est admirable, mais, faute d’ordre dans la marche, l’arrivée est moins sûre. Sans se soucier de la distinction entre les programmes des diverses écoles primaires, secondaires et supérieures, partout on voudrait apprendre les langues étrangères, spécialement le japonais, alors même que la base des langues coréenne et chinoise fait défaut ; attaquer les sciences exactes, alors même qu’on ignore les premières notions du calcul.
« Même imprévoyance pour la fondation des écoles. Un don généreux et des contributions, plus ou moins volontaires, ont permis de commencer, mais, presque nulle part, l’avenir n’est assuré. Aussi voit-on déjà tomber des écoles, ouvertes avec enthousiasme au printemps de cette année. Il est certain néanmoins que ce mouvement, un peu désordonné, finira par se régulariser et qu’un état nouveau va succéder aux traditions d’antan.
« Je dois bien avouer que nous ne sommes pas en mesure de prendre la tête de ce mouvement, et même qu’à le suivre nous sommes en retard vis-à-vis des protestants. Quelque chose a été fait cependant :
« A Hpyeng-yang, nos catholiques ont formé entre eux une « Association de la jeunesse » qui leur permet de se grouper, de s’encourager et de se soutenir mutuellement. Chaque semaine, des conférences sont données où le public est admis. A côté de cette association, deux écoles, nouveau style, ont été fondées ; l’une pour les garçons, l’autre pour les filles, et l’émulation est grande parmi les élèves.
« A Tai-kou, à côté de son ancienne école, dont il vient de renouveler tous les bâtiments, M. Robert a fondé au printemps une école spéciale, où le japonais est enseigné, et les nouveaux programmes suivis.
« A Chemulpo également, M. Deneux s’impose beaucoup de sacrifices pour maintenir son école de garçons et la perfectionner. Les Sœurs tiennent aussi une école de filles assez bien fréquentée.
« A Seoul, le provicaire, M. Doucet, vient d’aménager, dans un nouveau local, son école de garçons, et de lui assurer le concours d’un maître au courant des nouveaux programmes. Son école de filles, qu’il avait fallu interrompre pendant la guerre, a été ouverte de nouveau et les enfants sont plus nombreuses encore qu’avant.
« La paroisse de la cathédrale a, elle aussi, ses deux écoles. Celle des garçons a été plus régulièrement suivie que précédemment. Quant à celle des filles, tenue par les Sœurs, elle se développe de jour en jour, à mesure que disparaît le préjugé social qui empêchait jusqu’ici les jeunes filles de franchir le seuil de la maison paternelle.
« A la capitale, comme partout ailleurs en province, la grande difficulté est le manque de ressources. Nos chrétiens sont trop pauvres, en général, pour subvenir à la fondation et à l’entretien d’écoles sérieuses et, malgré toute leur bonne volonté, les missionnaires sont encore moins en mesure de supporter ces dépenses. »



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