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Rapport annuel des évêques

Année: 1907
Pays: Corée du Sud
Mission: Corée
Rédacteur:Mgr Mutel

CHAPITRE II
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GROUPE DES MISSIONS DE CORÉE

ET DE MANDCHOURIE

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I. — Corée

Population catholique 63.340
Baptêmes d’adultes 4.034
Baptême d’enfants de païens 2.352
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Sa Grandeur Mgr Mutel, vicaire apostolique de la Corée, dans son compte rendu des travaux de ses missionnaires pour l’année qui vient de s’écouler, jette un coup d’œil sur l’état du catholicisme dans la mission et appuie ses remarques par le récit de quelques faits plus saillants ou par des exemples tirés de la vie pratique.
Les difficultés d’un rencensement exact des chrétiens, le chiffre comparé des baptêmes, les luttes politiques entre Japonais et Coréens, le mouvement de conversions, l’insuffisance du nombre des catéchistes, l’esprit de foi des chrétiens, leur attachement à l’autorité et à leur évêque, les malheurs de toute une région ravagée par de grandes inondations, les efforts des protestants en Corée, leurs résultats, les baptêmes in articulo mortis, le développement des écoles, le besoin d’une école normale, les orphelinats, le séminaire de la mission et le journal hebdomadaire, tels sont les sujets traités.

Le recensement des chrétiens. — L’année dernière, le compte rendu annonçait le chiffre de 64.070 pour la population catholique de la Corée. L’exercice courant donne celui de 63.340, malgré les 4.034 adultes qui viennent de recevoir le baptême et l’excédent des naissances. La cause de cette anomalie est tout entière dans les « omissions involontaires qui se produisent lors du recensement ».
Les Coréens, comme tous les Orientaux en général, émigrent avcc une grande facilité. On voit parfois des villages entiers quitter le sol où ils se trouvaient établis, pour se transporter dans une autre région, où, pensent-ils, la fortune les favorisera et leur donnera de subvenir plus abondamment aux nécessités de la vie. Dans un grand pays, avec des chrétientés nombreuses, semées de loin en loin dans les provinces, il est presque impossible aux missionnaires de suivre tous ces mouvements de la population chrétienne et de connaître, sans aucun retard, les multiples colonies, transplantées dans les lieux isolés ou du moins trop éloignés du champ ordinaire de leurs opérations. Les listes des fidèles, qui leur sont présentées, ne se vérifient qu’avec de grandes difficultés. Les erreurs sont inévitables.
Une autre source de ces irrégularités dans les chiffres de la population catholique est dans le grand nombre des baptisés, « qui vivent au milieu des païens, et quelquefois dans des « régions excentriques, si bien que, recevant les sacrements, tantôt dans un district, tantôt dans « un autre, ils échappent trop facilement au contrôle ».
Si le recensement officiel donne 63.340, il est donc permis de croire qu’il est au-dessous de la réalité, de 1.000 à 1.500.

Chiffre comparé des baptêmes. — Depuis plusieurs années, nos confrères de la Corée ont à bénir la divine Providence, pour l’heureuse fécondité qu’elle donne à leurs travaux. Le chiffre de leurs baptêmes a oscillé entre 4.000 et 6.000. C’est la plus douce récompense que Dieu puisse accorder au missionnaire dès ce monde: en faire son instrument pour régénérer les âmes en grand nombre. Quelle somme de travail, de fatigue, que de voyages ne supposent pas 4.034 baptêmes d’adultes, dans une mission où les obstacles de tout genre ont grandi et se sont multipliés sous les pas des ouvriers apostoliques ! Ces conversions nombreuses en des jours de trouble se multiplieraient, si le calme et la paix pouvaient de nouveau régner sur ce malheureux pays, bouleversé par la politique.

Lutte entre Japonais et les « Soldats de la justice ». —L’abdication de l’empereur et le licenciement des troupes coréennes ont occasionné une grande agitation dans plusieurs provinces. Ces soldats, « ne se souciant guère de travailler pour vivre, sont entrés en campagne, et se sont joints aux bandes des soi-disants volontaires, qui déjà infestaient le pays. A part quelques patriotes de bonne foi, il faut bien reconnaître que ces « soldats de la justice », comme ils s’appellent, sont avant tout des pillards et des brigands. L’occasion leur a paru belle de faire montre de leur patriotisme, tout en continuant leurs exploits d’antan, ils tiennent tout le pays, surtout la région montagneuse de l’est, et les environs de la capitale. Malheur aux Japonais isolés, qu’ils peuvent atteindre, ou même aux postes trop faiblement défendus ! Ils tuent, pillent et rançonnent même les Coréens, mettant parfois le feu à des villages qu’ils soupçonnent d’avoir donné refuge ou assistance à l’ennemi. »
« Policiers et soldats sont envoyés de tous côtés par les Japonais, pour les réduire, et les rencontres sont très fréquentes. Les volontaires, moins bien armés, sont généralement dispersés. Mais, les montagnes leur servant de refuge, ils se reforment bientôt, pour recommencer leurs incursions sur un autre point. Malheureusement, la répression de ces brigands attire, de la part des Japonais, des représailles dans les villes ou villages qui ont abrité ces brigands et sont censés leur servir de base d’opérations. Les incendies se sont étendus sur d’immenses régions. Les populations, qui se trouvent prises entre deux feux, sont dans une situation lamentable. »
La visite des districts et l’administration des chrétientés a déjà beaucoup souffert, et, selon toute probabilité, souffrira encore longtemps d’un tel état de choses.

Mouvement de conversions. — L’année dernière, M. Bret, malgré les troubles intérieurs, a visité le pays qui se trouve au nord du Tou-man-kang. Ses fatigues ont reçu la belle récompense de 334 baptêmes d’adultes. Le nombrede ses fidèles est monté à 1.750. Le missionnaire se félicite des progrès de notre sainte religion dans ce coin de la Corée. « Ce « développement du Kan-to chrétien, dit-il, est bien remarquable. J’en attribue la cause aux « bons exemples et à la ferveur de nos anciens chrétiens. Parmi eux, j’ai trouvé des catéchistes « ambulants de bonne volonté, qui, laissant là leurs familles et leurs occupations, « consentaient à aller prêcher durant un mois, dans un village de catéchumènes, sans espoir de « salaire.
« Tout le nord de la province est donc entouré de néophytes, habitant en territoire chinois « ou contesté. Espérons de la divine Providence que, par un phénomène d’endosmose, cette « pointe septentrionale finira par se convertir. En dehors des nouvelles stations fondées dans « le Kan-to proprement dit, nous avons une chrétienté à Houn-tchyoun et une centaine de « familles dans le pays bas, au milieu de la région des Hpal-ti. »
« La majeure partie du territoire où sont situées nos chrétientés coréennes, écrit Mgr Mutel, est une région contestée entre la Chine et la Corée. La question pendante depuis de longues années va peut-être se résoudre. Le Japon, prenant fait et cause pour la Corée, s’occupe de régler cette affaire très embrouillée, et, sans doute pour mieux affirmer le droit qu’il défend, il vient d’envoyer dans le Kan-to une mission appuyée de toute une escorte de soldats et d’agents de police. Un peu vexée du procédé, la Chine y a envoyé de son côté 300 soldats, et on se demande, avec anxiété, comment cela pourra bien finir.
« M. Tournier a étendu son action et créé plusieurs nouveaux centres dans les environs de sa résidence ordinaire. MM. Bouyssou et Poyaud se félicitent des bonnes dispositions d’un certain nombre de païens, qui inclinent vers la vérité. Le regretté M. Joyau, que la mort est venu enlever à sa mission, dans la pleine maturité de sa vie apostolique, a fait une abondante moisson, au nord de Kyeng-syang-to, et dans le sud de son district, M. Julien a étendu ses limites et multiplié ses postes, là où il n’avait pas encore pu jusqu’à présent porter le flambeau de la foi. »
M. Curlier voit l’action de l’Esprit-Saint se manifester tout spécialement dans un coin du district de Tchyeng-tjyou, situé à 10 lis de la gare de Pou-kang, et à 20 de celle de Tji-tchi-ouen. « Dans une plaine qu’on appelle Pi-ryong-teul, se trouvent 4 ou 5 villages très « rapprochés les uns des autres, où nous avons beaucoup de catéchumènes. » Les femmes elles-mêmes suivent cet heureux mouvement. Cinq d’entre elles ont été baptisées. Plusieurs autres se préparent avec ferveur. Le concours de la femme est très précieux pour assurer la persévérance du mari.
Le catéchiste, nommé dans ce groupe de villages pour instruire les catéchumènes et soutenir les chrétiens, est un homme de haute vertu. Sa science n’est pas très développée, mais il rachète ce défaut par une grande humilité, qui lui concilie tous les cœurs, et une foi ardente, qui lui fait accomplir des prodiges. Il se fait remarquer par une dévotion particulière aux saints Anges. Les grâces de guérisons qu’il en obtient par la récitation de leurs litanies le font appeler par les païens auprès de leurs malades. Leur confiance n’est pas trompée. Aussi, laissent-ils de plus en plus de côté leurs médecins, pharmaciens et sorciers, pour recourir au bon catéchiste. La station de Saing-tchyen se développe. Six païens ont été baptisés. Une enfant de cinq ans, la petite Syoun-Oki, par des instances bien extraordinaires pour son âge, a amené ses parents à se convertir. Son père a été baptisé avec elle.
M. Krempf accuse un beau mouvement dans le district de Kyel-lyeng. Plus de cent familles se sont mises à l’étude du catéchisme et des prières. Malheureusement, il réside loin de ce centre, et il ne peut suivre d’aussi près qu’il le voudrait la formation de ces nombreux catéchumènes. Le manque des ressources nécessaires ne lui permet pas non plus de se faire remplacer par un bon catéchiste.

Insuffisance du nombre des catéchistes. — Mgr de Milo, à plusieurs reprises, déplore la disette de catéchistes. La cause, hélas ! est trop connue. Le remède est difficile à trouver. Les charges de la mission grandissent chaque année, et les aumônes des catholiques diminuent. Elle ne peut suffire à l’entretien de tous ces précieux auxiliaires, dont le missionnaire ne peut se passer. Leur besoin se fait sentir surtout dans les milieux où il y a des conversions en masse et dans les districts de formation nouvelle. Les néophytes, dans les anciennes chrétientés, trouvent dans la vie des fidèles dont ils sont les témoins, les exemples et les enseignements pratiques, qui les forment et les conduisent à un accomplissement de plus en plus parfait de l’ensemble de leurs devoirs d’enfans de Dieu. Dans les nouveaux postes, toute l’instruction, toute l’éducation même incombe au catéchiste. Son œuvre se poursuit donc nécessairement longtemps après le baptême. Sa présence est nécessaire au milieu de ces jeunes chrétiens, pour les habituer à vivre selon tous les principes de l’Évangile.
M. Meng, dans un voyage à l’île de Sin-min, district de Syen-tchyen, accompli avec beaucoup de peine et de fatigue, a ressenti très vivement les conséquences de ce défaut de catéchistes. « Arrivé là, écrit-il, on me présenta une trentaine d’hommes, qui se réunissaient, « chaque dimanche, pour faire je ne sais trop quoi ; car, depuis deux ans qu’ils se disent « catéchumènes, aucun n’a encore appris les premières prière.»
« Il en est de même, dit Mgr Mutel, à l’île de Quelpaert, où plusieurs centres de catéchumènes sont tombés, faute de catéchistes pour les instruire. Il est vrai qu’il y a, pour la population des îles, une difficulté spéciale. C’est qu’en été, un grand nombre s’en vont chercher fortune, soit sur le continent, soit dans des îles lointaines et on a peu d’action sur eux. Dans le district de Mok-hpo, presque entièrement composé d’îles, les habitants sont en majeure partie bateliers, pêcheurs ou sauniers. Même lors du passage du missionnaire, il est difficile de les réunir tous. Pourtant, même chez ces insulaires, la foi a déjà des racines profondes. »

Esprit de foi des chrétiens. Effets de l’eau bénite. — Deux traits touchants, rapportés, le premier par M. Deshayes, le second par M. Robert, nous montrent combien la vie de leurs fidèles est imprégnée de confiance en Dieu, et comment la divine Providence se plaît à récompenser leur foi par des grâces extraordinaires.
« Philippe Pak, de l’île de An-tchyang, après avoir reçu l’extrême-onction, fit venir près de lui sa femme et ses trois filles païennes. Il leur prêcha à toutes la nécessité de la religion chrétienne, et leur demanda de suivre son exemple si elles voulaient le revoir un jour au ciel. « Pour preuve que je vous dis la vérité, et que la religion catholique est nécessaire, voici un signe, que je vous donne, dit le malade : « Deux jours après ma mort, vous verrez un épais « brouillard, suivi d’une forte pluie... » Le soir même, Philippe mourait en prédestiné, pendant qu’à ses côtés on récitait, sur sa demande, les prières des agonisants. Et le surlendemain, la prédiction se réalisait au grand étonnement des païens, qui en avaient eu connaissance.
« Catherine Pak, baptisée, il y a quatre ans, tomba gravement malade à la suite de ses couches. Les médecins désespéraient de la sauver, et elle-même se sentait mourir. Tout à coup, elle appelle son mari et lui dit : « Donne-moi de l’eau bénite à boire, et je guérirai. » « Elle en but, et fut guérie. « La sainte Vierge, dit-elle, m’est apparue, m’a reproché ma « tiédeur et m’a promis de me guérir si je lui promettais de mon côté de devenir fervente. Je le « lui promis, et aussitôt la sainte Mère m’a indiqué l’eau bénite comme remède... » Catherine a repris les pratiques de la vie chétienne, et reçu les sacrements avec une grande ferveur. »
Écoutons à son tour M. Robert : « Un fait assez extraordinaire, arrivé le jour de l’an « coréen, pendant l’incendie du quartier japonais, en face de la gare de Tai-kan, a beaucoup « contribué à augmenter la dévotion de mes chrétiens pour l’usage de l’eau bénite. Le feu prit « à la cuisine d’une maison japonaise, et, à cause du vent qui soufflait avec violence, « l’incendie eut bientôt des proportions considérables. Les soldats japonais et coréens, activés « par les policemen, arrivèrent pour porter secours. Mais, malgré leurs efforts et leur bonne « volonté, ils demeurèrent impuissants contre le feu. Ils essayèrent du moins de circonscrire « l’incendie en abattant quelques maisons, pour empêcher le feu de se communiquer plus loin. « Au milieu du quartier sacrifié, se trouvait un magasin appartenant à un chrétien, et pouvant « renfermer pour 20.000 yens de marchandises. Sauver ces objets était chose impossible, à « cause de la chaleur intense et de la fumée, qui l’environnait de toutes parts. Alors, le « propriétaire, Paul Tjyeng, catéchiste, prit une bouteille remplie d’eau bénite et en aspergea « toute la maison ; puis, il se sauva pour éviter d’être lui-même enveloppé par les flammes. O « prodige ! les flammes se séparèrent, environnant le magasin, sans l’endommager. Les « maisons voisines furent consumées. Le drapeau lui-même, adapté à un long bambou, à côté « de la maison, fut brûlé ; mais la maison resta intacte au milieu du brasier. J’ai constaté de « mes propres yeux que les murs du magasin, crépis à la chaux, ne furent pas même noircis « par la fumée. Aujourd’hui encore, après deux mois, on peut le voir se dresser seul au milieu « de 75 maisons réduites en cendres. »

Inondations dans le Tchyoung-tchyeng-to. — Mgr Mutel a visité cette année la région de Tchyoung-tchyeng-to, cruellement « éprouvée par une inondation causée par une trombe, qui s’est abattue dans la nuit du 31 août au 1er septembre. De mémoire d’homme, on n’avait rien vu de pareil. Des villages entiers ont été emportés par les eaux. D’autres ont été en partie écrasés par des éboulements de montagnes. Trois mois après, le spectacle était encore lamentable. De riches vallées couvertes de rizières et de champs, il ne reste plus rien, pas un pouce de terre labourable. Tout a été emporté ou recouvert d’une épaisse couche de sable et de pierres. Non seulement la récolte a été engloutie, mais l’espoir même de l’avenir est compromis. Il faut quitter ces parages ravagés, pour aller chercher fortune ailleurs. Les chrétiens n’ont pas été épargnés. Plusieurs sont morts, et les familles ruinées se comptent par centaines. »

Attachement des fidèles à leur évêque : leur respect pour l’autorité. — Au milieu de ces ruines et de ces calamités publiques, Mgr de Milo a rencontré des consolations bien douces au cœur d’un évêque. Ces pauvres chrétiens, si durement éprouvés par le fléau, lui ont fait partout l’accueil le plus respectueux et le plus touchant. Ils semblaient oublier leur misère du moment, pour se livrer à la joie spirituelle que leur causait la présence de leur Père, et se préparer dignement à la réception des sacrements.
Le nombre toujours grandissant des chrétientés ne permettait pas à l’évêque de se rendre dans tous les postes. Les fidèles ont fait de longs voyages pour se transporter dans les stations visitées, où ils accouraient sur le passage de leur premier pasteur, pour recevoir sa bénédiction et contempler les traits de celui qui leur représentait l’autorité de Dieu sur la terre. M. Bouillon cite le cas de deux chrétiennes, de la petite localité de Man-ouel-moun, qui s’étaient rendues, de grand matin et bien loin, sur la route que Sa Grandeur devait suivre. Elles stationnèrent là plusieurs heures. Désespérées et transies de froid, elles revinrent chez elles, les larmes aux yeux, épuisées de fatigue, et croyant être arrivées trop tard pour saluer leur évêque. Quand, quelques jours après, elles surent qu’il était passé un quart d’heure après elles, à l’endroit même où elles l’avaient attendu, elles ne pouvaient se consoler.
« Ce respect de la hiérarchie, écrit Mgr de Milo, gage de la voie du salut, est, grâce à Dieu, en honneur chez nos chrétiens : Plaise au ciel que l’esprit diabolique du protestantisme, esprit entièrement opposé au principe d’autorité, ne souffle jamais parmi eux ! »

Efforts des protestants en Corée. — Les protestants, quand ils n’ont plus eu de danger à courir en Corée, y sont accourus de l’Europe et de l’Amérique. Les missionnaires catholiques trouvent en eux des ennemis qui aiment à marcher sur leurs brisées, plus acharnés à corrompre les fidèles qu’à convertir les païens. « La lutte contre ces adversaires est très vive, surtout dans la région du nord et du nord-ouest, où ils déploient un zèle digne d’une meilleure cause. Ils ont de très grandes ressources, venues de l’Angleterre et de l’Amérique. Ils peuvent ainsi fonder partout hôpitaux et écoles, qui leur attirent une large clientèle. » Malgré tout, les catholiques se défendent vaillamment partout, et ils gardent leurs positions.

Baptêmes « in articulo mortis ». — Les baptêmes in articulo mortis se multiplient chaque année, à mesure que la doctrine chrétienne est plus connue dans le pays. Combien d’âmes sont touchées par la grâce et lui résistent, arrêtées par des obstacles de tout genre. Mais, quand le moment de la mort est venu, elles se rappellent ce souffle divin et subissent sa mystérieuse influence. M. Gombert rapporte un fait qui nous montre, une fois de plus, comment la miséricordieuse bonté de Dieu arrive à ses fins :
« Une bonne chrétienne, nommée Marthe, s’était rendue au faubourg de la ville de An-« lyeng. Elle remontait la pente douce, bordée de gigantesques peupliers, qui conduit au « faubourg, lorsque, tout à coup, elle recule, épouvantée. Dans le fossé, auprès d’un gros « arbre, une jeune femme, moitié nue, était étendue sans mouvement. La chrétienne s’imagina « que c’était une pestiférée morte, ou en train de mourir, et, effrayée, elle passa outre. Au « village, où elle s’informa, on lui dit que cette femme était une mendiante, attaquée d’une « maladie interne et incurable. Elle dégageait une odeur épouvantable, et personne ne voulait « la recevoir.
« A son retour, Marthe me raconta son aventure. Je lui reprochai son manque de courage et « lui rappelai les paroles de l’Évangile : « Ce que vous avez fait au moindre de mes frères, « c’est à moi que vous l’avez fait... » Ces quelques paroles ravivèrent sa foi, et, honteuse « d’elle-même, elle s’offrit à soigner la malade, si je l’envoyais la recueillir.
« Je fis partir aussitôt deux hommes pour la chercher. Ils la trouvèrent couchée au pied de « l’arbre, dormant, avec un énorme serpent enroulé sur sa poitrine. Ils voulaient tuer le « serpent. Mais la malade les arrêta. «Pourquoi le tuer, dit-elle, il est inoffensif. Il me tient « compagnie depuis plusieurs jours. » Ils lui demandèrent alors si elle voulait qu’on « l’emportât ; l’européen de la ville les avait envoyés pour la recueillir. « Oh ! dit-elle, vous « voulez dire le Père spirituel. Qu’il est bon d’avoir pitié d’une malheureuse comme moi ! J’ai « peur de mourir toute seule ici . » Les envoyés se procurèrent un brancard et l’apportèrent. Ils « rentrèrent vers minuit.
« Le lendemain, on lava les habits de la malade, et on la nettoya des pieds à la tête. Quand « je pus la voir, elle me raconta son histoire. Originaire du Kyeng-syang-to, elle se nomme « Youn, et est âgée de vingt-huit ans. Ayant perdu sa mère de bonne heure, elle fut élevée par « un père brutal, qui fut bien plus prodigue envers elle de coups de verges que de caresses. « Dans son village, il y avait quelques familles chrétiennes, qui pratiquaient en secret leur « religion. Attirée par leur bonté, elle se mit à les fréquenter ; puis apprit les prières. Elle « commençait à étudier le catéchisme, quand son père fut mis au courant de ces relations. Il la « battit cruellement et lui fit défense de mettre désormais les pieds chez les chrétiens. Peu de « temps après, quoique très jeune encore, il la donna en mariage : et depuis lors elle vécut « complètement séparée des fidèles.
« Cette pauvre femme, restée veuve à vingt ans, continua à habiter chez ses beaux-parents, « fabriquant des serre-tête pour vivre. Mais, bientôt, une maladie interne se déclara. Mal ou, « plutôt, pas soignée du tout dès le début, sa maladie s’aggrava et devint inguérissable. Enfin, « après trois ans de souffrances, n’y tenant plus, elle était partie à la recherche d’un médecin « qui pût la soulager.
« Je lui demandai pourquoi elle était venue de si loin à la ville, et si elle y connaissait « quelqu’un. Elle me répondit négativement, mais qu’une voix intérieure lui disait chaque fois « qu’elle avait voulu s’arrêter quelque part, de venir ici, qu’elle y trouverait la vie.
« Elle ne cherchait que la vie du corps, mais la bonne Vierge lui procura bien davantage. « Elle lui donna la vie de l’âme. Elle connaissait encore le Pater et l’Ave Maria. Quant au « reste, elle l’avait oublié. Son instruction toutefois fut facile à compléter.
« On essaya de quelques remèdes, et la malade se prit à espérer. La confiance ne fut pas « longue. La mort approchait. Quand on lui proposa le baptême, elle s’écria : « Oui, de tout « cœur, pour que je puisse aller au ciel ; mais, il faut que ce soit le Père qui me le donne. » « Elle voulut se faire asseoir, et puis s’adressant à moi, elle me dit : « J’ai beaucoup de péchés « sur la conscience. Il faut que vous me les remettiez. Je m’en vais vous dire tout ce qui me « gêne... » Je lui expliquai comment le baptême remet tous les péchés, pourvu qu’il y ait « repentir, et elle fut baptisée. C’était le 2 août. Marthe voulut être sa marraine. La pauvre « malade mourut deux jours après. Les chrétiens se chargèrent des frais de ses funérailles.
« Les païens admirèrent beaucoup la conduite des fidèles dans cette circonstance ; et, ce printemps, une femme vint me demander de baptiser son petit-fils, idiot de naissance, et de l’aider pour les funérailles lorsqu’il mourrait. Encore une âme, qui n’a pas coûté cher à sauver. »

Constructions de chapelles. — Cette année, la mission a vu s’élever plusieurs chapelles. Celle que M. Peynet a bâtie dans sa résidence mérite le nom d’église, car elle peut contenir 800 personnes. Les PP. Alexis Kim, à Kim-tjyen, et Marc Kang, à Mi-ri-nai, ont aussi construit des chapelles vastes et belles. D’autres ont été restaurées et notablement agrandies. C’est donc partout le progrès et le développement, qui s’étendraient encore davantage, s’il y avait plus de ressources pour répondre à tous les appels, et à tous les besoins qui se font sentir dans les districts.

Le développement des écoles. — De nouvelles écoles ont été ouvertes à Chinampo et à Ouen-san. Plusieurs missionnaires, entre autres MM. Oudot et Bouyssou, ont fait des souscriptions parmi les chrétiens, pour fonder des écoles nouveau modèle. Ils ont eu un grand succès. Les fidèles en ont compris l’importance. La première difficulté qui se présente pour la mise à exécution immédiate, est dans le recrutement des maîtres. Il y en a très peu qui aient la formation requise pour remplir leur tâche d’une manière satisfaisante.
« La nécessité d’une école normale se fait sentir très vivement, pour donner à des hommes de choix, l’instruction et l’éducation fondamentales, dont ils auraient besoin pour enseigner et diriger les enfants. Mgr Mutel a fait les premières démarches, pour engager les Frères Marianistes, qui ont de si beaux succès au Japon, à fonder un établissement en Corée. Le défaut de sujets ne permet pas, pour le moment, à ces excellents religieux de répondre à une invitation si pressante. Que Dieu leur envoie de nombreuses vocations, et ils étendront leur action si salutaire dans tout l’Extrême-Orient.

Séminaire. Sainte-Enfance. Journal. — Le séminaire établi à Ryong-san est toujours prospère et donne toute satisfaction. Il compte 31 élèves, dont 9 théologiens et 22 latinistes. Trois diacres se préparent au sacerdoce, pour l’an prochain.
L’œuvre de la Sainte-Enfance est chargée de 379 enfants, placés dans des familles chrétiennes, et de 289 orphelins, confiés aux religieuses de Saint-Paul de Chartres, dans les deux établissements de Séoul et de Chemulpo. Les Sœurs dirigent aussi, dans ces mêmes villes, de florissantes écoles paroissiales de filles.
« Je signale, pour finir ce compte rendu, écrit Mgr Mutel, la fondation, par la mission, d’un journal hebdomadaire, qui entre, ces jours-ci, dans sa deuxième année. Il compte actuellement 4.200 abonnés, la plupart chrétiens ; mais nombre de païens commencent à nous venir, attirés, les uns par les articles de jurisprudence, les autres par l’histoire de l’Église de Corée, qui paraît les intéresser autant que nos chrétiens eux-mêmes. Avec la seconde année, vient aussi une augmentation de format, ce qui indique un progrès. Pour le fond et la forme, ce journal fait certainement bonne figure parmi ses pareils, et il les dépasse tous par le chiffre de son tirage. »



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