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Rapport annuel des évêques

Année: 1908
Pays: Corée du Sud
Mission: Corée
Rédacteur:Mgr Doucet

CHAPITRE II
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GROUPE DES MISSIONS DE CORÉE
ET DE MANDCHOURIE

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I. ― Corée

Population catholique 68.016
Baptêmes d’adultes 4.655
Baptêmes d’enfants de païens 1.959
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« Les temps semblent redevenus meilleurs. Le calme se fait autour de nous. Combien il était désiré, après les terribles hiver et printemps des années 1907-1908, si funestes pour la pauvre Corée ! écrit M. Doucet. Depuis la fameuse invasion japonaise de la fin du seizième siècle, elle n’a pas eu, je crois, à déplorer autant de malheurs, à pleurer autant de victimes de la faim et de la misère, ou tombées sous les balles des soldats de la justice ou du Mikado. »
Quand le vieil empereur, aimé de son peuple, eut donné sa démission arrachée à sa faiblesse, les soldats furent renvoyés avec solde dans leurs foyers. On employa le fusil et le canon pour convaicre les plus récalcitrants. Le Coréen ouvrit alors les yeux. Il le comprit : c’en était fait de son royaume.
Des bandes de volontaires s’organisent de toutes parts sous le prétexte de défendre la liberté de leur patrie. Dans le principe, elles ont de bonnes intentions. Mais bientôt, elles ouvrent leurs rangs aux voleurs, aux gens sans aveu, sortis des bas-fonds de la société. Elles sont transformées en compagnies des brigands plus redoutables au peuple, pour leurs exactions et leurs violences, que le soldat japonais.
« A l’approche de l’hiver, on espère les voir se dissoudre d’elles-mêmes ou se soumettre, et l’ordre se rétablir. Hélas ! bientôt, il faut renoncer à cette illusion. Grossies sans cesse par de nouvelles recrues, ces bandes continuent leurs déprédations, et s’attaquent parfois même aux soldats japonais. Certains faits d’armes le prouvent : si elles avaient été mieux armées et soumises à une direction plus forte, elles auraient pu leur faire essuyer des revers sérieux.
« Pendant ce temps, des mandarins sont tués, d’autres s’enfuient. Le peuple est pressuré. Des villages et même des villes sont incendiés par l’un ou l’autre parti, sous prétexte de sympathie ou de secours donné à l’ennemi. Et combien de pauvres innocents payent de leur tête une rancune, une vengeance personnelle, un simple soupçon porté contre eux !
« A cette anarchie s’ajoute une autre plaie. Les progressistes (parti japonais) sont considérés comme les ennemis de la patrie et cause indirecte de tous ces malheurs. Ils deviennent le point de mire des soldats de la justice. Comme ils ont les cheveux coupés, ils sont facilement reconnus, et pourchassés. Beaucoup tombent sous les coups vengeurs de leurs compatriotes.
« Pour sortir de cette impasse : ou porter les cheveux longs, ou encourir les foudres de leurs ennemis, ils ont recours à un stratagème. Soutenus par les autorités japonaises, ils forment une nouvelle association dite « de la défense personnelle » . L’affiliation en est déclarée libre. De fait, tout le monde doit se faire inscrire et porter les cheveux courts. Aussi, surtout dans les provinces éloignées, on emploie la force et la violence pour contraindre les gens à s’y affilier. Sur leur refus, les gens du peuple sont maltraités, battus et parfois jetés en prison. Le gendarme japonais, par sa seule présence, prête son concours aux progressistes dans cette œuvre de violence. Cependant le peuple en général résiste et conserve sa chevelure. D’un autre côté, les soldats de la justice, incapables de tenir plus longtemps contre les renforts venus du Japon, se débandent, et l’association, n’ayant plus sa première raison d’être, tombe elle-même peu à peu dans l’oubli. »
Durant ces temps de trouble, les missionnaires étaient à leur poste et ils priaient. Quelle souffrance pour eux d’être témoins, sans pouvoir en aucune façon y porter remède, de ces tristes événements ! Malgré les dangers semés sous leurs pas, ils ont fait l’administration de leurs districts, et, à part quelques rares circonstances, elle a pu s’achever partout sans trop de difficultés. Ces visites ont fait connaître les cruelles épreuves auxquelles les chrétiens furent soumis, et les missionnaires ont béni la divine Providence qui a veillé sur eux avec tant de sollicitude et les a arrachés à de si grands et si nombreux périls.
Voilà la Corée voguant vers le progrès avec les Japonais au gouvernail. S’il suffisait de prendre un pantalon et de se couvrir les épaules d’une veste pour être civilisé, les Coréens auraient d’excellents pilotes. Mais comme la vraie civilisation est dans la pratique des vertus morales, les maîtres n’ont pas encore grand’chose à apprendre à leurs élèves.
« L’horizon, à vrai dire, se montre avec des points noirs, et il est permis de se demander s’il n’y aura pas un arrêt dans la marche en avant que nous avons prise jusqu’ici chaque année. Mais Dieu peut tirer le bien du mal, et c’est en nous tenant toujours pressés dans ses bras, que nous continuons notre route sans nous soucier trop de l’avenir.
« Le dernier exercice accuse 4.655 baptêmes d’adultes, dont 764 in articulo mortis, 1.959 baptêmes d’enfants de païens moribonds, 42.289 confessions annuelles, 38.744 communions pascales, 100.773 confessions répétées, 116.032 communions de dévotion avec une population de 68.016 chrétiens. »
Ces chiffres sont éloquents en eux-mêmes. Ils sont une douce consolation pour le missionnaire, et, dès ici-bas, une récompense pour son travail.
M. Bret, chargé du Kan-to, a eu une large part dans ces joies. Ses chrétientés sont florissantes dans le présent, et lui donnent de grandes espérances pour l’avenir. Il a récolté 265 baptêmes d’adultes. Des contretemps fâcheux ne lui ont pas permis la visite de quelques groupes de chrétiens. Pris d’un refroidissement à la suite de ses courses, il dut s’aliter. La fièvre typhoïde, puis la bronchite, la pleurésie l’assaillirent, et, malgré les soins assidus d’un docteur japonais, la convalescence fut lente 1 .
Depuis l’arrivée des Japonais en Corée, les lois nouvelles se multiplient chaque jour : néanmoins « les dénis de justice et les exactions des mandarins envers le peuple ne diminuent pas ». C’est ce dont se plaint M. Tournier dans son compte rendu, puis il ajoute, au sujet d’un long voyage à travers le Yeng-tong : « Malgré toutes les précautions recommandées par la « prudence, j’ai couru les plus grands dangers. J’ai vu cent fusils tournés contre moi et chaque « pas de ce voyage de trois mois pouvait être le dernier , puisque chaque accident de terrain , « chaque buisson , chaque rocher , chaque digue de rizière pouvait abriter quelques soldats de « la justice qui auraient été tout heureux d’abattre un Japonais . Ils m’eussent considéré « comme tel ; il n’y a pas de doute. »

1. Un télégramme du 25 octobre nous apportait la nouvelle de la mort de ce missionnaire si méritant.


« A I-tchyen, à Hpyeng-kang et dans les environs, pays de montages, où MM. Bouyssou et Rouquette déploient leur zèle et leur activité, il y a un bon mouvement en faveur de notre sainte religion … Les progressistes sont nombreux dans ces parages. Aussi l’hiver et le printemps derniers, le pauvre peuple eut à subir bien des vexations, et les chrétiens en particulier, quoiqu’ils eussent refusé de s’affilier à l’association de la « défense personnelle », et de payer des taxes illégales. Les chrétiens de M. Rouquette ont fondé dans le district de Hpyeng-kang deux écoles, genre moderne, mais les soldats de la justice ayant su que, dans l’une d’elles, le maître d’école enseignait le japonais, se sont saisis des livres et ont menacé d’incendier la maison elle-même, s’il continuait. Le maître d’école, effrayé, s’est enfui.
« Hpyieng-yang est le boulevard du protestantisme américain dans cette partie du nord de la Corée. Les pasteurs et doctoresses s’y comptent par dizaines. Maisons confortables, temples, hôpitaux, grandes et petites écoles, ils ont tout ce qu’il leur faut pour attirer la foule et propager l’erreur. Les ressources dont ils disposent leur permettent de déployer une grande activité jusqu’aux frontières de la Chine, et dans le Hoang-hai-to. Sans pouvoir marcher de pair avec eux, M. Le Merre ne se tient pas pour battu. Lui aussi possède en ville une belle chrétienté. Elle est sa joie et son bonheur. Il oppose aux protestants une école de garçons, fréquentée par 120 élèves, et une autre de filles également prospère.
M. Lereide écrit au sujet de son école de Chin-nampo : « Mon école marche presque d’une « manière admirable. Je mets une restriction à mon admiration, car nos professeurs, pleins de « zèle , manquent un peu de formation . D’un autre côté , la méthode d’enseignement adoptée « par nos Coréens laisse beaucoup à désirer. Dans les programmes , les exercices corporels y « ont la plus grande part . Nous devons ce système aux protestants . Ces messieurs ont cru « trouver là un excellent moyen d’attirer à eux les enfants et les parents. Ils ont littéralement « battu la grosse caisse , sonné de la trompette , et les curieux sont allés en grand nombre « contempler les petits régiments protestants et leurs jeunes acrobates tournant à merveille « autour d’une barre fixe . Les premiers essais ont été fructueux . Les écoles protestantes, au « nombre de quatre , ont regorgé de nouvelles recrues , tandis que la nôtre restait humblement « avec ses 30 élèves . Mais le jour est venu où l’école catholique aussi a eu son clairon et sa « barre fixe , et alors soit sympathie et confiance de la part des païens , soit pour tout autre « motif , elle est devenue trop étroite pour ses 70 élèves , tandis que les écoles protestantes se « sont trouvées presque vides. »
Les chrétiens de Chin-nampo viennent de se construire, sous la direction de M. Lereide, une charmante église, dont la bénédiction doit se faire sous peu par M. Le Merre, fondateur du poste. Une chose à remarquer dans ces régions, c’est l’ardeur et l’élan des populations pour fonder des écoles, pendant que, dans le sud de la Corée, on semble se plaire dans la vieille ornière. Les chrétiens ne sont pas en retard sur les païens pour ce zèle à s’instruire. Dans le district de M. Le Merre, ils ont sept écoles fréquentées par 240 élèves ; M. Meng en a cinq, fondées depuis l’automne dernier.
« Il y a quelque temps, plus de deux cents jeunes gens de la seule province du Hoang-hai-to sont arrivés à Séoul pour suivre les cours supérieurs dans les écoles du gouvernement. Sur ce nombre se trouvent 15 à 20 chrétiens. M. Villemot vient de leur préparer, à côté de l’évêché, une grande salle où, les jours libres et chaque dimanche, ils se réunissent pour se reposer, se récréer ensemble et pour avoir toute la facilité d’assister aux offices. »
Voici un fait d’un autre genre qui prouve le prestige conservé par les missionnaires auprès des autorités, malgré la persécution et la cabale des protestants : « Les soldats de la justice, nombreux dans ces parages, poursuivaient le cours de leurs déprédations. Refoulés d’un côté, ils reparaissaient sur un autre. Impossible de les réduire. Bien souvent le soldat japonais payait de sa vie son zèle à les poursuivre. Cependant, beaucoup de ces jeunes gens, enrôlés par force, pensaient à rentrer au foyer, mais ils redoutaient les suites. Le capitaine de la garnison de Tjai-ryeng, ayant eu connaissance de cet état d’esprit, un beau jour s’en va trouver M. Wilhelm pour le prier de vouloir bien lui prêter sa bienveillante intervention, l’assurant que, sur un simple billet de sa part ou d’un autre missionnaire, tous ceux qui se présenteraient seraient graciés et renvoyés dans leurs familles. Par ce moyen, un grand nombres de ces hommes ont pu rentrer chez eux. La résidence générale, ayant eu connaissance de ce fait, fit parvenir à M. Wilhelm, par l’intermédiaire du Consul de France, une lettre de reconnaissance et de remerciements. »
« A Ouen-tjyou et dans les environs, districts de MM. Chizallet et Poyaud, il y eut de graves désordres à la suite des perquisitions des soldats japonais pour découvrir les partisans de la révolte. Les rencontres entre les uns et les autres y avaient été fréquentes. La répression fut plus sévère. Un instant, l’affolement et la terreur du peuple parvinrent à leur comble. Les chrétiens ne furent pas épargnés. Leurs chapelets, images et croix leur été ont arrachés et mis en pièces. Les exécutions se succédaient et l’incendie faisait son œuvre.
« Le district de M. Chizallet, d’une trop grande étendue, vient d’être divisé. M. Jaugey a hérité de la partie nord et de quelques chrétientés de M. Rouvelet. Il aura ainsi une population de près de mille âmes confiées à son zèle.
« A Tjyang-ho-ouen, M. Bouillon offre des actions de grâces à Notre-Dame du Rosaire, patronne de son église, pour la ferveur qu’elle entretient dans cette chrétienté, les nombreuses conversions de païens et surtout pour la protection spéciale dont elle l’a favorisé lors des deux rencontres des Japonais et des soldats de la justice, dans ce village même . »
La population de Syong-to est corrompue et âpre au gain. De plus, les protestants y font au missionnaire une guerre acharnée par leur propagande active et leurs écoles. Aussi, M. Rouvelet se lamente de ne pouvoir y faire tout le bien qu’il désirerait. Cependant, il compte 200 chrétiens là où il en trouvait à peine 20 ou 25, à la prise de possession de ce poste.
La province de Tchyoung-tchyeng a relativement moins souffert des troubles de l’année dernière. Plusieurs chrétientés n’ont vu ni les soldats de la justice, ni les Japonais. Aussi il s’y accuse un consolant mouvement de conversions.
M. Devise a glané 61 baptêmes dans son petit district d’A-san. Plusieurs villages, grâce à une école, fréquentée déjà par 40 élèves, se sont ébranlés et étudient notre sainte religion. Le missionnaire espère voir son influence grandir auprès des païens et l’esprit des populations se tourner vers la foi chrétienne.
M. Krempf, surchargé de travail, a partagé son district avec M. Polly et lui a donné les belles chrétientés de l’ouest de la presqu’île Hai-mi et Sye-san, avec le nouveau poste de Kyel-syeng où 40 catéchumènes s’instruisent. La partie conservée par M. Krempf, appelée Nai-hpo, a vu la persécution de 1866 dans toute son horreur. Aussi reste-t-il toujours dans la population quelque chose de la haine invétérée du nom chrétien. Elle est d’ailleurs athée et toute terrestre. Néanmoins, lors de l’inauguration de son école, dont les classes sont déjà suivies par 70 élèves, le missionnaire a eu la joie d’y voir une assistance de plusieurs milliers de spectateurs. Depuis ce temps, semble-t-il, la religion n’est plus bafouée comme autrefois. Les insanités répandues jadis sur le culte catholique et ses ministres sont démodées.
« A Mok-hpo, M. Deshayes nous montre la manière de procéder des protestants pour avoir des recrues, les perfides conseils auxquels ils ont recours pour attirer chez eux les catéchumènes indécis. Leur administration évangélique élève à ses frais un superbe lycée de 50.000 yen, agrandit les lieux de réunion et prodigue les aumônes aux indigents. Le missionnaire ne peut soutenir la concurrence ; il n’a même pas la somme nécessaire pour payer un maître d’école aux enfants chrétiens de la localité. Bien plus, le dimanche il en est réduit à céder sa chambre aux fidèles pour assister à la messe et au catéchisme. »
L’administration de ces diverses chrétientés, semées dans les îles, exige bien des voyages pénibles et non sans dangers. Mais le missionnaire rencontre aussi bien des consolations, témoin la conversion d’une vieille femme qui s’écriait en l’entendant parler de Dieu et du paradis : « Et moi aussi, à mon âge, ne puis-je pas commencer à travailler au salut de mon âme ? »
« M. Peynet nous instruit de la triste situation des chrétientés du sud de Tjyel-la-to. « Bien « que l’administration se soit faite dans les conditions ordinaires , l’année 1907-1908 a été la « plus tourmentée que nous ayons eue depuis 1894. Elle a été particulièrement mauvaise pour « les chrétiens des montagnes. La récolte a été très médiocre. Le tabac , principale culture de « nos fidèles , est à un prix dérisoire . A ces misères vient encore s’ajouter une autre calamité, « le soulèvement des soldats de la justice . Ces prétendus défenseurs de la patrie , recrutés « parmi les bas-fonds de la société, n’ont ni les moyens ni la volonté d’atteindre le but mis en « avant . Ils se livrent aux pires excès contre leurs compatriotes , coupables à leurs yeux de « jouir d’une certaine aisance , ou de ne pas vouloir les accompagner dans leurs expéditions. « Les quelques chrétiens capables de soutenir leurs voisins matériellement et moralement, ont « dû quitter leurs maisons et chercher fortune ailleurs. De ce fait, à part quelques chrétientés, « le district est complètement bouleversé. »
« A Tjyen-tjyou, M. Baudounet présente à lui seul une belle gerbe de 119 baptêmes d’adultes. De ce nombre se trouve un catéchiste protestant, animé d’un grand zèle pour retirer de l’erreur ses anciens coreligionnaires. Ses prédications ont déjà produit des fruits. Il y a plusieurs catéchumènes dans quatre ou cinq villages où , jusqu’ici , il ne se trouvait pas un seul adorateur.
« Au sujet de M. Baudounet et du P. Étienne Kim, prêtre coréen, on eut à déplorer deux faits très regrettables de la part des soldats japonais. » Ceux du poste de Tjin-an ont frappé brutalement M. Baudounet qui s’était interposé en faveur de trois chrétiens, jetés en prison pour refus de s’affilier à l’association de la défense personnelle. La Résidence générale exprima, il est vrai, ses regrets et ses condoléances au missionnaire, mais elle déclara en même temps ne pas pouvoir reconnaître les coupables.
« Le P. Kim avait laissé les chrétiens déposer à sa résidence quelques vieux fusils à mèche pour ne pas être obligés de les livrer aux soldats de la justice, et par ce fait il encourut la colère des Japonais. Il fut mis en prison au milieu des voleurs, malgré les explications données au chef du poste, malgré une lettre écrite au général lui-même, qui est restée sans réponse. »
Dans le Kyeng-sang-to, à Taikou, M. Robert enregistre 163 baptêmes d’adultes. Dans ce nombre sont comprises trois abjurations de protestants. C’est la première fois que notre confrère arrive à ce beau résultat . « Les protestants , dit-il , sont en baisse à Taikou , et un « revirement vers notre sainte religion semble se produire . Beaucoup de nos Coréens le « reconnaissent actuellement : – « Le protestantisme est un bluff, un gagne-pain quelconque»
MM. Mousset et Saucet font la même constatation et ils ajoutent : « Les adeptes inscrits « sur le registre du pasteur peuvent être nombreux , mais les vrais croyants sont rares , et , au « fond , il ne faut qu’un changement de fortune , un rien pour les faire retourner à leurs « superstitions . »
« Comme nous l’avons dit, au milieu de l’effervescence générale, produite par les rencontres fréquentes des Japonais et des soldats de la justice, la visite des chrétiens pouvait être un vrai danger pour les confrères.
Voici une de ces périlleuses aventures arrivée à M. Saucet. Il la raconte lui-même. « Le 25 « novembre, je quittais la chrétienté de Syo-sang-kol pour aller à Tyang-tja-tong, à 70 lis plus « loin. A peine ai-je fait 300 mètres, que j’aperçois mes bagages abandonnés sur la route et les « porteurs rebrousser chemin . Ils viennent d’être arrêtés par une bande de voleurs , armés de « fusils , de revolvers et de sabres , qui se sont enfuis à mon approche . Je fais reprendre les « paquets pour continuer ma route . Mais les voleurs, du sommet d’une petite montagne, font « feu dans notre direction. Mes gens , pris de peur, abandonnent les bagages, et courent vers le « village le plus proche. Les brigands reviennent sur nous. Malgré mon fusil, je ne puis songer « à soutenir la lutte contre des hommes munis d’armes à longue portée , et , à contre-cœur, je « suis mes chrétiens . Les voleurs nous poursuivent . Les balles sifflent autour de moi . Je « m’abandonne entre les mains de Dieu , implore le secours de Marie et de nos saints « martyrs dont nous célébrions la fête la veille même . Deux balles me rasent la tête , « une autre m’atteint dans le dos. Les ennemis me réclamant mes armes, je les leur « abandonne. Aussitôt ils me fouillent, et comme ils ne trouvent que trois ou quatre « cartouches, ils me laissent aller en paix. »
« Cette bande se composait de huit hommes. Heureusement, ma blessure ne fut pas grave. « J’ai pu continuer mon administration. Trois semaines après, j’étais guéri.
« Pour nous recueillir et nous faire porter notre pensée ailleurs, M. Julien nous raconte un fait édifiant. »
« Un jeune homme de vingt-huit ans , appelé Tjyeng François , était lépreux depuis « plusieurs années . Il fut baptisé en 1903 . Depuis ce temps , il pratiqua avec une grande « ferveur et gagna à la vraie foi sa mère et sa sœur. Il les intruisit lui-même. L’année dernière « je lui donnai l’Extrême-Onction et le saint Viatique . Tout son corps n’était alors qu’une « plaie . A la 5e lune , se trouvant plus mal , il invita son frère aîné à lui amener le catéchiste « afin de lui lire les prières de la recommandation de l’âme. Quand ce dernier eut fini , le « lépreux se renversa . Il était mort . Mais , chose étonnante ! lorsqu’on voulut le déshabiller « pour le revêtir d’habits convenables , on s’aperçut que les plaies produites par la lèpre « avaient disparu . Elles s’étaient cicatrisées d’elles-mêmes . Plusieurs chrétiens présents ont « constaté le fait, et y ont vu une preuve de la sainteté de ce pauvre lépreux que Dieu a voulu « manifester dès ce monde. »
A So-tchon, résidence de M. Julien, l’ancienne chapelle était devenue trop étroite pour contenir les chrétiens de ce bourg et des villages environnants, les jours de fête. Ce confrère a dû l’agrandir et il a eu la joie d’en faire la bénédiction le 29 septembre.
Les deux paroisses de Séoul, avec quelques chrétientés des environs, qui en dépendent, comptent cette année 453 baptêmes d’adultes, dont 110 in articulo mortis. Leur population chrétienne est de 4.638 âmes . Plus de cent de ces nouveaux baptisés ont été fournis par Ko-yang et Kim-hpo et un autre poste qui donnent beaucoup d’espérance. Une nouvelle station a été ouverte dans la ville de Yang-tchyen. Elle compte déjà plus de 20 néophytes.
« Nous nous demandons si, avec les idées nouvelles et le scepticisme s’infiltrant peu à peu dans les esprits, nous n’obtenons pas pour la dernière fois un pareil résultat.
« Le séminaire de Ryong-san donne toujours pleine satisfaction. Il compte en ce moment 61 élèves, dont 3 diacres qui auraient déjà été ordonnés prêtres sans l’absence de Mgr Mutel. La question inquiétante est celle de savoir comment la mission, avec si peu de ressources, pourra subvenir à l’entretien de tout ce personnel.
« En terminant ce compte rendu, nous ne saurions oublier les religieuses de Saint-Paul de Chartres et nous voulons les remercier des services qu’elles rendent à la mission.
« Les deux communautés de Séoul et de Chemulpo possèdent trois écoles de filles, fréquentées par plus de 150 élèves. Tout dernièrement, elles ont établi un internat à la maison mère de Séoul, où déjà se trouvent 17 pensionnaires. Les maisons comptent un personnel de 285 orphelins. Dans les dispensaires ont été soignés 2.686 malades, et les visites à domicile des deux Sœurs infirmières dépassent le chiffre de 642.
Daigne Marie-Immaculée bénir toutes ces œuvres, et continuer aux ouvriers apostoliques sa puissante protection, pour qu’ils étendent le plus possible le règne de son divin Fils.



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