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Rapport annuel des évêques

Année: 1909
Pays: Corée du Sud
Mission: Corée
Rédacteur:Mgr Mutel

CHAPITRE II
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GROUPE DES MISSIONS DE CORÉE
ET DE MANDCHOURIE

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I. ─ Corée

Population catholique 71.252
Baptêmes d’adultes 4. 580
Baptêmes d’enfants de païens 3.101
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« L’année apostolique qui se termine est, en tout, semblable à ses devancières, par les épreuves comme par les résultats. Il y a accroissement, à peu près normal, de la population catholique : de 68.016 nous arrivons à 71.252 : le nombre des districts passe de 50 â 52, celui des stations visitées de 922 à 994, celui des écoles de 112 à 135 et le nombre des élèves de 2.247 à 3.480 ; enfin nous comptons un missionnaire et trois prêtres indigènes de plus que l’an dernier.
« La rébellion n’a pas encore dit son dernier mot. Depuis longtemps, ce n’est plus qu’un brigandage déguisé, mais les populations n’en souffrent pas moins. A leur retour de la retraite, MM. Rouquette et Peynet ont trouvé leurs résidences pillées : ce dernier confrère a perdu tout son mobilier et même jusqu’à ses habits. En certains endroits, la répression impitoyable, qui englobe parfois les innocents avec les coupables, devient aussi funeste aux habitants paisibles que la rébellion elle-même. C’est le sud des Tjyen-la-to qui a été le plus éprouvé de ce chef : tout l’hiver dernier, M. Tourneux a vécu dans des alertes continuelles, passant des semaines entières sans oser quitter ses vêtements pour prendre son repos la nuit. Cet été, M. Cadars a eu affaire à des soldats malappris qui lui ont causé beaucoup d’ennuis. Je me hâte de dire que les autorités militaires saisies de ces faits y ont mis bon ordre.
«. Malgré ces difficultés, tous les districts ont été régulièrement visités, la plupart deux fois.
« Le Kan-to, qui s’est trouvé désemparé par la mort de sou apôtre, M. Bret, a pu être visité au printemps par M. Larribeau aidé d’un prêtre coréen. Voici l’impression que ce confrère en a rapportée : « Si la plupart des couversions ont eu pour point de départ des motifs un peu « humains, la grâce divine a bien transformé les âmes. Je n’ai qu’à me louer de la bonne « volonté et de l’esprit de foi de mes néophytes. » En y comprenant la région des Huit-Lacs à la limite des trois empires, on compte actuellement 2.362 baptisés dans cette province.
« Il devenait urgent de mettre là des missionnaires à demeure fixe ; Mgr Lalouyer, dont le Kan-to relève au point de vue spirituel, me le demandait et les chrétiens m’en suppliaient. C’est chose faite aujourd’hui. MM. Curlier et Larribeau sont allés, au printemps, s’établir au milieu de ce cher troupeau.
« Jusqu’ici, il restait une question de territorialité à trancher entre la Chine et la Corée. Après de longs débats, elle vient d’être résolue : le territoire est reconnu comme appartenant à la Chine, mais les colons coréens continueront à y résider et y seront traités avec la même bienveillance que les sujets chinois. Le Japon retire le poste d’observation établi depuis deux ans ; il se contente désormais d’envoyer des consuls qui auront la protection des personnes et des intérêts coréens.
« Une nouvelle station a été ouverte à 100 lys au nord de Ouen-san, dans la sous-préfecture de Ko-ouen : « Là, écrit M. Larribeau, l’avenir s’annonce bien. Il y a un brave homme qui « sème, Joseph Kim, le premier baptisé d’il y a six ans. C’est un homme droit, qui a compris « tout de suite le sens de la religion ; la bonne Providence l’a dirigé en le désabusant de la « secte du « Htyen-to » par les excès de ses tenants. Et maintenant il n’a plus qu’un désir, « celui de voir avant sa mort, ─ il a 65 ans, ─ la station chrétienne de Ko-ouen définitivement « fondée. Il a déjà groupé une dizaine de familles. J’ai visité ce poste, cette année, pour la « deuxième fois. »
Dans leurs comptes rendus, les missionnaires du Kang-oueu-to sont unanimes à se plaindre de la propagande prolestante. Jusqu’a ces dernières années, ces régions montagneuses avaient été à l’abri de leur atteinte ; aujourd’hui les prédicants indigènes se répandent partout, semant l’ivraie et souvent la calomnie sous leurs pas.
« J’en dirai autant du Kyeng-syang-to, où leur influence s’étend de jour en jour. Par leurs écoles surtout, ils nous font une concurrence que nous avons peine à contrebalancer, faute de ressources. Les missionnaires n’abandonnent pas la partie pour autant ; ils s’ingénient, malgré leur pauvreté, à créer des écoles catholiques. J’ai eu, en juin dernier, la joie d’en bénir une construite à Kim-tjyen par le P. Alexis Kim. A Tai-kou, outre l’école des garçons, on en a inauguré, cette année, une autre pour les filles déjà bien fréquentée. A Ma-san-hpo, M. Mousset a trouvé moyen de recueillir près de ses chrétiens, gens pauvres pour la plupart, de quoi fonder aussi une école. Le district de Fusan a vu deux nouvelles stations se former : M. Julien y remplace, depuis le printemps, M. Le Gendre appelé à Song-to Enfin à la Saint-Pierre, il m’a été donné de bénir une nouvelle cloche qu’un généreux donateur a offerte à M. Robert pour son église de Tai-kou.
« A l’île de Quelpaert, nous comptons 349 chrétiens. Si leur nombre augmente peu, cela tient à un certain travail d’élimination de la paille d’avec le bon grain M. Taquet a réussu à former, dans la montagne, une nouvelle station qui promet. A la ville principale, M. Lacroust vient de fonder une école de filles. Il a été aidé en cela par un païen bien disposé, riche et influent, qui, dégoûté des affaires politiques, s’est volontairement retiré dans cette île où il fait le bien à sa manière. C’est un gendre du précédent roi, ancien président du Conseil. Deux religieuses coréennes viennent de partir pour aller prendre la direction de cette école dont on se promet beaucoup de bien.
« Empêché par la maladie de visiter son district des îles, M. Deshayes a été remplacé par M. Tourneux, qui finalement lui a succédé, à Mok-hpo. M. Tourneux se plaint, lui aussi, de voir l’œuvre de Dieu entravée par la propagande active des protestants.
« Au centre de la province du Tjyen-la-to, dans la ville de Tjyen-tjyou, M. Baudonnet est en train de construire une église désirée depuis longtemps.
« Plus loin, M. Vermorel a élevé également une vaste et belle chapelle, déjà trop petite aux jours de fêtes ; car elle est le centre de chrétientés nombreuses et assez rapprochées les unes des autres. Le district compte 2.967 chrétiens et, chaque année, il s’accroît de quelques centaines de néophytes. Le missionnaire se demande s’il n’est pas trop sévère pour admettre au baptême les nouveaux convertis. Pour éviter les défections, il a pris pour règle de ne pas admettre en générale comme catéchumènes ceux qui vivent seuls au milieu des païens, ni ceux qui se présentent sans avoir, au moins, commencé à instruire leurs femmes, ni enfin les jeunes gens non mariés dont les parents sont encore païens. L’expérience a prouvé que ce sont là de sages précautions, mais il est certain aussi qu’on se montrerait parfois injuste en les observant trop strictement.
« M. Bermond cite le cas suivant d’une conversion extraordinaire : « Dans une famille de « catéchumènes dont tous les membres ont été baptisés depuis, le père, âgé de 60 ans, refusait « seul, malgré les instances du catéchiste, d’étudier les prières. Il tomba gravement malade. « Comme il semblait en danger de mort, on insista de nouveau pour qu’il reçût le baptême « avant de mourir, il refusa. Pendant la nuit, il eut un songe : il vit un beau vieillard qui lui « dit : « Pourquoi ne le fais-tu pas chrétien ? Si tu mourais chrétien, tu irais au ciel. » Le « mourant fit quelques questions au vieillard ; finalement, il lui demanda : « Mais, où est le « ciel ? ─ Prends ce bâton, dit le vieillard, et suis-moi. » Le mourant obéit et, tout à coup, il se « trouva dans un splendide champ de fleurs ; le vieillard avait disparu. A son réveil, le « mourant demanda le baptême. Devenu chrétien, il ne cessait d’invoquer la sainte Vierge et « de lui demander la santé. La bonne Mère l’a exaucé. »
« Au Tchyoung-tchyeng-to, dans le district de Hong-san, M. J. Gombert a bâti une chapelle en briques qui n’attend plus que la bénédiction. Il se désole que ses vieux chrétiens, qui sont si bons pour encadrer les nouvelles recrues et en faire d’excellents fidèles, manquent un peu de ce zèle d’apôtre qu’on trouve fréquemment chez les néophytes : « Ainsi, dit-il, à « Han-san, au village de Ko-tchyen, il y a un nouveau chrétien, Barnabé Kim, baptisé depuis « six ans, qui est animé d’un véritable esprit de prosélytisme. Il a converti toute sa famille, qui « compte une dizaine de personnes ; il a suscité la conversion de sept familles de son village, « et, cette année, il a commencé une petite école pour ne pas se laisser devancer par les « protestants. Dans le nord de mon district, il y a un grand village où trois familles étudient la « religion. Une catéchumène, entre autres, se fait remarquer par sa ferveur. De famille noble « et à l’aise, elle a commencé à apprendre seule dans sa maison. Son mari le lui a permis, « quoique, pour lui, il n’ait pas l’intention de se convertir. Un jour, elle tombe gravement « malade. On veut qu’elle fasse des superstitions, sans quoi, dit-on, elle va mourir. Elle refuse « avec constance, récitant intérieurement les prières qu’elle savait. Puis, ayant eu l’occasion « d’avertir les chrétiens, elle les prie de venir la voir et de lui lire des livres de prières, car, « seule, elle se sentait bien malheureuse. Les chrétiens allèrent désormais tous les jours la « veiller et la consoler jusqu’à son rétablissement. Je crois qu’elle sera prête avant l’automne « au baptême. »
« Dans le district de Kong-tjyou, écrit M. Curlier, le pays qui me donne le plus de « consolations est le coin de terre situé partie sur le territoire de Yen-ki, partie sur celui de « Tchyeng-tjyan. Là, le mouvement de conversions n’a pas cessé. Il est vrai que le brave « catéchiste Ryang Étienne n’épargne ni son temps, ni sa peine. Grâce à ses exhortations et au « bon exemple qu’il ne cesse de donner, plus de 50 personnes ont été régénérées dans les eaux « du baptême. Dans ce quartier, il y a neuf villages entamés et maintenant les femmes sont en « plein dans le mouvement.
« Cette année-ci j’ai eu la joie de voir revenir avec sa femme le vieux Tjyo Jean, de Ye-sa-« tong (Ou-yang). Tous les deux, âgés de 69 ans, sont des enfants de vieux chrétiens. En « 1864, ruinés par la persécution, ils quittèrent Séoul, et se réfugièrent en province où ils « abandonnèrent à peu près toute pratique religieuse. Pourtant leur foi restait assez vivace et, « de temps en temps, la voix du remords se faisait entendre ; mais le diable, le respect humain « et mille obstacles se dressaient devant eux pour les empêcher de revenir à Dieu. Ces deux « dernières années, ils avaient repris leurs exercices religieux d’autrefois, observation du « dimanche, prières du matin et du soir, chemin de la croix, etc., et même ils instruisirent « plusieurs païens de leur village qui furent baptisés avant qu’eux-mêmes n’eussent reçu les « sacrements. Quand venait l’époque de l’administration, ils faisaient prier le catéchiste de « Nam-kol de les avertir, mais, le moment arrivé, ils trouvaient toujours un prétexte pour ne « pas venir. Enfin, ne pouvant plus résister à la grâce qui le pressait, le vieux se présenta « l’automne dernier, mais seul. Après avoir reçu les sacrements, il me quitta tout joyeux, me « promettant d’amener sa femme au printemps. A cette date il revint encore seul. Je refusai « alors de le voir et lui fis dire qu’il ne serait pas admis aux sacrements avant de les avoir fait « recevoir à sa femme qui devait en avoir, au moins, autant besoin que lui. De suite il « l’envoya chercher : tous deux pleuraient de joie après s’être réconciliés avec la sainte « Église. »
« Au nord-est du Kang-ouen-to, M. Bouillon se félicite de voir la vie chrétienne se développer dans son troupeau. « J’ajouterai, dit-il, un détail, pour moi de grande importance. « Autrefois, c’était l’infime minorité qui savait lire, parmi les femmes surtout ; aujourd’hui la « plupart des hommes savent lire et si l’ignorance est encore grande parmi les femmes, il y a « pourtant réel progrès. » Le district, malgré la cession de plusieurs chrétientés à un missionnaire voisin, n’a pourtant pas diminué d’importance ; car de nouvelles recrues sont venues renforcer les rangs. Il y a dix ans la majorité des fidèles se composait de potiers, gens essentiellement nomades, aujourd’hui ce sont les cultivateurs qui dominent.
A l’ouest, l’ancien district, divisé en deux, porte les fruits qu’on peut généralement attendre, en Corée, de semblable mesure. Comme le fait remarquer M. Krempff, chacune des deux moitiés rapporte plus de baptêmes que la totalité avant la division. M. Polly a donc fondé un centre nouveau à Kyel-syeng, au milieu de populations de néophytes dont la persevérance eût été bien douteuse sans la présence à demeure du missionnaire. La tâche était d’autant plus délicate que, dans la région ; il n’y a pas d’anciens chrétiens et encore moins de catéchistes. M. Polly rend bon témoignage à ses paroissiens : « Ils se font remarquer, dit-il, « par la fidélité à l’assistance à la messe, et ils observent le repos du dimanche tout aussi bien, « sinon mieux, que les vieux chrétiens.
« J’ai encore à signaler le retour au bercail d’un assez grand nombre de tièdes, une « vingtaine environ. Parmi eux se trouvent deux vieilles chrétiennes de la persécution « auxquelles l’appellation de tièdes ne convient pas, car elles n’avaient pas cessé de pratiquer « la religion en secret, étant restées jusqu’à présent convaincues, ce qui est à peine croyable, « qu’il n’y avait plus, en Corée, ni missionnaires ni chrétiens. »
A Hong-syei-tji (A-sam), M. Devise a fondé une école qui compte 45 élèves et dont les bons résultats commencent à se faire sentir : les élèves païens y étudient la doctrine comme les autres.
« Dans le Kyeng-keui-to, la ville de An-syeng semble sortir de sa torpeur. Il y a quelques conversions ; de plus, aux alentours de la chapelle, les païens demandent généralement à faire baptiser leurs enfants en danger de mort. « Mais, écrit M. Gombert, ma plus belle chrétienté « est le village de Sou-pa-oui, à dix lys de la ville. Il y a dix ans, il n’y avait là qu’une maison « de chrétiens, et maintenant j’y compte 80 confessions annuelles. Le bon Dieu s’est servi « pour cela d’une vieille famille de chrétiens, nommée Kouen. Elles ne perdait jamais « l’occasion de parler de la religion et d’exhorter les braves païens du voisinage. Chose « remarquable, tous les domestiques païens qui entraient à son service se convertissaient. Il « faut bien reconnaître que le chef de famille ne craint pas sa peine. Dès qu’il y a un malade, « il va le voir, l’exhorte et le décide assez souvent à recevoir le baptême avant de mourir. « Alors il réunit les fidèles des alentours et préside l’enterrement. Si la famille est pauvre, il « quête quelques sous, de-ci de-là, pour couvrir les frais des funérailles. Cet acte de charité a « été plus d’une fois le point de départ de nouvelles conversions.
« Un des anciens domestiques de ce Kouen me racontait dernièrement un fait typique et « peu commun du respect qu’à 50 ans il professe encore pour les ordres de sa mère. Il lui « arrive parfois de boire un coup de trop ; mais il ne couche jamais dehors, il rentre toujours « pour saluer sa vieille mère. Alors, raffermissant sa démarche chancelante, il va faire son « salut de manière à n’être pas reconnu en état d’ivresse. Un jour cependant il fut pris ; la « vieille maman était dehors lorsqu’elle l’aperçut revenant au logis. Devenu expansif sous « l’effet de copieuses libations, il causait à la nature. Il s’arrêta à quelques pas de la maison et « reprit son aplomb ; mais, hélas ! il était trop tard. L’œil vigilant de sa mère l’avait pris en « flagrant délit. Ce mauvais exemple donné à la famille demandait une punition. Elle « commanda donc les verges et notre homme de les apporter. Après avoir reçu la correction « devant tous ses enfants, il remercia et rentra chez lui.
« Ces temps derniers, j’ai eu une heureuse surprise. Kim Barbe, âgée de 39 ans, la bru du « catéchiste Song, chez qui fut pris Mgr Daveluy, est venue me demander les sacrements. En « 1866, après la mort de ses parents, elle avait pris la fuite avec son mari, mort depuis vers « l’âge de 30 ans. Restée veuve et ayant perdu ses enfants, elle partit alors à la recherche de « ses proches qui habitaient à Mok-tcheyn : elle ne put les trouver et fut ravie par un certain « An, qui la retint de force pour femme. Elle vécut chez lui sans, jamais abandonner ses « prières, et baptisa même 16 enfants à l’article de la mort. Son second mari mourut au bout « de huit ans, et elle resta de nouveau seule, élevant ses trois enfants dans la religion « catholique, mais sans savoir que les Pères fussent rentrés en Corée. Les protestants vinrent « s’implanter dans les environs ; elle eut vite reconnu qu’ils ne possédaient pas la vérité et « refusa de les écouter.
« Enfin ayant entendu dire qu’il y avait un Père à An-syeng, elle voulut voir ce qu’il en « était et se mit en route. Après avoir reçu les sacrements, la pauvre vieille s’en retourna toute « joyeuse. »
« L’adjonction de plusieurs chrétientés détachées des districts voisins, et aussi de nouvelles conversions, ont porté à 2.313 le chiffre des fidèLes dont M. Le Gac a la charge. Son district est en majorité composé de fervents chrétiens. Les communions de dévotion dépassent 6.000. Chaque dimanche deux ou trois cents personnes, la plupart venues de trois, quatre et cinq kilomètres, se pressent dans la modeste chapelle de notre confrère. Beaucoup, qui veulent recevoir les sacrements, viennent à jeun et s’en retournent de même.
« A Chemulpo, écrit M. Deneux, la ferveur n’a pas diminué chez les Coréens et elle a « visiblement augmenté chez les Japonais. En dehors de la ville, plusieurs couversions ont été « obtenues dans les villages des districts de In-tchyen et de Pou-hpyeng. Ces villes ont aussi « donné quelques baptêmes et on peut espérer y faire l’admninistration dans un avenir « prochain. »
« En y comprenant 140 Japonais, la paroisse de Séoul intra muros compte 1.743 chrétiens. Celle de Séoul extra muros en a 1.749. M. Doucet, provicaire, qui est chargé de cette dernière, a aussi le soin de plusieurs stations des environs, ce qui lui fait un total dépassant 2.800 fidèles. Depuis le printemps, pour décharger quelque peu notre vénérable doyen, 700 chrétiens ont été confiés à un prêtre indigène ; la charge reste encore suffisamment lourde pour notre confrère.
« Parmi ces chrétientés de extérieur il est juste, écrit-il, que je fasse mention de la station « de Sou-kol (Koang-tjyou) ; elle ne date que d’un an à peine et déjà elle compte plus de 100 « baptêmes : toutes ces conversions sont l’œuvre d’un nommé Ni François, baptisé il y a cinq « ans. Il était catéchumène lors de la persécution de 1866 ; pendant la tourmente, il prit une « concubine et vécut dans le désordre ; cette femme étant morte, il put enfin être baptisé et « depuis lors il travaille à la conversion de ses parents et amis. »
Dans le Hoang-hai-to, M. Wilhelm signale, pour su part, la fondation de deux nouvelles stations. M. Oudot a réorganisé ses écoles et spécialement celle des filles qu’il a confiées à deux religieuses coréennes.
« Dans le Hpyeng-an-to, c’est aussi la question des écoles qui prime tout. M. Meng, qui en a 13 avec 435 élèves, trouve qu’elles lui donnent plus de soucis que de consolations. A la ville dc Hpyeng-yang, M. Le Merre est plus satisfait. Garçons et filles rivalisent de zèle pour l’instruction. Depuis deux mois il a fait appel au dévouement des religieuses coréennes et il se félicite déjà des résultats obtenus, au point de vue de l’éducation surtout et de la bonne tenue. Cette année, ce missionnaire s’est donné beaucoup de peine pour bâtir une église, qui a été inaugurée le 9 novembre. Par la même occasion j’ai béni aussi une cloche, don d’une famille française, et les locaux des deux écoles. Plusieurs missionnaires s’étaient réunis pour cette cérémonie qui a été une fête très bien réussie et très consolante.
« Dans cette revue générale, si j’ai fait, ici et là, mention des écoles, il s’en faut que j’aie tout dit. L’impression n’est pas la même partout : alors que les uns ne voient que les heureux résultats, d’autres sont plus frappés des difficultés qu’ils rencontrent pour les créer ou les maintenir. Suivant le mouvement général qui porte les populations à fonder des écoles nouveau modèle, nos chrétiens ont généralement fait d’assez belles collectes pour en créer de catholiques. Mais le beau zèle du commencement s’est refroidi et souvent les missionnaires ont à supporter eux-mêmes les lourdes charges de l’entretien. C’est une cause de graves soucis. Une autre vient de ce que, les maîtres étant difficiles à trouver, il a fallu employer, ici ou là, des instituteurs très médiocres, qu’ou devait néanmoins payer fort cher : on a même été obligé parfois de recourir à des païens et l’on comprend tout ce que doit souffrir une école catholique d’une pareille direction. L’instruction religieuse est négligée, et là où le missionnaire ne peut y suppléer par lui-même, ces écoles ne donnent, sous ce rapport, rien de bon.
« L’œuvre urgente par excellence est donc la formation de maîtres chrétiens. Nous n’y sommes pas encore arrivés, mais les fondements sont posés. Les Pères Bénédictins de Sainte-Odile de Bavière ont consenti a venir s’établir en Corée pour s’y occuper précisément de l’œuvre des écoles et spécialement de la formation des instituteurs chrétiens. Après des recherches longtemps infructueuses, ils ont réussi à acheter à Séoul, dans un quartier excentrique il est vrai, un vaste terrain bien situé. On achève actuellement l’aménagement d’une maison provisoire, bâtie cet automne ; elle recevra les religieux qui doivent venir sous peu rejoindre le P. Boniface, le prieur, arrivé ce printemps pour faire la fondation.
« Au commencement de l’année, le ministère de l’instruction publique a invité toutes les écoles, même privées, à demander au gouvernement la reconnaissance légale. Quelques conditions assez faciles à remplir étaient imposées ; on laisse d’ailleurs toute latitude aux écoles confessionnelles de donner l’instruction religieuse, il suffit qu’il ensoit fait mention au programme approuvé par le ministère. Pour la plupart de nos écoles nous avons demandé cette reconnaissance, qui nous a été accordée sans difficulté.
« Les écoles de filles, qui eussent été impossibles il y a seulement quelques années, sont aujourd’hui à la mode. Pour avoir des maîtresses à leur donner, nous avons fait appel aux Sœurs de Saint-Paul de Chartres, qui forment à cette fonction des religieuses coréennes de leur institut. Deux à deux, elles iront là où on les appellera pour tenir ces écoles, dont on se promet le plus grand bien. Nous avons commencé seulement cet automne à en envoyer en province : jusqu’à ce jour il n’y en avait que pour les seules vîlles de Séoul et de Chemulpo.
« Cette mesure va doubler le champ d’action charitable des Sœurs de Saint-Paul en Corée. Comme par le passé, elles ont, cette année encore, travaillé avec zèle à l’entretien et à l’éducation des orphelins. A Chemulpo, elles en ont 60, et à Séoul 192. Dans les deux maisons il y a aussi des dispensaires très appréciés, où 4.728 malades sont venus se faire soigner, sans compter 1.472 visites à domicile. Tous ces chiffres ne représentent, d’ailleurs, que le côté extérieur de la charité, son influence s’étend très loin. Outre les baptêmes d’enfants ou d’adultes procurés directement, il n’est point rare que des conversions inattendues aient pour point de départ un acte de charité dont on a été l’objet ou seulement le témoin chez les Sœurs.
« Notre séminaire de Ryong-san a diminué ; il est passé de 61 à 51 élèves. D’abord il nous a donné, cette année, trois prêtres qui sont déjà dans le ministère, et puis, comme nous n’avons de rentrée que tous les trois amis, il se produit, entre temps, des vides qui ne peuvent être comblés que plus tard. Au point de vue du travail et de la piété, ces séminaristes nous donnent toute satisfaction. L’an dernier, en notant l’abondance des nouvelles admissions, nous nous demandions comment nous pourrions bien subvenir à l’entretien d’une communauté si nombreuse. C’est en efret pour notre maigre budget, une charge énorme, mais que la grandeur du but justifie amplement aux yeux de tous. Le Dieu très bon, qui a vu notre embarras, a daigné inspirer à deux bienfaiteurs de France de faire des fondations de bourses perpétuelles. J’en ai reçu quatre cette année. Ce sont les premières : puissent-elles être suivies de beaucoup d’autres ! »
Mg , Mutel termine son compte rendu en donnant un tableau qui montre la répartition, par provinces, de la population catholique. Le voici :

Hoang-hai-to 6.393
Hpyeng-an-to 3.340
Ham-kyeng-to (Kan-to y compris) 3.074
Kang-ouen-to 6.472
Kyeng-syang-to 10.081
Ile de Quelpaert 349
Tjyen-la-to 13.697
Tchyoung-tchyeng-to 11.868
Kyeng-keni-to 15.978

TOTAL : 71.252


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