Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Rapport annuel des évêques

Année: 1910
Pays: Corée du Sud
Mission: Corée

CHAPITRE II
___



GROUPE DES MISSIONS DE CORÉE

ET DE MANDCHOURIE

~~~~~~~


I. ─ Corée


Population catholique 73.517
Baptêmes d’adultes 4.407
Baptêmes d’enfants de païens 3.432
___


Le sang des martyrs a toujours été une semence de chrétiens. L’Église de Corée, avec ses chiffres annuels de plusieurs milliers de baptêmes, apporte, elle aussi, son témoignage à la vérité de la parole de Tertullien. La moisson, semée dans les larmes, arrosée du sang généreux d’innombrables victimes, se présente riche et pleine de promesses et n’attend que des bras pour être récoltée en gerbes plus nombreuses. C’est ce qu’atteste, encore une fois, le compte rendu de Mgr Mutel.

*
* *

« Le protectorat du Japon sur la Corée, écrit Sa Grandeur, vient d’aboutir à l’annexion définitive du pays. On aurait pu craindre que cette mesure ne renouvelât la levée de boucliers qui s’était produite à chaque pas en avant du Japon. Dieu merci, rien de semblable ne s’est produit, et le changement s’est effectué avec un calme merveilleux. Des mesures de police strictes et minutieuses y ont certainement contribué ; mais il faut y voir aussi une résignation prudente. Tant qu’ils ont gardé quelque espoir de se déprendre de l’étreinte du Japon, les patriotes ont cherché à résister ; devant l’inévitable, ils se sont sagement inclinés.
« Pendant la transition, nombreux sont les Coréens qui ont cherché à s’établir par-delà la frontière ; c’est ainsi que le Kan-to a reçu, cette année, un nombre considérable d’émigrants. D’après M. Curlier, à l’heure actuelle, il doit compter, au moins, 100.000 Coréens. Sur ce nombre, nous avons environ 2.800 chrétiens et 700 catéchumènes sérieux. Cette année nous y a donné 300 baptêmes d’adultes, sans compter 22 conférés à l’article de la mort. Les stations chrétiennes elles-mêmes essaiment pour trouver des terrains de culture, et la Foi catholique se répand ainsi parmi les païens.
« Au-delà de la frontière, et en dehors du Kan-to proprement dit, les Coréens ont émigré aussi plus à l’Est, dans une langue de terre chinoise large de 30 et parfois seulement de 3 lys, resserrée entre la province maritime russe et le fleuve Tou-man. Voici ce qu’en écrit M. Larribeau : « Six petites chrétientés se baignent là-bas, en été, dans les eaux des huit lagunes, « ou, en hiver, sont réunies par leurs glaces. Que Dieu soit béni pour les grâces qu’il a « répandues sur ce petit troupeau ! Un bon nombre maintenant savourent le pain de vérité, qui « n’y goûtaient encore guère, au moment de leur baptême. La dévotion entre vite dans leurs « âmes, et M. Curlier qui, en novembre, les visita avec moi, en a trouvé plusieurs qu’on « pourrait prendre, dit-il, pour de vieux chrétiens de l’époque des persécutions. Il restera « toujours un bon noyau de chrétiens là-bas, même si le diable nous suscite des défections. La « chose n’est pas impossible ; il en demeure un certain nombre qui, ne trouvant pas dans la « Religion ce qu’ils y avaient cherché, n’ont pas encore le bonheur de comprendre et de « goûter ce qu’ils y ont trouvé. L’espérance d’un royaume terrestre n’a-t-elle pas trompé les « disciples mêmes de Jésus ?
« Un pauvre vieillard de 84 ans, Tchoi Maur, déchu d’une réputation d’autorité et de « suprématie qu’il eut, dit-on, au temps de sa pleine vie, avait compté reprendre son ancien « rang sous l’égide de la sainte Église. Il me vint dire à l’oreille que si, avant de mourir, il « pouvait s’entendre appeler d’un nom un peu glorieux, cela lui ferait passer un bon vent dans « le cœur. Que faire pour le détromper ? Pauvre vieillard ! J’y aurais perdu mon latin, et il se « serait seulement dépité ! Un souffle de Gascogne me revint du pays et je lui dis carrément : « Écoute, tu as déjà un beau nom, celui de chrétien ; il faut le préférer à tout autre. Mais pour « les gens de grand mérite comme toi, il y a assurément une foule de dignités dans la sainte « Église ; seulement, vois-tu ? le Père ne peut pas les conférer. J’ai déjà nommé un catéchiste « ici ; je ferai pour toi tout ce que je pourrai, et je te recommanderai chaleureusement à notre « grand évêque en montant à Séoul. » Il fut tranquillisé. Sans doute, à l’automne, il n’oubliera « pas. Je lui promettrai de le recommander au Souverain Pontife, et, l’an prochain, s’il vit « encore, je lui donnerai une jolie croix, avec son extrait de baptême tamponné de rouge et le « titre de pionnier de la foi. Ce sera son passeport pour le Ciel : heureux vieillard !
« La dévotion de nos chrétiens aux emblèmes, crucifix et médailles, est très grande. Ne « faut-il pas y voir l’influence de l’exemple des Russes, dont même les moins dévots aiment « fort à porter ces emblèmes et les respectent chez les autres ? Voici, en tout cas, un fait qui « m’a bien intéressé. D’abord, il faut savoir que les Asiatiques n’ont pas le droit de passer la « frontière russe sans une licence de 9 roubles, renouvelable tous les ans. Or donc, parmi les « bons Coréens qui nous accompagnaient, l’un n’avait pas ce fameux passeport et quand les « gardes-frontières, de leur ton le plus bourru, réclamèrent : « Billelé ! » notre chrétien tira « simplement son crucifix ; et les Russes, après s’être concertés : « Oh ! christiané ! » dirent-« ils, et ils laissèrent passer notre homme.
« Le crucifix ayant une telle influence, chacun veut l’avoir et le porter. Un garçon de 15 « ans, Sin Thomas, n’ayant pas les quelques sous voulus pour s’en procurer un, avait ramassé, « sur le champ de bataille de Heui-tjyang-tai, quelques balles envoyées par les Russes aux « Chinois, quand, en 1900, ils étaient venus combattre les Boxeurs. Il en fondit le plomb et le « coula en forme de croix dans un moule en terre, fabriqué de ses mains. A mon dernier « passage, je vis la merveille et la lui échangeai pour une belle et bonne croix, venue de « France. Ce pauvre Thomas en fut tout surpris et combien heureux ! »
« Ouen-san a été éprouvé par la mort successive de MM. Tournier et Deshayes. M. Poyaud a été appelé à les remplacer. Il a quitté son poste de Ryong-so-mak, à la limite sud du Kang-ouen-to, où il a été le premier à résider et dont il a su faire une chrétienté fervente. « Depuis « trois ans déjà, écrivait-il, dans le village, qui ne compte pas moins de 100 maisons, il n’y a « plus un seul païen. Comme par enchantement, et surtout grâce à la bonne Vierge, ils partent « ou se convertissent. Et, comme la même chose se produit pour les villages voisins, il ne « semble plus téméraire d’espérer que, d’ici à 10 ans, toute la région sera chrétienne. »
« Dans le Kyeng-syang-to nord, M. Saucet, qui a récolté 130 baptêmes d’adultes, a eu la joie de voir revenir à la pratique religieuse quelques tièdes, que la persécution de 1866 avait découragés. « Je savais, écrit-il, que, dans les environs de Ryei-tchyen, deux chrétientés « étaient dans ce cas. J’envoyais aussitôt à ces pauvres brebis égarées quelques bons « catéchistes et des chrétiens influents, afin de les exhorter à rentrer au bercail. Deux années « durant, toutes les démarches et les prédications furent vaines.
« Je commençais à désespérer de ces pauvres âmes, lorsque, au mois de septembre dernier, « comme j’arrivais à la chrétienté de Ou-ri-kai, un bon vieillard vint me trouver chez le « catéchiste. C’était Ni Matthieu, de Tong-sou-ri, noble, lettré, « qui venait me voir, mais « uniquement me voir », disait-il. Il fallait donc faire changer le but de la visite de ce vieillard « de 77 ans.
« Je le questionnai sur les principales vérités de notre Foi, qu’il n’avait pas toutes oubliées, « et je l’exhortai à se préparer à recevoir les sacrements ; mais je n’obtenais aucune réponse. « Après avoir passé deux jours avec moi dans la compagnie des chrétiens, il me demanda « enfin et reçut le pardon de ses fautes, pardon qu’il n’avait jamais sollicité pendant 43 ans.
« Comme la femme de Ni Matthieu avait, elle aussi, reçu jadis le sacrement régénérateur, « j’engageai vivement mon brave homme à lui apprendre de nouveau les prières et à la « préparer à recevoir prochainement les sacrements. Mais cette pauvre femme est âgée de 80 « ans ; elle était dans l’impossibilité de faire les deux lieues qui la séparent de la station « chrétienne. Pendant ma dernière administration, je me suis rendu chez elle pour entendre sa « confession.
« Dans cette localité, il y a encore d’autres tièdes qui ne manifestent aucune intention de « revenir à la pratique de la religion. J’espère que, touchés du bon exemple de Ni Matthieu et « de sa femme, ils voudront, tout de même, se réconcilier avec leur Dieu, avant que la mort « vienne les surprendre. »
« Parmi ses 127 baptêmes d’adultes, M. Robert compte 8 abjurations d’hérétiques. Il cite le fait suivant d’une conversion à l’article de la mort. Il s’agit d’une jeune femme païenne âgée de 24 ans.
« Tout enfant, elle fréquentait la maison d’une vierge chrétienne de son quartier et y avait « appris les prières catholiques et quelques réponses du catéchisme. Quand sa famille s’en « aperçut, elle l’empêcha de fréquenter cette maison. Vers l’âge de 17 ans, elle fut mariée à un « protestant. Bien qu’à contre-cœur, elle dut, pour avoir la paix, aller de temps en temps au « temple presbytérien de Tai-kou. Mais elle comprit facilement que le chemin dans lequel on « l’avait engagée n’était pas le bon.
« Au mois d’avril dernier, elle tomba gravement malade. Le docteur américain fut aussitôt « appelé auprès d’elle et, comme il jugea qu’une opération était nécessaire, il la fit transporter « à son hôpital. L’opération réussit mal ; la pauvre femme se vit bientôt en danger prochain de « mort ; conservant encore toute la lucidité de son esprit, elle fit éloigner le docteur et « demanda à voir l’un de nos catéchistes, appelé Tchoi Joseph.
« Comme il ne lui restait plus que quelques heures à vivre, on accéda à ses désirs ; son « propre mari vint chercher notre catéchiste, l’introduisit auprès de la malade et lui laissa « toute liberté de l’entretenir. Celle-ci lui raconta, en quelques mots, son histoire, sa « répugnance pour le protestantisme et son désir de recevoir le baptême avant de mourir. « Après quelques exhortations préalables, elle fut ondoyée par Tchoi Joseph ; après quoi, elle « fut reportée dans sa maison pour y mourir au milieu des siens.
« C’est alors qu’elle demanda à me voir. J’y allai, lui suppléai les cérémonies du baptême « en présence des membres de sa famille, puis je me retirai tout édifié des bonnes dispositions « que cette pauvre femme manifestait en face de la mort. Son dernier mot, en me voyant « partir, fut celui-ci : ─ Mon Père, ayez pitié de mon âme ; conduisez-la en Paradis ! » Une « heure après, en effet, cette âme de prédilection s’envolait au ciel. L’enterrement fut chrétien, « et aujourd’hui toute la famille est catéchumène. »
« A Ma-san-hpo, M. Mousset a fondé une école, qui a tout de suite si bien réussi qu’une école païenne du voisinage a demandé à s’y aggréger. Ce Confrère rapporte l’exemple suivant de courage montré par une catéchumène.
« Une femme de Ti-tong, dans le district de Mil-yang, avant entendu parler de la Religion, « lors du premier voyage que je fis dans ce village, voulut étudier et s’en ouvrit à son mari, « qui lui répondit par une volée de coups. Elle, sans se rebuter, étudiait la Religion en cachette « et pendant les absences de son mari. Lors de ma visite, elle vint jusqu’à la haie de la maison « où je donnais les sacrements. Son seigneur et maître, qui l’avait épiée, la prit par le bras et la « ramena à la maison, où il la battit si rudement qu’il lui cassa un bras ; puis content de son « coup, il s’en alla à ses affaires. La pauvre femme fit immédiatement appeler une chrétienne « et, lui racontant ce qui s’était passé, lui demanda si, au cas où elle mourrait sous les coups, « elle irait au ciel sans avoir été baptisée ; « car, ajouta-t-elle, il peut bien me tuer, mais il ne « m’empêchera pas d’être chrétienne ». Sur la réponse affirmative qu’elle reçut, elle fut « tranquille. Aujourd’hui elle est presque prête au baptême, et j’espère bien que le bon Dieu « va arranger les choses et qu’elle pourra se faire baptiser et surtout recevoir les sacrements « dans la suite. »
« Quelpaërt a donné une quarantaine de baptêmes d’adultes. Mais, le principal progrès réalisé dans l’année est la fondation, à la ville de Tjyei-tjyou, d’une école de filles tenue par les Sœurs Coréennes de Saint-Paul de Chartres. Elle est fréquentée par une cinquantaine d’enfants, en majorité païennes. Dans un pareil milieu, une œuvre de ce genre est une vraie bénédiction. Beaucoup de préjugés tombent ; les enfants de l’école se sentent attirées vers la Religion, et certainement des conversions sortiront de là, sinon maintenant, du moins dans l’avenir. De plus, un renouveau de ferveur parmi les chrétiens a été causé par l’exemple des Sœurs.
« Dans les deux districts de Mok-hpo et de Na-tjyou, il y a eu 85 nouveaux baptêmes d’adultes, mais ce modeste gain est loin de compenser les pertes subies depuis plusieurs années dans les rangs des jeunes chrétiens. Il a fallu se résoudre à les enregistrer, et le recensement de cette année, qui laisse de côté ceux qui ont abandonné toute pratique religieuse, accuse une perte d’environ 700. Ce sont des misères de ce genre qui expliquent le fléchissement du chiffre total de notre population catholique.
« Dans toute la province du Tjyen-la nord, les Missionnaires se plaignent, cette année, de la médiocrité des résultats. L’ensemble donne pourtant 361 baptêmes d’adultes. La cause, qui est générale, est l’inquiétude qui a précédé l’établissement du nouveau régime ; les troubles ont été accentués dans cette région. On s’y plaint aussi d’une mortalité relativement considérable.
« Dans le compte rendu de M. Bermond, je trouve relaté le fait suivant : « Au printemps « dernier, une païenne, qui habite loin de tout village chrétien, se présente pour recevoir le « baptême après avoir appris tout son catéchisme. Elle a raconté que, n’ayant aucune « connaissance de notre sainte Religion, elle avait vu en rêve un beau vieillard, qui lui présenta un livre et lui dit : « Étudie-le, et tu iras dans un lieu de délices ! » Ce fut ce rêve qui la décida à venir acheter un catéchisme et à l’étudier. La première fois qu’elle entra dans l’église, elle vit, au-dessus de l’autel, une grande image de saint Pierre : « Mais c’est, dit-elle, le vieillard que j’ai vu en rêve ! »
« Le Tchoung-tchyeng-to donne une récolte de 626 baptêmes d’adultes. Dans ce nombre sont comptées quelques abjurations d’hérétiques.
« M. Bouillon raconte ainsi la conversion d’une station d’anglicans : « A Tchyeng-tjyou, « où le nombre des néophytes augmente chaque année, j’aurai, dès l’automne, une nouvelle « chrétienté, formée en majeure partie d’anglicans convertis. A Ka-kouk (c’est le nom de la « localité), il y a depuis plusieurs années un néophyte nommé Kim Thomas. J’ai essayé, à « bien des reprises, de le faire sortir de ce milieu, moitié protestant, moitié païen ; car je « redoutais beaucoup pour sa foi de nouveau converti. Chaque année, au printemps et à « l’automne, je répétais ma rengaine. Il était du même avis : c’est d’ailleurs la mode en Corée « de répondre amen à tout ce que dit le supérieur. Mais on eût cru que plus je m’entêtais à « vouloir le faire émigrer dans un village chrétien, plus mon Thomas, pour ne pas désavouer « son patron sans doute, s’acharnait à vouloir rester dans ce milieu, si peu favorable à la « ferveur.
« Ne sachant plus que me répondre, après m’avoir tant de fois désobéi, Thomas a essayé « d’une autre tactique qui lui a réussi. Il s’est mis à catéchiser son monde, en a fait baptiser « plusieurs, parmi lesquels le catéchiste protestant. En ce moment, il instruit sa femme qui « sera également baptisée à l’automne. Le tout a marché si bien que même le pasteur anglican, « qui se dit lui-même « Père Kim d’Angleterre, prêtre de 1’Église catholique universelle, est « d’avis que cette localité doit être desservie par votre serviteur. Je n’y vois pas plus « d’inconvénients que lui.
« Du reste, ces bons anglicans sont nos amis, ils veulent l’être ; ils sont désolés qu’on les « traite d’hérétiques ; ils disent à qui veut les entendre que nous professons tous la même « doctrine, et ils cherchent, par tous les moyens, à se rapprocher de nous.
« Le « Père Kim » est venu me voir et a voulu même faire sa visite au Saint-Sacrement. « J’ai admiré sa belle humeur et sa sincérité, en même temps que sa piété. « ─ Surtout, m’a-t-« il répété plusieurs fois, ne me regardez pas, je vous en supplie, comme un protestant ; car je « ne le suis pas, je suis catholique. » Après quelques discussions courtoises sur la doctrine, il « m’a dit qu’il prie tous les jours pour que nous ne formions bientôt qu’un cœur et qu’une « âme. Je lui ai répondu que j’en fais autant, et nous nous sommes séparés bons amis.
« Braves gens ! pourquoi le bon Dieu resterait-il sourd à leurs prières et aux nôtres ? »
« M. J. Gombert, qui se plaint de l’apathie de ses chrétiens pour la propagande, a tout mis en œuvre pour secouer leur zèle. Voici ce qu’il en écrit.
« La construction de la chapelle et surtout la présence du Saint-Sacrement parmi nous « portent des fruits visibles. Ce n’est pas sans profit qu’on habite à son abri. La bonne se« mence prend racine dans plusieurs localités ; la récolte viendra. »
« Dans la partie Ouest de la province, les Salutistes ont fait une propagande effrénée, qui n’a pas été sans jeter le trouble dans les esprits. MM. Krempff et Polly, qui s’en plaignent, ont eu néanmoins une belle moisson. Ce dernier écrit dans son compte rendu : « A la ville de « Hong-tjyou, où, il y a un peu plus d’un an, nous n’avions pas un seul chrétien, j’ai eu la joie « de donner une trentaine de baptêmes. De plus, des chrétiens de mon district sont allés « s’établir dans cette ville, et Hong-tjyou est maintenant une belle station d’environ 65 fidèles. « Grâce à la générosité du catéchiste de l’endroit, Tjyang Alexis, revenu à la pratique de ses « devoirs après avoir été tiède depuis l’enfance, cette petite chrétienté possède une belle « chapelle, avec maison pour le Missionnaire. Une bonne moitié des néophytes est faite « d’anciens protestants, tant méthodistes que presbytériens. Le catéchiste de ces derniers a « abjuré et a été baptisé sous condition, à l’administration du printemps. »
« A Kong-syei-tji, M. Devise a reçu plusieurs fois la visite d’un catéchiste anglican, qui paraît sur le point d’entrer dans le vrai bercail et d’y attirer plusieurs de ses coreligionnaires.
« Dans le Kyeng-keui-to, la ville même de An-syeng a toujours peu de convertis. Mais, M. A. Gombert y résidant, il y a un mouvement parmi ses chrétiens éloignés pour se rapprocher de la ville. Par ailleurs, il constate que les néophytes isolés des vieux chrétiens restent longtemps sans instruire leur familles et sans montrer eux-mêmes beaucoup de ferveur. Au contraire, la proximité d’un village sérieusement catholique est un, bienfait inappréciable pour les nouveaux chrétiens. C’est ainsi que, non loin du village de Kal-tyen-i, quelques païens de bonne volonté s’étant convertis, le Missionnaire leur a donné pour parrains d’anciens chrétiens qui les ont suivis de près, et, par ce moyen, 13 familles sont venues à la Foi. Les femmes et les enfants sont instruits avec entrain, et la nouvelle station paraît bien définitivement assise.
« La crise du commerce et la cherté des vivres ont forcé plusieurs familles chrétiennes de Chemulpo de regagner la campagne ; l’accroissement de la population par les conversions et l’excédent des naissances n’ont point comblé tous ces vides.
« Les écoles se maintiennent ; mais elles obligent le Missionnaire à de lourds sacrifices. Cette année, il a construit pour les filles une école vaste et bien éclairée, où deux cents enfants
pourraient prendre place : « On y compte, écrit-il, 140 élèves inscrites sur les registres ; près « de 120 fréquentent régulièrement. Cette école est un vrai catéchuménat, et tout me laisse « entrevoir qu’elle portera de beaux fruits de conversions. Une dizaine d’enfants sont « parfaitement préparées au baptême, qu’elles pourront recevoir aussitôt qu’elles pourront être « mariées, peut-être même auparavant, soit avec leur père, soit avec leur mère. »
« A Haing-tjyou, à 40 lys en aval de Séoul, le P. Augustin Kim a construit, cette année, une chapelle, dédiée à l’Assomptlion de la sainte Vierge, que j’ai eu la joie de bénir dans l’octave de la fête. Là est le centre d’un nouveau district, distrait de celui de M. Doucet.
« Le cher Provicaire garde encore 2.376 chrétiens. Sa paroisse de Séoul, extra muros, a été dotée par lui d’une nouvelle école de garçons, spacieuse et répondant à tous les desiderata de l’hygiène. Déjà l’an dernier, l’école de filles a été notablement agrandie. Son administration lui a donné 183 baptêmes d’adultes.
« La paroisse de la cathédrale a 156 baptêmes et une population totale de 1.853 âmes. Dans le nombre sont compris deux baptênmes sous condition, donnés à des protestants, qui ont fait leur abjuration de grand cœur, et pratiquent, ce qui est rare, avec la bonne simplicité des néophytes ordinaires.
« Dans le Hoang-hai-to, si heureux que soit M. Mélizan d’apporter une gerbe de 181 baptêmes d’adultes, il n’ose pas encore chanter trop haut victoire. C’est que ces conversions ont été obtenues dans une région qui avait autrefois donné de nombreux baptêmes, suivis, hélas ! de douloureuses défections. Espérons que cette fois il n’en sera pas ainsi.
« L’école de filles, tenue par les Sœurs, que M. Oudot a installée dans son village, et qui a fonctionné pendant un an, lui a donné toute satisfaction.
« Dans le Hpyeng-an-to, au port de Chinnampo, M. Lereide vient aussi d’ériger une école de filles et d’en confier la direction à deux Sœurs Coréennes. Son district lui a donné 84 baptêmes d’adultes, obtenus pour la plupart dans des familles, où, jusqu’ici, le chef seul avait été baptisé.
« A Hpyeng-yang, les chrétiens, tout fiers de leur église, donnent toujours satisfaction à M. Le Merre. Mais il regrette le manque de moyens pour tenir tête, à lui seul, à plus de 30 missionnaires protestants.
« M. Meng, qui, jusqu’ici, avait résidé à la ville de Yeng-you, laisse généreusement une installation complète, qui était son œuvre, à M. Bodin, pour aller fonder un nouveau district à l’extrême Nord de la province, à la ville même de Eui-tjyou.

*
* *

« Aux chrétiens Japonais qui, au nombre de trois à quatre cents, sont venus s’établir en Corée, nous n’avons pu, jusqu’à ce jour, donner que des soins très insuffisants. M. Ligneul, de la Mission de Tôkiô, qui a bien voulu nous donner, cette année, nos deux retraites ecclésiastiques, a profité de son passage en Corée pour visiter les chrétiens Japonais des principaux centres, Fusan, Tai-kou, Séoul, Chemulpo et Hpyeng-yang. Son ministère a été très apprécié et a porté d’excellents fruits. Mais ce n’est que transitoire, et il faudra bien aviser à pourvoir, d’une manière stable, à cette nécessité nouvelle, qui ne fait que grandir.
« Nos écoles de filles ont augmenté, et partout elles nous donnent les plus belles espérances. La nouvelle organisation de l’enseignement a fait disparaître un certain nombre de petites écoles de village.
« Les Pères Bénédictins, arrivés à la fin de l’année dernière, étudient la langue avec ardeur et se préparent à ouvrir, au printemps prochain, leur première école. Entre temps, on travaille à la construction du Monastère, qui doit abriter de nouvelles recrues prochainement attendues. Leur œuvre a déjà reçu la consécration de l’épreuve ; car l’un des quatre Frères arrivés l’an dernier mourait au bout d’un mois. Il a fait la mort la plus édifiante.
« Les Sœurs de Saint-Paul ont été aussi cruellement éprouvées. Deux Religieuses sont mortes, à quelques jours d’intervalle, dont Sœur Stanislas, la supérieure de la Maison de Séoul. Elle avait passé 22 ans en Corée. Par son tact et son dévouement, elle avait su organiser et diriger à merveille cette maison qui est devenue le centre d’œuvres importantes : orphelinat, ouvroir, noviciat, école, etc. Il faut y ajouter le soin des malades, œuvre qui est partagée par l’établissement de Chemulpo. Dans les deux maisons il y a eu 4.166 malades soignés au dispensaire, et 1.097 visités à domicile.
« Notre Séminaire de Ryong-san vient de nous donner encore deux prêtres, ce qui porte à 15 le nombre de ces auxiliaires précieux. Il reste, actuellement, 41 élèves ; mais aucun n’est encore dans les ordres sacrés. On vient d’inaugurer pour eux un cours de langue japonaise, dont la connaissance leur sera désormais indispensable. »


~~~~~~~~







<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 15 pays : Birmanie, Cambodge, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, France, Inde, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Singapour, Taiwan, Thaïlande, Vietnam