| Année: |
1913 |
| Pays: |
Corée du Sud |
| Mission: |
Séoul |
| Rédacteur: | Mgr Mutel |
CHAPITRE II
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Groupe des Mission de Corée
et de Mandchourie
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I. — Séoul
Population catholique 53.618
Baptêmes d’adultes 2.387
Baptêmes d’enfants de païens 1.756
Conversions d’hérétiques 58
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Cette année encore, le chiffre de la population catholique du Vicariat de Séoul ne répond pas à l’augmentation que devraient produire le chiffre des baptêmes d’adultes et celui de l’excédent des naissances sur les décès.
« Aux causes déjà signalées de ces pertes, dit Mgr Mutel, j’ajouterai, pour cette année, une fièvre plus grande encore d’émigration vers les régions de la Mandchourie, connues sous le nom de Kan-to occidental. Avec son esprit migrateur et inconstant, le Coréen se laisse vite décourager par les difficultés qu’il rencontre dans son pays, et il plie bagage pour aller chercher fortune ailleurs. Habitué à vivre à sa guise, il ne se résigne pas volontiers aux réglementations de police et autres qui, à ses yeux, sont de véritables tracasseries, et il émigre pour les éviter.
« La vie aussi s’est faite plus chère ; et, si les habitants des plaines, qui cultivent des rizières, ont trouvé, dans le changement, un certain bien-être, ceux des montagnes, au contraire, sont souvent, de pauvres, devenus misérables. Il est probable que, dans quelques années, ces inconvénients auront en partie disparu ; mais ventre affamé n’a point d’oreille, et l’on émigre.
« Ainsi à Ouen-san, M. Poyaud compte une cinquantaine d’émigrants ; au Ryeng-tong, M. Lucas en signale plus de 100. Dans les seuls districts de Syon-an et de Sin-Kyei, M. Bouyssou a perdu 30 familles, et M. Rouquette, des villages entiers. Tout ce monde s’en est allé au Kan-to septentrional, et nous le retrouverons ; mais d’aucuns n’hésitent pas à gagner la région lointaine du Kan-to occidental, où nous n’avons pas de missionnaire. M. Guillot n’a pu empêcher 15 de ses chrétiens d’y émigrer, et M. Bodin en a vu partir 17 d’un même village sans pouvoir non plus s’y opposer.
« Comme je me l’étais proposé l’an dernier, j’ai chargé un prêtre coréen de parcourir ce pays perdu, pour essayer de découvrir les chrétiens abandonnés, de les grouper, si faire se pouvait ; de leur donner, au moins, les sacrements. Malgré l’aide charitable que lui a prêtée un prêtre chinois de la Mandchourie méridionale, il n’a pu rien faire de tout cela. Il a bien rencontré quelques chrétiens épars, engagés comme domestiques chez les chinois païens et plongés dans la misère la plus profonde ; mais nulle part, aucun groupement, qui permît une administration quelconque. Néanmoins, ce voyage de plus de cent lieues, dans des régions très peu sûres, n’aura pas été tout à fait inutile ; car il nous a confirmés dans la persuasion où nous étions déjà, qu’il y a obligation pour nous d’empêcher, autant qu’il est possible, l’exode de nos chrétiens vers ces régions, où il se perdent corps et âme.
« S’il y a fléchissement sur le nombre des baptêmes d’adultes, c’est aux mêmes causes qu’il faut l’attribuer en partie ; peut-être aussi l’influence japonaise n’y est-elle pas étrangère. Alors que les autorités supérieures se montrent libérales, et même franchement favorables à notre œuvre, il n’est pas rare de rencontrer des sous-ordres qui seraient heureux de pouvoir l’entraver. Quoi qu’il en soit, les missionnaires sont unanimes à dire que les conversions nouvelles se font rares : on désire moins que par le passé connaître la religion et l’embrasser.
« Le Kan-to nord, où les conditions sont différentes, fait heureusement exception ; les trois districts y donnent un ensemble de 330 baptêmes d’adultes. En Corée même, je signalerai les districts où le nombre des baptêmes d’adultes dépasse la centaine : celui de M. Doucet, 106 baptêmes ; celui de M. Deneux, 151; celui de M. Le Gac, 153 ; et celui de M. Bouillon, 145.
« M. Lereide a réussi à fonder, non loin de Chinanpo, une station nouvelle, où les néophytes se sont mis avec ferveur à instruire femmes et enfants, parents et amis ; et au printemps, ils dépassaient déjà la quarantaine.
« A E-hpa, non loin de sa résidence, M. Bodin a aussi fondé une station, qui compte déjà plus de 100 chrétiens et va se dédoubler. Notre jeune confrère y a encore donné 12 baptêmes tout récemment.
« A Eui-tjyou, le P. Paul Sye a vu son zèle récompensé par 83 baptêmes, dont plusieurs sont de protestants convertis.
« M. Devise se réjouit, de son côté, de voir le village de Kouy-syei-tji, où il a sa résidence, presque entièrement chrétien. A Pâques, il a donné le baptême à 22 adultes.
« Tjang-ho-ouen, résidence de M. Bouillon, s’est enrichi de 60 nouvelles recrues, ce qui porte à 400 âmes la population catholique de ce centre de néophytes. La chapelle de Notre Dame du Rosaire est devenue trop étroite, et il faut songer à l’agrandir.
« C’est dans des centres groupés comme celui -là, que la communion fréquente est surtout pratiquée. Chaque année, les chiffres de ces communions de dévotion s’accroissent notable-ment et prouvent que la vie catholique intégrale anime nos braves néophytes.
« Deux nouvelles écoles de filles ont été fondées à Ansyeng et à TJang-ho-ouen. Comme leurs aînées, elles ont très bien réussi. « C’est que, comme le dit M. Bouillon, les « maîtresses, se dévouent corps et âme à leur œuvre Aussi il faut voir comme elles sont « aimées et respectées de leurs élèves, et quelles délicieuses petites filles elle nous forment ! « En quelques jours, ces enfants sont entièrement changées ; leur tenue édifie tout le monde, « et les parents sont ravis de pouvoir confier leurs filles à de si bonnes mains.
« Je connaissais les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, mais je n’avais pas vu d’aussi près « les résultats de leur zèle dans la formation des religieuses indigènes. Quand on pense que « nous sommes en pays païen, on comprend la dose de charité et de patience qu’il faut aux « éducatrices pour faire de nos jeunes Coréennes des âmes d’élite, conscientes de leur « devoir, heureuses de se sacrifier elles-mêmes pour l’amour de leurs semblables ». Et le même témoignage louangeur est donné à nos Sœurs coréennes par tous les missionnaires qui ont le bonheur d’en posséder dans leurs districts.
« A Chemulpo, comme d’ailleurs un peu partout, l’école est ouverte aux petites filles païennes, et c’est un moyen d’évangélisation précieux. Ces enfants ne manquent pas de parler, quand elles sont chez elles, de la religion qui leur est enseignée à l’école. « Et, comme le dit « M. Deneux, qui en compte plus de 100 dans son école, les petites païennes, mises par le « choix de leurs parents dans un milieu où, chaque jour, une heure est consacrée aux choses « religieuses (catéchisme, histoire sainte, évangile), sont amenées à prendre une connaissance « pratique de certains côtés de la vie des catholiques ; et j’ai souvent des échos de ce qu’elles « en racontent chez elles. » Beaucoup de ces enfants sollicitent le baptême ; et, alors même. que leurs parents ne les autorisent pas à le recevoir, la, bonne semence est loin d’être perdue. Le temps viendra où elle lèvera et fructifiera.
« A Séoul, l’école des filles de la paroisse de la cathédrale végétait, faute de local convenable. M. Poisnel l’a dotée d’un bâtiment nouveau très bien aménagé, et les élèves sont de jour en jour plus nombreuses.
« Nos écoles de garçons sont moins prospères. Elles se sont pourtant maintenues partout ; et M. Chabot a même réussi ouvrir de nouveau celle de sa résidence de Kemsyou, qui était restée fermée pendant deux ans. Ce qui manque le plus, ce sont les ressources ; c’est parfois aussi la compétence et, presque toujours, le zèle et le dévouement du personnel enseignant. Nous n’avons pas encore pu combler cette lacune. Pendant deux ans, les Pères Bénédictins ont tenu une école normale, destinée à nous fournir de bons instituteurs chrétiens ; mais des difficultés spéciales les ont forcés à interrompre les cours, pour le moment du moins.
« Par contre, leur école professionnelle est toujours prospère, et les demandes d’admission sont nombreuses.
« En dehors même des écoles proprement dites, je dois noter le zèle que mettent plusieurs missionnaires à obtenir que tous les enfants chrétiens apprennent au moins à lire. M. Guillot, qui s’y emploie avec ardeur, est déjà content des résultats obtenus.
« Une autre œuvre, que M. Polly a inaugurée chez nous, est celle d’une retraite fermée pour les catéchistes. Il a réuni tous ceux de son district à sa résidence, pendant une huitaine de jours. Le temps était partagé entre la prière et les conférences doctrinales ou pratiques. Les retraitants ont suivi avec beaucoup d’assiduité et de satisfaction ces exercices si nouveaux pour eux ; et ils sont repartis animés d’un saint zèle et mieux instruits de leurs devoirs.
« Comme nouveauté aussi, le signalerai la création d’un bulletin paroissial par M. Le Gac. Ce bulletin est distribué dans son district et dans celui de son voisin, M. Perrin : il y porte l’instruction et l’édification.
« Un autre bulletin mensuel, rédigé en latin, est publié par les confrères du Séminaire, et envoyé à tous les prêtres indigènes des deux Missions de Séoul et de Taikou. Outre les nouvelles qui peuvent les intéresser, il contient des plans de sermons, des articles de controverse, des cas de conscience, qui donnent la solution des difficultés pratiques que le prêtre rencontre dans l’exercice du ministère des âmes. C’est une œuvre excellente, très appréciée par nos chers collaborateurs qui manqueraient, sans cela, des informations nécessaires, que les missionnaires trouvent dans les revues ecclésiastiques, publiées en français.
« Le cours normal de mes visites m’a conduit, cette année, au Kan-to septentrional. J’avais visité cette contrée une première fois, il y a 11 ans, en compagnie du regretté M. Bret, qui l’administrait alors de Ouen-san. Cette fois, j’y ai trouvé trois districts parfaitement organisés et en plein exercice. Le nombre des chrétiens y a quadruplé. Toute une région nouvelle, celle des Huit-Lacs, a été ouverte à la foi et promet beaucoup. Malheureusement, M. Larribeau, qui en est chargé, réside à une distance de trois jours de cette station et il désirerait, aussi vivement que ses chrétiens, qu’un nouveau district pût y être fondé.
« Partout, les néophytes ont fait à l’évêque une réception magnifique ; et il n’est pas jusqu’aux stations éloignées, qui n’y aient été aussi de leurs arcs de verdure. J’ai eu la consolation de bénir trois chapelles, dont deux, celle de M. Curlier et celle de M. Larribeau, sont de véritables églises, bâties en briques. Et les résidences sont à l’avenant.
« Au printemps, j’ai bénit également une chapelle construite par le P. Marc Kang, à Mi-ri-nai, centre de plusieurs chrétientés qui se sont groupées autour du tombeau de Mgr Ferréol. Elles forment un ensemble de plus de 3.000 âmes. La charge était trop lourde pour un seul prêtre : il m’a fallu diviser le district, cette année même. La fête de Mi-ri-nai avait attiré un concours énorme de chrétiens : il est vrai qu’elle comportait, avec la bénédiction de la chapelle, 415 confirmations et le baptême d’une cloche.
« A l’automne, une cérémonie semblable m’appelait à Hong-san, chez M. J. Gombert. Une résidence nouvelle et une église, bâtie l’an dernier, ont été bénites, ainsi qu’une cloche. Tous les missionnaires de la province y étaient réunis, et nous avons eu là une très belle fête, d’autant plus touchante qu’elle était, pour les chrétiens de la station et des environs, la clôture du Jubilé.
« Dans quelques jours, je dois aller aussi à I-tchyen, chez M. Bouyssou, bénir une chapelle, qui attend ma visite depuis près d’un an.
« A Ouen-san, les chrétiens encouragés, dit M. Poyaud, par la visite de l’évêque, ont fait une cotisation destinée à la bâtisse d’une nouvelle église ; le missionnaire prépare ses plans et compte mettre la main à l’œuvre au printemps prochain.
« Comme suite à la visite du Kan-to, voici ce qu’écrit M. Curlier :
« La bénédiction que Votre Grandeur a donnée au Kan-to produit des fruits. Un certain « nombre de nouveaux catéchumènes sont venus grossir les rangs des néophytes. Beaucoup « de ces derniers ressemblent déjà à d’anciens chrétiens, par leur esprit de foi et leur conduite « irréprochable.
« A Kio-tong, vous devez vous souvenir, Monseigneur, d’un certain Han, venu de Ham-« heuny, avec toute sa famille composée de douze personnes. Les deux frères Han furent alors « baptisés et confirmés ; l’aîné obtint même la permission de lire la bible des protestants, pour « pouvoir discuter et éclairer les gens de bonne foi. Aujourd’hui, toute la famille est baptisée, « et la plupart de ses membres ont reçu la confirmation.
« La nouvelle femme de Marcel Nam a été baptisée et est prête à recevoir le sacrement de « confirmation. Elle a amené à la foi sa mère et ses quatre frères, dont l’un a été baptisé et les « autres étudient avec ardeur.
« A une demi-lieue de la station de Sin-tchon, un païen du nom de Rim, venu de Syeng-tj « in, habitait tout près d’une famille de chrétiens assez médiocres. Quand Votre Grandeur « était dans le Kan-to, il ne songeait pas encore à se convertir. Mais, par après, ayant eu « l’occasion de lire des livres de religion qui se trouvaient entre les mains de ses voisins « chrétiens, il fut frappé de la sublimité de la doctrine qu’ils contenaient. C’était, sans nul « doute, la grâce qui le sollicitait. Pris du désir d’embrasser une religion qui lui paraissait si « belle, il vint me demander d’autres livres. Il emporta le livre des prières et le catéchisme, et « étudia si bien, qu’à l’administration du printemps, il était prêt au baptême. Je le baptisai « sous le nom de Thomas. Le surlendemain, il tomba malade, et, le jour du vendredi saint, il « s’endormait du sommeil des justes. Quelques jours avant sa mort, il eut une vision, dans « laquelle il vit le ciel ouvert et des anges l’invitant à y entrer. Il était fils unique ; et, comme « sa mère se désolait près de lui, il la consolait en disant : « Ne pleurez pas, maman ; « réjouissez-vous plutôt de ce que votre fils s’en va au ciel jouir du bonheur éternel. » Rien « de plus édifiant que la résignation de cette pauvre païenne. Son fils ne manquera pas de « l’attirer au près de lui.
« A Ryong-tjyeng, une vieille chrétienne, Anne Pak, avait été malade pendant de longs « mois ; sa peau toute ridée ressemblait à du vieux parchemin. Dès qu’elle eut rendu le dernier « soupir, les rides disparurent de son visage, qui devint comme celui d’une jeune fille bien « portante. C’est ainsi que le bon Dieu agit dans sa miséricorde : il envoie des signes aux « infidèles; il appelle à Lui beaucoup de gens qui ne le cherchaient pas, tandis qu’il en rejette « une foule d’autres... Que ses desseins sont impénétrables !
« Plus d’une fois, en effet, la justice divine se fait sentir, pour montrer aux mortels qu’on « ne rejette pas impunément les dons du ciel. En voici quelques exemples.
« Un certain bachelier Nam, parent du vieux Nam de Kio-tong, et qui avait habité ce « village pendant de longues années, finit par émigrer dans un village païen pour se dérober « aux instances des chrétiens, qui l’exhortaient sans cesse à se convertir. Cet hiver, il a été « trouvé mort gelé sur le chemin, à cent pas de sa maison.
« Dans le même village de Kio-tong, habitait aussi une famille de païens; mais ni les « exemples des chrétiens, ni les exhortations du catéchiste ne purent la déterminer à « abandonner le culte des idoles. Il y a deux ans, elle se transporta à Hto-san-tjai. Au « printemps dernier, deux membres de cette famille, une jeune femme de 22 ans et une jeune « fille de 17 ans, moururent subitement, et leurs cadavres devinrent noirs comme du charbon. « Le chef de famille, se croyant poursuivi par le diable, vendit sa maison et alla se fixer « ailleurs, comme s’il pouvait échapper à la main vengeresse du Tout-Puissant. »
« Dans le cours de l’année, trois missionnaires, MM. Rouquette, J. Gombert et Chabot ont été successivement atteints de dysenterie grave. Heureusement, ils ont pu venir à temps à Séoul, où quelques semaines d’hôpital et un régime approprié les ont ramenés à la santé.
« Pendant son administration du printemps, un prêtre indigène, âge seulement de trente-neuf ans, le P. Luc Hong, a succombé après deux jours de maladie. Averti par télégramme de la gravité de son état, j’ai envoyé à son secours M. Villemot, qui, après avoir marché une partie de la nuit, a pu administrer le cher mourant. Elève du Collège de Pinang, le P. Luc a fait chez nous le plus grand honneur aux maîtres qui l’ont formé, par sa régularité sacerdotale, sa science, sa piété et son bon esprit.
« Une ordination, qui nous a donné trois nouveaux prêtres, m’a permis de combler ce vide et de pourvoir deux postes qui attendaient des titulaires. Quand un diacre du même cours aura été ordonné, il me faudra attendre trois ans avant d’avoir de nouvelles recrues. Et je tremble que quelque vacance ne vienne à se produire dans nos rangs : n’ayant pas reçu de missionnaires depuis plus de deux ans, je me trouverais dans le plus grand embarras. C’est assez vous dire, Messieurs, combien nous comptons sur le Séminaire pour nous venir en aide. »
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