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Rapport annuel des évêques

Année: 1914
Pays: Corée du Sud
Mission: Séoul
Rédacteur:Mgr Mutel

CHAPITRE II
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Groupe des Missions de Corée
et de Mandchourie

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I. — Séoul

Population catholique 55.602
Baptêmes d’adultes 2.339
Baptêmes d’enfants de païens 5.734
Conversions d’hérétiques 78
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« L’heure n’est pas aux longues relations, écrit Mgr Mutel. D’ailleurs, sur onze de nos missionnaires rappelés si opinément en France pour la guerre, plusieurs se sont bornés à me remettre leurs tableaux d’administration sans y rien ajouter : je me contenterai donc de rapporter brièvement les faits saillants de l’année écoulée.
« Le jubilé a porté d’heureux fruits, en augmentant dans tous les districts le nombre des confessions et des communions de dévotion, et ces fruits persévèrent. Dans les centres où ils résident, et là où le chiffre de la population est un peu considérable, les missionnaires se sont mis à confessa tous les jours, et la dévotion des fidèles ainsi aidée, a fut de sensibles progrès.
« A la paroisse de la cathédrale, une confrérie en formation a pour but de préserver les jeunes gens, que le milieu tend à détourner de leurs devoirs. Les membres de l’association s’engagent à faire de la propagande autour d’eux, par l’assistance à tous les offices, la fréquentation des sacrements et l’abstinence de tous les plaisirs profanes.
« A Hpyengyang, une œuvre similaire s’est établie ; et, partout, les missionnaires s’efforcent, malgré les difficultés, de maintenir leurs écoles de garçons, dans le même but.
« Depuis un an, les écoles de filles n’ont pas augmenté ; mais le nombre des enfants qui les fréquentent s’est un peu accru.
« M. Bodin a réuni pendant huit jours, à sa résidence, les catéchistes des diverses stations de son vaste district, pour une retraite fermée et des instructions pratiques. M. Le Merre, son voisin, s’était chargé de donner la retraite et de faire toute les instructions. Pour mieux graver dans la mémoire des retraitants les devoirs du catéchiste, il leur a remis à chacun un petit manuel, où toutes leurs obligations sont minutieusement consignées et expliquées. M. Bodin dit avoir déjà constaté l’excellent effet de cette retraite ses catéchistes sont vraiment devenus les collaborateurs et les suppléants du missionnaire.

« Une visite que j’ai faite, l’automne dernier, dans la partie nord du Kang-ouen-to, m’a donné l’occasion de bénir une vaste et jolie chapelle, bâtie par M. Bouyssou dans le poste de sa résidence.
« Une autre église, construite à Ouen-tjyou par M. Jaugey, attend aussi la bénédiction ; mais le titulaire est parti à la guerre et le poste reste vide : il faut attendre des temps meilleurs.
« A Tjyang-ho-ouen, M. Bouillon a érigé une grande croix au sommet de la colline boisée qui domine sa résidence et son église. C’est une commémoration, non cherchée mais bien réussie, du « labarum ». Cette année, il a dressé un reposoir au pied de cette croix, et, le dimanche de la Fête-Dieu, une magnifique procession y a été faite avec le concours des missionnaires et prêtres indigènes voisins. Ce fut une fête splendide et féconde en fruits de salut, par l’édification procurée à nos chrétiens, et l’éveil donné aux foules païennes, qui ont pu, de deux lieues à la ronde, contempler le magnifique spectacle de la procession se déroulant dans les lacets de la montagne.
« Le même jour, une procession solennelle déroulait ses longues théories de fidèles dans la propriété de la mission, autour de la cathédrale ; c’est la seconde fois que cette solennité avait lieu.
« Le jeudi précédent, c’était le tour de notre séminaire de Ryong-san, où la procession de la Fête-Dieu est de tradition, depuis environ dix ans. Là, aucun local n’est capable de contenir même une faible partie des fidèles qui accourent de tous côtés à la fête, et la messe pontificale doit se célébrer en plein air.
« Puisque nous sommes à notre séminaire, disons de suite que, jusqu’à la sortie de juin, il servait pour les deux missions de Séoul et de Taikou. Maintenant, Taikou a son séminaire à part, et les seuls élèves de la mission de Séoul nous restent à Ryong-san. Malgré le départ des élèves de Taikou, les bâtiments du séminaire devaient se trouver trop étroits pour une rentrée nouvelle de plus de cinquante, sujets, qui était escomptée, et il a fallu bâtir à nouveau. La construction sortait à peine de terre que le rappel de nos chers mobilisés-nous forçait a contremander la nouvelle rentrée. Deux sur trois des confrères du séminaire sont partis à la guerre, et M. Guinand reste seul chargé de tous les cours. A ce travail déjà excessif, il était absolument impossible d’ajouter encore la formation de nouvelles recrues, et nous attendons.
« Dans le cours de l’année, deux ordinations nous ont donné un prêtre, trois sous-diacres et dix minorés.

« Les résultats du dernier exercice sont, au point de vue des baptêmes d’adultes, à peu près égaux à ceux de l’an dernier. Comme l’an dernier aussi, c’est le Kan-to qui vient en tête des autres districts. Chrétiens et païens ont là une physionomie à part et un état d’esprit assez différent de ce qu’on trouve en Corée même. Les deux faits suivants, chacun dans son genre, en sont une preuve.
« Je crois vous avoir parlé, écrit M. Curlier, d’une païenne de ma résidence de Ryong-« tjyeng. Son mari, Ejin Mélèce, est très fervent chrétien. Ils ont quatre filles et un petit « garçon baptisés. La femme, à force d’avoir entendu réciter dans la famille prières et « catéchisme, savait presque tout par cœur. Mais, sous le faux prétexte que, si elle était « chrétienne, elle ne pourrait plus faire les prostrations d’usage à sa vieille mère païenne, qui « habite à 30 lys d’ici avec un fils adoptif, elle n’avait jamais voulu ni faire le signe de la « croix ni mettre les pieds à la chapelle. Le démon la tenait donc par le respect humain, et elle « en était encore là à mon retour de la retraite. Je dis à son mari : « A une pareille opiniâtreté, « il faut un remède énergique, tu vas jeûner tous les jours jusqu’à ce que ta femme soit « baptisée. » Il promit de le faire et s’en alla avertir sa femme de la pénitence qu’elle lui avait « fait imposer. Dès le troisième jour, elle était vaincue. Le jeûne joint à la prière avait mis en « fuite le démon. Elle vint me trouver, me suppliant de lever la pénitence imposée à son mari, « et promettant de faire tout ce qu’on lui demanderait. Quinze jours après, elle était baptisée et « même confirmée, ne pensant plus à ses prétendues obligations envers sa mère et tout « heureuse d’être devenue enfant de la Sainte Eglise. La dernière de ses filles est une vraie « perle : à quatre ans, elle récite sans pouvoir prononcer toujours comme il faut, mais sans « manquer un mot, les douze prières et les trois parties du catéchisme. »
« La chrétienté de Ryen-hoa-tong aux Huit Lacs, raconte M. Larribeau, augmente « toujours ; l’an prochain, mes néophytes seront certainement plus de cent. Le bon Dieu les a « favorisés, cette année encore, d’une grâce spéciale, qui a amené la conversion d’une famille « du voisinage. Voici le fait. Un certain Tjyang avait son second fils, âgé de dix ans, malade « depuis plusieurs mois. Médecins et sorciers avaient essayé de le guérir, mais en vain. Le mal « empirait à vue d’œil, et tout espoir de guérison était perdu. Le père, homme droit, après « avoir dépensé beaucoup d’argent à faire toutes les superstitions qu’il croyait utiles, voyant « son fils perdu sans recours, vint trouver le catéchiste de Ryen-hoa-tong et lui dit : « Mon fils « va mourir ; j’ai entendu dire que, vous autres chrétiens, vous avez un moyen pour le faire « aller dans un bon endroit après la vie ; est-ce vrai ? — Oui, c’est vrai, mais pourquoi ton fils « mourrait-il ? attends, je vais vair avec toi. — Oh ! c’est bien inutile ; j’ai fait, depuis un « mois, tout ce qu’il était possible de faire pour guérir mon enfant. — Je comprends ; tu t’es « adressé au démon, mais ce n’est pas lui le maître, pour ces choses-là. » Et, dès le soir, le « catéchiste envoya des chrétiens prier dans la maison même du petit malade. La prière ne « cessa pas pendant plusieurs jours ; les jeunes gens se remplaçaient pour qu’elle ne fût jamais « interrompue. Dieu récompensa leur foi audacieuse et leur persévérance : dix jours après, « l’enfant était guéri. J’ai vu la famille du petit miraculé, lors de ma dernière tournée « d’administration. Tous les membres de cette heureuse famille étudient avec entrain, et, à en « juger par les dehors, ils seront prêts pour le baptême à l’automne prochain. »


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