| Année: |
1914 |
| Pays: |
Corée du Sud |
| Mission: |
Taikou |
| Rédacteur: | Mgr Demange |
II. ─ Taikou
Population catholique 27.382
Baptêmes d’adultes 1.235
Baptêmes d’enfants de païens 1.326
Conversions d’hérétiques 14
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« En achevant les statistiques de ce troisième exercice de la mission de Taikou, écrit Mgr Demange, le sentiment qui domine en moi est celui d’une joyeuse action de grâces à Dieu, pour des résultats que nous n’avions pas encore obtenus. Mis en parallèle avec ceux de l’année précédente, ils révèlent un accroissement notable : le nombre des baptêmes d’adultes est supérieur de plus d’un tiers ; celui des enfants de païens moribonds a presque doublé. Les autres chiffres marquent une progression semblable. La note générale des rapports envoyés par les missionnaires et les prêtres indigènes est bonne, et tel missionnaire, qui, l’an dernier, en présence des difficultés nouvelles, faisait pour le prochain compte rendu des pronostics un peu pessimistes, reconnaît qu’il s’est trompé.
« Elles n’ont certes pas manqué, les difficultés, cette année, comme les précédentes ; quand manqueront-elles, du reste ? C’est une question de plus ou de moins ; une question d’aspect aussi, de nouvelles remplaçant les anciennes ; mais tant qu’il n’est pas prouvé qu’on ne peut rien contre elles, le pessimisme ne saurait se justifier.
« Tout le monde signale la cherté et la difficulté croissante de la vie, et ceci n’est pas un lieu commun. La Corée n’a jamais été riche, loin de là ; mais incontestablement, depuis qu’on lui a apporté la civilisation, ou ce qu’on appelle de ce nom, l’habitant de l’ancien pays du « matin calme » vit plus difficilement, et la misère est plus grande. Est-ce la difficulté pour lui de sortir de son insouciance native pour s’adapter aux conditions d’une lutte pour l’existence, devenue plus âpre ? Peut-être, probablement même. Quoi qu’il en soit, le primum vivere est la préoccupation constante et douloureuse. Le pauvre lève volontiers les yeux vers un ciel meilleur pour lui : mais, quand la pauvreté va jusqu’à la misère, trop courbé vers la terre il ne sait pas faire ce geste.
« Aussi nos ouvriers apostoliques rendent-ils la misère matérielle en partie responsable de l’écart qui subsiste entre ce qu’ils ont obtenu, et ce qu’ils pouvaient légitimement espérer. D’elle proviennent : l’indifférence en matière religieuse, chez les païens ; le délai de retour des tièdes qui ont gardé la foi, mais attendent, pour revenir à la pratique, que la vie leur soit plus douce ; le fléau de l’émigration et la dispersion des membres d’une même famille, dont les uns vont dans les villes louer leur travail, les autres mendier. Cette difficulté n’atteint pas que les Coréens. M. Ferrand a vu, de ce fait, le nombre de ses ouailles japonaises baisser de 325 à 257.
« L’humeur voyageuse du Coréen, qui a gardé beaucoup des instincts nomades de ses ancêtres, vient s’ajouter à ces raisons d’émigrer ; et d’aucuns se transportant même en district chrétien, où leur feuille détachée du status animarum a été envoyée au missionnaire, attendent indéfiniment pour se faire connaître, et, parfois, négligent de le faire.
« L’éloignement de la plus grande partie des fidèles du centre des districts constitue un second obstacle à l’établissement de la vie pleinement chrétienne. C’est le petit nombre qui peut bénéficier de la réception fréquente des sacrements, qui est devenue une heureuse habitude dans le village où réside ordinairement le prêtre. Au lieu des instructions et des catéchismes, qu’entendent ces trop rares privilégiés régulièrement chaque semaine, la plupart ne reçoit la parole de vie qu’une ou deux fois par an. Quoi d’étonnant, dans ces conditions, qu’ils n’aient qu’une notion imparfaite de bien des choses, et qu’ils ne fassent souvent consister la pratique trop exclusivement dans la partie purement cultuelle de la religion ?
« Plusieurs missionnaires et prêtres indigènes ont pu créer des annexes, c’est-à-dire obtenir de leurs pauvres chrétiens la construction de très modestes oratoires dans les villages éloignés. Ils y ont fait, en été, des séjours plus ou moins longs, répartissant ainsi plus également les secours de leur ministère.
« En regard de ces éléments d’insuccès qui sont l’appoint du mal, il faut mettre ceux qui nous sont favorables et expliquent nos progrès.
« Un prêtre indigène, dans des remarques intéressantes, fait voir comment, si le nouveau régime nous a créé des obstacles nouveaux, il en a fait disparaître d’anciens. L’orgueil de caste des classes élevées s’est bien amoindri, ou du moins, il ne peut plus guère se manifester, et la morgue que nobles et fonctionnaires affectaient à l’égard des classes inférieures, n’a pu se maintenir. L’attachement aux superstitions a notablement diminué. La loi sur les cimetières, qui oblige tout le monde, sans distinction de nobles et de roturiers, à enterrer ses morts au cimetière commun, où la même place est concédée à tous, a porté un coup considérable au culte superstitieux des ancêtres. Enfin, la conviction que les Coréens n’avaient rien à envier aux autres peuples, ne tient plus, depuis que leur pays est largement ouvert aux importations de l’extérieur.
« La plupart des rapports se réjouissent d’une aide plus efficace obtenue des catéchistes ordinaires, et ils l’attribuent aux retraites annuelles, établies il y a deux ans. La seconde retraite, qui n’avait plus les inconvénients d’une nouveauté non préparée, a été partout consolante. A part des exceptions assez rares, nos 400 catéchistes de bonne volonté ont une conviction plus forte, nouvelle chez plusieurs, de la gravité de leurs fonctions, se surveillent davantage, afin de ne pas donner de mauvais exemples, secondent plus sérieusement les efforts des missionnaires pour procurer l’instruction des enfants, et plusieurs ont établi, à cette fin, de vrais cours d’instruction religieuse, le dimanche. C’est principalement aux efforts des catéchistes, exhortés et éclairés pendant la retraite, que l’on attribue l’accroissement notable du chiffre des baptêmes donnés à l’article de la mort, soit aux adultes, soit aux enfants de païens.
« Les progrès de l’instruction des enfants, sont peut-être, disent presque tous les comptes rendus, la plus grande des consolations de cet exercice. Catéchistes et parents ont mieux compris leur devoir, depuis qu’ils doivent nécessairement préparer, dès l’âge de raison, leurs enfants à la réception du « grand sacrement ». Au contact de ces petites âmes, les missionnaires éprouvent une joie bien légitime, et, selon la remarque de plusieurs, c’est seulement le moyen âge, de onze à quinze ans, qui leur laisse du souci.
« L’obéissance des prêtres et des fidèles au décret sur la communion fréquente a été récompensée, comme l’obéissance au décret sur la communion des enfants. Dans la plupart des districts, un certain nombre de fidèles des deux sexes font la communion quotidienne ; d’autres, la communion 4 ou 5 fois la semaine. Les missionnaires restent rarement un jour sans entendre les confessions. A l’heure actuelle il n’y a guère de chapelle où, sur semaine, le prêtre soit seul à communier. Si s’approcher chaque jour de la Sainte Eucharistie ne suffit pas pour être un saint, il n’y a pas de meilleur moyen pour le devenir. Aussi c’est à l’unanimité que les comptes rendus louent la ferveur des chrétiens qui avoisinent l’église. Elles ne sont pas rares les chapelles où la visite quotidienne au Saint-Sacrement est en honneur.
« On signale un petit progrès pour le prosélytisme, mais M. Tourneux fait très justement remarquer que les chrétiens plus à même d’entendre fréquemment les exhortations du Père à ce sujet, sont, généralement, le plus mal placés pour les mettre en pratique. Les païens, leurs voisins, et par suite les voisins du missionnaire, n’ignorent pas la religion. Ceux qui l’ignorent sont ceux qui habitent loin de la mission ; et, là, les chrétiens, entendant moins souvent les exhortations à ce sujet, ont moins de zèle. L’indifférence est plus accentuée chez les vieux chrétiens, qui gardent trop jalousement la séparation que la persécution avait établie entre eux et les païens, et ils semblent, un peu comme les juifs, trouver assez naturel qu’ils soient élus, et non les autres. Toutefois il serait inexact, quand on parle du progrès pour le prosélytisme, de croire que ce progrès part de zéro. De tout temps, nos fidèles Coréens ont eu un zèle réel. Il est très rare qu’un missionnaire convertisse lui-même. Les catéchumènes lui sont amenés généralement tout préparés par les chrétiens, et le nombre de baptêmes d’adultes est assez considérable pour faire honneur à leur zèle. Il pourrait être plus grand encore, c’est ce que l’on veut dire.
« Dans ce même ordre d’idées, notre doyen M. Achille Robert signale les heureux résultats obtenus par l’œuvre des enterrements.
« En Corée où le culte des ancêtres passe en première ligne, un enterrement chrétien « solennel est, écrit-il, un puissant moyen de propagande parmi les infidèles, et il n’est pas « rare de voir nous arriver, après chaque enterrement solennel, quelques nouveaux « catéchumènes, qui se sont déterminés à embrasser notre sainte religion, après avoir assisté « aux cérémonies funèbres de mes chrétiens. »
« Aussi ce missionnaire se réjouit-il de voir son œuvre prendre de l’extension, permettant ainsi de donner de la solennité aux funérailles, et de procurer aux pauvres un enterrement convenable. Cette œuvre, qui existe dans plusieurs districts des deux provinces du Kyeng-syang, pourrait s’appeler une « assurance contre l’oubli après la mort ». Une cotisation annuelle, établie sur le principe des assurances sur la vie, c’est-à-dire plus considérable pour ceux qui s’inscrivent déjà âgés, et très faible pour les jeunes, constitue un capital dont les intérêts assurent la célébration d’un nombre de messes déterminé pour chaque membre défunt, au moment de sa mort, et, chaque année, d’autres messes pour tous. Ces fonds permettent, en outre, l’acquisition et l’entretien du catafalque, du corbillard et des autres accessoires, dont les chrétiens sont fiers et les païens jaloux. Enfin, une partie doit être utilisée pour aider aux funérailles des indigents. Une délégation des membres de l’œuvre devant la représenter aux enterrements, les plus pauvres ont une assistance suffisante, qui est d’un bon exemple de fraternité entre tous les fidèles, riches ou pauvres.
« Les écoles se maintiennent et même se développent un peu ; très peu, pour les écoles de garçons ; davantage, pour les écoles de filles.
« Les écoles de filles sont d’abord les deux écoles tenues par les Sœurs coréennes de Saint-Paul de Chartres ; la première, à Taikou ; la seconde, à l’île de Quelpaert. Le nombre de leurs élèves s’est accru respectivement de 33 et de 22 fillettes. On ne saurait en faire trop d’éloges ; elles sont la consolation et une des meilleures espérances de M. Lacrouts et de M. Saucet, qui ont assumé la lourde charge de les entretenir.
« Les autres sont des écoles plus modestes, telles qu’on pourrait en établir un peu partout, sans grands frais. Une vierge, ou une veuve, enseigne à lire et à écrire, donne des leçons de couture et de tenue de maison. En parlant de celle de son village. M. Vermorel écrit : « Ce « n’est pas ce qu’on pourrait appeler une école modèle ; cependant les jeunes filles qui en « sortent, sont généralement recherchées en mariage de préférence aux autres, parce que la « future belle-mère sait qu’elle n’aura pas à instruire la bru qui aura été formée à cette école. »
« Notre cher provicaire pourrait ajouter que l’avenir de leurs enfants, au point de vue de l’instruction chrétienne, est assuré ; et que, si ces jeunes filles, se mariant, vont dans des villages où aucune femme ne sait lire, et ce n’est pas rare, elles rendront des services inappréciables pour l’instruction des personnes de leur sexe. Ces modestes écoles de filles peuvent nous préparer de très utiles catéchistes femmes de bonne volonté et faire face à un besoin très réel.
« De la visite pastorale, faite en deux fois, novembre décembre et février, dans la province du Kyeng-syang méridional, il n’y a rien de spécial à dire ; elle a été semblable à celle de l’an dernier dans le Tjyen la septentrional.
« Celle des îles de Mokpo s’est faite en mai, après les retraites.
« Elle a commencé par la belle cérémonie de la consécration de l’autel d’une assez grande église en briques, construite à Mokpo par M. Chargebœuf ; et , le lendemain de l’Assomption, nous nous embarquions. J’avais hâte de connaître par moi-même ce district, si différent des chrétientés que nous avons sur le continent.
« L’évangélisation de cet archipel, commencée il y a une quinzaine d’années petitement, comme nous commençons partout, prit soudain un développement anormal. Quelques néophytes, molestés par les employés du mandarinat, demandèrent l’aide du regretté M. Deshayes. Le mandarin, après avoir maltraité le servant du missionnaire et le missionnaire lui-même, prit peur, et passant à un excès contraire, donna à ses gens des ordres trop explicites. Les collecteurs d’impôts, s’informant partout des chrétiens, leur firent verser seulement l’impôt régulier, ne maintenant que sur les non-chrétiens les exactions dont le régime d’alors était coutumier. Cette propagande involontaire, mais très efficace, produisit ses fruits, et les catéchumènes furent légion. Le missionnaire n’en baptisa qu’une petite partie, mais c’était encore trop. Les bourrasques qui précédèrent le Protectorat, amenèrent naturellement d’autres vexations. Chrétiens et catéchumènes crièrent vers le missionnaire, qui ne devait ni ne pouvait intervenir. Les conversions faites pour des vues temporelles, se défirent pour le même motif, et la ruine fut grande.
« Tout irrégulière, et en dehors de ce qui se pratique en Corée, qu’ait été la manière dont les choses ont commencé là, il semble que, en somme, elle ait été providentielle. Vu leur situation physique et les dispositions de leurs habitants, on ne voit pas comment, autrement, ces îles seraient venues en contact avec le catholicisme, auquel il était matériellement impossible de pénétrer chez elles.
« M. Chargebœuf, au prix de fatigues considérables, est parvenu à reprendre pied partout ; et, actuellement, aucune des îles ayant eu des chrétiens, n’est sans station. Partout il reste quelque chose ; peu de chose, mais un noyau de vrais fidèles. Ceux qui restent ne manquent pas de prosélytisme, et plusieurs baptêmes bien préparés ont été faits.
« J’ai eu la consolation d’ouvrir, au commencement d’octobre, le séminaire de notre mission, objet de mes principales préoccupations depuis mon arrivée à Taikou. Au moment de la division de Corée, le nouveau vicariat comptait 7 élèves au séminaire de Séoul ; la rentrée suivante porta ce nombre à 18. La rentrée de cette année a amené à Taikou 58 élèves, ce qui, avec celui que j’entretiens, depuis l’an dernier, au séminaire de Nagasaki, porte à 59 le nombre des élèves à la charge de la mission. Sans la confiance qui est devenue chez moi, en même temps qu’une nécessité, une habitude, je ne pourrais pas ne pas m’accuser d’une grosse imprudence en ayant admis tant de « bouches à nourrir ». Il est vrai qu’au moment où les admissions étaient faites, les terribles événements qui vont tarir la source de la charité, ne pouvaient être prévus. Si Dieu a permis la chose, Il a ses desseins sans doute, et la moisson que nous récolterons dans dix ou douze ans, est peut-être préparée par Lui, pour suppléer au fléchissement inévitable des vocations de missionnaires. C’est dans cet espoir que M. Chargebœuf, supérieur de l’établissement, et M. Peschel qui le seconde, se donnent à la tâche très absorbante qu’est la direction d’un séminaire, qui compte tous les cours depuis la huitième jusqu’à la théologie inclusivement.
« Qu’il me soit permis en terminant, de remercier Mgr Mutel et MM les supérieur et directeurs du séminaire de Séoul pour l’aide qu’ils nous ont fraternellement prêtée, en gardant, pendant trois ans, les séminaristes de notre jeune mission, leur donnant une formation que notre seule ambition est de continuer en l’imitant. »
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