| Année: |
1915 |
| Pays: |
Corée du Sud |
| Mission: |
Taikou |
| Rédacteur: | Mgr Demange |
II. — Taikou
Population catholique 27.843
Baptêmes d’adultes 1.101
Baptêmes d’enfants de païens 1.377
Conversions d’hérétiques 11
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« En comparant les chiffres obtenus, cette année, dans la mission de Taikou, à ceux de l’exercice précédent, écrit Mgr Demange, on constate que, si le travail avait été normal, sans les irrégularités de l’administration occasionnées par l’absence de plusieurs confrères rappelés sous les drapeaux, les résultats auraient été supérieurs à ceux de l’an dernier.
« Quand on voit que, malgré cela, le nombre des sacrements administrés reste si élevé, il devient évident que le travail fourni par les confrères restés à leur poste, surtout par ceux dont le départ de leur voisin a doublé la charge, a été très considérable écrasant même pour plusieurs. Surmené par le surcroît d’ouvrage que le soin de la moitié du district de H. Peynet ajoutait à son labeur ordinaire, M. Baudounet, qui portait, gaillardement, jusque-là ses 31 ans de mission, nous avait paru très fatigué à l’époque de la retraite. Moins d’un mois après, il se couchait sur sa natte pour ne plus s’en relever. « Il est entièrement usé, dit à M. Mialon le « docteur américain ; le cœur, à bout de force, ne peut plus tenir longtemps. » Cinq jours s’étaient à peine écoulés, depuis qu’il avait dû s’arracher au confessionnal pour s’aliter, qu’il entrait dans le repos éternel. — « Ce n’est guère le moment ! » étions-nous tentés de dire.
« Grâce à la multiplication des efforts, tout s’est donc passé d’une manière à peu près normale. Le résumé des rapports envoyés par les missionnaires et les prêtres indigènes permet les constatations suivantes.
« La ferveur pour les sacrements de dévotion augmente partout d’une façon notable. Ce que dit à ce sujet M. Saucet, chargé spécialement de la partie du district de Taikou qui comprend les chrétientés éloignées de la ville, pourrait être signé de tous les confrères et prêtres indigènes de cette mission :
« Presque tous ceux qui avaient reçu les sacrements annuels, se sont présentés lors du « passage du missionnaire après Pâques et après la retraite, bien qu’ils fussent déjà très « occupés par leurs travaux d’agriculture. Et, on dehors des visites d’administration, ils sont « très rares ceux qui ne viennent pas, au moins une fois, recevoir les sacrements au chef-lieu « du district ; la plupart y viennent deux ou trois fois. »
« La communion des enfants est maintenant passée en habitude : « Presque tous les enfants « de 7 à 8 ans se sont confessés et ont fait leur première communion, écrit M. Tourneux ; ils « viennent pour l’examen sans se faire prier, heureux d’emporter une image ou une médaille, « s’ils ont bien récité. Les chrétiens sont obéissants et la plupart maintenant instruisent bien « leurs enfants. » Tous les rapports contiennent la même note. Bénie soit Sa Sainteté Pie X qui nous a donné le moyen le plus efficace d’assurer l’avenir de l’apostolat, en obligeant nos Coréens à amener, dès l’âge de raison, leurs enfants au missionnaire ! J’ai dit, dans le compte rendu de l’an dernier, quelle source de préoccupations était, pour nous, la mentalité du pays, où l’on ne prend guère au sérieux les enfants avant l’âge de 12 à 14 ans. Sans le Décret sur la communion des enfants, les ouvriers apostoliques, pressés par ailleurs, n’auraient pu triompher de cet obstacle, et maintenant que la « civilisation » assiège de tous côtés les jeunes cerveaux, la ruine eût été grande.
« Les résultats de la retraite annuelle des catéchistes sont de plus en plus tangibles. Les rapports affirment que, sans elle, de nombreuses âmes d’enfants et d’adultes envoyées au ciel, à l’article de la mort, n’y seraient pas allées. Les baptêmes in articulo mortis, qui n’atteignaient pas le millier en 1913, ont passé, après la première retraite des catéchistes, à 1.600, et, cette année, le nombre dépasse 1.700. D’autres résultats ont été obtenus par les résolutions sorties de ces réunions. Des oratoires se sont construits par les collectes des chrétiens, suivant les décisions prises alors ; dans plusieurs districts, d’autres collectes, décidées de même, constituent un capital dont les revenus assurent le budget des administrations et diminuent, en attendant qu’ils la suppriment, la cotisation personnelle, souvent prétexte à l’éloignement des sacrements. Enfin, des écoles du dimanche doivent leur existence à l’émulation des catéchistes, qui, pendant les jours de réunion, mettent leur bonne volonté en commun. Nous sommes convaincus que cette institution, qui a le mérite de ne pas créer un organisme nouveau, mais de perfectionner celui qui existait, en mettant entre les mains du missionnaire ses chefs de station, est et sera, de plus en plus, son principal instrument d’action.
« Deux prêtres indigènes ont établi, dans leurs districts, des catéchistes-femmes ambulantes. En fait, elles « ambulent », assez peu, s’installant plus ou moins longtemps là où la chose est utile et faisable ; elles préparent au baptême les catéchumènes de leur sexe, qui, sans cela, n’y arriveraient pas. En effet, de nombreuses Coréennes ne peuvent jamais apprendre les prières et la lettre du catéchisme, que notre règle exige pour l’admission au baptême. Ne sachant pas lire elles-mêmes, n’ayant à proximité aucune chrétienne ni aucune femme sachant lire ; ne pouvant, d’ailleurs, être instruites que par des personnes de leur sexe, elles se voient condamnées à ne pouvoir faire leur salut. D’autre part, l’expérience montre très
clairement que le bien commun autant que la persévérance des néophytes exigent, sauf dans des cas extraordinaires, du reste prévus, le maintien de la règle susdite. Nos deux confrères indigènes ont tout concilié par la création de ces catéchistes-femmes, veuves ou personnes assez âgées, dont l’entretien, disent-ils, grève assez peu leur très modeste budget. C’est une initiative qui peut être imitée, et il est très désirable qu’elle le soit.
« Un autre prêtre indigène a pris à tâche, toujours mû par la même idée, d’obliger les chrétiennes à apprendre à lire et à écrire ; et, grâce à des efforts, dont seuls ceux qui connaissent le pays peuvent apprécier la valeur, il ne reste pas, dans le village de sa résidence qui est considérable, une seule femme ou jeune fille qui ne sache lire et écrire.
« En somme, malgré les inquiétudes que nous donne l’évolution des esprits, chez la jeunesse des villes spécialement, on peut dire que l’œuvre de l’apostolat progresse normalement : les déchets ne sont pas plus considérables qu’autrefois et nos néophytes sont bons. Les rapports annuels contiennent des exemples nombreux, qui ne peuvent être cités tous, de l’esprit vraiment chrétien de nos fidèles récemment convertis. Je n’en citerai que deux ou trois, en disant simplement qu’ils ne sont pas des exceptions.
« Parmi les néophytes, écrit M. Bermond, quelques-uns ont mis une particulière bonne « volonté à s’instruire et ont a donné des preuves d’une foi vraiment solide. Luthgarde Ni, « âgée de 48 ans, habite à 20 lys de toute famille chrétienne. Son mari païen lui défendait de « se convertir. Pendant 7 ans, quand l’absence de son mari et les devoirs de son ménage le lui « permettaient, elle faisait ses deux lieues pour apprendre quelques mots de catéchisme. « Enfin, cette année, ayant tout appris ainsi de mémoire, elle est venue demander le baptême.
« Dans la même région, une famille de néophytes habite au milieu des païens, à 10 lys « d’une maison chrétienne. Pendant 5 ans, le mari et sa femme, à tour de rôle, chaque « dimanche, quelque temps qu’il fît, ont fait le voyage jusqu’à la maison chrétienne, pour « entendre la lecture de l’Evangile, réciter les prières du dimanche qui remplacent la messe, et « apprendre quelques mots de catéchisme. De retour, celui des époux qui avait fait le voyage, « apprenait aux membres de la famille restés à la maison le peu de doctrine qu’il avait pu « retenir. Cet automne, époux et enfants sont tous venus, bien préparés à la station la plus « proche recevoir le baptême si chèrement mérité.
« Un chrétien s’est particulièrement signalé par sa charité, vraie marque du disciple de « Jésus-Christ. Une mendiante païenne, qui avait quelque connaissance de la religion, se « sentant près de mourir dans un village païen, fit appeler ce chrétien pour recevoir de sa main « le sacrement de la régénération. Le chrétien vint, baptisa la mendiante et, afin de pouvoir « l’assister à ses derniers moments, la prit sur son dos et l’emporta chez lui, où il n’y a qu’une « seule chambre de 4 mètres carrés à peine. La présence de la malade, qui a perdu l’usage de « ses membres, est très gênante pour le chrétien et les membres de sa famille. Malgré cela, « depuis plusieurs mois, ces bons néophytes supportent l’infirme chez eux, et lui donnent tous « les soins, même les plus rebutants. Comment le divin Maître ne reconnaîtrait-il pas de vrais « disciples dans ces pauvres Coréens, naguère encore esclaves du démon, mais si bien « transformés par la grâce, que le seul souci d’une âme leur fait considérer ce qu’ils font « comme tout simple et naturel. »
« L’émigration japonaise, qui est une des conséquences de l’annexion de la Corée, donne à M. Ferrand, chargé des catholiques qui nous arrivent comme émigrants, un ministère plus varié que consolant. Beaucoup de ces émigrants, d’abord, plus préoccupés des intérêts temporels que des biens spirituels, commencent par ignorer l’église ; puis, lorsque le missionnaire a ramené une part de leurs préoccupations vers leur âme, les affaires temporelles étant moins bonnes qu’ils ne l’espéraient, ils retournent au pays d’origine et sont remplacés par d’autres sur lesquels le même travail est à recommencer, avec le même résultat probable. Dans le champ un peu extraordinaire qu’il a à cultiver, et qui s’étend sur tout le Vicariat, notre confrère, jusqu’ici du moins, ne connaît guère que le travail d’ensemencement, très peu celui de la récolte. « Je devais offrir à Votre grandeur, écrit-il, une gerbe de 13 baptêmes d’adultes, mais sur ce nombre, quatre ont été retardés et restent encore catéchumènes. Je n’offre donc que 9 adultes baptisés, quatre de plus que l’an dernier. Maintenant que j’ai pu placer un catéchiste à Fusan, j’espère que les conversions se feront plus nombreuses malgré les difficultés actuelles. » J’ajoute que, grâce à de généreux bienfaiteurs et à son initiative, notre zélé confrère s’est bien installé dans le meilleur quartier de Fusan. Comme tous les immigrants qui viennent du Japon doivent passer par ce port, il leur est facile, s’ils le veulent, et si les missionnaires du Japon les adressent au missionnaire, de trouver, dès leur débarquement, tous les renseignements et directions nécessaires pour que, dans les endroits où ils se rendent, ils se mettent en contact avec les missionnaires et les chrétientés existantes.
« Le séminaire, sous la direction de M. Chargebœuf, secondé par M. Peschel, donne toute satisfaction. Puisse Dieu accorder à notre mission un clergé indigène nombreux et, surtout, bien formé ! L’avenir du vicariat est dans ce séminaire, et c’est ce qui me fait espérer que Dieu me pardonnera le péché d’imprudence que j’ai commis, et dans lequel je persévère, en y entretenant un plus grand nombre d’élèves que la sagesse humaine ne le permettrait.
« Ces jours-ci s’est ouverte la première communauté de religieuses de la nouvelle mission. Par une confiance, ici encore presque téméraire, j’ai tenu, malgré le malheur des temps, à pousser rapidement cette installation, grâce à laquelle la mission de Taikou se trouve avoir toutes les œuvres générales indispensables, et qui, retardée, l’aurait sans doute été indéfiniment. Le bâtiment est plus grand qu’il n’est nécessaire pour les quatre religieuses de Saint-Paul de Chartres et les 50 enfants qu’elles ont pour commencer ; il a été prévu pour les développements futurs. Ces développements, hélas ! quand les aurons-nous ? Dieu seul le sait ; mais nous comptons sur sa providence. »
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