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Rapport annuel des évêques

Année: 1916
Pays: Corée du Sud
Mission: Séoul
Rédacteur:Mgr Mutel

CHAPITRE II
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Groupe des Missions de Corée
et de Mandchourie

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I. — Séoul

Population catholique 57.442
Baptêmes d’adultes 1.434
Baptêmes d’enfants de païens 1.934
Conversions d’hérétiques 38
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« Deuxième année de guerre, plus maigre en résultats que la précédente, écrit Mgr Mutel.
« Lors du premier appel de mobilisés, qui nous prenait 11 missionnaires, on avait serré les rangs et refait la carte des districts, de telle sorte qu’avec un surcroît de besogne pour tous, il avait été possible d’assurer la visite normale des chrétiens. Mais l’échiquier était si large qu’un vide vint-il à se produire, c’était comme la désorganisation. C’est ce que nous avons éprouvé lors du rappel de MM. J. Gombert et Bodin, survenu au cours de cet excercice. Pour le premier, impossible de confier à un voisin le district resté vide ; cette région qui avait déjà perdu trois missionnaires était relativement dépourvue. Il fallut recourir à un moyen de fortune et demander à M. A. Gombert de s’occuper du district de son frère tout en gardant le sien. Il doit passer dans une autre province et fournir un long voyage chaque fois qu’il s’y rend. Heureusement, le chemin de fer abrège les distances. M. Poyaud, moins chargé, va lui donner, de plus loin encore, un coup de main aux deux administrations de l’automne et du printemps.
« Le district de M. Bodin se trouvait faire lien entre les deux extrémités de la province du nord-ouest : Hpyengyang et Euitjyou. J’en ai chargé le P. Paul Sye qui réside à Euitjyou, M. Le Merre étant déjà pris par son district et celui de Chinampo.
« J’ai dit l’an dernier quelle invraisemblable paperasserie nous impose l’ordonnance sur la propagande religieuse. Ce ne serait encore rien sans les enquêtes continuelles auxquelles cette ordonnance donne lieu. Quel que soit l’esprit de la loi, il arrive trop souvent que l’application en est moins que bienveillante. Les officiers de police chargés d’en surveiller l’exécution trahissent parfois leur mauvaise volonté ou leur haine personnelle vis-à-vis de la religion. Avec leurs idées étroites de païens renforcés, ils ne comprennent pas que le missionnaire s’expatrie pour un motif d’apostolat et par dévouement ; ils cherchent autre chose, et, ne trouvant rien, restent soupçonneux et jaloux à notre endroit.
« Voulues ou non des autorités responsables, ces petites tracasseries ne laissent pas d’éloigner de nous des âmes timides qui craignent, en se convertissant, de déplaire aux hommes. Dieu merci pourtant, nos chrétiens sont à l’abri de cette faiblesse ; je crois même qu’en général leur foi se montre plus généreuse. Peut-être faudrait-il faire une exception pour les grands centres, où la transformation de la vie économique, qui rend l’existence plus facile aux uns, plus dure aux autres, nous enlève trop tôt les enfants des deux sexes et les livre à l’atelier, ce qui ne favorise guère la pratique religieuse. On veut se mettre au niveau des Japonais, et il arrive qu’on en prend plutôt les défauts que les qualités.
« En province par contre, là surtout où les fidèles sont groupés, la vie chrétienne devient de plus en plus intense. C’est ainsi qu’à Ryongsomak, M. Chizallet a, chaque dimanche, 80 confessions ; au premier vendredi de chaque mois, 160 ; aux grandes fêtes, il peut à peine suffire à entendre tout son monde. Le jour de Pâques, il avait 650 communions.
« Même ferveur à Tjyanghoouen, chez M. Bouillon. Aux 600 chrétiens groupés de ce centre, il a distribué 26.100 communions dans l’année. Grâce aux écoles, tous les enfants savent lire ; l’instruction même gagne les parents qui prennent goût à la lecture de notre petite Revue, et entretiennent ou complètent ainsi leur instruction religieuse. Dans ce district de près de 3.000 chrétiens, la Revue compte un abonné sur 12.
« A Kongsyeitji, où sont groupés plus de 500 catholiques, M. Devise constate la même bonne volonté, il y compte 33 abonnements, et chaque quinzaine on attend avec impatience l’arrivée de la Revue. Pour promouvoir davantage encore l’instruction religieuse de ses fidèles, ce confrère a établi une réunion mensuelle de tous les chrétiens sans distinction. Une dizaine d’instituteurs ou d’institutrices sont chargés d’un groupe, à qui ils font étudier et réciter le catéchisme en donnant les explications convenables.
« A Ouensan, M. Poyaud obtient, à peu près toute l’année, l’assistance de ses chrétiens à la messe quotidienne. C’est dire que les communions de dévotion y sont relativement nombreuses.
« A Hpyengyang, M. Le Merre se félicite également de la ferveur de ses paroissiens amenés comme insensiblement à la communion fréquente. L’exemple des Sœurs de l’école y a beaucoup contribué.
« A Tjairyeng, M. Mélizan note comme marque spéciale de son poste les baptêmes in extremis. Il en compte 28 pour l’année. Même des protestants font appeler le catéchiste catholique a moment de la mort. Une chrétienne, qui pendant trois jours s’était installée près d’une vieille abandonnée, la baptisa et fut félicitée de son dévouement par le sous-préfet. Le magistrat lui donna même un yen en récompense ; celle-ci apporta la pièce au missionnaire en demandant une messe pour la défunte.
« Malgré l’épée de Damoclès suspendue sur les écoles professionnelles, nous continuons à profiter du délai qui nous est laissé, préparant le plus possible la transformation que la loi exige. De ces écoles, celles des filles nous donnent généralement plus de consolation. Et là où, comme à Chemulpo, l’élément païen est considérable sinon prédominant, elles sont un excellent moyen de faire pénétrer la foi dans des familles qui, sans cela, seraient restées dans les ténèbres du paganisme.
« A l’école industrielle des PP. Bénédictins, les circonstances ont amené une diminution forcée dans le nombre des élèves qui sont seulement 30 cette année.
« Diminution aussi dans le nombre des enfants des deux orphelinats de Séoul et Chemulpo, dirigés par les Sœurs de Saint-Paul de Chartres. La réduction des allocations de la Sainte-Enfance n’en est pas la seule cause. Alors qu’autrefois l’admission des enfants était absolument libre et facile, elle est soumise aujourd’hui à des réglementations de police, qui la rendent laborieuse et parfois impossible.
« Notre séminaire de Ryongsan a perdu un de ses professeurs, notre cher M. Guillot, tué à l’ennemi. Pour le remplacer, et aussi pour venir au secours de M. Guinand, resté seul pendant deux ans à la tête de la maison, j’y ai appelé à la dernière renttée, un de nos prêtres coréens. Et ainsi il a été possible de recevoir la section des philosophes et théologiens, que nous avions dû laisser toute une année dans leurs familles. Mais impossible encore de songer à une rentrée de nouveaux ; il nous faut attendre le retour de nos chers mobilisée. Nous sommes tellement à court de personnel que, pour remplacer dans son district le prêtre appelé au séminaire, j’ai dû redemander à Mgr Demange un autre de nos prêtres, que j’avais laissé à sa disposition depuis la division.
« Le Kanto, situé en pays chinois, garde toujours une physionomie spéciale. Il nous a donné cette année 229 baptêmes d’adultes, et sa population chrétienne est de 5.891 âmes. M. Curlier y est toujours seul avec un prêtre coréen. Les quelques extraits de son compte rendu, par lesquels je terminerai le mien, donneront une idée de son ministère.
« A Kyotong habite une famille Hoang, composée de 22 personnes. Grâce à un travail « persévérant, ces braves gens ont acquis une certaine aisance en cuisant des tuiles qu’ils « envoient à Ryongtjyeng. L’année dernière, au retour de la retraite, en passant devant leur « maison, jamais je n’aurais pensé que dans quelques mois ils viendraient se ranger sous ma « houlette. C’est cependant ce qui est arrivé. Au commencement de l’automne, une personne « de cette famille tomba malade. Visitée par les chrétiens, qui lui parlent de la religion et de la « nécessité de sauver son âme, elle croit de suite, et bientôt après, ayant reçu le baptême, elle « meurt dans des sentiments admirables de foi et d’abandon à la divine Providence. Les « chrétiens du village se réunirent pour lui faire de magnifiques funérailles. Ce fut le coup de « grâce pour les autres membre de la famille. De suite, ils détruisirent tous les objets « superstitieux qui se trouvaient chez eux, et se mirent à l’étude des prières et du catéchisme « avec tant d’ardeur, qu’en quelques mois, il y avait cinq membres de la famille, entre autres « le chef, vénérable patriarche de 91 ans, qui étaient baptisés et confirmés. Comme ils sont « encadrés au milieu de chrétiens fervents, je n’ai aucune inquiétude sur leur persévérance.
« Tout près de Samouenpong, habite une famille venue des environs de Séoul. Le chef, « nommé Pak, avait commencé à étudier la religion ; mais sa femme ne voulait pas en « entendre parler. Le catéchiste Célestin Kim, qui était chargé de la conversion de cette « famille, ne se laissa pas rebuter par quatre refus consécutifs qu’il essuya de la part de la « maîtresse de maison ; enfin, la cinquième fois, il réussit à obtenir le consentement de cette « femme, qui se mit aussitôt à l’œuvre avec d’autant plus d’application qu’elle avait mis « d’obstination à refuser la grâce. En vingt jours, elle avait appris les douze prières et le « catéchisme ; et maintenant elle est baptisée, confirmée ; elle connsaît les prières du matin et « du soir et celles du rosaire. Comme elle est très intelligente, j’espère qu’elle fera de la « propagande auprès de ses connaissances.
« Mais si le bon Dieu donne des grâces de choix à ceux qui viennent à lui de tout leur « cœur, il punit aussi quelquefois d’une manière sensible ceux qui après l’avoir connu « l’abandonnent. C’est ce qui est arrivé à deux chrétiens venue de Ouensan, et qui ont habité « ici plusieurs années. Après avoir scandalisé les chrétiens par leur mauvaise conduite, ils « prirent le parti de quitter le pays.
« L’un s’en alla à Tchyengtjin, laissant ses livres et objets de piété ; mais, à peine arrivé, il « fut atteint d’une maladie contagieuse et mourut. Les Japonais brûlèrent son cadavre. L’autre « mourut après deux jours de maladie, daais une maison païenne, sans même avoir auprès de « lui, pour l’assister et le consoler au moment suprême, sa femme qu’il avait laissée, et dont la « conduite m’a causé de nombreux soucis.
« La proximité de la Sibérie est pour le missionnaire du Kanto la cause de beaucoup « d’ennuis. Au moment de la visite, à n’importe quelle époque, il y a toujours un certain « nombre d’absents. Quand on a des dettes et que le créancier en réclame le paiement, pour se « soustraire à ses importunités, on s’en va en Sibérie. Si un père gronde trop souvent son fils « pour sa paresse ou autres défauts, celui-ci s’en va en Sibérie y vivre à sa guise. Quand on « n’a pas d’argent pour acheter ou cultiver des terrains, on s’en va en Sibérie, sans se « demander comment femme et enfants vivront en l’absence du chef de famille. On peut se « faire une idée des inconvénients graves qui résultent de ces exodes trop fréquents. »

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