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Rapport annuel des évêques

Année: 1916
Pays: Corée du Sud
Mission: Taikou
Rédacteur:Mgr Demange

II. — Taikou

Population catholique 28.963
Baptêmes d’adultes 902
Baptêmes d’enfants de païens 1.317
Conversions d’hérétiques 4
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« Avec cet exercice, écrit Mgr Demange, la mission de Taikou achève sa cinquième année d’existence. Les préoccupations matérielles ont inévitablement tenu une grande place dans ces débuts. Des secours généreux, sur lesquels on ne pourrait plus compter désormais, et pour longtemps, ont permis d’installer rapidement les bâtiments nécessaires aux œuvres générales. Pour l’évangélisation, nous avons obtenu des résultats progressifs jusqu’à la fin de 1914, qui constitue un sommet d’où nous descendons. La guerre nous a atteints, comme toutes les missions du reste, dans le personnel et les ressources. Quelques initiatives qui, bien qu’embryonnaires encore, s’efforçaient de parer à des difficultés inconnues autrefois, ont dû être ajournées, alors que les difficultés, elles, ne l’étaient pas.
« Les baptêmes d’adultes, nous dit notre doyen, M. Achille Robert, sont, en nombre, un « peu inférieurs à ceux de l’année précédente. Cette diminution est dûe, je crois, à « l’immigration japonaise qui s’accroit chaque année. Les nouveaux venus, en majorité « sceptiques, n’ayant guère de culte que celui de leur Empereur, ne laissant pas supposer, par « leurs exemples, qu’il y ait une corrélation entre la régularité des mœurs et la civilisation, « n’aideront pas à incliner les esprits vers la recherche d’un idéal supérieur aux jouissances « terrestres. »
« La jeunesse des écoles ressent plus que le reste de la population les effets de l’esprit nouveau, et se dérobe à l’influence religieuse.
« Je n’ai pas d’action sur les jeunes gens qui fréquentent les écoles publiques, écrit un « prêtre indigène ; ils y puisent moins de science que d’esprit frondeur, protestant et « rationaliste, avec la conviction dominante que le but de leurs études doit être de leur « procurer le moyen de bien vivre sans travailler. » Et un autre prêtre indigène ajoute : « Tous « les jeunes gens qui étudient espèrent une dignité. S’ils en obtiennent une, ne fût-ce que celle « de policeman, ils deviennent ennemis de la religion. »
« Or, sous le rapport des œuvres d’éducation, les nouvelles lois nous désarment : leur fondement, comme leur raison d’être, est le dogme clairement énoncé de la laïcité de l’enseignement. Le législateur japonais, persuadé que c’est le dernier mot du progrès, veut séparer absolument la religion de l’éducation, et ce que le législateur japonais veut, il le veut bien.
« A Taikou, les deux écoles, par suite de circonstances qu’il est permis d’appeler exceptionnellement favorables, peuvent s’accommoder à peu près de ce régime ; elles prospèrent, et on a dû songer à des agrandissements. Ailleurs, missionnaires et chrétiens sont presque découragés, en présence des difficultés de toutes sortes qu’ils rencontrent pour soutenir des écoles, dont fout enseignement chrétien étant absolument banni, les résultats indirects leur paraissent aléatoires et sans proportion avec les sacrifices pécuniaires exigés.
« Un catéchiste expliquait à M. Peschel la difficulté actuelle des conversions en ces termes : « A présent, les bonzes qui autrefois ne s’occupaient que d’eux-mêmes montrent « beaucoup de zèle, excités par les Japonais qui ont pris la direction de certaines bonzeries « dont ils font des centres de propagande. Déconsidérer les missionnaires étrangers semble un « des principaux buts de leurs conférences, et leur thème ordinaire est celui-ci : L’Europe est « en ce moment une boucherie, elle souffre plus que jamais aucun peuple en aucun temps n’a « souffert. Or quelle est la religion de ces peuples qui s’entre-déchirent ainsi ! Il y en a deux « qui sont toutes deux chrétiennes : le catholicisme et le protestantisme. Vous voyez donc « clairement qu’aucune de ces deux religions n’est bonne et ne peut donner le bonheur au « monde. »
« La masse des Coréens n’a peut-être pas la sagacité suffisante pour saisir ce raisonnement, mais il lui en faut moins pour remarquer que les représentants de l’autorité pratiquent tous personnellement le shintoïsme. Par lui, ils expriment leur loyalisme à la famille impériale. Sans lui, on peut difficilement, à leurs yeux, être bon patriote, aussi s’efforcent-ils de fe faire pratiquer par tous, renouvelant, à chaque événement un peu considérable, pour nous, nos écoles et nos fidèles, les difficultés de la vieille question des rites. Le peuple voit aisément que, en dehors du shintoïsme, les préférences des autorités sont pour les religions nationales, pour le bouddhisme, et, dans le christianisme, pour les sectes protestantes qui se sont séparées des étrangers, et ont un personnel enseignant exclusivement indigène. D’autre part, bien que ce résultat n’ait certainement pas été voulu, l’application de la nouvelle loi sur la propagande religieuse nous met souvent, aux yeux des indigènes, dans la situation de suspects. En Corée, pas plus qu’ailleurs, on n’est incliné à fréquenter les maisons dans lesquelles se multiplient les descentes de police et, par ailleurs, bien que la presque totalité des fonctionnaires soient corrects, la plupart même bienveillants avec les missionnaires français, les policiers inférieurs, dans leurs rapports avec nos catéchistes ou nos chrétiens, ont parfois une attitude tracassière, véritable épouvantail pour les infidèles qui se sentiraient inclinés vers nous.
« Avec des difficultés croissantes et des moyens de plus en plus réduits, nous ne nous étonnons pas d’avoir recueilli près de 200 baptêmes de moins que l’an dernier, n’atteignant plus le millier. Sans trop nous effrayer encore, puisque notre population catholique a augmenté de 1.120 personnes depuis le dernier exercice, nous nous attendons à un ralentissement dans les conversions, jusqu’à ce que le nombre des ouvriers apostoliques et les ressources indispensables nous permettent une action positive et spéciale, en vue de la propagande, dans les conditions plus restreintes où nous place la législation du pays.
Pour l’administration des 28.963 chrétiens, dont grâce à Dieu, 951 seulement ne sont pas pratiquants, dispersés dans 396 stations la plupart éloignées, il ne reste, 3 missionnaires étant occupés au séminaire et à la procure, que 10 prêtres français et 4 prêtres coréens ; 560 adultes en santé ont cependant été conduits, bien préparés au baptême, pendant le dernier exercice, et en dehors des sacrements annuels, plus de 51.000 confessions ont été entendues, et près de 160.000 communions distribuées. Le soin des chrétiens empêche de s’occuper davantage, et comme on le voudrait, des infidèles.
« C’était pour une action de ce genre que des catéchistes ambulants avaient été créés ; leur nombre n’a pu augmenter. Voici ce que dit des siens le provicaire. M. Vermorel : « Mon « ancien catéchiste ambulant étant déjà vieux et souvent malade, j’ai dû le remplacer par deux « autres auxquels j’ai partagé le district. Pour qu’il puisse remplir sérieusement son office, le « catéchiste ne doit pas être pressé de rentrer chez lui, et il ne peut guère voyager que l’hiver, « époque où les travaux étant impossibles, les agriculteurs ont le loisir d’écouter parler de « religion. Mes deux catéchistes ont parcouru en tout sans la partie qui leur avait été assignée. « Je suis content de leurs services. »
« Si la Conversion des païens, qui est le troisième but de notre Société, devient plus difficile, les deux autres, la création d’un clergé indigène et la formation chrétienne des néophytes nous donnent plus de consolations et de confiance.
« Le séminaire, après les éliminations pour insuffisance de moyens qui ont lieu les premières années, conserve 50 élèves, et ne descendra pas vraisemblablement avant la prochaine rentrée triennale au-dessous de 45. Quand nous nous rappelons que, à la même époque, il y a cinq ans, nous n’avions que 6 petits latinistes, et quand nous prévoyons le changement de situation dans lequel cette œuvre nous mettra dans une dizaine d’années, nous remercions Dieu, et prenons mieux en patience les difficultés présentes.
« Au sujet de la formation chrétienne des néophytes, les missionnaires se disent satisfaits. Les stations dans lesquelles le Père réside la plus grande partie de l’année constituent des paroisses, non seulement bonnes, mais ferventes. Dans les autres, on s’efforce de suppléer à l’absence de prêtre par une utilisation convenable des catéchistes, et un groupement moral plus intime des fidèles ; car, ainsi que le remarque très justement M. Tourneux : « Là où les « chrétiens sont groupés, là sont les meilleures stations : les dimanches et les fêtes sont bien « observés, les enfants bien instruits. On sent la vie chrétienne, malgré certaines petites « misères. Les stations où les chrétiens sont disséminés, sont généralement inférieures. »
« Dans ce but, les chrétiens ont été très fortement excités à construire des oratoires, permettant les réunions du dimanche, et j’admire la bonne volonté qu’ils ont mise à répondre, malgré leur pauvreté, aux désirs de l’évêque et des missionnaires. Nos églises ou chapelles sont actuellement au nombre de 45, contre 19 que possédait la mission il y a quatre ans : « Aussi, dit le P. Joseph Kim, l’observation du dimanche a gagné beaucoup, par suite de la « possibilité de se réunir. Autrefois, on récitait bien chacun chez soi les prières supplétives, « mais cela fait, il était difficile de passer utilement la matinée. Plusieurs n’ont pas de livres ; « beaucoup ne savent pas lire ; aussi souvent devançait-on l’heure à laquelle il est permis de « travailler. En tous cas, l’âme tirait en général peu de fruit de ce repos du corps. A présent, la « matinée se passe à la station, les explications de doctrine, lectures et causeries du catéchiste « sont une source d’instruction et de réconfort pour ces pauvres chrétiens dont la plupart ne « voient le Père que deux fois par an. Grâce à l’oratoire, une grande famille se retrouve tous « les dimanches, et ce jour est vraiment le jour du Seigneur. »
« La visite pastorale, comme je l’ai constaté cette année, où elle s’est faite dans la province extrême nord de la mission, celle qui possède le plus d’oratoires de ce genre, est beaucoup plus aisée et fructueuse que dans les chrétientés où, empruntant une maison particulière, l’évêque ne peut avoir un auditoire nombreux qu’en faisant ses instructions en plein air. Cela est souvent impossible par suite du mauvais temps, et toujours pénible pour l’orateur et les auditeurs, quand le thermomètre marque plusieurs degrés au-dessous de zéro.
« Et les bons effets de la « mission » qu’est la visite pastorale font désirer que, à tous points de vue, elle se passe bien. Assez habituellement, le missionnaire tâche de conduire l’évêque dans celles de ses chrétientés qui ont plus besoin d’être excitées. Les conséquences sont régulièrement heureuses : « J’espérais, écrit M. Saucet, de bons résultats de la visite de « Votre Grandeur dans les deux districts qu’Elle a visités à l’automne, et je n’ai pas été déçu. « Au printemps, je suis allé à Saipangkol, et j’ai constaté que les enfants avaient fait des « progrès considérables en quelques mois. »
« Je citerai, en terminant, une partie des rapports de deux confrères, dont le ministère est spécial.
« Parlant de ses Japonais, dispersés dans 12 stations sur toute l’étendue du Vicariat, M. Claudius Ferrand écrit : « Dans le courant de l’année, 54 chrétiens ont quitté la mission, la « plupart pour retourner au Japon ; 6 ont quitté la terre pour le ciel, ce qui porte le nombre des « partis à 60. D’un autre côté, il est arrivé 67 nouveaux immigrants ; en ajoutant à ce chiffre « les 20 baptêmes d’enfants et d’adultes, cela fait 87 nouvelles recrues. Le total des « catholiques connus est de 328. Sur ce nombre, 32 ne pratiquent pas. La grande partie est non « seulement bonne, mais fervente. Mes visites sont attendues avec impatience, accueillies « avec une joie visible, et tous s’approchent chaque fois des sacrements avec ferveur. Mais si « mes chrétiens me donnent des consolations, les paîens se chargent de faire contrepoids. Il « semble que, plus nous allons, plus la conversion d’un Japonais devient difficile. Com bien « ils sont nombreux ceux que mon catéchiste de Fusan, un saint homme bien zélé, a mis sur le « chemin de la lumière ! Combien sont venus jusqu’à la porte et qui s’en sont retournés ! « Combien me promettent de venir et ne viennent pas ! Les protestants, d’après ce que « j’entends dire, ne sont pas plus favorisés que nous. »
« Grâce à des générosités qui lui restent fidèles, M. Ferrand a établi sur le terrain de l’évêché, à Taikou, une mission japonaise, et y entretient un catéchiste instruit et zélé ; il espère que l’avenir justifiera les espérances qu’il fonde sur cette œuvre nouvelle. J’ajonterai qu’il a su intéresser à nos œuvres une dame américaine, dont une offrande nous a en partie aidés à installer, dans un endroit plus central au point de vue des Coréens, la mission coréenne de Fusan. Une petite église très convenable, dont le docker s’aperçoît de tout le port, a remplacé la trop modeste maison qui, depuis 1899, servait de chapelle unique pour cette grande ville. Maintenant, aux deux extrémités du port, les fidèles japonais, en quartier japonais, et les fidèles coréens, en quartier coréen, ont leur chapelle et leur missionnaire.
« M. Taquet est chargé de toutes les îles de l’archipel sud-ouest de la Corée. Son ministère est très dur, par suite de l’aléa des voyages dans des barques coréennes qui manquent à peu près de tout, et qui, peu capables de tenir la mer par un vent fort, obligent à des séjours prolongés dans les chambres sordides des auberges. De plus, ce district est, de toute la mission, celui qui offre le moins de consolations, et le mode d’administration usité ailleurs ne saurait lui convenir. Or, si le mode ordinaire est très fatigant, il est plus aisé de s’y faire qu’à la longue inaction de séjours prolongés dans des maisons d’emprunt. Il faut, pour réussir dans ce ministère, une dose peu ordinaire de calme et de patience que rien ne démonte. M. Taquet, heureusement, est de nous tous le mieux doué sous ce rapport.
« Je crois, dit-il, qu’il faut être aussi indulgent que possible avec ces pauvres insulaires, qui « pèchent plus par ignorance que par mauvaise volonté. Leur état d’esprit est étonnant ; vous « vous épuisez à leur inculquer une vérité ; ils la comprennent, l’admettent, et deux jours « après, ils agiront contrairement à ce qu’ils ont admis. Ce n’est pas mauvaise volonté, ils « savent sans savoir : la vérité a pénétré leur esprit sans aller jusqu’à leur cœur, et sans « pouvoir régler leur conduite. Ce qui leur a manqué c’est un contact suffisant avec un « missionnaire qu’ils aient eu le temps de connaître. De la doctrine, ils n’ont attrapé que « quelques bribes. Il faudrait des catéchistes, hommes et femmes, instruits, zélés, et bien « payés. J’entends par là des catéchistes ambulants, car, pour cette œuvre, les catéchistes « résidents des stations, néophytes trop peu instruits eux-mêmes, ne suffisent pas. Il faut que « le missionnaire fasse sa tournée en automne et pas en hiver, saison trop dure pour voyager « en barque et passer de longs jours dans les auberges. Il faut enfin qu’il sache rester « longtemps dans chaque station, même en n’ayant que quelques sacrements à donner chaque « soir, pour que les chrétiens, qui habitent les îles et les îlots voisins, puissent être avertis et « aient le temps de venir, puis, retournant chez eux, qu’ils envoient ceux qui ont gardé la « maison. Il y a quelque chose à faire ; mais il en coûtera du travail, de l’argent et bien des « désillusions, pour faire de ces jolies îles un bon district. »


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