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Rapport annuel des évêques

Année: 1917
Pays: Corée du Sud
Mission: Taikou
Rédacteur:Mgr Demange

II. — Taikou

Population catholique 29.374
Baptêmes d’adultes 725
Baptêmes d’enfants de païens 1.258
Conversions d’hérétiques 4
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« Bien que certains districts soient en progrès pour la conversion des païens, écrit Mgr Demange, dans l’ensemble le chiffre des baptêmes d’adultes a subi un fléchissement. Il faut constater du reste que la ligne descendante commencée en 1915 se prolonge dans la même direction.ll nous faudra pour remonter, sortir de la situation presque uniquement défensive à laquelle nous réduisent, par contre-coup, les événements d’Europe. L’œuvre d’évangélisation s’en trouve affectée, et pour longtemps peut-être au triple point de vue du personnel, des ressources et d’une évolution qui n’a rien de favorable dans la mentalité indigène.
Nous nous efforçons de conserver les œuvres existantes ; une seule a pris un vrai développement, la plus essentielle, l’œuvre du clergé indigène. Etablies avant la rentrée, les statistiques ne signalent que 45 séminaristes ; dans quelques jours nous en aurons plus de 70. C’est l’espoir fondé d’un avenir meilleur, espoir que les plus optimistes n’escomptaient pas au début de la mission, il y a six ans.
La perte d’un prêtre indigène que j’ai dû rendre à Mgr Mutel, ajoutée au vide fait d’abord par la mort d’un missionnaire, puis par le départ sous les drapeaux de son remplaçant, nous a obligés à un recul stratégique, qui, comme d’autres de même nom, est un recul forcé et désastreux. L’île de Quelpaert, évangélisée depuis 16 ans par deux missionnaires, a dû être abandonnée, et son école florissante, tenue par les religieuses, fermée. M. Taquet, titulaire de Mokpo, va visiter deux fois par an les chrétiens de la grande île, en attendant le jour, vraisemblablement lointain, où les deux presbytères retrouveront des curés. « Pour Quelpaert, écrit ce confrère, le district de Hongno est à peu près dans le même état qu’il y a quelques années ; peut-être pourrais-je l’an prochain rattraper une ou deux familles perdues. Quant au district de la ville, il a souffert beaucoup depuis le départ de M. Lacrouts. Il me faudra encore une ou deux administrations avant de savoir à peu près à quoi m’en tenir. En tout cas, il ne faut pas se dissimuler que là comme partout où on a enlevé le père, il y aura bien des pertes à déplorer. »
A cinq heures de chemin de fer de Mokpo se trouve le plus proche voisin de M. Taquet, M. Mialon. « Cette année, dit-il, comme les précédentes, l’administration a été faite tant bien que mal, plutôt mal que bien, faute de temps. » Il doit se multiplier pour assurer le service religieux des nombreuses ouailles de M. Peynet, aussi regrette-t-il de ne pouvoir répondre au désir de tous pour les sacrements de dévotion.
Deux prêtres indigènes travaillent dans la même province, et, pour un des deux, chargé de deux districts dans la partie la plus montagneuse du vicariat, le ministère est très pénible. Ces deux prêtres zélés et expérimentés constatent que le temps n’est pas aux conversions, mais heureusement pas non plus aux défections. Les chrétiens très fervents sont nombreux, la majorité est bonne, et la plupart des tièdes ne sont tels qu’à cause des difficultés matérielles qui, généralement, n’entament pas leur foi.
M. Louis Lucas est heureux d’enregistrer 35 baptêmes d’adultes bien instruits dans un district où auparavant le nombre de 20 était rarement dépassé. « Cette augmentation, écrit-il, paraît être due, après la grâce de Dieu, au zèle des catéchistes ; et ce zèle paraît lui-même avoir sa source dans la retraite annuelle de ces précieux auxiliaires. Les chrétiens de ce district, ajoute-t-il, étant très peu mêlés aux Japonais, ont plus de facilité à conserver leur foi. »
Le rapport du P. Provicaire termine le compte rendu des travaux de cette province : « Votre Grandeur ayant fait cette année la tournée pastorale dans le district de M. Lucas et le mien, aura, je n’en doute pas, constaté un progrès sérieux sur la visite précédente relativement à l’instruction religieuse des chrétiens en général, et des enfants en particulier. » En effet, les 2.691 chrétiens de tout âge qui, dans les huit grandes stations visitées, ont récité la lettre du catéchisme, et répondu aux questions de doctrine que je leur posais, m’ont rendu sensible un progrès considérable.
A l’extrémité sud des deux provinces orientales, le P. Etienne Kim a succédé au P. Pierre Kim, retourné à Séoul. Il a trouvé un bon district qu’il s’est efforcé d’améliorer encore. Son école est devenue l’école officielle et unique de l’important marché de Sotchon, et, par suite, le nombre des élèves païens s’en est considérablement accru. Il se plaint des difficultés créées aux chrétiens par les fonctionnaires locaux qui, multipliant les collectes prétendues volontaires, pour l’érection de temples shintoïstes, n’admettent pas que les chrétient refusent d’y participer.
« Une des joies de l’année, écrit M. Bermond, titulaire du district dont la résidence est au port militaire de Masampo, est l’augmentation du nombre des baptêmes d’enfants de païens à l’article de la mort. Sur 158 enfants ainsi baptisés, 138 sont partis pour le ciel. Beaucoup de chrétiens ont reçu des félicitations pour leur zèle à baptiser ces petits moribonds. Les abonnés à la Revue ont aussi beaucoup augmenté ; en deux ans le nombre en est passé de 33 à 96, et cela sans exhortations spéciales de ma part. » Notre confrère signale beaucoup de demandes d’entrée au couvent faites par ses jeunes chrétiennes. Parmi elles il y a certainement des vocations sérieuses. Pourquoi faut-il que nous soyons obligés de ne pas les encourager !
Cette année a vu l’installation définitive de la mission coréenne dans le quartier du grand port méridional nommé Fusanjin. « Les chrétiens et même, il faut le dire, le Père, écrit M. Peschel, n’étaient pas sans inquiétude sur les effets de cette translation. Ces inquiétudes étaient sans fondement et il y a lieu, au contraire, de nourrir de nouvelles espérances pour l’avenir du poste. » L’éclosion de nombreuses vocations pour le séminaire, l’érection de trois nouvelles chapelles pendant cette seule année dans ce district, le succès d’une petite école commencée dès les débuts de la translation, et qui a vu le nombre de ses élèves passer de six à quarante, l’assiduité d’un auditoire encore restreint mais intéressant et persévérant aux conférences apologétiques que notre zélé confrère fait tous les dimanches dans le local de l’école, l’adjonction aux exercices du dimanche d’un catéchisme général qui complète les instructions de l’homélie de la messe, tout cela justifie l’optimisme de M. Peschel et est déjà une récompense de son activité. Il pense commencer dans le courant du prochain exercice un petit bulletin de district qui continuera celui que publiait. M. Julien avant son transfert au séminaire.
Terminons cette revue par la province de Taikou. Le nord est évangélisé par M. Tourneux et le P. Joseph Kim, le sud par M. Robert et M. Saucet, ce dernier ajoutant à l’aide qu’il donne au curé de la cathédrale la charge du district sans titulaire de Yengtchyen.
Le district de M. Tourneux reste vraiment bon. Il aurait un accroissement assez considérable si les émigrations (97 départs pour ce seul exercice) ne neutralisaient pas l’augmentation due aux baptêmes d’adultes et à l’excédent des naissances sur les décès.
Le district du P. Joseph Kim est celui qui a le plus progressé. Il n’est pas téméraire d’en trouver la cause dans les voyages continuels qu’il s’impose. Ils lui sont facilités par les nombreuses chapelles érigées à des endroits bien choisis, dans lesquelles il réside sans être à la charge des fidèles et peut donner également ses soins aux chrétiens et aux catéchumènes de toutes ses stations. Multiplier ces chapelles c’est vraiment multiplier le missionnaire. Quatre-vingts lecteurs de la Revue publiée à Séoul : ce chiffre dit beaucoup pour qui connaît ces montagnards auxquels les nécessités de la vie ne laissent guère de loisirs.
Le cher M. Saucet a failli nous quitter pour aller chercher au ciel une récompense prématurée. Le docteur japonais nous avait signifié la chose, se reconnaissant impuissant devant trois nouvelles maladies qui étaient venues se greffer sur une pleurésie d’autant plus grave qu’elle n’était pas la première. Un exprès m’apportait la triste nouvelle en pleine visite pastorale. J’en ai causé, et avec moi les religieuses et les fillettes de la belle école du Père, à Notre-Dame de Lourdes. Et la bonne Mère qui comprend toujours si bien ce qu’il faut à la petite mission qui s’est confiée à elle, a compris que ce n’était guère le moment de le laisser partir : le dernier jour d’une neuvaine, le père était sauvé.
« Le P. Robert, dit-il, a administré les sacrements annuels à 235 de mes ouailles, pendant que je gardais la chambre ; ce n’est qu’à l’approche du printemps que j’ai pu visiter mes chrétientés que je n’avais pas vues depuis une année complète. Je me suis facilement rendu compte qu’une administration supprimée est cause de grands dommages spirituels. » M. Saucet déplore, comme tous les missionnaires du sud de la Corée où régulièrement les naissances de filles sont plus nombreuses que celles des garçons, les pertes qu’occasionnent les mariages, la fiancée en Corée entrant complètement dans la famille de son mari, et se trouvant dans l’impossibilité de pratiquer si celle-ci est païenne.
A Taikou les écoles marchent bien, et celle des garçons, depuis sa réorganisation, donne à M. Robert de grandes consolations. Je me hâte de dire que ces résultats ne doivent pas nous faire illusion sur nos possibilités au point de vue des œuvres d’éducation : ces écoles du centre de la mission et les quelques autres dont je constate les progrès sont des exceptions ; bien que nous ayons un petit excédent d’élèves sur l’an dernier, nous sommes loin d’atteindre des chiffres qui soient en proportion avec celui de notre population totale.
M. Ferrand n’a pas que des consolations avec les immigrants Japonais dont il voudrait faire des élus. Son catéchiste de Taikou a fait défection, et les païens désireux de se convertir sont rares. Heureusement, pour son petit troupeau fidèle, il n’a que des actions de grâces à rendre. Il a ramené 18 chrétiens tièdes, donné abondamment les sacrements de dévotion, et bien préparé au baptême 18 catéchumènes qui grossissent sa chrétienté répandue dans tout le Vicariat.
Les Sœurs de Saint-Paul-de-Chartres continuent avec zèle et patience leur œuvre, encore restreinte à l’orphelinat, attendant comme moi le moment où la Providence nous permettra de donner à leur établissement un plus grand développement.
Six années ont passé sur l’œuvre de la Jeunesse catholique dont s’occupe personnellement l’évêque de Taikou ; c’est dire que son existence s’est rendue indépendante de l’enthousiasme fragile qui, très souvent ici, accompagne les débuts de toute initiative. Elle est bien assise, et au printemps j’ai inauguré chez notre vénérable provicaire une succursale. J’espère que ce ne sera pas la dernière.
Pour résumer en quelques mots l’impression qui se dégage des rapports des missionnaires et des prêtres indigènes, je dirai que la note « confiance quand même » domine. La ferveur de l’élite, une meilleure instruction des enfants justifient la note définitive d’optimisme et sont la preuve du travail des ouvriers apostoliques. »



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