| Année: |
1919 |
| Pays: |
Corée du Sud |
| Mission: |
Séoul |
| Rédacteur: | Mgr Mutel |
CHAPITRE II
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Groupe des Missions de Corée
et de Mandchourie
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I. — Séoul
Population catholique 58.945
Baptêmes d’adultes 1.293
Baptêmes d’enfants de païens 1.327
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L’exercice présent, écrit Mgr Mutel, se trouve comme encadré dans deux événements joyeux : l’armistice et le retour de nos missionnaires mobilisés. Nous avons fêté l’un et l’autre par nos actions de grâces. Le 17 novembre 1918, un Te Deum a été chanté dans la cathédrale, devant une magnifique assistance qui rassemblait avec nos chrétiens presque toute la colonie européenne de Séoul. Le 19 octobre dernier, nouveau service d’actions de grâces, plus intime que le premier, pour remercier Dieu du retour de nos confrères ; et deux jours plus tard, une messe de Requiem a été chantée pour les défunts de la guerre, plus spécialement pour ceux de notre Mission, MM. Boulo, Guillot et Meng.
De nos neuf mobilisés, huit seulement nous sont revenus. M. Bodin a dû demander au Sanatorium de Saint-Théodore, les douceurs de son climat, avant d’affronter les rigueurs d’un hiver en Corée, que sa poitrine affectée par les gaz ne lui permettrait pas encore de supporter.
Puisque j’en suis au personnel de la mission, je signalerai aussi le retour de M. Le Gendre, en France, pour le rétablissement de sa santé, et la mort d’un de nos plus jeunes prêtres coréens, le P. Joseph Kim, emporté par l’influenza en 1918, après un an seulement d’ordination.
Un autre vide dans nos rangs ne sera que momentané. Un de nos prêtres coréens, le P. Pierre Tchoi, a été emmené comme otage, le 19 juillet dernier, par une bande de brigands chinois qui ont pillé son village et saccagé sa chapelle de Tioyangha. Il s’agit de la région chinoise de Kanto ; c’est pourquoi j’ai eu recours à notre Consul de Moukden pour réclamer la protection de la France. Les autorités japonaises m’ont également promis leur appui ; de leur côté les chrétiens privés de leur pasteur se sont cotisés pour essayer de racheter le Père. Mais jusqu’à ce jour, tout a été vain, les brigands exigent une rançon tout à fait en dehors de nos moyens.
M. Curlier s’est ainsi trouvé seul dans cette région du Kanto, heureusement le retour des mobilisés m’a permis de lui envoyer un aide indispensable. M. Perrin a été désigné pour ce poste ; ses chrétiens, qui l’attendaient depuis cinq ans, l’ont vu partir avec beaucoup de peine, d’autant plus que je n’ai pu le remplacer auprès d’eux que par le provisoire du temps de guerre. Au Kanto, nous avons aujourd’hui près de 7.000 chrétiens très dispersés et que les circonstances portent à s’éloigner de plus en plus des postes déjà fondés. Cela rend très lourde la tâche de nos confrères, surtout tant que le P. Tchoi ne sera pas rendu à la liberté.
Voici quelques faits édifiants que je trouve dans le compte rendu de M. Curlier.
« A Nam-Kyotong, village perdu dans les montagnes, à 90 lys d’ici, habite une famille Rim composée de plus de vingt membres. Jusqu’à l’année dernière, le chef de cette famille n’avait jamais voulu entendre parler de religion, ni permettre à aucun de ses enfants et petits-enfants de l’embrasser ; et pourtant la famille de son frère aîné, baptisée depuis longtemps, pratique avec beaucoup de ferveur. Mais soudain, sa bru tombe malade et l’on essaye sans succès tous les remèdes connus. Sur ces entrefaites, un chrétien du village va la voir, l’exhorte, et déclare que le meilleur remède est de renoncer aux diableries et de mettre sa confiance en l’auteur de tout bien ; elle l’écoute avec attention, se laisse persuader de faire le signe de la croix, et remarque avec surprise qu’une amélioration très sensible se produit dans son état. Pendant que le chrétien lui parle de Dieu, elle n’éprouve aucune douleur, mais à peine a-t-il passé la porte qu’elle souffre de plus belle. Alors la malade le rappelle, et bientôt le beau-père et le mari, se rendant compte de ce qui se passe, quoique très sourds, promettent que toute la famille embrassera la religion. Et ce ne sont pas des promesses vaines, le vieux est totalement illettré, mais ses petits-fils, déjà pères de nombreux enfants, savent lire. Ils se procurent un livre de prières et un catéchisme. Le vieux fabrique des souliers de chanvre, les vend, et, avec le prix, achète de l’huile afin de pouvoir étudier bien avant dans la nuit. Tous ont si bien travaillé qu’à l’administration du printemps j’ai baptisé une dizaine de membres de cette famille : et le vieux m’a promis de réunir la chrétienté chez lui dès l’automne. Puisse le bon Dieu le récompenser de sa bonne volonté !
« Dans ce même village, pendant l’administration du printemps, deux nouvelles familles ont déclaré vouloir étudier la doctrine ; et, dans l’une d’elles, l’aîné de six frères, qui sait à peine déchiffrer le coréen, a réussi à apprendre à la perfection prières et catéchisme. Il est venu se faire baptiser quelques jours avant Pâques. Tous ses frères savent maintenant les douze prières et, l’automne venu, j’espère qu’il y aura bon nombre de baptêmes dans cette petite oasis. »
Des conversions aussi consolantes se font de plus en plus rares dans la Corée proprement dite. La situation politique du pays en est la principale cause, et, au printemps de cette année, le mouvement « pour l’Indépendance » qui a gagné l’ensemble du pays, car il était très populaire, n’a pas peu contribué à éloigner les esprits des préoccupations religieuses. Je dois dire pourtant que nos catholiques ont donné un bel exemple de fidélité au gouvernement établi, en se tenant à l’écart de ce mouvement. Les autorités l’ont d’autant mieux remarque qu’il constituait une exception, attribuable uniquement aux doctrines et à la discipline de la sainte Eglise
Dans le nord du Hamkyengto, où nous n’avons pas de chrétientés établies, deux stations avaient été créées par des potiers qui s’y étaient fixés ; mais, leurs affaires n’ayant pas réussi, M. Poyaud annonce que ces deux stations vont disparaître.
A Naihpyeng, résidence de M. Lucas la famille la plus notable avait jusqu’à ce jour résisté aux exhortations du missionnaire et aux exemples des chrétiens ; elle vient enfin de s’ouvrir à la foi par le baptême de ses membres.
Dans le nord du Hpyenganto, Enitjyon a été doté d’une résidence nouvelle et d’une belle église que j’ai eu la consolation de bénir le jour du saint Rosaire. La chrétienté se développe aussi d’année en année, elle compte aujourd’hui 651 baptisés.
Dans le Hpyenganto sud, M. Le Merre reste chargé des deux districts de Hpyengyang et Chinampo. Voici un trait de clairvoyance extraordinaire qu’il cite dans son compte rendu.
« A Chinampo, une vieille, qui avait été ondoyée sans avoir appris grand chose en fait de prières et de doctrine, tombe gravement malade, et sa bru, fervente chrétienne, me demande de lui donner l’extrême-onction. Je refuse, en alléguant le manque d’instruction, et retourne à
Hpyengyang. Deux mois après sans avertir personne, je me rends à Chinampo uniquement pour affaires temporelles ; or, le matin, la vieille, presque à l’agonie, avait dit à sa bru : « Fais le riz du Père qui arrive aujourd’hui, je vais recevoir l’extrême-onction. Comme j’arrivais à la mission, la petite-fille de la malade m’aperçoit et court prévenir sa maman, qui accourt près de moi : « Père, venez vite, s’écrie-t-elle, ma belle-mère se meurt ; je vous en prie, donnez-lui l’extrême-onction. » Je me lève et pars. Mais un petit-fils de la malade arrive tout essoufflé et nous apprend que sa grand’mère est morte. La bru est désolée ; je reste sans parole, confus et mécontent de moi. Le vent souffle en rafale, le froid est terrible ; je m’apprête à rentrer tout triste, quand tout à coup un cri se fait entendre au pied de la colline. « Grand’maman n’est pas morte, elle a recouvré ses sens, Père, vite, vite ! une voiture vous attend au bas de la montée. » Je pars en courant…. la voiture file à fond de train, le second petit-fils, à bicyclette, indique la route. J’arrive, la vieille râle…. Je l’interpelle, l’exhorte, elle me regarde fixement. Je fais les onctions… Jésus, Marie, la vieille exhale le dernier soupir. De très nombreux chrétiens sont là, avec la famille, et sourient étonnés, émus d’une joie sainte. — La malade, peu instruite mais âme de bonne volonté, disent-ils, aura été avertie par son ange gardien de l’arrivée du Père. J’ai vécu là un des bons moments de ma vie de missionnaire. »
L’an dernier, j’avais donné à M. Bouillon l’aide d’un prêtre indigène, qu’il m’a fallu lui retirer depuis ; mais, comme en vingt-cinq ans de ministère, il a réussi à porter à 3.300 âmes l’ensemble de son district, la charge devenait trop lourde pour ses forces affaiblies. Avec Tjynghoouen, qui compte 847 âmes, il garde les stations les plus rapprochées ; toute la partie sud du district a été répartie entre deux autres voisins.
Rongsyeitji a fêté, le 1er juillet dernier, les 25 ans de prêtrise de son missionnaire, M. Devise. Aux 500 chrétiens de la résidence s’étaient unis ceux des environs, et la chapelle s’est trouvée insuffisante pour contenir la foule. Il a fallu célébrer la messe en plein air. Missionnaires et prêtres coréens étaient venus également offrir leurs joyeuses félicitations au jubilaire, et la fête a été de tous points réussie. Après avoir doté son poste d’une résidence confortable, M. Devise, qui a déjà bâti la chapelle actuelle, songe à la remplacer par une église plus monumentale et plus vaste.
Nos chrétiens des grands centres sont plus éprouvés qu’ailleurs par les nouvelles conditions de l’existence. Le développement de l’industrie et le renchérissement de la vie forcent beaucoup de femmes et d’enfants à entrer dans les ateliers : ce n’est point fait pour entretenir ou développer la vie chrétienne. Aussi à côté de ceux que la fréquentation facile des sacrements entretient dans la ferveur, avons-nous le crève-cœur de voir s’accroître le nombre des tièdes. On n’a point perdu la foi ni même certaines pratiques religieuses ; mais les nécessités matérielles font oublier le chemin de l’église et la fréquentation des sacrements.
Notre jeunesse surtout nous donne beaucoup de soucis. Les écoles, fondées et entretenues à force de sacrifices par les missionnaires, ne sont pas elles-mêmes œuvres de tout repos. Notre but, en les fondant, est évidemment de pourvoir à l’éducation religieuse des enfants ; or la loi de laïcité du Japon a été promulguée aussi en Corée : défense d’enseigner la religion aux heures de classes dans les écoles, et, en dehors des heures de classes, défense de l’enseigner dans le local scolaire. Cependant, bien que cette loi existe depuis cinq ans, l’application stricte en ayant été reportée à dix ans, nous profitons encore de cinq années de tolérance, et nous continuons à enseigner catéchisme et prières à l’école. Mais, ce laps de temps écoulé, il faudra évidemment trouver autre chose.
Ces écoles, qui profitent à nos chrétiens, nous servent aussi de moyens de propagande, puisque 43 % des enfants qui les fréquentent sont païens ou catéchumènes. Il n’en résulte aucun danger pour la foi de nos enfants catholiques ; au contraire, beaucoup de leurs condisciples païens finissent par embrasser la foi et se faire baptiser.
Malgré les conditions précaires qui nous sont faites, M. Villemot, de la paroisse Saint-Joseph extra muros, n’a pas craint d’aller de l’avant, et, cette année, il a construit une école de garçons très bien aménagée. Celle des filles avait été reconstruite l’an dernier. J’ai eu la consolation de bénir solennellement ces deux écoles le 15 juin dernier.
« On est heureux, écrit M. Villemot, de toucher parfois comme du doigt la bonne influence de l’école. J’en citerai un cas qui a du moins le mérite de l’actualité, il concerne une fillette de quinze ans dont on vient à l’instant de m’annoncer la mort. Il y a huit jours, j’étais appelé près de la petite malade que je ne connaissais pas, sa famille vivant dans la tiédeur ; je croyais donc rencontrer une enfant ignorant tout de la religion. En fait, je trouvai une pauvre petite clouée sur son grabat depuis trois ans par d’horribles plaies aux jambes et au cou, et souffrant atrocement : elle avait toute sa présence d’esprit et me dit qu’elle avait fréquenté l’école des Sœurs durant quelques mois, et que, n’ayant pas oublié leurs leçons, elle connaissait bien le Jésus de l’Eucharistie. »
Le prix du riz ayant plus que triplé depuis deux ans, rend de plus en plus lourd, pour les Sœurs de Saint-Paul, l’entretien de leurs orphelinats de Séoul et de Chemulpo. On arrive pourtant à y pourvoir à force d’activité et de dévouement. A leurs œuvres ordinaires, les Sœurs joignent des classes de français qu’elles donnent aux enfants européens de la ville. Pour les encourager, le Gouvernement français vient d’allouer un secours de 1.500 francs à chacune des deux maisons.
L’année a été quelque peu laborieuse à notre Séminaire de Ryongsan, en raison du mouvement pour l’Indépendance qui, malgré toutes les précautions prises, y a monté quelques têtes. Des élèves de philosophie et de théologie semblent même y avoir perdu leur vocation et ont quitté le Séminaire. Aussi, par mesure disciplinaire, aucune ordination n’a eu lieu pendant l’année. Presque dès la rentrée, M. Devred est revenu à son poste, vide depuis cinq ans, et tout fait espérer que l’année prochaine rachètera amplement le déficit de celle-ci.
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