| Année: |
1919 |
| Pays: |
Corée du Sud |
| Mission: |
Taikou |
| Rédacteur: | Mgr Demange |
II. — Taikou
Population catholique 29.608
Baptêmes d’adultes 751
Baptêmes d’enfants de païens 1.125
Conversions d’hérétiques 3
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Le 13 octobre dernier, écrit Mgr Demange, a été inaugurée solennellement, à Taikou, une grotte de Notre-Dame de Lourdes, rappelant aussi complètement que possible celle de l’Apparition. Tout le clergé du Vicariat était présent, les prêtres indigènes se trouvant au complet — chose rare — avec les missionnaires. De très nombreux chrétiens, venus de tous les districts, se massaient sur la grande esplanade qui domine la ville. Favorisée par un temps splendide, la cérémonie fut très belle dans ses différentes phases ; ceux qui s’y trouvaient en conserveront certainement un souvenir durable, et le pèlerinage, ainsi commencé, donnera, tout permet de le croire, les meilleurs résultats.
En élevant cette grotte et en instituant ce pèlerinage, la jeune Mission rend un hommage de reconnaissance à Marie Immaculée qui, accueillant le vœu fait par le premier Vicaire Apostolique à son arrivée à Taikou, il y a sept ans, lui fournit, d’une manière qu’il regarde comme miraculeuse, le matériel nécessaire aux établissements centraux : séminaire, évêché et maison de retraite, couvent de religieuses, et à l’agrandissement de l’église devenue tout à fait insuffisante.
Que la bonne Mère nous montre la même protection pour les constructions spirituelles.
Peu de jours après, commençait l’épidémie d’influenza qui devait fortement sévir pendant presque tout l’hiver. Pendant ma visite pastorale dans certaines stations, cent personnes sur trois cents étaient alitées. Les morts ont été nombreuses. Dans plusieurs districts elles dépassent les naissances. Ce fait joint aux émigrations pour le Kanto, qui appartient à la Chine, quelques irrégularités de statistiques et l’habitude que nous avons en Corée, de ne plus faire figurer sur nos chiffres les chrétiens qui cessent de pratiquer pendant plusieurs années, tout cela a contribué à nous faire perdre 95 unités sur le total de l’an dernier Normalement nous devrions cette année dépasser 30.000
Les émigrations pour le Kanto sévissent maintenant comme une épidémie surtout dans le Sud de la Corée. Elles sont dues en grande partie à l’esprit nomade des Coréens, à la faiblesse de jugement du malade qui rend son lit responsable de ses souffrances ; mais elles sont dues aussi au désir d’échapper à l’administration japonaise, qui, bureaucratique à l’excès, a fait de la Corée le paradis des gendarmes et des policiers ; entre leurs mains les meilleures réformes deviennent odieuses, et ne sont appliquées que comme instruments de vexations.
Le mécontentement a éclaté à l’occasion des funérailles de l’ancien empereur, et une manifestation, organisée en vue d’obtenir un peu d’indépendance, n’a pas tardé à dégénérer, par suite des maladresses des uns et des autres, en collision sanglante. Il a fallu près de trois mois pour rétablir l’ordre ; et encore à présent un malaise subsiste. Le Gouvernement japonais étant le Gouvernement légitime, nos catholiques ont observé le, reddite quae sunt Caesaris Caesari ; ils n’ont pas pris part aux révoltes, mais ce n’a pas été sans difficulté ; car les sectes protestantes qui se trouvaient en tête du mouvement, n’ont pas manqué d’exploiter contre eux ce prétendu manque de patriotisme.
La surprise a été le sentiment dominant au Japon : on imprimait chaque année de si élogieux comptes rendus de l’administration de la terre d’empire, et, la liberté de la presse étant supprimée depuis dix ans, toute critique était si bien étouffée, que le mécontentement des Coréens fut une révélation. On semble avoir, dans les cercles gouvernementaux, la volonté de regarder désormais les choses, telles qu’elles sont, et le nouveau Gouverneur se propose de rendre réelles les promesses affichées, voici dix ans. Si, vraiment il doit en être ainsi, en ce qui nous concerne, il faudra supprimer la loi sur la Propagande religieuse, promulguée en 1915 et rigoureusement appliquée depuis. Au cas où le Saint-Siège entrerait en relations diplomatiques avec l’Empire du Japon, cette loi, qui est incompatible avec la doctrine catholique, ne pourrait subsister. On a dit qu’en l’établissant, le comte Térauchi faisait en Corée un essai ; mais comment sera-t-elle appliquée cette égalité, que l’on déclare vouloir établir, entre les Coréens et les Japonais au point de vue religieux ? Aurons-nous la liberté qui existe au Japon ? ou imposera-t-on au Japon les restrictions qui existent ici ? L’avenir nous l’apprendra.
De nouvelles réglementations de police, contre lesquelles nous avons demandé à l’autorité consulaire de protester, sont contraires au traité franco-japonais, rendent tellement vexatoires aux indigènes nos visites chez eux, qu’on les dirait faites pour les dégoûter de nous recevoir. Bien que les démarches datent de plusieurs mois sans que rien ait été obtenu encore, les déclarations du nouveau Gouverneur général sur la nouvelle politique sont si catégoriques que la liberté individuelle deviendra bientôt une réalité et la liberté religieuse, inscrite dans la constitution japonaise sera connue et appliquée ici.
Le Séminaire commence à donner du renfort, j’ordonnerai prochainement deux nouveaux prêtres encore. Malheureusement ils ne feront que remplir des vides. C’est, du reste, tout ce qu’a pu faire la mission, depuis sa création il lui a été impossible d’établir de nouveaux postes. Le dernier vide est tout récent : notre doyen, M. Achille Robert, sent lourdement ses quarante-deux années de Corée, dont plusieurs passées sous la persécution ; il a demandé et obtenu sa retraite. Le provicaire, M. Vermorel, le remplace à Taikou ; il a quitté le beau district de Napaoni, qui est son œuvre, et auquel il a donné vingt-deux ans de sa vie de missionnaire. C’est M. Saucet qui l’y remplace. En dehors du travail que ce dernier confrère a fait à Taikou et dans les environs, depuis la création de la mission, il laisse une œuvre solidement établie. A peine venait-il d’y mettre le couronnement, en doublant les locaux, quand il a eu son changement : l’école des filles confiée aux Sœurs coréennes de Saint-Paul de Chartres, et qui est, je crois, un modèle du genre.
Les autres districts du Kyengsyangte sud, qu’administrent MM. Bermond, Peschel, et le P. Kim Etienne, progressent normalement. Ce dernier prêtre indigène a une chrétienté dont l’étendue rend l’administration difficile. Il y a deux ans, lors d’une de mes visites, j’avais constaté que vingt-quatre de ses stations pourraient être plus facilement visitées si le Père possédait un bateau suffisamment aménagé pour lui permettre de faire des voyages par mer assez prolongés, j’en ai écrit à des catholiques américains qui en ont fourni le prix, de sorte que, sans trop de fatigue, et surtout à moins de frais, ces stations pourront recevoir désormais chaque année, plusieurs visites du Père.
Un surmenage physique et surtout moral dans un ministère particulièrement ingrat a conduit notre missionnaire des Japonais, M. Cl Ferrand, aux portes du tombeau d’où il n’est revenu que pour aller chercher à Hongkong la guérison d’une neurasthénie qui se présente comme très tenace.
La visite pastorale de la partie méridionale du Tjyenlate, contre-mandée en 1914 à cause de la guerre qui avait mobilisé quatre de ses missionnaires a eu lieu cette fois. Bien que très gênée par l’influenza qui m’a précédé et accompagné, elle a pu se faire suivant la méthode que sept années déjà ont montrée fructueuse. A part le district de Natjyon, du reste, les chrétientés visitées, et administrées par les Pères Tjyon Paul, Ni Barthélemy, MM Peynet, Mialon et Taquet, sont de bonnes chrétientés, ayant pris le pli des anciens chrétiens qui y dominent. Natjyon, où M. Cadars vient de revenir après avoir terminé sa campagne par la Sibérie, est au contraire un district de jeunes chrétiens tous amenés au baptême par ce confrère. L’absence du Père pendant cinq ans aurait pu leur être fatale ; heureusement il n’en a rien été, et presque tous sont restés fidèles, grâce aux efforts de M. Taquet. Mais j’ai dû constater combien de négligences, surtout en matière d’instruction religieuse s’introduisent chez les nouveaux chrétiens, quand le missionnaire n’est pas là pour les exciter d’une façon continue. M. Cadars a été très attristé à son retour, mais il n’est pas homme à se laisser abattre, et il s’est remis vigoureusement à l’œuvre, encouragé du reste, par l’affection que ses grands enfants lui portent, et qui est, je crois, la principale raison de leur persévérance dans ces années difficiles.
La Sainte-Enfance de Taikou, pour se procurer des ressources, s’efforce d’utiliser une des productions de la région. Les statistiques établies par le Gouvernement montrent que les conditions dans le Kyengsyangte nord sont très spécialement favorables à la sériciculture et les Coréens sont encouragés à étendre cette production à laquelle ils s’adonnent depuis des siècles. Les Sœurs ont commencé modestement ; mais, grâce aux soins qu’elles ont apporté à ce travail, leurs cocons ont été classés les premiers et vendus plus chers que ceux fournis par les coréens et même par les japonais. Encouragés par ce début qui promet, nous avons planté en mûriers tout le terrain disponible, et, dans trois ans, quand leur rendement sera complet, la magnanerie donnera des résultats très appréciables. Si quelque aide nous arrive pour la première installation, nul doute que nous n’arrivions à atteindre le double but poursuivi : faire vivre la maison, et donner aux fillettes de la Sainte-Enfance une éducation qui leur servira quand elles seront mariées.
A lire un compte rendu qui, pour donner une idée juste de l’état d’une mission, doit présenter surtout les faits les plus généraux, il me semble, qu’on doit conclure que la vie du missionnaire est bien peu consolante et même plutôt triste, lorsqu’il voit les conversions peu nombreuses et les oppositions de toute sorte entraver son zèle. Cette impression ne serait pas conforme à la réalité, perce que la grande consolation ici — mais elle ne figure pas sur les comptes rendus, — c’est la vue claire que le catholicisme s’implante solidement et chaque année davantage dans les âmes. Ainsi le missionnaire se convainc de l’utilité de son travail et s’attache de plus en plus à son district. Si le bon Dieu nous permet de conférer le baptême à des milliers de païens, au lieu des 7 à 800 que nous donnons en moyenne chaque année aux adultes, et des 11 à 1.200 aux enfants, le missionnaire en sera grandement réjoui ; mais certainement ce succès le touchera moins que la vue de la solidité croissante de la foi dans les âmes, car, pour l’établissement définitif du règne de Dieu, ce dernier élément est incomparablement supérieur au premier. En comparant ceux de nos chiffres qui indiquent l’accroissement de la vie chrétienne, nous trouvons chaque année la plus solide de nos joies.
Par ailleurs, les faits par lesquels se révèle l’emprise de la grâce sur les âmes sont parfois assez fréquents. Voici deux faits de ce genre entre beaucoup, pris dans le rapport de M. Bermond :
« Un jeune homme, sans maison et sans bien, tomba malade et se réfugia dans le « syarang » (chambre des hôtes qui existe dans toute maison coréenne un peu à l’aise) d’un païen chez lequel son frère était domestique. Le maître de la maison le supporta tant qu’il ne fut que malade ; mais, quand il fut mourant, il obligea le domestique à emporter son frère ailleurs. A cette époque de l’année, époque des superstitions, un cadavre dans la maison aurait attiré des malheurs à la famille, disait-il. Le frère du malade ne sachant qu’en faire, car personne ne voulait recevoir un mourant chez lui, le prit sur ses épaules et l’emporta au cimetière, dans la montagne, attendant le lendemain pour l’enterrer, quand il aurait rendu le dernier soupir. On était à la fin de novembre. Deux chrétiens, apprenant la chose, vont au cimetière, prennent le malade, et l’apportent dans une chambre chaude. Ils lui donnent tous les soins qu’ils peuvent pour le corps, et après l’avoir bien préparé à la mort qui ne peut tarder, le baptise dans d’excellentes dispositions. Ils l’assistent jusqu’au dernier soupir, et tous les chrétiens du village lui font un enterrement convenable. Le frère du défunt fut tellement touché de cette charité à l’égard d’un miséreux inconnu qu’il se prépara au baptême. Les païens des environs ont été aussi grandement édifiés.
« Dans un autre village, un jeune homme très occupé par son travail dans la journée, s’est astreint toute l’année à faire, le soir, après souper le catéchisme aux enfants, et à leur apprendre à lire. Dans d’autres villages, des jeunes gens font également le catéchisme aux enfants plusieurs fois par semaine.
« Ailleurs, un enfant qui avait la mémoire ingrate apprenait mal son catéchisme. L’année dernière, au printemps, il n’osa se présenter au passage du Père pour l’examen, alla se cacher et ne reçut pas les sacrements. Après mon départ, il eut honte et pour se punir, il se promit d’ajouter jusqu’à la nouvelle visite du Père, un chapelet à celui qu’il récitait chaque jour, et il a été fidèle à sa promesse. »
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