| Année: |
1920 |
| Pays: |
Corée du Sud |
| Mission: |
Taikou |
| Rédacteur: | Mgr Demange |
II. ─ Taikou
Population catholique 30.002
Baptêmes d’adultes 631
Baptêmes d’enfants de païens 1.246
Conversions d’hérétiques 3
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La veille de mon départ de Taikou pour la réunion de Rome, écrit Mgr Demange, j’ai ordonné deux nouveaux prêtres, ce qui porte à trois le nombre des indigènes investis du sacerdoce, depuis l’érection du Vicariat, et à sept la totailté de nos collaborateurs coréens. C’est surtout dans une Mission nouvelle que l’œuvre du séminaire se développe lentement. La situation, inquiétante par suite de l’insuffisance du personnel, se trouvera singulièrement éclaircie lorsque, dans dix ou quinze ans, le Séminaire nous donnera une trentaine de prêtres. La récolte est loin des semailles, sachons patienter !
Le Séminaire devait subir, cette année, une lourde épreuve. Le 27 avril, me trouvant à Paris je recevais par télégramme, une nouvelle d’autant plus douloureuse qu’elle était inattendue. M. Chargebœuf , supérieur du Séminaire de Taikou, venait de mourir subitement, le troisième jour de la retraite des missionnaires. C’est l’esprit et le cœur bien attristés que je partais, le lendemain pour Rome, en songeant à la perte que venaient de faire le Séminaire, la Mission et, je puis l’ajouter, la Société. M. Julien et deux prêtres indigènes ont, avec un zèle et une activité dont il convient de les remercier et de les féliciter, assuré le fonctionnement de tous les cours jusqu’aux vacances, et à la rentrée M. Peynet a pris la direction.
Le poste de Syonrejon, qu’occupait M. Peynet, a été confié à M. Lucas, et celui-ci a été remplacé à Toitjai par M. Cadars, dont le district de Kyriang se trouve ainsi de nouveau sans titulaire.
Mon voyage en Europe m’a permis de satisfaire le désir de Son Eminence le Cardinal Préfet de la Propagande. Deux de nos séminaristes coréens, les premiers qui viennent à Rome, ont fait le voyage avec moi et leurs débuts au Collège Urbain font bien augurer de l’avenir.
La jeune Mission a doublé, cette année, le cap des 30.000, avec un accroissement de 394 unités sur le chiffre de l’an dernier. Si nous n’en avons pas davantage, c’est parce qu’il y a eu beaucoup d’émigrants. Les Coréens s’en vont soit en Mandchourie, où ils espèrent trouver plus de liberté et moins de difficultés pour vivre, soit de l’autre côté du détroit, où la jeunesse, déclassée par une instruction sans éducation, localise le paradis du plaisir. « A Quelpaert, écrit « M. Taquet, tous mes jeunes gens partent pour le Japon, qui ne les rendra ni plus riches ni « meilleurs chrétiens. » De son côté, M Peynet déclare que la jeunesse « s’émancipe au-delà de ce qui conviendrait ». Et M. Vermorel, Provicaire, constate aussi que les jeunes gens de Taikou ont hâte de se libérer de la tutelle de leurs parents.
Les écoles catholiques créées et maintenues avec tant de difficultés et au prix de lourds sacrifices, traversent une crise qui sera fatale à beaucoup. « L’école que j’ai eu tant de mal à « fonder, écrit M. Peschel, est menacée gravement, mon maître d’école m’ayant quitté. La « situation est inquiétante partout. Les sommes qu’il faut donner maintenant sont à peu près le « triple de ce que produisaient en une année les revenus, les économies et les aumônes. »
Si les missionnaires n’ont pas obtenu tout ce qu’ils espéraient de leurs écoles, en revanche le succès a couronné les efforts qu’ils ont faits pour assurer l’instruction religieuse.
« Dans beaucoup de stations, écrit M. Saucet, s’établit peu à peu la règle de réciter une partie du cathéchisme, le dimanche, après les prières réglementaires. Ce catéchisme dominical rend d’insignes services, mais pour l’organiser, il faut une grande somme d’énergie et de persévérance. »
« Au début dit M. Lucas c’est difficile ; les enfants usent de tous les prétextes pour ne pas venir ; puis à force de réprimandes, la régularité s’établit et, l’habitude une fois prise, les résultats sont excellents. Ils n’auraient pas été obtenus, semble-t-il, sans la retraite des catéchistes. »
De cette retraite M. Peschel dit très justement : « La retraite des catéchistes, quoiqu’il soit, plus difficile que jadis d’en couvrir tous les frais, apparaît de plus en plus, comme une institution indispensable. D’année en année ses preuves s’établissent. »
En résumé, nous conservons nos positions et même nous les améliorons mais la conquête proprement dite s’est ralentie. Les missionnaires, trop surchargés par l’administration des chrétiens, ne peuvent s’occuper directement de prosélytisme. M Saucet, chargé du district de Napaoni n’est parvenu à visiter toutes ses stations qu’une fois, dans sa tournée d’administration d’octobre à mai. Il ne lui a pas été possible d’en voir plus de la moitié la fois suivante. Assurément son district est le plus chargé, mais d’autres le sont aussi beaucoup. Une visite du prêtre chaque année, deux au plus, c’est tout ce que peut le missionnaire actuellement. Or c’est trop peu. Quelques-uns arrivent à visiter une troisième fois quelques stations, mais cela ne va jamais sans grandes difficultés.
« Tantôt à bicyclette, tantôt à pied, j’ai pu, écrit M. Peschel, revoir cet été la plupart de mes « grands stations. C’était sur leur demande expresse. De telles randonnées par les grandes « chaleurs causent une fatigue bien plus considérable que les visites régulières, mais elles sont « compensées par la joie que procure le spectacle de nombreux chrétiens, venus de fort loin « pour recevoir les sacrements. »
On ne peut donc compter pour le moment ni sur les missionnaires, ni sur les prêtres indigènes pour évangéliser les villages païens. Du reste, pour toucher l’indigène lors d’un premier contact, il n’y a qu’un autre indigène de même condition sociale. Sans des catéchistes prédicants, choisis avec soin pour cette œuvre, spécialement formés, aptes à se servir d’une méthode étudiée et contrôlée, les progrès de l’évangélisation seront d’une lenteur extrême. C’est toute une organisation à créer, mais si on réussit à lui donner des bases solides, son succès ne paraît pas douteux.
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