| Année: |
1921 |
| Pays: |
Corée du Sud |
| Mission: |
Séoul |
| Rédacteur: | Mgr Devred |
CHAPITRE II
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Groupe des Missions de Corée
et de Mandchourie
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I. – Séoul.
Population catholique 59.761
Baptêmes d’adultes 1.600
Baptêmes d’enfants de païens 1.360.
Nous avons célébré cette année le jubilé épiscopal de Mgr Mutel, écrit Mgr Devred. La fête était remise depuis cinq ans, et ce sont les trente années du laborieux et fécond pastorat de notre bien-aimé Père que nous avons fêté. Cinq ans plus tôt c’était la guerre, l’absence de nombreux confrères retenus aux armées, l’angoisse de tous les cœurs français devant les dangers de la mère-patrie, le cœur ne pouvait être à la joie. Après la victoire et le retour des mobilisés, plus rien ne s’opposait à la manifestation filiale projetée. Aussi, confrères de Séoul et de Taikou, clergé coréen, en tout soixante-douze prêtres, entouraient notre vénérable évêque en ce jour de fête. Les chrétiens étaient accourus nombreux, et la colonie étrangère, les autorités japonaises elles-mêmes avaient tenu à honneur d’unir leurs félicitations aux nôtres : ce fut un hommage unanime d’estime, de vénération et de reconnaissance à une vie apostolique bien remplie.
Le mois suivant, en octobre, nous eûmes la visite de Son Excellence le Délégué Apostolique du Japon, Mgr Fumasoni-Biondi. Les chrétiens de la cathédrale, de l’église Saint-Joseph, le séminaire de Ryongsan, la chrétienté de Chemoulpo et celle de Tjyang-ho-Ouen, le monastère des Bénédictins et l’orphelinat des sœurs de Saint-Paul de Chartres eurent tout à tour l’honneur de recevoir le représentant du Souverain Pontife. Le jour de la Toussaint, Son Excellence voulut bien chanter la messe pontificale dans notre cathédrale et donner à la nombreuse assistance la Bénédiction Apostolique. A Tjyang-ho-Ouen, chez M. Bouillon, le Délégué, qu’accompagnait Mgr Mutel fut particulièrement impressionné par la foule des chrétiens se pressant autour de lui : il y eut plus de 700 communions, preuve tangible de l’intensité de vie chrétienne dans cette station dédiée à Notre-Dame du Rosaire.
C’est pendant cette visite du Délégué que parvint à Séoul la nouvelle de la nomination d’un Coadjuteur et de l’érection du Vicariat de Ouensan. Ce Vicariat confié aux soins des RR. PP. Bénédictins de Sainte Odile, comprend les deux provinces Nord et Sud du Ham-Kyen-to, avec la charge spirituelle des coréens émigrés en Mandchourie, au delà du Tou-man-kang.
Au mois d’avril 1921, nous avions encore le vingt-cinquième anniversaire d’ordination sacerdotale de nos plus anciens prêtres coréens. Confrères et chrétiens ont rivalisé de zèle et d’entrain pour leur faire fête et leur dire la joie commune de voir enfin des prêtres de Corée parvenir à cet âge jubilaire.
Le premier mai clôtura la série des fêtes extraordinaires de cette année. C’était la date depuis longtemps fixée pour de sacre du Coadjuteur. Les Bulles étaient arrivées depuis le mois de janvier ; mais en cette saison de l’année il est impossible de songer à pareille cérémonie, et l’absence de NN. SS. les évêques retenue à l’Assemblée générale de Hongkong nous forçait d’attendre. Le mois de mai est d’ailleurs l’époque de notre retraite annuelle : c’était une heureuse coïncidence. De plus, dans le courant d’avril, Mgr Boniface Sauer, Abbé du monastère Saint-Benoît de Séoul, nommé Vicaire Apostolique de Ouensan, avait reçu par télégramme la permission de se faire sacrer avant l’arrivée de ses Bulles. Ce fut donc un double sacre. En voici le compte rendu d’après le « Séoul Press » :
« La solennelle cérémonie de la consécration de Mgr Boniface Sauer, Vicaire apostolique de Ouensan et de Mgr Emile Devred, évêque d’Hesebon, coadjuteur de Séoul a eu lieu à la cathédrale le dimanche matin 1er mai. L’église avait été magnifiquement ornée pour la circonstance ; l’assistance des fidèles était nombreuse. Aux premiers rangs se tenaient le général Maéda, représentant le gouvernement général de Corée, M. Hauchecorne, consul de France, tout le corps consulaire et de nombreux membres de la colonie étrangère. Sa Grandeur Mgr Mutel, consécrateur, célébra la messe au trône. Les nouveaux élus avaient pour parrains Mgr Demange et Mgr Castanier tous deux anciens condisciples de Mgr Devred au Séminaire des Missions-Etrangères ; NN. SS. Choulet et Combaz rehaussait la cérémonie de leur présence. Les rites si touchants de la liturgie se sont déroulés avec un calme et un recueillement qui ont profondément impressionné l’assistance. »
Au déjeuner qui suivit la cérémonie étaient présents Son excellence le baron Saito, Gouverneur Général de Corée, le général Oba, commandant en chef de l’armée japonaise, le docteur Mitzuno, Vice-gouverneur, les hauts dignitaires du Gouvernement général, le Corps consulaire, etc… A la fin du repas, le baron Saito se leva et prononça le discours suivant :
Messeigneurs, Messieurs,
Je vous remercie de m’avoir convié à ce banquet organisé en l’honneur des deux nouveaux prélats consacrés ce matin. De me trouver au milieu de tant de prêtres et de voir sept évêques de l’Eglise catholique réunis aujourd’hui à Séoul est un fait bien rare. Aussi je me réjouis d’avoir cette heureuse et unique occasion pour vous exprimer toute l’admiration que j’ai pour votre œuvre de propagande religieuse en Corée. Vous êtes les plus anciens missionnaires de ce pays. Il y a 90 ans vous avez débuté bien modestement, mais malgré les nombreuses difficultés éprouvées et tant de souffrances endurées, petit à petit vos efforts ont été couronnés de succès, de sorte que maintenant vous êtes les dignes représentants de la plus importante Mission chrétienne en Corée. La religion que vous enseignez, ainsi que vos sages conseils, contribuent à rendre le peuple fidèle et honnête, c’est pourquoi je désire sincèrement pour le bien-être moral et physique de la population qu’une collaboration intime puisse toujours continuer à exister entre vous et nous. En vous félicitant des travaux accomplis je n’hésite pas à vous déclarer que partout et toujours j’ai remarqué que vous étiez doués de deux grandes qualités : Modestie et Courage.
En ce jour de fête, permettez-moi de lever mon verre en l’honneur et à la santé et prospérité de leurs Grandeurs Mgr Sauer et Mgr Devred.
Après ce discours du Gouverneur général, Mgr Mutel et le consul de France prirent tour à tour la parole, et Mgr Devred, au nom de Mgr Sauer et au sien répondit en termes délicats à tous et à chacun. Une cantate du Père Larribeau mise en musique par le P. Bodin, fut chantée par les missionnaires et eut un succès bien mérité. Pour terminer, les Pères Bénédictins exécutèrent en chant grégorien les « Laudes Hincmari »
Le lendemain, le Gouverneur Général recevait à sa table les sept évêques, les Français de Séoul, et les hauts dignitaires japonais.
Au commencement d’août, comme un couronnement à ces fêtes, vient de nous parvenir la nouvelle que Sa Sainteté Benoît XV a daigné, sur l’intervention de Son Excellence le Délégué Apostolique du Japon, nommer Mgr Mutel, assistant au trône pontifical. Tous nos témoignages d’affection et de dévouement à notre évêque vénéré ne pouvaient recevoir ni meilleure ni plus haute consécration. Aussi prêtres et fidèles de Corée sont-ils pénétrés de la plus profonde reconnaissance pour le Père Commun des fidèles pour l’honneur fait à notre Eglise et à son chef.
Si maintenant nous examinons les résultats de nos travaux durant ce dernier exercice, nous y trouvons encore bien des consolations : 5.462 baptêmes dont 1.600 d’adultes, 1.360 d’enfant de païens et 2.052 d’enfants de chrétiens : près de 40.000 confessions annuelles, plus de 140.000 confessions répétées, 36.000 communions pascales, 300.000 communions de dévotion. C’est un progrès sur l’année précédente, soit pour les baptêmes d’adultes soit pour les confessions et communions de dévotion. Les missionnaires signalent en effet de plusieurs côtés un accroissement de vie chrétienne très marqué. Le premier vendredi du mois en particulier est de plus en plus en honneur. M. Lemerre signale un groupe de quatre-vingts braves chrétiens, dont 35 hommes, qui ont résolu le 1er janvier dernier de communier pendant neuf premiers vendredis consécutifs.
Est-ce à dire pour cela que nous n’ayons qu’à nous louer du bon esprit de nos chrétiens ? Hélas ! on ne peut se dissimuler la mauvaise influence des idées modernes et protestantes répandues un peu partout par la presse et les écoles, à la ville surtout, mais même dans les campagnes.
C’est un vrai péril pour nos chrétiens, que ce contact avec les protestants. Alors qu’il y a trente-cinq ans, nous n’avions ici aucune secte de l’église réformée, nous avons aujourd’hui des Méthodistes, des Presbytériens, des Congrégationalistes, des Anglicans, des Adventistes, l’Armée du Salut, et j’en oublie. Ayant à leur disposition un personnel nombreux, un budget puissant, les protestants peuvent défier et pour longtemps, toute concurrence catholique tant pour les écoles que pour les hôpitaux et pour les œuvres sociales. Leur action est surtout prépondérante à Séoul et dans le Nord-Ouest Coréen. La ville de Hyeng-yang leur est devenue comme une citadelle, d’où ils rayonnent par tout le pays.
Nos catholiques se trouvent un peu déconcertés par toutes ces activités. D’un côté ils voient japonais et pasteurs américains installer écoles, œuvre de presse, hôpitaux, attirer à eux les jeunes gens par une foule d’attractions, de sports. De l’autre, ils trouvent nos œuvres trop modestes, trop timides, certains s’impatientent et regrettent de ne pas nous voir lutter sur tous les terrains avec les ministres de l’erreur. Hélas ! où trouver le personnel et l’argent nécessaires pour réaliser pareil programme ?
En fait d’œuvres hospitalières et médicales, nous n’avons que les deux dispensaires tenus à Séoul et à Chemoulpo par les Sœurs de Saint-Paul de Chartres ; il s’y fait beaucoup de bien, mais beaucoup trop peu encore par manque de ressources.
Notre revue religieuse coréenne paraît toujours deux fois le mois ; elle a plus de cinq mille abonnés. C’est un succès ; nous voudrions beaucoup mieux, persuadés que nous sommes de l’importance des œuvres de presse.
Pour l’instant il faut aller au plus pressé et mettre immédiatement sur pied une organisation pour notre jeunesse catholique : elle a besoin de direction, elle la désire et la cherche. M. Krempff vient d’être appelé à Séoul pour mettre nos projets en voie de réalisation.
La jeunesse moderne demande l’instruction. Il n’y a pas encore dix ans, on intercédait pour ne pas être forcé à aller à l’école ; on supplie aujourd’hui pour y être admis, malgré le manque de places. Les écoles officielles et protestantes se multiplient ; à peine installées elles sont remplies d’élèves. Nos missionnaires sont admirables d’abnégation dans leurs efforts pour soutenir, développer celles fondées jadis, voire même en édifier de nouvelles. Toutes leurs ressources y passent. M. Poisnel, curé de la cathédrale a dans ses deux écoles plus d’élèves qu’il n’en devrait recevoir. M. Villemot, compte plus de 500 élèves, parmi lesquels beaucoup de païens ; à Chemoulpo, M. Deneux se voit obligé de construire pour faire face aux demandes d’admissions ; à Hpyeng-yang, M. Lemerre est débordé. Partout où il y a une école, la même constatation est faite et partout ce sont les mêmes plaintes, les mêmes regrets de ne pouvoir faire davantage. Le budget scolaire est trop maigre et les maîtres chrétiens rares. Encore vivons-nous jusqu’en 1924 sous une loi de transition ; mais à cette date où les certificats d’aptitude pédagogique seront rigoureusement exigés de tout le personnel enseignant, pourrons-nous même garder toutes nos positions ?
Le mouvement politique d’indépendance signalé l’an dernier paraît avoir diminué beaucoup d’importance. Toutefois il convient de faire une exception pour le Kanto. M. Perrin, missionnaire de cette région résume ainsi les événements :
« L’été dernier, écrit-il, il y eut recrudescence d’activité chez les Indépendants : enrôlement des jeunes gens sous menace de mort, les pauvres vieux de soixante à soixante-dix ans restant seuls, obligés de travailler la terre ; réquisitions en nature, faute d’argent pour l’entretien de garnisons de véritables brigands ; meurtres fréquents ; le moindre soupçon de tiédeur pour la cause était puni de mort ; on croyait déjà tenir l’indépendance.
« Les japonais auraient dans un mois disparu de Corée ; les Indépendants marcheraient sur Hoi-ryeng, franchiraient le Joumankang, progresseraient vers Séoul, rejoints et renforcés par tous les habitants des pays délivrés, les américains, les chinois, les bolchevistes, tous viendraient au secours de la Corée luttant pour son indépendance.
« En automne, quel réveil après un tel rêve ! A la suite du sac de la ville d’Honntchyonn, les japonais entrent par la vallée d’Hoiryeng et par celle d’Hotchonpo. Pendant plusieurs jours c’est un défilé ininterrompu de troupes, qui passent sans visiter les villages : les garnisons d’Indépendants s’enfuient vers le Nord. Mais les troupes japonaises sont suivies de brigades spéciales, chargées de visiter chaque village, les écoles sont brûlées, les suspects arrêtés. Nous sommes témoins des trahisons les plus honteuses : D’anciens soldats de l’indépendance deviennent interprètes des japonais et profitent de leur situation pour compromettre par des rapports mensongers ceux qui quelques mois auparavant s’étaient permis de résister aux rebelles. Leurs traductions à la barre des juges sont favorables ou hostiles selon que le pourboire a été plus ou moins généreux.
« C’est toute une période de terreur, par laquelle cette région vient de passer et où j’ai dû m’employer activement à remonter le courage et la confiance en Dieu de nos chrétiens. Avec quelle ferveur on priait à la chapelle jour et nuit ! On récitait les litanies des Saints Anges, patrons du district ; ma chambre ne désemplissait pas ; les jeunes gens sur qui j’avais si difficilement prise auparavant, devenaient doux comme de petits enfants, les confessions étaient nombreuses et ferventes, toute tiédeur avait disparu. On eut dit une Mission. Grâce sans aucun doute à ces prières, la Providence ne nous fit pas défaut. Sa protection fut visible. Au début je pus arriver à temps pour sauver mes deux écoles, alors que les bidons de pétrole était disposés pour l’incendie, mes jeunes gens ne furent pas inquiétés pour leur fugue ; bien mieux, ils reçurent une sorte de laissez-passer avec photographie. Les différentes troupes japonaises qui pendant six jours cantonnèrent dans le village, firent l’admiration des chrétiens par leur discipline ; elles avaient sûrement reçu une consigne spéciale. »
En somme, écrit de son côté M. Curlier, missionnaire dans la même région, les catholiques eurent beaucoup moins à souffrir que les protestants, soupçonnés par les japonais d’être les principaux auteurs du mouvement. Ceux-ci comptent six à sept cents morts parmi leurs adeptes ; dans le nombre il y a deux pasteurs coréens, et presque toutes leurs écoles sont brûlées. Au point de vue spirituel et malgré tous ces troubles l’année est bonne dans cette région, puisque pour tout le Kanto nous avons près de 400 baptêmes de païens.
C’est la dernière fois qu’il est fait mention du Kanto dans ce compte rendu. Nos confrères l’ont quitté définitivement au mois d’avril dernier, et à partir du 1er mai, cette région avec les deux provinces du Ham-Kyengto nord et sud est passée entre les mains des Pères Bénédictins. Ce n’est pas sans un serrement de cœur que nous abandonnons ce territoire où pendant tant d’années les missionnaires ont travaillé, peiné, mais aussi moissonné. Il ne nous reste qu’à souhaiter plein succès à nos successeurs en disant avec eux dans toute la sincérité de notre cœur : Adveniat regnum tuum ! Le nombre des chrétiens cédés aux Bénédictins est de 8.087. Naturellement ce nombre figure encore cette année sur nos chiffres, l’administration de ces chrétiens ayant été faite par nos soins. Toutefois du fait de cette division, le vicariat de Séoul ne compte plus désormais que 51.674 chrétiens.
Pour finir, disons un mot du Séminaire, espoir de notre chère Mission. M. Guinand est à la tête de cet établissement depuis vingt-deux ans et continue vaillamment sa tâche. Les séminaristes lui ont en général donné satisfaction, ils sont actuellement 75, dont 6 sous-diacres , 1 acolyte, 8 lecteurs, 5 portiers, 25 latinistes de quatrième année, et 32 latinistes de première année. M. Chabot, à son grand regret, s’est vu rappeler de Maihoatong pour prendre le cours de latin, dont la chaire restait vide par le fait de la nomination du Coadjuteur. M. Bodin de nouveau malade des suites de son intoxication par les gaz durant la guerre, a dû reprendre, pour se soigner, le chemin des Indes. Il a été remplacé par M. Polly, qui au retour de France s’était préparé à Katjai dans le Tcyoungtchyeng-to une résidence et une église convenables, espérant désormais y couler d’heureux jours. Sic vos, non vobis !
Durant cet exercice, le Séminaire nous a fourni huit nouveaux prêtres en deux ordinations successives. Heureux appoint pour combler les nombreux vides là où le besoin se faisait sentir depuis longtemps. C’est ainsi que nous avons pu fonder un poste à Saritjai, district de Yang-yang sur le littoral de la mer du Japon. Un autre a été fondé à Koeunri, près de Tchyonn-tchyen, un troisière à Komari, district civil de Koi-san, un quatrième à Non-san.
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