| Année: |
1922 |
| Pays: |
Corée du Sud |
| Mission: |
Séoul |
| Rédacteur: | Mgr Devred |
CHAPITRE II
____
Groupe des Missions de Corée
et de Mandchourie
~~~~~~~
I. ― Séoul.
Population catholique 53.574
Baptêmes d’adultes 1.291
Baptêmes d’enfants de païens 1.640
Conversions d’hérétiques 25
« Les résultats de nos travaux, durant l’année 1921 – 1922, écrit Mgr Devred, coadjuteur de Mgr Mutel, nous apportent cette fois encore bien des consolations, dont nous ne saurions jamais assez remercier Dieu. Bien que diminuée de 8.000 chrétiens, par le fait de la création du Vicariat de Ouen-san, la mission de Séoul a pu enregistrer cette année :
5.502 baptêmes, dont 1.291 d’adultes,
1.640 d’enfants de païens,
2.571 d’enfants de chrétiens.
34.157 confessions annuelles ;
182.296 confessions répétées ;
31.845 communions pascales ;
343.053 communions de dévotion.
Nous sommes donc encore en progrès sur les années précédentes, soit pour les baptêmes d’enfants de païens, soit pour les confessions et communions de dévotion. »
Avec la création du Vicariat Apostolique du Ouen-san, c’est un nouvel essaim qui se détache de la vieille ruche : Il ne reste plus à la mission de Séoul que le centre et le nord-ouest de la Corée, soit sept des treize provinces de la Péninsule, avec une population de 8.452.508 habitants, tandis que la population totale du pays est de 17.288.989. ( Recensement de 1921.)
Pour son premier compte rendu, Mgr d’Hésébon veut faire le dénombrement des brebis dont il est le second pasteur, et il nous invite à parcourir méthodiquement avec lui les parties importantes, provinces et districts de son vaste bercail.
I. SÉOUL
« La capitale de Corée compte 247.467 habitants, parmi lesquels 5.643 catholiques dépendent de deux paroisses : la cathédrale et l’église Saint-Joseph.
1o Cathédrale. – M. Poisnel, notre provicaire, en est le curé depuis 1892. Il est aidé par M. Krempff, qui s’occupe surtout des œuvres de jeunesse et des œuvres scolaires. 1.934 catholiques, pauvres gens dispersés çà et là au milieu des païens, ont de réels mérites à se conserver bons, malgré la grande perversité qui règne autour d’eux. Il y a deux écoles dans cette paroisse : une de garçons avec 172 élèves et une de filles dirigée par des Sœurs coréennes, avec 230 élèves. Il y a à Séoul, intra et extra muros, 367 catholiques Japonais confiés aux soins particuliers de M. Poyaud, qui s’est adonné avec courage, depuis plusieurs années déjà, à l’étude du Japonais. Ces chrétiens, la plupart venus de Nagasaki, sont installés depuis longtemps en Corée. Ils ont en général conservé la foi, mais ils gagneraient en ferveur si l’on pouvait les grouper davantage.
Près de la cathédrale, l’orphelinat et le noviciat des Sœurs de Saint-Paul de Chartres contiennent actuellement : 8 Sœurs françaises, 50 Sœurs coréennes (professes, novices ou aspirantes), et 167 orphelins. Un dispensaire y fonctionne depuis longtemps et a inscrit, cette année, 4.112 malades secourus et 410 malades soignés à domicile. M. Larribeau, notre dévoué procureur, s’occupe de la direction spirituelle du Couvent en même temps que de l’imprimerie, située à proximité de l’évêché.
Le P. Paul Han est directeur de notre Revue Religieuse, qui paraît tous les quinze jours et tire maintenant à près de 6.000 numéros. Ce prêtre coréen est l’auteur d’une traduction des Actes des Apôtres, qu’il a publiée cette année dans la Revue.
Dans le quartier Est de la ville s’élève le monastère Saint-Benoît, avec 11 moines bénédictins, 10 frères et 5 postulants coréens. Une école industrielle et agricole avec 35 élèves est dirigée par ces religieux.
2o Eglise Saint-Joseph. ─ Nous appelons cette église « estra muros », parce qu’elle est située en dehors des anciennes murailles de la ville. Catholiques : 3.012, dont un millier environ vivent à proximité de l’église, tandis que les autres sont disséminés dans une vingtaine de stations, autour de la capitale. M. Villemot est titulaire du poste, aidé par le P. Paul Sin.
Deux écoles : une de garçons avec 250 élèves et une de filles dirigée par des Sœurs coréennes avec 220 élèves. A proximité de l’église se trouve la nouvelle école commerciale supérieure dont j’aurai I’occasion.
3o Séminaire ─ M. Guinand, le Supérieur, est aidé dans sa tâche délicate par MM. Polly et Chabot et le prêtre coréen Alexis Kim. Cette année, au mois de juin, nous avons eu une ordination de 5 diacres et 10 minorés. Dans les classes de latin, nous comptions l’an dernier 57 élèves ; cette année, après une forte élimination rendue nécessaire, il ne nous reste que 21 latinistes de cinquième et 19 de deuxième année. Pour éviter pareil inconvénient, puissions-nous réaliser l’an prochain le projet d’ouvrir au Séminaire même, un cours préparatoire ; cela permettrait aux élèves moins avancés qui arrivent de la montagne, de se mettre au niveau de ceux qui, avant leur admission, ont souvent terminé leurs études primaires.
M. Guinand a repris et perfectionné la publication, interrompue depuis la guerre, de la petite revue « Tabella S.S. Cordis Jesu ad usum Cleri Coreensis ». Nos prêtres coréens de Séoul et de Taïkou trouvent dans ces feuilles quantité d’informations religieuses et ecclésiastiques.
II. PROVINCE DU KYENG-KEUI-TO
Cette province (moins Séoul) comprend 1.538.208 habitants, avec 14.293 catholiques, répartis en 9 districts et 168 stations, que dirigent 2 missionnaires et 7 prêtres coréens.
1o Chemoulpo. ─ A huit lieues de Séoul et relié à la capitale par une ligne de chemin de fer, le port de Chemoulpo a son importance particulière. C’est M. Deneux qui dirige ce district depuis dix-huit ans bientôt. Autour de l’église Saint-Joseph, sont groupés une école de garçons avec 144 élèves, une école de filles avec 302 élèves, un orphelinat avec 10 orphelines et un dispensaire que dirigent trois Sœurs françaises de Saint-Paul, aidées de 12 religieuses coréennes. Il y a en ville 965 catholiques et 458 dans les environs où ils forment six stations. L’école des garçons retient maintenant l’attention de notre confrère qui voudrait la doter d’un établissement plus spacieux et de meilleurs professeurs.
2o Haing-tjyou. ─ Cette résidence, à trois lieues de Séoul, a pour titulaire le P. Joseph Hoang. Il a sous sa direction 8 stations avec 510 chrétiens, qui malheureusement sont loin de lui donner toute satisfaction. Il se plaint de nombreuses défections qu’il attribue sur tout à la vie toute matérielle de ses chrétiens.
3o Haoukokai. ─ Stations : 17. Chrétiens : 1086.. Une école de garçons avec 47 élèves. Le prêtre Thomas Young qui est chargé de ce district se lamente et non sans raison : d’une part, sa chapelle, construction coréenne vieille de trente ans, menace ruines ; d’autre part, le nombre de ses chrétiens a diminué de 400. La cause principale de cette diminution provient des mesures prises par le gouvernement japonais à propos du monopole sur le tabac. En certaines localités, en effet, la culture en est désormais interdite ; en d’autres endroits, elle n’est permise qu’à des conditions telles que beaucoup y renoncent. D’où nécessité d’aller chercher ailleurs un moyen d’existence. Il y a eu, à cause de cela, un déplacement de la population chrétienne du Sud vers le Nord, et des villages vers les villes. Les districts au nord de Séoul accusent une augmentation notable, ainsi que les résidences installées dans les villes, tandis que les résidences installées dans les montagnes accusent en général une diminution. Evidemment, le tabac n’est pas la seule cause de cet exode ; il y a encore l’attirance qu’exercent ici comme ailleurs les grands centres et la capitale.
4o Katteungri. ─ A deux lieues et demi de la ville de Syou-ouen, cette résidence a pour curé le prêtre coréen Augustin Kim. Stations : 38 ; chrétiens : 2.487 ; école de garçons : 50 élèves ; école de filles : 35 élèves. C’est un district très chargé qui aurait besoin d’être divisé, d’autant plus que nous avons à Syou-ouen même une ancienne résidence, inoccupée depuis dix ans et plus, et qu’autour de cette ville il y a actuellement un mouvement de conversions qu’il faudrait travailler et entretenir.
5o Apkotji. ─ Cette résidence date d’une dizaine d’années et est encore en voie d’installation. Le P. Léon Tjyeng qui en est chargé n’a pas moins de 21 stations et 1.739 chrétiens à administrer. Lui aussi se plaint d’une diminution de plus de 100 chrétiens. Il se plaint aussi de la difficulté qu’il y a à atteindre les païens dans cette région ; il lui faudrait un catéchiste zélé et instruit.
6o Anoyeng. ─ A dix-sept lieues au Sud de Séoul, ce poste a eu des débuts bien pénibles, il y a vingt-deux ans. Aujourd’hui, à force de persévérance, c’est devenu une petite chrétienté modèle avec ses 18 stations, 1.616 chrétiens, ses 175 élèves à l’école de garçons et 62 à l’école de filles dirigée par deux religieuses coréennes. M. Antoine Gombert, le fondateur et le titulaire actuel de ce district, a su se procurer, dans l’association de sa Jeunesse Catholique, un secours providentiel pour l’entretien des écoles et la construction d’une église. Tel fut, en effet, le but précis que ces jeunes gens donnèrent à leurs statuts. On se mit à l’œuvre ; l’emplacement de l’église fut choisi et préparé ; jeunes et vieux transportèrent les matériaux à pied d’œuvre ; à l’heure actuelle, l’église commence à s’élever peu à peu, une équipe de Chinois y travaille chaque jour. Malheureusement, les dépenses dépassent aujourd’hui les recettes fournies par les souscriptions des chrétiens. « Il était si pressant de bâtir cette église, écrit notre confrère, que confiant dans l’avenir et la charité des bonnes âmes, j’essaie de ne pas m’accuser d’imprudence et de présomption. »
7o Mirinai. ─ Stations : 15. Chrétiens : 1.903. c’est un district de montagne, où nombreux sont les chrétiens descendants de martyrs. Mirinai eut longtemps l’honneur de garder le tombeau du Vénérable. André Kim, avant que ses restes vénérés fussent transportés au Séminaire de Ryong-San. C’est là qu’est encore le tombeau de Mgr Ferréol. Dans sa relation annuelle, le P. Marc Kang, qui est chargé de ce district depuis vingt-six ans, se plaint des conséquences, signalées plus haut, de la nouvelle loi sur la culture du tabac. Chez lui aussi, le nombre des chrétiens a diminué.
8o Maryongri. ─ Stations : 23. Chrétiens : 1.567. C’est le prêtre coréen Jacques Son qui est titulaire de ce poste. Le presbytère est bâti solidement en style coréen ; mais l’église, dédiée à Notre-Dame du Rosaire, a été bâtie en briques. J’ai eu le bonheur de la bénir en automne dernier, au milieu d’un grand concours de chrétiens. La région de Yang-hpyeng, dans laquelle se trouve Maryongri, est connue, dans l’histoire de l’Eglise coréenne, sous le nom de Yang-keun. Elle fut le berceau du catholicisme en Corée, il y a de cela cent trente ans. Le P. Jacques Son se plaint de ne pas retrouver, chez ses chrétiens actuels, l’ardeur et de zèle des chrétiens d’autrefois.
9o Kaisyeng ( ou Syong-to). Stations : 21. Chrétiens : 1.694. La ville de Syong-to, à seize lieues au nord de Séoul, est l’ancienne capitale de la Corée, du temps de la dynastie de Korys (918 – 1392). Ses habitants ont un caractère tout spécial, qui rend le ministère du prêtre plus difficile. Heureusement, les chrétiens des stations des montagnes sont fervents, et c’est une consolation pour le P. Coréen Luc An qui dirige ce district. La résidence est loin d’être installée d’une manière définitive : la chapelle est très étroite et le presbytère minuscule est une maison coréenne couverte en chaume.
III. PROVINCE DE KANG-OUEN-TO
Cette province, située à l’Est de la capitale, comprend 1.181.994 habitants, dont 10.111 catholiques. Ceux-ci sont répartis en 8 districts et 118 stations que dirigent 3 missionnaires et 5 prêtres coréens. C’est une région montagneuse ; les communications y sont difficiles, mais les chrétiens y ont gardé l’ancienne ferveur et font plus qu’ailleurs la consolation de leurs pasteurs.
1o Hponai. ─ Stations : 15. Chrétiens : 1.774. M. Bouyssou, qui les administre depuis vingt-six ans, se réjouit d’avoir pu obtenir que chacune de ces stations ait son oratoire. Dans cinq de ces oratoires, il y a un petit chœur avec un autel bien installé.
2o Mang-tap. ─ Stations : 20. Chrétiens : 1.591. Dans ce district, voisin du précédent, il y a des oratoires dans chaque chrétienté. Le P. Joseph Kim qui les administre a réussi à bâtir une belle chapelle de style Coréen et à rebâtir sa résidence.
3o Koeunri. ─ Stations : 19. Chrétiens : 1.069. Ce district n’est fondé que depuis deux ans. Une maison coréenne couverte en chaume sert à la fois d’habitation et de chapelle au P. Philippe Kim ; c’est la pauvreté de Bethléem. Lors de la visite pastorale, en automne dernier, je dus m’asseoir, pour donner les confirmations avec la mître en tête, car, debout, il ne fallait pas y songer, le plafond étant trop bas. Les chrétiens trop pauvres n’ont pu encore élever une chapelle provisoire, alors que, non loin de là, les protestants ont construit un temple en granit, un hôpital et de magnifiques écoles.
4o Hpoung-sou-ouen. ─ Stations : 17. Chrétiens : 1.704. Il y a vingt-six ans que le P. Augustin Tjyeng occupe ce poste. Il a réussi à construire un presbytère et une belle église en briques dédiée au Sacré-Cœur, assez vaste pour abriter ses chrétiens, dont la plupart vivent très rapprochés du poste principal.
5o Ouen-tjyou. ─ Stations : 17. Chrétiens : 1.467. Le presbytère et l’église construits en briques ont été terminés la première année de la guerre, alors que son curé, M. Jaugey, était mobilisé. Notre confrère note avec plaisir que l’esprit de ses chrétiens est excellent, que l’esprit d’indépendance qui souffle partout n’a pas encore fait son apparition parmi eux. Il déplore toutefois le nombre peu élevé de ses baptêmes et voudrait, par des écoles, trouver le moyen d’une propagande plus active.
6o Ryong-syo-mak. ─ Stations : 16. Chrétiens : 1.592. Le titulaire de ce poste, M. Chizallet, y a élevé, ces dernières années, une vaste église et un presbytère en briques. L’église, dédiée à Notre-Dame de Lourdes, a été bénite le jour de la Toussaint, lors de ma visite pastorale, ainsi qu’une cloche superbe. Notre confrère était heureux de me montrer les progrès spirituels de son troupeau qui s’est élevé de 1.199 chrétiens en 1911, à 1.672 en 1921. Le nombre de communions de dévotion était de 2.603 en 1911, il est de 19.189 en 1921.
7o Yang-yang. ─ Stations : 10. Chrétiens : 691. Ce district a été formé l’an dernier (après l’érection de la mission de Ouen-san), avec les chrétientés situées sur le bord de la mer du Japon et que visitait jusque-là le missionnaire de Nai-Hpyeng. Le P. Pierre Tchoi, qui dirige ce district, n’a qu’un pied à terre près de la ville de Yang-yang. C’est une région nouvelle qui aurait besoin d’être travaillée tout spécialement.
8o Keum-koang-ri. ─ Stations : 4. Chrétiens : 227. Le P. François Ri, qui est chargé de ce petit district, sous la direction du P. Tchoi, son curé, n’a pas de maison de résidence. Il habite l’oratoire, en attendant qu’il construise un presbytère, à un endroit plus rapproché, si possible de Yang-yang, dont il est vraiment trop éloigné, malgré la route très belle qui y conduit.
IV. PROVINCE DU TCHYOUNG-TCHYENG-TO NORD
Cette province a comme population totale 777.888 habitants dont 3.368 catholiques, répartis en 2 districts et 28 stations que dirigent un missionnaire et un prêtre coréen.
1o Tjyang-ho-ouen. ─ C’est un gros marché sur la frontière de Kyeng-keui-to. Stations : 12. Chrétiens : 1.890. Une école de garçons avec 61 élèves ; une école de filles dirigée par deux Sœurs coréennes, avec 100 élèves. M. Bouillon est installé là, depuis vingt-six ans. Lors qu’il y arriva, il n’y avait aucun chrétien ; à l’heure actuelle, plus de 970 sont groupés autour de l’église. Notre confrère a deux soucis, à l’heure présente : son église et ses écoles. L’église actuelle est de beaucoup trop petite. Il la rêve grande et belle, mais hélas ! l’entretien de ses écoles lui rogne sensiblement le capital amassé.
2o Komari. ─ Stations : 22. Chrétiens : 913. C’est le P. Paul Youn, vicaire de M. Bouillon, qui est chargé de ce poste, situé dans la montagne. La chapelle a été bâtie, il y a deux ans, et le presbytère, il y a un an. Ces deux constructions, de style coréen, ne sont pas luxueuses, mais c’est assez vaste et suffisant pour le moment. Les chrétiens sont bons en général, mais le métier de potier, qu’ils exercent pour la plupart, les oblige à des déplacements fréquents et ils ont ainsi moins d’action sur la population païenne.
V. PROVINCE DE TCHYOUNG-TCHYENG-TO SUD
Sur les 1.139.707 habitants de cette province, nous comptons 9.972 catholiques, répartir en 7 districts et 136 stations, qu’administrent 5 missionnaires et deux prêtres coréens.
1o Taityen (ville). ─ Stations : 20. Chrétiens : 913. Taityen, situé à la bifurcation de la ligne Séoul-Fusan et de la ligne Taityen-Mokpo, est une ville de grand avenir. Des troupes japonaises y tiennent garnison et outre plusieurs écoles primaires, il y a une école secondaire du gouvernement. Les protestants commencent aussi à s’y installer. Un prêtre coréen y est depuis quatre ans et a pu tour à tour bâtir une maison et une petite chapelle. Malheureusement, une centaine de chrétiens seulement sont réunis autour de la résidence ; les autres sont disséminés dans d’autres préfectures assez éloignées, et ne peuvent voir le prêtre que deux fois par an. Ils manquent d’instruction religieuse.
2o Ron-san (ville). ─ C’est un nouveau district fondé l’an dernier par M. Rouvelet, qui a cédé Kong-tjyou, son ancien poste, à un prêtre coréen. Ron-san est un grand centre de commerce de riz. M. Rouvelet a réussi à se procurer un terrain où bâtir sa résidence, et déjà il a pu, cette année, bâtir un presbytère et une chapelle provisoire, en attendant qu’il puisse entreprendre les écoles. Le district comprend 16 stations et 1.110 chrétiens. « En comparant, écrit M. Rouvelet, ces chrétiens de la plaine avec les montagnards que j’ai quittés, on peut dire que la ferveur, l’esprit chrétien, la bonne simplicité se rencontrent chez ces derniers, cultivateurs de tabac pour la plupart, et réunis en villages entièrement chrétiens. Pourquoi faut-il que le gouvernement japonais ne se soit pas rendu compte, en publiant la loi sur le monopole, que la partie la plus saine de la population allait être réduite à la mendicité ? Combien de familles, modestes sans doute, mais qui jusqu’ici avaient pu vivre, grâce à la culture du tabac, sont venues me trouver à Ronsan pour chercher un nouveau moyen d’existence ! De ce fait, il est probable que le nombre de mes chrétiens va augmenter ici rapidement, mais faut-il s’en réjouir ? »
3o Keumsari. ─ Stations : 25. Chrétiens : 1.694. C’est un district assez étendu : la moitié à peine des stations sont dans la plaine, les autres sont dans la montagne. Les chrétiens, dispersés en six préfectures différentes, échappent malheureusement à l’influence de M. Julien Gombert, qui ne peut les rencontrer que deux fois par an. Douze de ces chrétientés ont été atteintes par la loi sur le tabac. C’est un désastre pour tous ces pauvres gens.
4o Kong-tjyou. ─ Stations : 25. Chrétiens : 1653. C’est le P. Marc Tchoi, vicaire de M. Rouvelet, qui est chargé de ce district. Les chrétiens y sont très dispersés, ce qui rend pénible l’exercice du ministère. Les protestants ont à Kong-tjyou une situation prépondérante.
5o Syang-hong-ri. ─ Stations : 16. Chrétiens : 1.789. M. Mélizan, titulaire de ce poste, après avoir exercé près de vingt ans le ministère dans le Hoang-hai-to, se trouve en pays nouveau. Il avait affaire à des néophytes, il a maintenant à diriger de vieux chrétiens. Il trouve ceux-ci moins intellectuels, plus arriérés… mais à tout prendre, il semble heureux du changement. Il fait le projet de leur ouvrir une école et de fonder une Société de Jeunes Catholiques.
6o Hap-tek. ─ Stations : 26. Chrétiens : 2.058. M. Perrin est le nouveau titulaire de cette résidence, que dirigeait M. Krempff. Venu de Kanto, qu’il a laissé aux mains des PP. Bénédictins, il ne trouve pas ici le même genre de chrétiens qu’en Chine, mais il reconnaît qu’en général, l’esprit est vraiment bon. Les Sacrements sont fréquentés par la plupart des chrétiens, hommes et femmes, et cela souvent au prix de voyages longs et pénibles. Cependant, voici le revers de la médaille : bien que sachant imperturbablement la lettre du catéchisme, beaucoup en ignorent le sens. Cela tient à l’absence de vrais catéchistes. De vrais catéchistes ! quelle institution à créer ! Mais avec quelles ressources ? Le district de Hap-tek possède deux écoles : une de garçons avec 140 élèves et une de filles avec 60 élèves .
7o Kong-Syei-ri. ─ Stations : 8. Chrétiens : 733. C’est le fief de M. Devise, qui est là depuis 1895 : petit district, proportionné à l’état de santé de notre confrère, qui a su néanmoins grouper autour de sa résidence 447 chrétiens. Il se plaint du manque de prosélytisme chez ses ouailles. Il espère toutefois que la belle église, dédiée à Saint-Benoît, dont il entreprend la construction, contribuera à montrer la vraie voie aux païens d’alentour.
VI. PROVINCE DE HOANG-HAI-TO
Nous voici transportés dans la Corée Nord-Ouest. Il y a là une population bien différente de celle de la Corée centrale et méridionale. Elle est travaillée très activement et depuis longtemps par les protestants, qui s’y sont faits de nombreux adeptes, grâce à des œuvres nombreuses et puissantes. Sur 1.280.595 habitants, nous comptons 5.638 catholiques avec 5 districts et 86 stations, dirigés par un missionnaire et quatre prêtres indigènes.
1o Sariouen. ─ Le P. Thomas Ri, chef de ce district, a la charge de 26 stations et de 1.368 chrétiens. La grande difficulté dans cette région, c’est d’obtenir, des chrétiens dispersés au milieu des païens, de mener une vie tout à fait chrétienne. Grande aussi est la difficulté d’obtenir, des parents, qu’ils instruisent leurs enfants et les préparent à recevoir les sacrements.
2o Tjairyeng (ville). ─ Stations : 26. Chrétiens : 1.368. Le P. Marc Sin a fort à faire dans ce district : à côté des chrétiens restés pratiquants, il y a là, comme dans tout le Hoang-hai-to, une foule de tièdes qu’il faudrait pouvoir ramener. Quelques-uns, à l’article de la mort, font appeler le prêtre et se réconcilient avec Dieu. Il faudrait, dans ces régions surtout, des catéchistes instruits, car les protestants sont nombreux et font beaucoup de propagande.
3o Mai-hoa-tong.- Stations : 9. Chrétiens : 1.142. Une école de garçons avec 85 élèves et une école de filles, dirigée par les religieuses coréennes avec 40 élèves. M. Curlier, qui fut pendant des années l’apôtre de Kanto, a dû, lui aussi, céder sa place aux Bénédictins, et est venu planter sa tente au Hoang-hai-to. Il se loue des chrétiens qui entourent sa résidence, et de la gerbe de 40 baptêmes qu’il a pu recueillir. Mais que de doléances à propos de ceux qui vivent dispersés au milieu des païens ! Quelle insuffisance dans l’instruction religieuse et combien nombreux sont les tièdes !
4o Eunryoul (ville). ─ Stations : 12. Chrétiens : 849. Le P. Pierre Paik signale, ici encore, la tiédeur de beaucoup, le peu d’instruction religieuse de la masse, la difficulté particulière d’obtenir de beaucoup la fidèle observation des lois de l’Eglise.
5o Tjuang-yen (ville). ─ Stations : 20. Chrétiens : 1.553. Cinq écoles de garçons avec 395 élèves ; une école de filles dirigée par des religieuses coréennes avec 135 élèves. Le P. Pierre Kim Administre ce district et se donne beaucoup de peine pour ses écoles de garçons et de filles. Une association a été fondée, qui rayonne par tout le Hoang-hai-to. Elle a pour but l’éducation des jeunes catholiques, en leur fournissant des subsides pour des études sérieuses qui leur permettront ensuite de travailler dans une œuvre de la Sainte-Église. Elle doit aussi entretenir des catéchistes ambulants. L’œuvre ne fait que commencer ; on verra plus tard ses résultats. Un fait touchant à noter : un certain Siméon Ri a eu le pieux dessein de fonder un hospice pour les vieillards sans famille. Pour trouver des ressources, il planta une petite forêt. Depuis trois ans, avec la vente du bois, il a pu nourrir plusieurs vieillards. Cette année cinq sont soutenus par cette pieuse industrie.
VII. PROVINCE DU HPYENGANTO SUD
Sur 1.082.467 habitants, il y a dans cette province 3.971 catholiques, répartis en trois districts et 56 stations que dirigent deux missionnaires et un prêtre coréen. Dans cette région, les protestants ont plus de 40.000 adeptes.
1o Hpiengang ( Chef-lieu de la Province). ─ Station : 8. Chrétiens : 1.121. Deux écoles de garçons avec 116 élèves ; une école de filles avec 210 élèves, dirigée par des religieuses coréennes. M. Le Merre, qui depuis 1898 dirige ce district, a pu, au milieu de bien des difficultés, bâtir une église en briques, des écoles et un presbytère. Son école de filles a obtenu de beaux succès aux examens. Mais que de choses il y aurait à faire encore dans cette ville pour soutenir la lutte avec les protestants ! Une société de jeunes catholiques est en formation ; mais il s’agit de lui faire accepter la bonne direction, ce qui n’est pas toujours facile : ces jeunes gens vivent au contact des protestants, qui ont sur les associations des idées bien différentes des nôtres.
2o Tjinampo (ville). ─ Stations : 18. Chrétiens : 1.226. Une école de garçons avec 45 élèves ; une école de filles dirigée par les religieuses coréennes avec 60 élèves. M. Lucas est venu du Hamkyengto prendre la direction de ce poste si délaissé pendant la guerre. Il a réinstallé l’école de filles, fermée depuis 1914, fondé une association de la Jeunesse Catholique et une association, sous le nom de Sainte-Anne, de femmes catéchistes volontaires. Il se loue en général de la ferveur des associées et se promet de beaux résultats, pourvu qu’ils continuent tous à vouloir rester dans leur véritable rôle.
3o Yeng-you. ─ Stations : 40. Chrétiens : 1.624. Le prêtre Paul Pak apporte la belle gerbe de 130 baptêmes d’adultes dont 26 « in articulo mortis ». Ce district est très étendu et le prêtre qui l’administre aurait besoin d’un aide. L’installation définitive de la résidence est encore à faire.
VIII. PROVINCE DE HPIENGANTO NORD
Cette province, limitrophe du Yalou et de la Mandchourie, a une population totale de 1.204.737 dont seulement 578 catholiques, répartis en deux districts et sept stations.
1o Eui-tjyou. ─ Stations : 16. Chrétiens : 500. Une école de garçons avec 15 élèves ; une école de filles avec 90 élèves. Le P. Paul Sye a organisé cette résidence d’une façon remarquable. Tour à tour il a pu bâtir une église et un presbytère en briques. L’automne dernier, il a réussi à installer une école de filles, que dirigent deux Sœurs coréennes. Il y aurait grand bien à faire dans cette province.
2o Sin-Eui-tjyou ( chef-lieu de province, sur la ligne Séoul-Moukden). Ce poste est à ses premiers débuts et ne compte que 78 chrétiens. Le P. Paul Pak, vicaire du P. Paul Sye, est installé à Sin-Eui-tjyou depuis le printemps. Les terrains sont devenus difficiles à trouver et d’un prix extraordinairement élevé. Aussi, provisoirement, le Père a dû se contenter d’une petite maison de deux chambres : une pour dire la messe et une pour lui. C’est bien peu, mais hélas ! … Il faudrait que les chrétiens, comprenant mieux leur devoir, pussent se mettre à aider leur missionnaire. »
Après cette revue documentaire de tout le Vicariat, Mgr Devred signale les événements ou faits importants du présent exercice. On comprendra la regret que nous éprouvons à n’en donner ici qu’un pâle mais fidèle résumé.
Les routes créées par les Japonais et les moyens de locomotion, que l’on trouve un peu partout, facilitent singulièrement la visite pastorale des chrétientés. Ce qui eût été impossible il y a dix ans, a pu être réalisé en automne dernier : Mgr d’Hésébon a fait la visite pastorale des vingt résidences situées au sud et à l’est du Séoul, au cours de laquelle il a administré 3.000 confirmations, béni sept églises ou chapelles et quatre cloches. « Je ne puis taire mon admiration, écrit Sa Grandeur, pour les missionnaires et les prêtres coréens qui, malgré les difficultés matérielles sans nombre, ont su, peu à peu, à force de sacrifices et de privations, opérer des améliorations notables, voire même de véritables transformations dans leurs districts. Que ne pourrions-nous pas réaliser, malgré notre petit nombre, si nous avions le budget de nos concurrents : les Protestants ! »
Pour lutter contre cette concurrence protestante non moins que contre l’éducation matérialiste des écoles officielles, quelques œuvres sont d’une nécessité plus urgente : les sociétés de jeunesse catholique, les écoles et les catéchistes.
Une sorte d’engouement général porte la jeunesse coréenne à s’organiser en sociétés. Tout jeune Coréen cherche à faire partie d’une société, ne serait-ce que d’une société sportive. C’est donc pour prendre et conserver la direction de ce mouvement que des confrères, à Séoul et dans les principaux centres, ont commencé à créer des Sociétés de Jeunesse Catholique. L’œuvre est délicate et difficile : cela demande de la patience, des tâtonnements. L’essentiel est d’endiguer le flot montant, pour lui donner ensuite la direction à prendre.
« La question des écoles est bien grave à l’heure présente… Quel grand avantage, dans les circonstances actuelles, n’aurait pas l’enseignement catholique, lui qui du moins cherche avant tout à sauvegarder le principe d’autorité, battu au contraire et de plus en plus par l’enseignement officiel et protestant… Nous nous prenons à regretter de plus en plus l’insuccès des P.P. Bénédictins dans l’œuvre pour laquelle ils avaient été appelés en Corée, il y a douze ans. L’heure en effet serait propice pour nous, si depuis lors des professeurs avaient été formés. »
« Cependant les Sœurs de Saint-Paul de Chartres ont pu nous former une vingtaine de religieuses enseignantes, qui sont aujourd’hui à la tête de dix écoles paroissiales… Malheureusement, le noviciat actuel de Séoul est trop petit pour oser espérer un grand développement, et pendant ce temps, l’occasion propice peut disparaître. »
« L’automne dernier, un païen vint nous proposer de prendre à notre charge une école supérieure de commerce dont il avait assuré l’entretien jusqu’alors. Il s’agissait, outre les charges d’entretien, d’éteindre une dette de 30.000 yens. Tout ce qu’ont put faire, ce fut de permettre à un Comité catholique de faire pour cette œuvre un appel pressant aux chrétiens du Vicariat. L’appel a été entendu en partie. Des promesses généreuses ont été faites. Quelques fonds sont arrivés, entr’autres une subvention du gouvernement français. Ce ne sera qu’après l’automne que nous pourrons dire si cette œuvre est viable, ou si nous devons en conseiller l’abandon définitif… »
M. Krempff a lancé dans la Revue Religieuse l’œuvre de la « Maison de famille pour étudiants. Elle a pour but de préserver les jeunes étudiants catholiques de Séoul des séductions si nombreuses de la capitale. En quelques mois, la souscription s’est élevée à 6.000 yens. Un étage est en construction, au-dessus de notre imprimerie, où une trentaine de jeunes catholiques pourront trouver une saine hospitalité. Les ressources augmentant, on pourra faire quelque chose de plus important et de définitif. »
L’œuvre des catéchistes est d’une importance que proclament tous les missionnaires. « En attendant que nous ayons les ressources suffisantes, nous avons pensé à demander à nos jeunes gens de se constituer catéchistes volontaires. L’idée n’est encore que lancée. Réalisée ailleurs, elle a produit d’excellents résultats. Il n’est pas possible de désespérer ici des bonnes volontés bien dirigées. »
Il reste à signaler le projet d’un nouveau Coutumier de la Mission qui doit remplacer celui composé par Mgr Blanc en 1887. « A la retraite annuelle, nous nous sommes réunis, missionnaires et prêtres indigènes, pour la discussion des desiderata. Le texte définitif de ce nouveau Directoire est terminé, grâce à l’aide précieuse de M. Le Gendre qui nous est revenu en automne dernier. Ce cher confrère se mettra ensuite à la rédaction d’un Directoire pour nos catéchistes. »
« Nous avons profité de notre réunion annuelle, pour constituer l’officialité prescrite par le Droit Canon et élire les juges synodaux. Sur la proposition de Mgr le Vicaire Apostolique, 4 missionnaires et 4 prêtres indigènes ont été élus juges par leurs pairs. »
« Le procès apostolique des martyrs de 1866 suit son cours régulier, mais demandera encore un certain temps, avant sa conclusion. Mgr Mutel, grâce à sa profonde connaissance du Chinois, grâce aussi à la bienveillance des autorités japonaises, a été heureux, après de longues recherches, de faire de très intéressantes découvertes aux archives nationales Coréennes. Des documents de grande valeur sur les diverses persécutions ont été mis sous les yeux de Sa Grandeur, qui a pu en faire prendre copie, et en poursuit actuellement la traduction. »
~~~~~~~
<< Retour page précédente
|