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Rapport annuel des évêques

Année: 1922
Pays: Corée du Sud
Mission: Taïkou
Rédacteur:Mgr Demange

II. – Taïkou.

Population catholique 30.096
Baptêmes d’adultes 706
Baptêmes d’enfants de païens 1.068
Conversions d’hérétiques 11


Nous avons cette année, écrit Mgr Demange, commencé l’œuvre des tracts, qui a été inaugurée simultanément dans tous les districts. Ces publications ne sont pas distribuées indistinctement, comme le font les protestants : l’expérience prouve que, données ainsi, elles ne fournissent guère que du papier de tapisserie. Elles sont destinées à continuer et à parfaire des conversations avec des non catholiques d’une certaine bonne volonté. A la retraite des catéchistes, les missionnaires et prêtres indigènes ont expliqué la circulaire du Vicaire Apostolique concernant cette œuvre, donné à chacun un certain nombre de tracts et averti les catéchistes que le Père devait veiller à l’usage qui en est fait et signaler à l’évêque, en vue d’une récompense, les fidèles les plus zélés à utiliser ce mode de propagande. L’avenir nous dira si et dans quelle proportion cette semence lève.
La création d’une section préparatoire au Séminaire, décidée l’an dernier, sera réalisée dans quelques jours. Le petit nombre de professeurs ( ils sont trois : MM. Peynet, supérieur, Julien, et le P. Augustin Kim, pour tous les cours du petit et du grand séminaire ) ne nous permet d’avoir en activité qu’un cours de chacune des trois sections : théologie-philosophie, section des grands latinistes et section des petits latinistes. Comme conséquence, les rentrées ne se font que tous les trois ans. De ce fait, pas mal de vocations se perdent ; par ailleurs, l’inégalité de formation première des nouveaux admis oblige à sacrifier, dans les premières années, une queue qui aurait pu suivre, si elle avait eu en arrivant des connaissances primaires moins insuffisantes. Pour éviter ces inconvénients, la section préparatoire recevra, chaque année, les futurs séminaristes qui ne peuvent fréquenter chez eux les écoles primaires convenables. Ils y resteront, au moins un an et au plus quatre ans, avant de participer à l’entrée triennale au séminaire proprement dit. C’est dans la section préparatoire que se fera, en très grande partie, l’élimination pour cause d’insuffisance intellectuelle et pour toute autre cause aussi. Le bâtiment du séminaire étant suffisamment vaste, une aile est réservée à la section préparatoire, qui a cependant ses dortoirs et ses cours de récréation à part. Les classes sont faites par des professeurs laïques, et deux diacres, qui changent tous les mois, sont chargés de la discipline, des promenades, et, sous la direction de l’économe du séminaire, des détails d’économat ; ils font ainsi un apprentissage de responsabilité qui pourra leur être utile ; et surtout, car il faut toujours en revenir là, ils nous économisent du personnel sacerdotal.
Et il faut bien l’économiser ; deux missionnaires sont morts encore pendant cet exercice : MM. Robert et Saucet. Le personnel de cette mission est réduit 14 missionnaires et 7 prêtres coréens. Les trois confrères du séminaire et M. Mousset, procureur et aumônier des Sœurs et de l’orphelinat, étant pris par les œuvres communes 17 ouvriers ont à se partager les 384 stations, dans lesquelles plus de 30.000 chrétiens doivent être visités. L’ordination de septembre va heureusement nous donner quatre nouveaux prêtres, mais les postes abandonnés ne pourront pas encore être tous occupés.
Une bien grosse épreuve a touché notre œuvre du séminaire. J’avais emmené à Rome, il y a deux ans, nos deux premiers séminaristes coréens, élèves du Collège de la Propagande. Un est revenu dans un état de santé qui ne laisse pas d’espoir ; il a reçu il y a peu de temps les derniers sacrements. L’autre est mort à Rome, quinze jours après le retour de son compagnon.
Le dernier compte rendu parlait du projet de loi sur les écoles. Elle est en vigueur depuis le mois d’avril. Malgré un réel souci de faciliter les choses, en vérité, ne peuvent profiter de ces facilités que les écoles qui ont un budget public, ou celui de l’hérésie à leur disposition : un instituteur au moins est exigé par cours ; les cours doivent être au nom de six, bien que, provisoirement, on en tolère quatre jusqu’à ce qu’on puisse se mettre en règle ; la paie mensuelle d’un professeur ne peut aujourd’hui être inférieure à 40 ou 50 yens, et dans nombre d’écoles, une surenchère absurde double et même triple ce chiffre. Quel budget de mission catholique trouvera la paie de ces instituteurs ? C’est, à bref délai, l’agonie de nos écoles reconnues. On peut bien, il est vrai, fonder désormais des écoles non reconnues, et les chrétiens sont fortement engagés à le faire, mais le vent ne souffle pas du tout dans cette direction. Ces écoles sont simplement méprisées. Nos chrétiens supportent impatiemment l’infériorité du catholicisme en matière d’éducation. A Taïkou même, les fidèles, aidés de leurs amis païens, s’offraient à faire, en grande partie, les frais de l’établissement d’une école secondaire. Je me suis adressé aux Marianistes qui jouissent d’une réputation si méritée, et auraient en Corée un succès assuré. Mais la réponse du T. R. P. Supérieur Général a été celle que fait toute congrégation française : impossible, pas de personnel.
Le triple centenaire, dont la célébration avait été recommandée par la Sacrée Congrégation de la Propagande, a été célébré, dans tout le Vicariat, à la fête de la Pentecôte qu’avait précédée un triduum solennel.
Quand j’aurai ajouté que nos excellentes Sœurs de Saint-Paul de Chartres nous donnent, dans la sphère trop restreinte dans laquelle elles travaillent, une satisfaction qui rend douloureuse la restriction mise aux admissions des postulantes indigènes, j’aurai terminé ce qui concerne les nouvelles générales de la mission, et je puis passer à l’analyse des rapports envoyés par les confrères des districts

La mission de Séoul a cru devoir nous reprendre le district de Ronsan, en dehors des limites fixées à notre mission par le décret de 1911, mais que nous administrions par délégation de Mgr Mutel. Par suite, plus de 1.100 chrétiens sortent de nos listes, pour figurer sur celles du Vicariat voisin. C’est ce qui explique que, malgré les baptêmes, notre population totale soit inférieure de 576 unités à celle de l’an dernier.
M. Vermorel, provicaire, renouvelle les observations de l’année précédente sur la ferveur des chrétiens âgés ; mais il renouvelle de même les craintes que la jeunesse continue à lui donner. Il semblerait, par le nombre considérable de catéchismes et de livres de prières que l’on a demandés, que le nombre des catéchumènes est lui-même croissant dans la ville de Taïkou.
M. Ferrand ne signale rien de spécial dans sa communauté de 355 catholiques japonais, dispersés dans 15 stations, qu’il visite plusieurs fois chaque année. Comme tous les confrères qui ont des stations dans les montagnes, M. Lacrouts note les effets désastreux du monopole du tabac que le gouvernement général vient d’établir … Les jeunes gens de la ville de Tjyentjyou, groupés en association, donnent satisfaction au missionnaire par leur assiduité aux conférences qu’il leur fait. L’instruction par la parole devient de plus en plus nécessaire : autrefois, isolés dans leurs villages, les chrétiens lisaient très volontiers les livres de religion ; maintenant, dans les villes, ils ont d’autres distractions.
M. Mialon, tout en enregistrant un accroissement de son troupeau constate, une fois de plus, que les misères morales suivent les misères matérielles.
M. Taquet a vu disparaître de sa liste d’administration régulière, provisoirement il faut l’espérer, plusieurs stations des îles dans lesquelles il ne restait plus de chrétiens en état de recevoir les sacrements : la législation catholique du mariage reste incompréhensible à ces insulaires. Sur le continent, les choses vont mieux. Le Père fait des éloges de Keiryang où un prêtre, quand on pourra de nouveau en mettre un, trouvera dans la jeunesse un appui sérieux.
M. Bermond est consolé par l’augmentation de ses chrétiens, chose rare dans ce district de Masampo, particulièrement éprouvé précédemment par les émigrations et l’excès des morts. Le mouvement des conversions est assez prononcé à Masampo même, mais à peu près nul dans le reste du district.
M. Cadars, qui a fait, à Toitjai, l’apprentissage de la vie de missionnaire en district de vieux chrétiens, déplore chez eux le manque de prosélytisme, qui se concilie avec une réelle ferveur.
M. Peschel caractérise ainsi le résultat de l’évolution qui se produit parmi nos chrétiens de Corée, depuis quelques années : « Ce qui était tiède l’est devenu irrémédiablement ; ce qui était fervent l’est devenu davantage. » Il raconte le trait suivant : « Pendant mon absence pour l’administration d’automne, un jeune homme, très en vue à Fusan, président du Club des jeunes gens, a été frappé d’une maladie assez étrange, à la suite de pertes d’argent et d’autres causes qui l’avaient beaucoup affecté. Se sentant près de mourir, il déclara à sa mère qu’il voulait devenir catholique et non protestant, comme sa famille l’y exhortait. Devant sa volonté très énergiquement exprimée, tout le monde s’inclina. On fit appeler mon vieux catéchiste qui, après plusieurs jours de préparation, le baptisa, bien instruit et bien disposé. Au rapport des catholiques qui assistèrent à ses derniers moments, peu de chrétiens meurent d’une manière plus édifiante. Avant de quitter ce monde, sa grande recommandation à sa mère et à sa sœur, qu’il aimait beaucoup, fut de ne plus fréquenter le temple protestant, mais de se préparer à le rejoindre au ciel, en entrant dans la véritable Eglise. Elles sont mes deux plus ferventes catéchumènes. »
M. Lucas trouve, dans ses jeunes gens, une collaboration très appréciable pour la conversion des païens et l’activité religieuse du district de Syouryou. Ses écoles marchent bien. Cependant, dans cette chrétienté, en majorité très fervent, tombent, comme des fruits rongés par un ver inconnu, des tièdes dont l’abandon ne s’explique pas et laisse peu d’espoir de retour.
M. Parthenay, vicaire du regretté M. Saucet, a dû prendre sa place, jusqu’à la retraite annuelle. Il a uni sa jeune bonne volonté à l’expérience de M. Cadars, pour visiter, après l’administration de Toitjai, le grand district de Napaoui. Depuis la retraite, M. Cadars est titulaire de Napaoui et M. Parthenay de Toitjai.
Dans le district de Tjintjyou, nous dit le P. Etienne Kim, ce sont maintenant les villes qui, contrairement à ce qui se passait précédemment, fournirent surtout les catéchumènes. Les campagnards ont été trompés par trop de propagandistes de toute sorte ; la police, plus libre que dans les villes, fait, au sujet de la religion, des inquisitions trop souvent vexatoires. Dans ces conditions, il semble à ces pauvres gens qu’il est plus prudent de rester dans leur coin, sans s’affilier à une Société quelconque. La ville de Tjintjyou possède une chapelle très convenable et un catéchiste généreux et zélé. Cette capitale de la province du Kyengsyang, si longtemps stérile au point de vue catholique, donne des espérances pour un avenir prochain.
Le P. Joseph Kim est satisfait de la nouvelle méthode de visite pastorale, qui a voulu atteindre le plus grand nombre possible de villages. De son district, l’évêque a vu toutes les stations, sauf quelques-unes très rares, et pratiquement tous les chrétiens.
Le P. Barthélemy Ni a suivi dans la plaine ses chrétiens, anciens cultivateurs des montagnes. Heureusement, quelques-uns, plus à l’aise, ont pu acheter un lot de rizières qui donnera du travail à tous. C’est au milieu de ces terrains, à Hanteul, que l’on construit chapelle et maison du Père.
Le P. Paul Tjyou, malgré les difficultés, dont une spéciale a été la nécessité de rebâtir sa chapelle, est content de son district qui, pendant cet exercice, n’a pas vu se produire une seule défection.
Le P. André Ryou, dont l’administration a été interrompue par une maladie grave qui a failli nous l’enlever, trouve dans son district de Yengtchyen du progrès presque en tout, spécialement pour la manière dont les chrétiens commencent à comprendre la nécessité de coopérer à l’entretien de leurs prêtres.
Le P. Joseph Ni, vicaire de la Cathédrale, outre son service ordinaire auprès de M. Vermorel, a fait deux fois la visite régulière des 17 stations appartenant au district de Taïkou, qui sont en dehors de la ville.



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