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Rapport annuel des évêques

Année: 1925
Pays: Corée du Sud
Mission: Taikou
Rédacteur:Mgr Demange

II. — Taikou

Population catholique 33.598
Baptêmes d’adultes 931
Baptêmes d’enfants de païens 1.334
Conversions d’hérétiques 8


Mgr Demange nous écrit : Le présent exercice prend place entre deux événements importants pour la Corée : la visite du Délégué Apostolique, en septembre 1924, et la célébration, dans le pays de leur martyre, des fêtes en l’honneur des nouveaux Bienheureux, en septembre 1925.
Venu en Europe avec Mgr Mutel pour prendre part aux magnifiques fêtes de la Béatification, je n’ai, des Triduums célébrés dans la Mission de Taikou, qu’un écho lointain, mais c’est l’écho d’un si joyeux enthousiasme, jusque dans les plus petites stations, que, à la constatation nouvelle de la ferveur de nos chrétiens Coréens, il ne me paraît pas douteux qu’on peut joindre le présage de progrès sensibles dans l’avenir, tant pour une vie plus chrétienne de nos fidèles, que pour la conversion des païens, dont beaucoup ont été fortement remués à cette occasion.
La visite de Son Excellence Mgr Giardini, Délégué Apostolique, avait déjà été, au début de l’exercice, une source de salutaire excitation, surtout pour les localités directement touchées. A la cathédrale, où Son Excellence distribua la sainte Communion pendant plus de deux heures, au Séminaire, dans les établissements des Sœurs de Saint-Paul de Chartres, dans les écoles, à la Société des jeunes gens et à celle des jeunes filles, non moins que dans les rues où la circulation était interrompue par la foule immense sur son passage, le Représentant du Saint-Père put constater le pieux empressement des chrétiens et la respectueuse sympathie des païens.
La chrétienté de Kasil, à quatre lieues de Taikou, fut privilégiée, Son Excellence ayant accepté d’y bénir la belle église de Sainte-Anne, construite avec autant d’esprit pratique que d’énergie persévérante par M. Tourneux. Dans le rapport que je viens de recevoir sur son district, ce confrère me parle de l’impression profonde qui subsiste, après plusieurs mois, même chez les païens, aussi touchés de la bienveillance du Délégué que de la splendeur des cérémonies.
Les deux chrétientés, Coréenne et Japonaise, de Fusan, ne furent ni moins empressées à recevoir la Bénédiction de Son Excellence et ses paternelles exhortations, ni moins touchées de sa bonté simple. En quittant le quai de Fusan, salué une dernière fois par la foule, Mgr Giardini put emporter l’impression qu’il avait vraiment été le Représentant du Père Commun des Fidèles près de ses lointains enfants, et que ceux-ci avaient vraiment voulu, de tout leur cœur, lui exprimer leur filiale gratitude et leur respectueuse affection.

Peu de jours après le départ de Son Excellence, je reprenais la visite pastorale commencée au début de septembre. La partie à voir, cette année, est la plus étendue de la Mission. La grande chaîne de montagnes sépare le district le plus oriental des cinq autres, et j’avais eu, à la visite précédente, assez de difficulté à franchir cette chaîne. Aussi, cette année, ai-je visité d’abord le district oriental de Hamyang, et après le départ de Son Excellence, je me suis transporté directement de l’autre côté de la grande chaîne, pour y continuer la tournée dans les districts de Tjinan, Kimtchyei, Tjyengeup, Ratjyou et Mokpo.
De ces six districts, quatre sont administrés par des prêtres indigènes, MM. Joseph Tjyeng, Barthélemy Ri, André Ri et Paul Tjyou. J’ai trouvé chez ces prêtres encore jeunes l’ardeur disciplinée dans le ministère auprès des chrétiens, jointe à l’initiative zélée pour approcher les infidèles. Tous, naturellement, remarquent surtout ce qui manque à leur succès auprès des uns et des autres ; ils voudraient plus d’esprit de prosélytisme chez leurs fidèles et une collaboration plus active aux œuvres d’éducation qu’ils s’efforcent d’établir. Pour moi qui, voyant les choses de plus loin, suis amené nécessairement à établir des comparaisons et surtout à reconnaître combien partout la réalisation reste au-dessous des désirs, j’ai eu, dans cette visite, la consolation de constater non seulement que ces prêtres font tout ce qu’ils peuvent, mais que, vu les difficultés plus grandes en cette année de disette et les faibles moyens dont ils disposent, ce qu’ils ont obtenu est remarquable et ces districts, sauf les deux derniers, sont parmi les meilleurs de la Mission.
A la ville de Hamyang, centre des plus arriérés dans les vieux préjugés du paganisme coréen et très longtemps rebelle à toute influence catholique, M. Joseph Tjyeng voit à présent de nombreux catéchumènes se préparer au baptême. Les moyens employés pour obtenir ce revirement sont assez simples : Il a donné aux funérailles chrétiennes des moindres fidèles un éclat considérable et lorsque la procession traversant la ville avait naturellement attiré une foule de curieux, sous prétexte de faire se reposer les porteurs du grand corbillard, on s’arrêtait, et le Père ou son catéchiste expliquait à la foule le culte des morts dans l’Eglise catholique, leur disait qui était Celui dont l’image était portée sur la croix en tête de la procession, et invitait ceux qui désiraient en entendre davantage à venir le voir. Tous les visiteurs bien accueillis visitaient la chapelle, où tout, ameublement, images, chemin de croix permettait une instruction facilement compréhensible ; ils revenaient, envoyaient même leurs enfants à l’école du prêtre, et celui-ci devenait de plus en plus connu en ville, où il s’était montré dans le plus beau rôle possible ; celui qui a pour objet le culte des morts
Quand on connaît la pauvreté de nos prêtres et celle des chrétiens des montagnes, on est surpris, comme je l’ai été, de la vaste et belle installation faite par M. Barthélemy Ri et ses chrétiens à Hanteul, où je lui avais permis, il y a deux ans, d’établir la résidence du district de Tjinan. Plusieurs milliers de chrétiens étaient venus de tous les villages de la montagne pour assister à la bénédiction de la belle église de style coréen qui domine la vallée. Ce fut pour eux un beau jour et déjà une récompense de leur généreuse collaboration.
Le district de Ratjyou confié a M. André Ri, et celui de Mokpo qu’administre M. Paul Tjyou pendant une moitié de l’année, passant l’autre dans l’île de Quelpaert dont le sud est rattaché au premier district et le nord au second, sont incontestablement les deux districts les plus ingrats de la Mission de Taikou. Les insulaires sont à la fois les plus superstitieux et les moins moraux des Coréens ; leur dispersement dans de nombreuses îles d’accès difficile et coûteux, rend le contact avec le prêtre très réduit et, en dehors de la visite annuelle, ils échappent à son influence, de sorte que ces pauvres gens qui auraient plus besoin de secours religieux en sont davantage privés. Ils n’ont pas par ailleurs le soutien de leurs voisins chrétiens. Les deux districts dont je parle sont les seuls dans la grande province du Tjyenla méridional, qui occupe comme superficie le quart de toute la Mission, et dont on peut dire que l’Evangile ne l’a pas encore pénétrée.

Les deux districts visités qui sont administrés par des missionnaires sont le district de Kuntchyei confié à M. Lucas, et celui de Tjyengeup, dans lequel M. Peschel vient de succéder à M. Mialon. Le premier est un des plus florissants, avec ses chrétiens de montagne depuis longtemps formés à la vie fervente. Les soucis actuels du missionnaire proviennent des difficultés matérielles dans lesquelles se trouvent ses ouailles par suite de l’application des lois néfastes sur les montagnes dont il a été parlé dans les rapports précédents. La collaboration aux efforts du Père pour les œuvres d’éducation et autres est inévitablement réduite et ces œuvres s’en ressentent. L’œuvre de la jeunesse catholique, dont l’inconstance attristait l’an dernier le missionnaire, lui donne cette année plus de consolations et, peut-être, après quelques expériences de ce genre, les esprits comprendront-ils qu’on ne fait rien qui vaille sans discipline.
M. Peschel venait d’arriver dans le district de Tjyengeup quand j’en fis la visite. M. Mialon, qui en a installé le centre à Sinsyengri, avait dû céder la place et aller chercher en France un renouveau de forces. Le rapport envoyé par M. Peschel est encore hésitant, mais l’impression est bonne en définitive. Il y a dans ce district une presqu’île très éloignée des autres stations, qui ne peut recevoir fréquemment la visite du missionnaire. J’y ai trouvé de belles chrétientés qui désireraient avoir un Père au milieu d’elles et en effet, un Père à demeure, non seulement serait bien utile à la vie chrétienne des fidèles, mais obtiendrait, je crois, des conversions. Outre l’impossibilité jusqu’ici de fonder un nouveau poste, une difficulté spéciale provient de ce que cette région est en proie à ce que l’on appelle « maladie du terrain » ; qui semble due à l’eau et dont tous les habitants sont atteints plus ou moins. Ceux qui sont nés dans la région supportent cette maladie sans qu’elle abrège leur vie, mais chez beaucoup de ceux qui viennent d’ailleurs, les poumons sont vite attaqués et, en attendant la mort, c’est une anémie incurable.

Des districts non touchés par la visite pastorale, je ne dirai rien de spécial, bien que les rapports m’aient tous été fidèlement adressés. Les constatations sont les mêmes : administration régulière des sacrements, augmentation des sacrements de dévotion ; et cela malgré le fléau de la disette qui a affligé tout le sud de la Corée, à la suite d’une sécheresse sans précédent. L’an dernier, le chiffre des baptêmes était plus fort que précédemment, et les confrères en district espéraient mieux encore cette année. Quand les pauvres gens doivent aller de tout côté pour trouver à manger, ils n’ont ni le temps ni le goût de s’instruire de la Religion. Le chiffre des baptêmes est à peine inférieur à celui de l’an dernier, mais il aurait dû être supérieur.
Cette année, au contraire, c’est l’inondation qui a compromis les récoltes ; il ne m’est pas encore possible de savoir l’étendue des désastres, sauf pour quelques districts durement éprouvés, mais j’ai l’impression que nous n’aurons pas un fléau comparable à celui de la sécheresse en 1924.

Entre mon retour de la visite pastorale et mon départ pour l’Europe, j’eus à m’occuper de difficultés, que le dernier compte rendu laissait prévoir pour un avenir plus ou moins prochain ; étant pain quotidien dans les écoles des protestants et celles du gouvernement, elles devaient, un jour ou l’autre se produire dans les nôtres. Des meneurs agitèrent successivement notre école de garçons et notre école de filles de Taikou, et le mauvais esprit s’y mit. Au grand étonnement et au scandale non seulement des Coréens, mais des autorités japonaises locales, je fis expulser les coupables et fermer la classe supérieure. Il est inouï dans les écoles japonaises et protestantes que les élèves grévistes n’obtiennent pas satisfaction ; aussi personne ne pensa que cette mesure serait maintenue. Comme elle semblait devoir l’être, les démarches les plus inattendues se multiplièrent, sans succès cela va de soi.
Le résultat fut que ces écoles devinrent meilleures qu’elles n’avaient jamais été, et le récent compte rendu de M. Vermorel, provicaire, constate que si le diable espérait tirer du profit de l’agitation d’alors, il en est pour ses frais.
Les Autorités qui avaient laissé entendre que notre manière de faire, intransigeante, pourrait nous aliéner leur sympathie, ont changé d’avis, et dernièrement ont donné la reconnaissance spéciale qui confère aux brevets délivrés dans ces deux écoles la même valeur qu’à ceux des écoles du Gouvernement, permettant ainsi à nos enfants qui en sont pourvus l’entrée, sans autre examen, dans les écoles secondaires gouvernementales.

M. Cadars a entretenu les lecteurs des « Missions Catholiques » d’une épreuve d’un autre genre qui a revêtu la forme d’une vraie persécution pour ses enfants qui fréquentent l’école publique. On peut trouver exagéré, surtout quand on parle de la Corée, qui en a vu d’autres et autrement terribles, ce terme de persécution ; mais outre que le principe en est le même, le dommage, qui réduit ces enfants à la condition de parias auxquels l’instruction est refusée dans toutes les écoles similaires, est en vérité très grave.
Les élèves de l’école dont il s’agit, mis en demeure par le Directeur japonais de participer aux cérémonies shintoïstes, bien que brimés à cette occasion, ont refusé de le faire, et pour ce refus ont été chassés de l’école. Or les règlements défendent à une école similaire de les admettre.
Les conditions mises à la création d’écoles libres sont tellement onéreuses que, malgré des sacrifices pécuniaires énormes et pratiquement au-dessus des possibilités des chrétientés si elles ne sont pas très grandes, elles obligent la plupart de nos enfants à fréquenter les écoles du gouvernement. Si donc la manière d’agir du directeur de l’école dont il a été parlé plus haut se généralisait, au point de vue de l’instruction les catholiques deviendraient des citoyens de seconde zone et, sauf ceux qui peuvent fréquenter nos écoles libres reconnues comme à Taikou, se verraient condamnés à l’ignorance.
Mais les dernières nouvelles reçues de Corée, qui datent de fin octobre, laissent craindre que nos écoles libres reconnues elles-mêmes ne soient soumises à l’avenir à l’alternative ou de participer aux cérémonies shintoïstes ou de se voir retirer l’autorisation et donc de disparaître.
Le 15 octobre a eu lieu, à Séoul, la dédicace du temple shintoïste consacré à l’empereur Meiji. Les miroirs sacrés et autres reliques ont été transportés par train de Fusan à Séoul et, à toutes les gares, les écoles devaient venir rendre les honneurs. A Taikou, nos écoles comme celles des protestants se sont abstenues. A Séoul, pour les diverses cérémonies, même abstention. Les Autorités mécontentes ont été surtout surprises de voir les Protestants donner de l’impossibilité de participer à ces cérémonies religieuses les mêmes raisons que les catholiques. Cela toutefois ne les a pas convaincues que, malgré leurs affirmations, ces cérémonies ne peuvent être considérées comme purement civiles et, quelques jours plus tard, le Bureau de l’Education envoyait une circulaire à toutes les écoles libres répétant que ces cérémonies étaient purement civiles et que l’abstention à l’avenir ne serait plus admise.
A la prochaine occasion, le conflit deviendra inévitablement aigu. Tant qu’on ne retirera pas de ces cérémonies les prêtres et leurs rites, toute déclaration, qui a du reste contre elle l’interprétation de presque tous les Japonais, ne pourra faire que ces cérémonies ne soient pas religieuses et que, l’étant, ou bien on doit en dispenser les chrétiens ou bien déclarer lettre morte l’article de la Constitution Japonaise qui garantit la liberté de Religion dans l’Empire du Soleil Levant et la Corée qu’il s’est annexée.
Les collègues du Directeur de l’école, qui a créé l’incident dont a souffert M. Cadars, l’ont généralement blâmé de son zèle intempestif, jugeant que leur pratique de fermer les yeux sur l’absence des chrétiens à ces cérémonies est le seul moyen de sortir du malentendu créé par la Constitution et les règlements scolaires ; mais l’inauguration du temple de Meiji, en portant sur un terrain plus vaste ce malentendu, ne semble pas permettre de le dissimuler plus longtemps.
Puissent les Autorités du Pays ne pas démentir, à cette occasion, leur réputation de tolérance et de respect de la liberté qu’elles ont acquise et méritée.
Assurément la ligne de conduite est claire pour nos chrétiens, et ils n’en sont pas, en Corée, à se poser la question de savoir ce qu’il leur faut choisir, quand il s’agit de leur Foi et de biens même précieux comme celui dont il s’agit, mais on ne voit pas qui aurait à gagner en les mettant de nouveau en présence de ce choix à faire.
Puissent nos Bienheureux nous aider dans ces difficultés et les autres !


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