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Rapport annuel des évêques

Année: 1926
Pays: Corée du Sud
Mission: Taikou
Rédacteur:Mgr Demange

II. — Taikou.

Population catholique 33.740
Baptêmes d’adultes 803
Baptêmes d’enfants de païens 1.380
Conversions d’hérétiques 19


Mgr Demange nous écrit : « La belle ordination de onze prêtres indigènes s’est faite le samedi des Quatre-Temps de la Pentecôte ; si j’ai la joie de la signaler ici, l’heureuse répercussion sur les œuvres d’apostolat qui en a été la conséquence ne sera mentionnée que dans le prochain compte rendu. A l’exercice suivant appartiendra également la création longtemps désirée d’un noviciat à la communauté des Sœurs de Saint-Paul de Chartres. Je me borne donc ici à résumer les rapports des missionnaires et prêtres indigènes.

La province de Kyengsyangto nord comprend six districts.
Taikou est le plus considérable, avec la paroisse de la cathédrale et seize stations. Les 3.969 catholiques recensés ne représentent pas toute la chrétienté, dit M. Vermorel, provicaire. Il estime que le nombre total doit effleurer 5.000 ; mais les émigrations continues au Japon et aussi une proportion plus grande de tièdes qui ne sont pas maintenus sur les listes expliquent la différence. Les conversions ne manquent pas et le zèle des chrétiens pour le baptême des moribonds reste louable. Il y a, parmi les fidèles qui vivent près de la cathédrale et ne manquent ni la messe ni la visite au saint sacrement quotidiennes, de belles âmes qui, sans bruit, font le bien autour d’elles. Le Père Provicaire s’occupe directement de l’école des garçons et M. Mousset de l’école des filles. Pour la première où l’esprit a été inquiétant, durant quelques années, on est actuellement tranquille. Quand à la seconde, sa réputation est excellente et les Autorités japonaises déclarent volontiers que dans aucune autre école on ne trouve l’éducation que les Religieuses donnent dans celle-ci, sans que du reste l’instruction proprement dite soit inférieure à l’éducation : la proportion des succès à l’examen d’entrée à l’Ecole supérieure y a été meilleure que pour n’importe quelle autre école. Le P. Jean Kim, vicaire du Père Provicaire, spécialement chargé de la visite des stations, se réjouit d’un nombre plus grand de catéchumènes qui lui fait espérer un joli chiffre de baptêmes l’an prochain.
Kimtchyen est à deux heures de chemin de fer au nord de Taikou. Le P. Joseph Ri donne tous ses efforts à l’organisation de son école et réussit pour le moment ; quand il voudra la mettre tout à fait en règle avec les lois scolaires, il se trouvera en présence d’exigences budgétaires au-dessus de ses forces. Son district comprend dix-sept stations, presque toutes en montagne, donc en train de se dépeupler, les Coréens ne pouvant plus vivre dans les mon-tagnes par suite de la législation nouvelle.
M. Tourneux, à Kasil, se félicite du progrès de l’instruction des enfants : tous approchent des sacrements dès l’âge de raison. Il se félicite également de voir se dessiner un mouvement de conversions dans des endroits jusqu’ici assez indifférents : Des conversions de protestants lui ont procuré la visite du pasteur mécontent, qui a voulu le persuader qu’il restait encore assez de païens à convertir pour que les ministres chrétiens n’empiètent pas les uns sur les autres, et a demandé que le missionnaire catholique n’accepte pas les protestants, promettant la réciprocité. Il a convenu que cette réciprocité n’avait pas encore eu lieu de s’exercer, mais n’a pas été persuadé pour autant et a quitté le Père en maudissant l’intransigeance romaine.
Syangtjyou et Mounkyeng, confiés aux P. P. Mathias Ri et Joseph Kim, sont à l’extrême nord de la Mission ; depuis cette année, une nouvelle ligne de chemin de fer en rend l’accès facile. Grâce à la connivence de certains officiels, le communisme s’y développe plus visiblement qu’ailleurs et il ne cache pas que l’expulsion des ministres de religion est dans son programme.
Le district de Yengtchyen prend et prendra prochainement un assez grand développement, grâce au mouvement de conversions qui s’est déclaré à la ville de Hayang ; le P. André Ryou est moralement sûr du baptême de 70 catéchumènes sur les 100 qu’il y instruit depuis l’an dernier.

La province de Kyengsyangto Sud comprend trois grands districts : Fusan, avec 2.576 chrétiens dispersés en trente-cinq stations ; Masanpo, avec 3.139 chrétiens et vingt-quatre stations ; Tjintjyou, qui compte trente-neuf stations et 2.595 fidèles. Le premier district est confié à M. Deslandes, le second à M. Bermond et le troisième au P. Etienne Kim.
L’inondation a beaucoup éprouvé cette région : dans le seul district de M. Bermond, huit stations ont été complètement ruinées.
« Le ministère à Fusan, écrit M. Deslandes, me paraît se rapprocher beaucoup du ministère des villes populeuses de France. Plus qu’ailleurs semble-t-il, les chrétiens sont totalement absorbés par les préoccupations de l’existence et l’activité de ville très vivante qu’est ce port, dont chaque jour voit le développement. Ce n’est pas que tous aient régulièrement de l’occupation ; c’est même un gros problème que de trouver du travail pour les jeunes gens qui, sortis des écoles, ne veulent plus ou ne peuvent pas se livrer à un travail manuel. C’est alors qu’ils se livrent à la première occupation qui se présente, presque sans conditions pour ainsi dire, ou à des usines qui les achètent en quelque sorte, en payant leurs dettes antérieures, les tiennent très étroitement et ne leur donnent qu’un salaire dérisoire, tout en exigeant un travail de douze heures souvent de jour et de nuit, auquel ils ne peuvent parfois résister longtemps, surtout les jeunes filles et les jeunes femmes.
Les exigences des employeurs Japonais ou Coréens font que les chrétiens ne peuvent que difficilement remplir leurs devoirs religieux ; le dimanche est comme n’existant pas ; et pouvoir assister à la messe les jours de fête de précepte est un fait rare. Aussi ne faut-il pas s’étonner que beaucoup de chrétiens, venus d’ailleurs, se laissent accaparer par cette activité et demeurent des années ignorés du Père auquel ils ne se présentent pas ; c’est souvent la venue d’un parent ou d’un ami qui fait découvrir leur présence et permet d’entrer en contact avec eux. Dans les deux derniers mois, quatre de ces familles m’ont été ainsi signalées.
Alléger ces ouvriers de leurs soucis matériels en leur procurant des logements à bon marché et, si possible, à proximité de l’église, instruire leurs enfants, leur procurer du travail, seraient les premiers points d’un projet d’œuvres sociales qui semblent s’imposer. C’est dans ce but que, modestement comme les ressources m’y obligent, j’ai commencé l’établissement de maisons pour ouvriers, qui peuvent recevoir dix ménages, et ouvert une petite école pour leurs enfants. »
A Tjintjyou, le P. Etienne Kim a dû renoncer à la reconnaissance officielle de son école ; il lui est matériellement impossible d’avoir les six professeurs qui sont maintenant requis dans toute école primaire. Nous réussirons peut-être à maintenir dans les grosses agglomérations ces établissements dont le budget dépasse tout ce que la charité catholique pourrait allouer, puisque, pour la seule paye des professeurs, qui n’est qu’une partie des frais, il faut 300 yen — plus de 5.000 francs — par mois ; une seule école primaire demandera plus de 80.000 francs par an. Quel district particulier pourrait, et même devrait, vouloir à tout prix lutter sur ce terrain avec l’instruction publique qui s’alimente sur les impôts du pays, ou avec l’instruction protestante dont on sait le budget ?

Tjyentyjou est la capitale de la province de Tjyenlato nord dont les sept districts comptent 15.357 chrétiens.
La maladie a obligé M. Lacrouts à une absence de la plus grande partie de l’année, passée au sanatorium de Hongkong. L’administration des 2.678 chrétiens de son district s’est faite par le travail supplémentaire des missionnaires voisins. Tous les fidèles ont pu remplir le devoir pascal, mais naturellement les sacrements de dévotion ont été notablement réduits.
La population de Napaoui s’était accrue d’une manière anormale, les dernières années, par l’immigration de beaucoup de chrétiens qui étaient venus cultiver les nouvelles rizières faites par les Japonais sur des terrains pris à la mer. Comme il fallait s’y attendre, ces gens ont dû ensuite s’en aller reporter leur misère là d’où ils l’avaient apportée, et la baisse de 247 chrétiens parmi les fidèles de M. Cadars vient de là.
M. Parthenay, dans les montagnes de Kosan, refait les constatations, si souvent faites précédemment, sur la ferveur et l’égoïsme spirituel de ses vieux chrétiens qui sont généralement édifiants dans la pratique de leurs devoirs, mais n’ont aucun souci du salut des païens. Une catéchiste a commencé à s’adresser directement aux infidèles ; il y a quelque espoir pour l’avenir, mais peu de résultats jusqu’ici.
MM. Lucas et Peschel, qui administrent les deux districts voisins de Syouryou et Tjyengeup, ont pris l’initiative de faire une retraite spéciale pour les jeunes gens de leurs deux districts, réunis au centre du premier. Le but est de donner à une élite plus de vie chrétienne et en même temps de faire naître chez eux des désirs d’apostolat, pour la réalisation desquels des directives pratiques leur sont données pendant cette retraite. Les deux missionnaires ont trouvé dans cette initiative plus de consolations qu’ils n’en escomptaient, et les espérances qu’ils fondent pour l’avenir semblent justifiées.
M. Peschel édite régulièrement un bulletin de district qui semble bien intéresser ses chrétiens ; il met en tout cas une unité plus grande entre toutes les parties de son district et assure à tous la connaissance de beaucoup de points de doctrine et de discipline qui, dans les trop rapides instructions du missionnaire en voyage, échappent au grand nombre.
M. Lucas rapporte un fait dans lequel se reconnaît la grâce miséricordieuse de Dieu auprès des pauvres âmes de ces pays païens : « A une lieue de ma résidence, écrit ce confrère, est un village entièrement païen. Dans une paillote, un fils unique se mourait ; une veuve chrétienne, qui avait quelques relations dans ce village, put baptiser l’enfant avant sa mort. Grand fut le désespoir des parents : c’était leur unique fils et leur âge ne leur permettait pas d’en espérer un autre. Dans sa désolation, la mère eut un songe : elle vit son enfant dans un jardin, heureux et souriant, qui l’invitait à venir près de lui. Le réveil fut pénible ; mais la nuit suivante, le même songe se reproduisit et une troisième nuit de même. La mère alors se dit qu’il y avait là autre chose qu’une illusion et que le baptême avait réellement produit ce que la baptiseuse avait promis. « Puisque mon fils est heureux, je n’ai plus à le pleurer ; puisqu’il m’invite à le rejoindre, je veux le faire », se dit-elle. Elle voulut se préparer au baptême, mais il est moins facile à un adulte qu’à un enfant moribond de recevoir ce sacrement. Elle ne sait pas lire et il n’y a dans le village aucune chrétienne qui puisse l’enseigner de vive voix. Enfin, elle apprend qu’une jeune femme païenne sait lire ; elle se procure un livre de prières et un caté-chisme et elle va demander à cette païenne de lui lire et de lui faire répéter phrase par phrase le contenu de ces deux livres. On se représente le temps qu’il fallut, avec cette classe rudimentaire, la journée de travail finie, pour arriver au bout. Elle y arriva pourtant et fut baptisée à Noël dernier. Depuis, elle amène son mari, sa maîtresse bénévole et d’autres personnes du village. Grâce à elle, aucun enfant païen ne meurt sans baptême aux environs. Quand, chaque samedi, tard dans la soirée, après avoir préparé le repas du soir, elle arrive pour se confesser et refaire la route qu’elle reprendra pour venir communier, je pense aux lointaines et fructueuses répercussions de ces baptêmes donnés aux enfants de païens, que Dieu nous laisse parfois connaître, mais qui sans doute feront notre admiration sans mesure, quand nous connaîtrons les miséricordieuses voies de la divine Sagesse. »
Tjinan, confié au P. Barthélemy Ri, compte 2.043 chrétiens. La résidence du Père est, heureusement, placée tout à fait au centre du district, de sorte que les stations les plus éloignées ne sont pas à plus de quatre ou cinq heures de marche. Aussi, chaque semaine, de tous les points du district, des fidèles nombreux viennent se joindre à ceux de la résidence pour sanctifier le dimanche et recevoir les sacrements. Cette ferveur et ce contact fréquent des chrétiens et du Père lui ont permis d’établir une Société du Très-Saint-Sacrement, avec le double but de réparer auprès de Jésus-Hostie les ingratitudes des hommes et de lui amener de nouvelles âmes d’infidèles. La communion fréquente à cette intention et d’autres pratiques poursuivent ce but, mais la pratique principale est la visite au Très-Saint-Sacrement. Comme la majeure partie des chrétiens est en dehors de la résidence, ils font cette visite en esprit, à des moments déterminés, en union avec les chrétiens agenouillés réellement devant le petit tabernacle de la chapelle centrale.
Le district de Hamyang, qu’administre le P. Joseph Tjyeng, comprend deux parties séparées par la grande chaîne. A la dernière tournée, les chrétiens de l’Ouest ont fait leurs adieux au Père, espérant bien que l’ordination de la Trinité leur donnerait un pasteur plus à proximité. Leur espoir a été réalisé et je remets à l’an prochain les choses intéressant les deux nouveaux districts.
Il en sera de même pour la province de Tjyenlato Sud, où trois jeunes prêtres ont été adjoints aux deux qui ont eu, jusqu’à la clôture du présent exercice, la charge de toute cette province : les P. P. Paul Tjyou et André Ri. Leur ministère était dur, ayant à partager leur année entre le continent et la grande île de Quelpaert, sans compter les îles de l’archipel, dont la visite occupait une partie de l’été pour le P. Tjyou, alors que normalement cette époque se passe dans la résidence.
Un plan d’attaque de ces régions païennes commence, au moment où j’écris, à être réalisé. Puissent les futurs développements du Séminaire et la continuation de l’esprit missionnaire chez nos prêtres indigènes nous permettre de l’étendre aux régions encore trop nombreuses qui n’ont jamais vu la soutane du prêtre catholique. »



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