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Rapport annuel des évêques

Année: 1927
Pays: Corée du Sud
Mission: Séoul
Rédacteur:Mgr Larribeau

CHAPITRE II
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Groupe des Missions de Corée
et de Mandchourie

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I. ─ Séoul.

Population catholique 56.302
Baptêmes d’adultes 1.580
Baptêmes d’enfants de païens 2.234
Conversions d’hérétiques 36


On ne nous demande pas une page de littérature dans un compte rendu de travaux, écrit Mgr Larribeau, ni même ce que nous aurions dû ou voulu faire, mais bien ce que nous avons fait. Les douze mois du présent exercice n’ont pas été passés dans l’oisiveté, dans n’importe quel district ; tous les prêtres du Vicariat ont fait les deux visites régulières de l’automne et du printemps dans toutes les chrétientés ; beaucoup ont ajouté encore une visite supplémentaire pour faire gagner à leurs chrétiens l’indulgence du jubilé ; dans les centres, en dehors de ces tournées d’administration, tous ont su s’ingénier à faire œuvre utile, qui avec ses écoles, qui avec des constructions nouvelles ou amélioration matérielle du poste, sans négliger le soin du troupeau, le plus important et le plus absorbant de tous.
Il y a là une somme de travaux répétés tous les ans qu’on ne pense pas à noter, parce qu’ils ne sortent pas de l’ordinaire. On voudrait avoir des merveilles à raconter, ou au moins quelque fait saillant pour attirer l’attention ; le reste n’étant que l’accomplissement monotone d’un devoir quotidien, personne ne songe à le mettre en relief. Pourtant le spectacle de cette activité persévérante, à une époque ingrate surtout, n’est-il pas digne d’admiration ?
Qu’est aujourd’hui le missionnaire catholique en Corée, aux yeux des populations que nous avons à évangéliser ? Répondre à cette question c’est faire le tableau des difficultés auxquelles nous nous heurtons tous les jours.
Pour les Japonais, le missionnaire catholique est un bonze venu de France, au service d’un temple chrétien.
Pour les Coréens, c’est un professeur de science quelconque sans utilité pratique puisqu’il n’a pas même assez de ressources pour tenir un rang honorable. Il enseigne la morale, il n’est pas riche et ne fait pas de sport, pence la jeunesse païenne.
Les idées du progrès effréné qui pénètrent partout ont diminué, même aux yeux de nos jeunes catholiques, le prestige de leurs missionnaires. Des mécontentements se manifestent, quelquefois sans la moindre sympathie : L’Eglise catholique ne nous est d’aucune utilité, murmurent-ils, pour le progrès dans l’ordre social : actuellement les protestants dominent, partout avec leurs hôpitaux, leurs écoles, voire même leur université, tandis qu’on ne peut leur opposer que deux modestes orphelinats, quelques petites écoles primaires et une seule école secondaire. De plus, ajoutent-ils, les Pères ne savent pas parler à la jeunesse dont ils ne comprennent pas la mentalité.
Hélas ! nous ne la comprenons que trop cette mentalité, et nous gémissons de ne pouvoir toujours lui faire accepter le frein qui lui serait nécessaire pour ne pas aller à l’aventure et s’éloigner des directions immuables de la Religion. Cet état d’esprit n’est pas général, il faut bien le dire, et bien des chrétientés en sont encore indemnes ; mais quand le vent souffle, il a si vite fait de répandre sur les meilleures terres les mauvaises graines de l’ivraie !
« Non judicavi me scire aliquid inter vos nisi Jesum. » Ces paroles demeurent certes le principe de notre action et le but unique de nos travaux. Mais de combien de soins, me temporels, ne devons-nous pas entourer nos ouailles pour les amener à Jésus-Chrisi ! L’engouement de la jeunesse coréenne pour les études et le progrès modernes nous impose la nécessité d’en prendre la direction, pour que nos catholiques n’y perdent pas leur foi. Mais que peut la poignée de missionnaires que nous sommes pour élever les œuvres d’enseignement au niveau des besoins qui se manifestent partout ? Nous avons cherché des collaborateurs compétents, si appréciés dans les missions voisines. Hélas ! nos recherches et nos instances ont été vaines jusqu’ici, et notre anxiété est d’autant plus grande que nous ne pouvons pas même en entrevoir le terme.
En attendant, notre Ecole Commerciale de Namtaimoun nous occasionne beaucoup de frais et nous donne beaucoup plus de soucis que de bons résultats ; les deux missionnaires qui en sont chargés n’ont pas grande satisfaction : Le Directeur de l’Ecole est un catholique zélé, mais tous les professeurs sont païens. Le cours de religion commencé par M. Krempff avait réuni un assez bon nombre d’élèves ; ils n’ont pas persévéré. Ce cher confrère avait l’intention de recommencer un nouvel essai, quand la fatigue l’a obligé d’aller prendre quelques mois de repos.
Les écoles primaires nous donnent quelques consolations, malgré leur état bien précaire. En quatre endroits seulement on a réussi à les mettre sur le même pied que les écoles publiques ; les autres, faute de ressources et de personnel leur sont bien inférieures ; heureux sommes-nous encore si nous pouvons les maintenir. Qui dira la peine de détruire soi-même ce qu’on avait eu tant de mal à ériger ? Ce sera bientôt le cas de M. Antoine Gombert : Il a chez lui une école fort passable, mais les locaux scolaires ont été déclarés insuffisants. Il faudrait construire encore, mais les ressources manquent ; et c’est ainsi pour notre confrère quinze années de privations et de travaux persévérants dépensés en pure perte. Tout les missionnaires sont convaincus de l’importance des écoles ; ils y ont consacré et y consacrent encore sacrifices et privations jusqu’au jour où la besogne est tout à fait au-dessus de leurs forces et de leurs moyens.

Après ces quelques réflexions générales dont il ne faut pas tirer des conclusions trop pessimistes, voici un résumé des principaux événements de l’année.
Il y a eu la nomination d’un nouveau coadjuteur, dont le sacre eut lieu le 1er mai 1927. Les coadjuteurs se suivent… Le lendemain du sacre, la Mission de Séoul, ou pour mieux dire, la Corée tout entière eut le bonheur de fêter les noces d’or sacerdotales de notre vénéré et bien-aimé Père, Mgr Mutel. La célébration et fut bien modeste, mais bien plus que la solennité extérieure, l’union de tous les cœurs a rendu cette journée douce et inoubliable.
Quelques jours auparavant, nous avions également fêté, avec moins d’éclat mais avec beaucoup de sympathie, un autre jubilé, d’argent seulement celui-là. Depuis ce jour M. Mélizan tourne avec une nouvelle ardeur de nouveaux « feuillets » de sa vie de missionnaire.

Un fait mémorable dans l’histoire de la Mission est l’érection définitive de la Préfecture apostolique de Pyengyang, comprenant les deux provinces de Pyengyang, sud et nord, et confiée à la Société de Maryknoll. Les missionnaires de cette société étaient déjà dans cette région depuis 1923. Ils sont quinze maintenant, et même les plus jeunes, après avoir consacré toute une année à l’étude de la langue, ont reçu cette année un poste confié à leurs soins. M. Byrne, leur supérieur a dû à cet effet ouvrir de nouvelles stations. On dira plus tard les travaux de ces ouvriers apostoliques ; mais du seul fait de leur présence en beaucoup d’endroits où aucun missionnaire n’avait pas résidé de longtemps, on peut dire que l’évangélisation du nord de la Corée a fait un grand pas. On n’attend plus désormais que la nomination du Préfet apostolique pour que l’administration passe tout entière aux mains des missionnaires de Maryknoll.

Les Pères Bénédictins de Sainte-Odile, dans la Mission depuis 1908, nous ont définitivement quittés cette année pour aller installer toutes leurs œuvres, monastère et séminaire, près de Ouensan, dans le Vicariat qui leur est confié depuis 1920. Grâce à un don généreux, nous avons pu acquérir le monastère que les Pères Bénédictins possédaient à Séoul. En attendant une utilisation normale de ces biens, nous y avons ouvert une nouvelle paroisse confiée aux soins de M. Chizallet. La paroisse de la cathédrale en ressentira une petite diminution, mais on peut espérer que l’évangélisation y gagnera dans l’ensemble, bien qu’il ne soit plus vrai de dire que l’ouverture d’un nouveau poste double les conversions.
Même ici, à la capitale, nous sommes victimes du fléau du jour, l’émigration. C’est un exode insensé dont on ne saurait prévoir la fin. MM. Chizallet, Polly, Pichon, Jacques Son ont ainsi perdu une bonne partie de leurs chrétiens. Ils s’en vont au Kanto dans l’espoir d’une vie plus facile. Depuis qu’il y a des prêtres à demeure dans cette région, il est moins pénible de voir nos catholiques nous quitter, sachant qu’ils pourront continuer là-bas leur vie chrétienne, mais on n’aime pas à perdre ainsi les siens en masse, et il reste toujours l’inquiétude qu’ils aillent se perdre loin de tout centre chrétien, ce qui n’est pas rare. De plus, les chrétientés se trouvent parfois désorganisées par ces nombreux départs simultanés. C’est ce dont se plaint M. Polly, après avoir vu partir trop de ses vieux chrétiens qui encadraient ses nombreux néophytes. Il serait bien regrettable que le mouvement de conversions se ralentît par là, car cette année encore c’est ce district qui vient en tête avec ses 70 baptêmes.
M. Polly nous met au courant de quelques moyens de propagande employés chez lui : « La spécialité de mes jeunes gens, écrit-il, et leur moyen de faire de la propagande, c’est d’enterrer le plus convenablement possible les chrétiens pauvres, et les païens ondoyés à l’article de la mort. Ils font gratuitement toutes les corvées ; ils recrutent des chrétiens de bonne volonté pour réciter les prières des morts et assister au convoi ; ils font des quêtes pour subvenir aux frais des enterrements. Ce moyen de propagande en vaut un autre, à en juger par les résultats. L’Association des dames de la Doctrine chrétienne est aussi d’un précieux secours. Pour faire partie de cette association, il est requis d’enseigner de vive voix au moins un catéchumène illettré. Parmi les 21 baptêmes que j’ai donnés le Samedi Saint, 8 hommes et 13 femmes, sept de ces dernières avaient été instruites de cette manière, et dès le lendemain, sept nouvelles élèves, qui n’attendaient que leur tour, vinrent prendre leur place. »
M. Villemot, provicaire, chargé de la paroisse de la cathédrale, se réjouit aussi que « le nombre des baptêmes d’adultes, quoique bien modeste encore, dépasse la moyenne des quinze dernières années. »

Je ne veux pas cette année, dans ce compte rendu, passer les districts en revue ; je préfère attendre de les avoir tous visités et d’en avoir ainsi une connaissance plus complète.
Notre œuvre la plus chère, en laquelle résident plus que jamais tous les espoirs de la Mission, c’est notre séminaire. M. Guinand en est toujours le supérieur ; il semble qu’il ait renouvelé un engagement pour une longue période de travail, depuis son retour de France, l’an dernier. Sa santé a été assez bonne toute l’année, au prix de certaines précautions, il est vrai. Si l’on pense qu’avec les soucis du supériorat il se change encore des cours de philosophie et de théologie, on comprendra combien il est nécessaire que ses forces se maintiennent. On a dû appeler un nouveau professeur au séminaire et le choix s’est porté sur M. Pichon ; il est chargé, pour commencer, des cours d’Ecriture sainte et d’histoire ecclésiastique. Le nombre des professeurs est donc de cinq, trois confrères français et deux prêtres indigènes, sans compter un professeur laïque pour les sciences profanes. Le niveau des études s’élève toujours un peu, sans avoir atteint encore le point où nous le voulons. Le nombre des élèves n’est plus que le 78 : 10 lecteurs, un tonsuré, 7 philosophes, 20 latinistes de cinquième année, 40 latinistes de deuxième année. Nous avons perdu, l’an dernier, un tonsuré de belle espérance, enlevé par la maladie de poitrine.
Les Sœurs de Saint-Paul de Chartres continuent à se dévouer, dans leurs maisons de Séoul et de Chemoulpo, tant à l’œuvre des orphelines qu’à la formation des religieuses coréennes. On a pris cette année une mesure dont l’avenir fera connaître les résultats : c’est d’envoyer les postulantes à l’école secondaire, afin de leur faire prendre le brevet avant de les admettre au noviciat.
Une nouvelle fondation chez les Sœurs de Saint-Paul à Séoul est l’ouverture d’une école ménagère pour les jeunes filles japonaises et coréennes qui ont terminé leurs études secondaires. Cette œuvre a été officieusement demandée et paraît devoir bien marcher. Le local laisse le plus à désirer car on a dû donner à ces élèves un étage du noviciat, en attendant mieux.
On remarquera dans le tableau d’administration un grand changement au chiffre des catéchistes : cela vient de ce que pendant quelques années on avait fait figurer tous les catéchistes bénévoles des chrétientés, tandis que cette année on a cru bon de ne compter que les catéchistes rétribués.
Les santés laissent beaucoup à désirer et bien que notre ambition à tous soit d’étendre nos conquêtes, on peut douter si elle se réalisera l’an prochain : on le dira dans le prochain compte rendu. »


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