| Année: |
1927 |
| Pays: |
Corée du Sud |
| Mission: |
Taikou |
| Rédacteur: | Mgr Demange |
II. ─ Taikou.
Population catholique 34.299
Baptêmes d’adultes 1.022
Baptêmes d’enfants de païens 1.427
Conversions d’hérétiques 16
Mgr Demange nous écrit : « Ainsi que je disais au début du dernier compte rendu, le suivant aurait à signaler et l’utilisation du renfort que nous donnait l’ordination de onze prêtres indigènes, et la création du noviciat des Sœurs de Saint-Paul de Chatres à Taikou.
Malgré les ordinations précédentes de 9 prêtres entre 1918 et 1923, nous n’avions pu que combler les vides faits dans le personnel de la Mission, pendant les quinze premières années de son existence, sans pouvoir songer à de vraies créations ; il y avait même recul, puisque l’île de Quelpaert avait dû être abandonnée comme résidence, pendant la guerre et depuis.
Durant cet exercice, le nombre des prêtres coréens est passé de 12 à 23 et l’entrée en fonctions du nouveau missionnaire arrivé à la fin de 1925 a porté à 18 le nombre des confrères français. Un mouvement en avant devenait possible.
Nos 34.000 catholiques se répartissent entre 26 districts ecclésiastiques, soit 8 de plus que l’an dernier. Mais cette répartition est assez inégale : quelques-uns de ces nouveaux districts ne comptent que peu de fidèles ; ils ont été créés en vue d’une évangélisation directe des païens.
Le nouveau missionnaire, M. Bertrand, est devenu titulaire du nouveau district de Tjyentjyou « estra muros » ; il reçoit l’administration de 2.046 chrétiens, ne laissant à M. Lacrouts, dont la santé est affaiblie, que les 749 de la ville même. C’est pour ce dernier confrère une retraite relative.
Il faut songer à ces retraites, les missionnaires vieillissent ; la meilleure retraite, semble-t-il, pour leurs habitudes, leur consolation et leur mérite jusqu’au bout, est une paroisse à laquelle ils continueront de se donner jusqu’à la fin, mais déchargés des voyages et de la vie des stations, qui est ici la partie vraiment éprouvante du ministère. A un certain âge, on en devient incapable tout en pouvant se donner, sans difficulté excessive, à l’administration et aux œuvres d’une chrétienté peu étendue.
Tous les nouveaux prêtres ont été envoyés en district, sauf une le P. Paul Syek, donné comme aide à M. Mousset. Notre procureur se voit de plus en plus absorbé par l’aumônerie des Sœurs qui se développe, et surtout par l’école des filles dont la prospérité est surtout due à la constance de ses efforts. Toute une partie des travaux de la procure peut être faite par un prêtre indigène, qui y acquiert une formation dont on pourra avoir besoin plus tard. Mais le sous-procureur n’est pas sans ministère. On a inauguré une annexe à la Cathédrale, dans la nouvelle chapelle de Saint-Joseph, sur le terrain de l’évêché, et le P. Paul exerce son ministère sur plus de 600 fidèles, heureux d’avoir les secours spirituels plus à leur portée.
L’utilisation la plus intéressante du nouveau contingent a été une attaque du paganisme dans les endroits où la soutane n’avait pas encore été vue, ou dans lesquels des tentatives faites dans de mauvaises conditions avaient échoué.
L’avenir dira ce que vaut la méthode inaugurée ; l’expérience sans doute conduira à des changements dans les règles que j’ai données pour la mise en pratique de cette méthode, mais l’idée dominante restera.
Elle consiste en cette très simple formule : Le prêtre va faire au milieu des païens, et sans qu’il leur en coûte rien, des séjours fréquents, assez longs à chaque fois, pour que peu à peu il se crée des relations et les développe.
Pour cela il faut généralement que le prêtre ne soit pas seul et les choses ont été disposées pour que, dans trois endroits, ces expéditions soient entreprises par deux prêtres indigènes qui voyagent ensemble, travaillent et patientent ensemble. Là où l’on peut trouver un pied-à-terre, l’œuvre n’a qu’à se préoccuper des frais d’entretien et de voyage des missionnaires ; ailleurs la première chose à faire est d’acheter ou louer une maison. Cette première année a déjà montré que, dans beaucoup d’endroits, il était nécessaire de faire précéder les prêtres par un catéchiste « précurseur » qui, mieux qu’eux, verra à quel endroit la masse païenne peut être utilement attaquée.
L’achat de maisons, l’entretien de catéchistes aptes, les dépenses des voyages, tout cela demande des fonds considérables. Cette année, grâce à une allocation extraordinaire, nous pourrons y faire face, pour 1927 et 1928 ; ensuite, Dieu y pourvoira. Il était nécessaire, au début surtout, de ne pas lésiner, comme nous en avons l’inévitable habitude, les prêtres employés à ce ministère ayant d’autres raisons de se décourager. Plusieurs maisons ont été construites ou achetées ; le nombre des catéchistes prédicants est passé de 12, l’an dernier, à 24, cette année.
C’est dans quelque temps seulement que les résultats seront appréciables. Voici où nous en sommes après un peu moins d’un an de premiers travaux.
L’action directe sur le paganisme s’exerce actuellement sur sept points différents. Cinq ont été choisis comme réalisation de longs désirs, car on ne peut prendre son parti de voir des régions considérables non touchées par l’Evangile ; les deux autres ont été désignées par la Providence qui y a suscité, sans que nous y soyons pour grand’chose, un mouvement que nous avions le devoir de seconder.
L’évangélisation de la grande île de Quelpaert fut commencée en 1899 et, en deux ans, elle donna 600 chrétiens ; en 1901, ils furent, à part quelques unités, tous massacrés. Deux missionnaires y travaillèrent de nouveau jusqu’à la guerre ; ils ne réussirent pas à créer un mouvement considérable. Un des deux fut mobilisé et l’autre dut revenir sur le Continent prendre charge de deux districts laissés vides par la mobilisation. L’île ne fut plus visitée qu’une fois par an. Deux prêtres indigènes, dont un de la dernière ordination, y ont été envoyés avec mission de s’établir solidement et d’étudier les moyens de susciter des conversions dans cette population très différente de mœurs de celle du continent. Je devais moi-même aller prendre sur place le résultat de leur expérience d’un an et en tirer les conclusions. Il y a trois semaines, je partais de Taikou et arrivais le lendemain à Mokpo pour m’y embarquer le jour suivant ; ce fut pour y apprendre qu’un typhon, comme personne ne se souvenait d’en avoir vu, dévastait l’île depuis la veille. Grâce à la télégraphie sans fil, je pus interroger le P. André Ri qui me demanda, par la même voie, de remettre ma visite à plus tard. Les détails que je reçus ensuite par lettre me montrèrent que, outre l’impossibilité de voyager dans l’île, le manque de liberté d’esprit chez les insulaires sinistrés aurait rendu nuls les effets de cette visite. J’ai donné aux Pères un catéchiste et lorsque, dans quelque temps, je me rendrai à Quelpaert, son travail me donnera de nouveaux éléments d’étude.
Je profitai de ce voyage manqué pour séjourner un peu plus longtemps à Mokpo et compléter ce que les rapports des PP. Paul Tjyou et Ignace Ri m’avaient déjà fait connaître sur ce second centre.
De Mokpo, en effet, partent les expéditions que ces deux prêtres font régulièrement dans les îles de l’archipel, où se trouvent quelques chrétiens baptisés autrefois avec des motifs peu surnaturels, qui ne doivent pas être abandonnés et dont la présence donne une raison aux Pères de s’introduire dans ces populations peu avenantes.
Ces deux Pères ont travaillé, depuis l’an dernier, au milieu d’incroyables difficultés physiques et morales, pour des résultats jusqu’ici négatifs. Toutefois leur bon esprit surnaturel et leur obéissance les font continuer de leur mieux et sans défaillance. L’établissement d’un catéchiste précurseur et la construction d’une première maison dans un endroit mieux disposé leur faciliteront un peu, dès la tournée d’automne, ce travail vraiment très dur et méritoire.
Jusqu’ici c’est donc du négatif. Dans les autres centres au contraire, les résultats ont été bons ; dans deux, meilleurs que ceux que j’aurais osé escompter.
Cette province presque entièrement païenne que nous essayons de pénétrer à l’ouest, par Mokpo, les PP. Etienne Kim et Joseph Tjyeng l’attaquent à l’est, partant ensemble en expédition, commençant par habiter dans les auberges.
La ville de Syountchyen en plein paganisme s’est ouverte. J’y ai fait de suite acheter une maison. Bientôt elle est devenue insuffisante pour les catéchumènes qui y viennent, le dimanche et sur semaine le soir après leur travail, s’instruire, soit auprès des Pères, soit auprès du catéchiste résident qui habite la maison achetée. Déjà de nombreux baptêmes donnés là figurent dans les chiffres de cet exercice. En dehors de cette ville, les Pères ont encore pu ouvrir plusieurs petites stations qui leur sont un pied-à-terre et leur permettent d’entrer en relation avec une population qui ignorait l’existence même du catholicisme.
C’est en plein paganisme aussi qu’est située la ville de Ketchyang. Deux fois précédemment, je l’avais traversée dans de longs voyages, pendant lesquels, ajoutant les lieues aux lieues, je ne pouvais m’arrêter que dans les auberges, aucune oasis chrétienne ne se trouvant dans ce désert païen.
Grâce à l’envoi d’un catéchiste et aux visites du P. Joseph Ryou, la bonne semence lève dans des proportions auxquelles nous ne sommes pas habitués et des familles nombreuses apprennent avec ardeur. Une maison a été achetée et un catéchiste envoyé, qui résidera au milieu de ces catéchumènes. L’expérience prouve que lorsqu’on peut procéder ainsi, l’avenir est assuré. Je le désire d’autant plus que, vu sa position, cette ville pourrait devenir, à la prochaine ordination, centre d’un district, et c’est toute une région qui se trouverait ainsi atteinte par la grâce.
Parmi les 23 stations que j’ai visitées au cours de la visite pastorale de cette année, trois sont des stations en pays païen. Hayang donne depuis l’an dernier des baptêmes nombreux. J’y ai été reçu avec le spécial enthousiasme qui caractérise les néophytes. Pendant mes instructions, la foule païenne qui se tenait dehors était aussi considérable que celle des nouveaux chrétiens qui se pressaient dans les salles trop petites. Tous ces néophytes sont bien instruits, parce que le P. André Ryou y a la main et se trouve admirablement secondé par un catéchiste et une catéchiste femme. Cette dernière aide à la cuisine, au lavoir et aux champs les femmes qu’elle a décidées à étudier, afin de pouvoir ainsi les instruire plus aisément.
Au cours de cette visite, j’allai pour la première fois à la ville de Antong ; c’est la plus considérable de l’extrême nord de la Mission et hélas ! sa frontière de ce côté, puisque au delà la prêtre n’a jusqu’ici jamais pénétré. J’ai trouvé là un progrès réel : Précédemment le missionnaire y donnait, dans une auberge, les sacrements aux très rares fidèles ; il y a maintenant une centaine de chrétiens qui ont aménagé une petite résidence. Dès la première retraite, j’y ai envoyé le P. Bernard Sye et un catéchiste qui poussera dans la région encore inexplorée.
Lorsque, à la dernière ordination, le P. Jacques Ri reçut sa destination pour la ville de Kyentjyou, l’étonnement fut assez général. Alors que plusieurs districts sont surchargés avec plus de 2.000 chrétiens, quelle idée de fonder un poste dans une région où le nouveau prêtre n’aurait guère que 300 fidèles ? L’espoir que les païens seraient atteints commence à se réaliser, et la petite chambre-chapelle dans laquelle je donnai la confirmation est devenue tout à fait insuffisante ; une église est en construction. Là aussi j’ai donné un catéchiste au jeune Père.
Tels sont les débuts de l’œuvre d’évangélisation directe des païens. Il y aura des succès et des déceptions ; normalement comme toujours, celles-ci dépasseront ceux-là ; mais le pourcentage des premiers sera sûrement consolant si nous possédons les trois choses nécessaires : la quantité et la quantité des ouvriers apostoliques, des établissements matériels donnant aux prêtres le moyen de séjourner au milieu des infidèles, et enfin des catéchistes aptes.
Pour la première chose, outre que nous espérons le renfort régulier des missionnaires de Paris, le séminaire de Taïkou permet d’envisager l’avenir avec confiance. Le chiffre de 82 séminaristes est celui de la dernière année scolaire ; après les éliminations ordinaires et avec les nouvelles admissions, la rentrée d’il y a trois semaines nous a donné 97 séminaristes en tout.
Quand je parle de la qualité des ouvriers, en l’espèce, du clergé indigène, j’entends l’esprit missionnaire de nos prêtres coréens. S’ils se considéraient comme devant être, uniquement ou même principalement, curés des chrétiens laissant aux missionnaires apostoliques la charge de la conversion des infidèles, toute cette organisation serait sans résultat, et la création d’églises purement indigènes, désastreuse dans un pays où l’élément chrétien sera longtemps en minorité. Le clergé indigène débordant déjà le clergé missionnaire et devant le déborder de plus en plus, la situation deviendrait absolument anormale. Dieu merci, il n’en est pas ainsi. En contact très intime avec leurs confrères français, nos prêtres indigènes ne conçoivent pas le sacerdoce autrement qu’eux et font de l’évangélisation des infidèles leur principale préoccupation. L’un d’eux, déjà âgé, me demandait de l’envoyer au milieu de cette province de Tjyenlato qui est la moins atteinte : « Les missionnaires français, me disait-il, sont trop peu nombreux ; ils sont nécessaires dans les grands centres où mieux que nous ils peuvent faire marcher les œuvres ; nous devenons plus nombreux et c’est à nous que doit incomber la charge de la conversion de nos compatriotes » Un autre qui est, depuis son ordination de l’an dernier, de ces expéditions dures et jusqu’ici sans résultat, et qui m’avouait avoir pleuré dans l’inaction des auberges où il ne pouvait même pas dire la messe, m’écrivait : « Cependant je suis de ceur qui ont la meilleure part puisque nous avons été faits prêtres pour amener à Dieu ceux qui ne Le connaissent pas. »
Les deux autres éléments, achat ou construction de maisons et entretien de catéchistes, se réduisent à une question matérielle. Dieu ne peut pas permettre qu’elle soit une question insurmontable. Ce n’est pas le lieu de parler ici de ce qu’est l’organisation de ces catéchistes dont le nombre a doublé depuis l’an dernier. Elle a naturellement une très grande importance, car on pourrait dépenser beaucoup d’argent en pure perte et avec des résultats même nuisibles si cette organisation était défectueuse et nos catéchistes de simples parasites de l’Eglise.
La seconde spécialité de cet exercice est l’ouverture du noviciat des Sœurs de Saint-Paul de Chartres. Depuis 1915, nous possédons ces excellentes collaboratrices dont les services ont été plusieurs fois appréciés dans les rapports précédents. Mais dès le début, il parut clair que les œuvres de cette Congrégation n’auraient tout le développement que l’on pouvait escompter ici, spécialement vu les exigences des règlements scolaires, que par un recrutement intensif sur place, et sa formation, sans les restrictions que les conditions matérielles imposaient inévitablement au noviciat de Séoul.
Les difficultés, dont la plus grande n’était pas l’obtention de l’indult de Rome, étaient considérables. Je confiai la chose à sainte Thérèse de l’Enfant Jésus qui nous avait procuré, il y a douze ans, le moyen d’avoir le couvent lui-même. Elle a tout arrangé et la conclusion a été, il y a quelques jours, le 30 septembre, 30e anniversaire de sa mort et 2e anniversaire de sa messe que je disais près de sa châsse à Lisieux à cette intention, la consécration de sa chapelle à la communauté de Taikou. L’an dernier, un orphelinat avait dû être construit à part pour laisser toute la maison aux religieuses ; le recrutement continuant, il a fallu transformer en logement l’ancienne chapelle. La chère Sainte s’est chargée de tout et vite, suivant son habitude. Tous nous lui demandons d’être pour ces religieuses la Patronne non seulement qui protège, mais qui commande et qu’elle les forme toutes à son image.
La communauté se compose à l’heure actuelle de 38 personnes : 3 Sœurs françaises ; 3 Sœurs professes coréennes ; 7 novices, les premières, dont la prise d’habit, le 25 mars, a ouvert canoniquement le noviciat ; 9 postulantes, dont 4 fréquentent les cours de deuxième année de l’école supérieure en vue du brevet ; 12 aspirantes, dont 4 sont en première année à la même école et 4 agrégées. Dans quelques années, nous serons sans ennuis pour nos maîtresses brevetées. Nos 8 étudiantes qui partent chaque matin du couvent à l’école supérieure y ont les meilleures notes. A la dernière distribution des prix de notre école des filles, le Directeur japonais de l’école supérieure était présent. Comme je le remerciais, tout en m’étonnant un peu de cette présence, il me dit : « J’ai tenu à venir ici, bien que je n’aille pas à ces cérémonies, parce que les élèves de mon école qui sortent de chez vous sont les meilleures et j’ai voulu, par cette démarche, confirmer ce que je dis en les donnant comme modèles aux autres. »
Il ne me reste plus de place pour donner, comme chaque année, l’analyse des rapports des missionnaires et prêtres indigènes. Ils sont cette fois d’une heureuse monotonie, par un accroissement de presque tous les chiffres. Je n’en citerai qu’un : les communions de dévotion ont dépassé de 76.000 le chiffre de l’an dernier.
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