| Année: |
1928 |
| Pays: |
Corée du Sud |
| Mission: |
Séoul |
| Rédacteur: | Mgr Larribeau |
CHAPITRE II
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GROUPE DES MISSIONS DE CORÉE
ET DE MANDCHOURIE
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I. – Séoul.
Population catholique 49.147
Baptêmes d’adultes 1.105
Baptêmes d’enfants de païens 2.024
Conversions d’hérétiques 6
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Mgr Larribeau, Coadjuteur de Mgr Mutel, déplore, dès le début de son compte rendu, la perte de trois bons ouvriers, deux missionnaires et un prêtre coréen, et insiste à cette occasion sur la difficulté de lancer des entreprises nouvelles avec un personnel juste suffisant pour la besogne courante. A propos du nombre des chrétiens du Vicariat, Sa Grandeur fait une remarque inquiétante : de 56.302 l’an dernier, la population chrétienne tombe à 49.147 : cette diminution doit être expliquée. Elle tient d’abord à ce fait consolant qu’une partie du Vicariat de Séoul a cédé aux missionnaires de Maryknoll près de 6.000 chrétiens ; de ce chef nulle inquiétude à concevoir. Mais une autre cause de diminution a été l’exode, déjà signalé l’an dernier, de nombreux Coréens, vers le territoire administré par les Bénédictins de Sainte-Odile ; jusqu’ici rien qui puisse justifier d’angoisses particulières ; malheureusement l’augmentation chez les PP. Bénédictins n’est pas assez sensible pour que l’on puisse se rassurer pleinement, et, tout compte fait, il reste un vide difficile à expliquer : où sont les deux mille chrétiens disparus du territoire de Séoul ? Mgr Larribeau estime provisoirement que le recensement de la population chrétienne a dû être défectueux du fait que plusieurs postes ont changé de titulaire, et espère que l’an prochain un recensement sévère fera retrouver une partie des absents sur les lieux mêmes ; quant aux autres qui se sont éloignés sans avertir le missionnaire ou le catéchiste, il est à présumer que, loin de tout centre chrétien, ils oublieront les pratiques religieuses, au grand détriment de leur foi même : et c’est précisément cela qui est déplorable.
Pour combler les vides, Monseigneur compte sur les futures conversions. Les conversions, jusqu’ici, avaient été la plupart du temps amorcées par les relations de parenté ou d’amitié avec les chrétiens ; cette méthode, l’action des fidèles sur leurs compatriotes, restera toujours la meilleure ; mais ce qui se faisait jadis tout naturellement et comme de soi-même, a besoin maintenant d’organisation, de direction, de surveillance de la part du prêtre. La question de l’action personnelle de ce dernier sur la masse païenne a été examinée : peu de prêtres ont suggéré cette action, la plupart ont confiance surtout dans le travail des catéchistes, dans l’influence des écoles paroissiales qui ouvrent les relations avec les parents. Mais, hélas ! cette action n’est pas à la portée de tous, car il faudrait des ressources ! A part une ou deux relations des missionnaires, qui seraient plutôt pessimistes, toutes les autres témoignent chez tous confiance et courage au travail.
A la paroisse de la cathédrale, M. Villemot, Provicaire, donne tous ses soins à ses deux écoles. La rentrée d’avril lui a donné 569 élèves, dont 363 non chrétiens. Meilleure instruction et formation plus soignée des petits chrétiens, action sur les petits païens et sur leurs parents, voilà le très grand bien que le zélé pasteur attend de ces deux écoles. Notre confrère n’a pas perdu de vue la piété à entretenir et à développer parmi ses ouailles : c’est dans cette vue qu’il a introduit les exercices du soir durant tout le Carême. L’assistance fut régulière, nombreuse, et la piété des fidèles semble avoir vraiment profité de ces exercices.
La nouvelle paroisse érigée à l’ancien couvent des PP. Bénédictins est encore à son début, et les débuts sont toujours pénibles. M. Chizallet, titulaire de ce poste, regrette peut-être ses chrétiens des montagnes, mais le bien à faire ici est très grand, principalement au point de vue de l’instruction des enfants.
En dehors des murs, le P. Kim, titulaire de l’église Saint-Joseph, est satisfait de ses écoles, surtout de la section des filles, qui a remporté un succès remarquable aux examens pour l’école secondaire.
Les école de Chemulpo maintiennent leur réputation ; malheureusement M. Deneux a été forcé par la maladie d’aller se soigner à Hongkong, et son successeur M. Krempff se plaint de maux de têtes fréquents, que ne calmera pas l’esprit brouillon de certains chrétiens du poste.
« Dans les quinze districts que j’ai visités en novembre et décembre, dit Mgr Larribeau, rien de bien frappant ne m’a été signalé ; je dirai cependant un mot de chacun d’eux. Pour cette tournée, j’ai continué le système inauguré par le regretté Mgr Devred, de voir seulement les résidences où, les confirmands des autres chrétientés doivent se rendre à jour déterminé ; il semble difficile de faire autrement, pour le moment du moins. »
Nous voudrions nous arrêter avec Sa Grandeur dans tous les postes visités, la place dont nous disposons ne nous le permet pas. Certains traits ont attiré l’attention de l’Evêque, ils méritent d’être mentionnés. A Ha-ou-hyen, les chrétiens sont de vieille souche, la plupart du moins, mais malgré leur foi sincère, ils ne montrent pas un bien grand zèle, pas beaucoup d’enthousiasme pour leur religion. Il appartiendra au P. Youn, leur pasteur depuis six ans, d’éclairer et fortifier leurs convictions. Même observation en ce qui concerne Oang-rim-ri, ancienne chrétienté et résidence de prêtre : il y a là une certaine apathie spirituelle à soulever ; le P. Kim Augustin s’y emploie par le moyen de son école, et avec l’aide de deux Sœurs de Saint-Paul, Coréennes. Le poste de Syou-ouen est tenu par le bon M. Le Merre qui, tous les jours, catéchisme ses petits enfants, espoir d’un avenir meilleur pour ce centre chrétien.
Le poste de Tjyen-tai-ri, fondé il y a quinze ans, comptait jadis un certain nombre de fidèles. Beaucoup sont partis, hélas ! et d’autres encore se préparent à les suivre. Le P. An Luc a ouvert une petite école, mais malgré son zèle le succès ne paraît pas prochain. Un peu plus loin, c’est la chrétienté de Nam-Kok-ri, ancienne paroisse du Bienheureux Kim André : ici les chrétiens sont assez nombreux dans un rayon assez restreint, pleins de zèle, dévoués au prêtre, l’aidant volontiers de leur travail et de leurs aumônes pour l’installation d’une résidence. A Mirinai, vieille résidence avec un vieux pasteur, lieu cher à l’Eglise de Corée pour avoir longtemps abrité les restes mortels du Bienheureux Kim André, et jusqu’à ce jour le corps de Mgr Ferréol, Mgr Larribeau note avec joie la pratique de la communion fréquente et de la visite au Saint-Sacrement.
A An-syeng, M. Antoine Gombert a pu grouper depuis vingt-huit ans près de 300 fidèles bien formés, ouvrir une école de filles, et une école de garçons qui n’a pu se soutenir faute de ressources. Notre confrère a fondé il y a quatre ans une caisse rurale, œuvre qui marche bien, et grâce à laquelle il pourra prendre contact avec bien des personnes autrement inabordables. A Kong-tjyou, ville assez importante au point vue civil, peu de chrétiens ; le P. Tchoi Marc se dispose à ouvrir une école pour les petits, les moins fortunés, que la honte empêche de fréquenter des établissements plus cossus. Le P. Tjyeng Léon, à Keum-sa-ri, s’efforce de développer la vie chrétienne de plus en plus ; ici encore école paroissiale, mais qui exigerait des ressources pour produire tout le bien qu’il en attend. Ron-san, sous la houlette de M. Julien Gombert, ne demande qu’à grandir ; c’est un poste bien établi matériellement, et par ailleurs plein d’espérances. Il ne semble pas que l’on puisse en dire autant de Tai-tyen, car l’église est trop éloignée de ce centre de population, et les chrétiens, dans les environs immédiats, sont tous potiers de leur métier, profession réputée basse en Corée, et qui leur enlève à cause de cela toute influence. Que Dieu daigne bénir les efforts de M. Polly, depuis quelque temps successeur du regretté M. Rouvelet.
Ryei-san, nouveau district en formation, a été confié au P. Joseph Kou ; les environs comptent 1.500 chrétiens prélevés sur les districts voisins ; il n’y a encore rien d’installé, une maison coréenne sert à la fois de résidence au prêtre et de chapelle. M. Mélizan, titulaire du district de Sye-san , est heureux de voir la régularité de ses chrétiens ; malheureusement il n’a pu jusqu’ici venir à bout de certain esprit de discorde qui n’a pas été sans porter grave préjudice à deux chrétientés. Le district de M. Perrin, Hap-tek, marche bien : chrétienté importante, école, biens de la Mission à gérer, tout cela occupe largement ce cher confrère ; un point noir toutefois, c’est l’infiltration des idées communistes ; un autre encore, c’est l’exode de beaucoup de jeunes gens vers le Japon, d’où ils reviendront bientôt, sans le sou toujours, et délestés de leur ferveur chrétienne presque toujours. Mgr le Coadjuteur termine sa tournée par Kong-sei-ri où grâce à M. Devise tout est aménagé dans la perfection ; quand notre confrère aura réussi à convertir le gros village d’en face, tout sera plus que parfait.
« L’année qui vient de s’écouler, continue Sa Grandeur, a présenté dans la Mission un événement qui sort de l’ordinaire, c’est la création d’un Vicariat forain indigène. La région choisie pour cet essai est la province de Hoang-hai au Nord-Ouest de Séoul ; il y a là, sur une population totale de plus d’un million quatre cent mille habitants, 7.361 catholiques. Les habitants y ont un caractère un peu particulier, acceptant mal toute influence étrangère, et paraissant mieux s’accommoder d’éléments du pays ; d’autre part la configuration de la province en fait un tout homogène, bien propre à former un corps séparé. Le P. Kim Pierre a été nommé premier Vicaire forain ; il devra, sous la direction du Vicaire Apostolique, préparer tout ce qui est nécessaire à une administration autonome. Les ressources matérielles ne feront-elles pas défaut dans ce pays plutôt pauvre ? Il paraît indispensable de préparer une dotation spéciale, et c’est là un problème angoissant.
« Les deux retraites, celle des missionnaires et celle des prêtres indigènes, à huit jours d’intervalle ont été prêchées avec beaucoup de science, de zèle et de piété, par Mgr Egide Roy, des Franciscains Canadiens, Préfet Apostolique de Kagoshima. A l’issue de la retraite des missionnaires, les confrères célébrèrent deux jubilés sacerdotaux, ceux de MM. Poyaud et Lucas. Puissent-ils durer longtemps, ainsi que les anciens jubilaires, et durer tant qu’ils n’auront pas reçu leurs remplaçants de France !
« Le Séminaire de la Mission compte 74 élèves, soit 10 acolythes, 1 lecteur, 7 théologiens de première année, 18 latinistes en sixième année et 38 en troisième année de latin. L’an prochain au mois de septembre il y aura une rentrée nouvelle, mais entre temps il se fera encore des vides soit par suite du découragement, soit pour tout autre motif. Un nouveau professeur laïque a été appelé pour développer l’enseignement des sciences profanes ; c’est un catholique japonais ; sa nationalité contribuera à une bonne formation linguistique ; nos prêtres en effet, doivent connaître la langue japonaise, eux-mêmes d’ailleurs désirent beaucoup l’apprendre à la perfection ; ils sont très satisfaits aussi d’avoir des cours de français : plusieurs sont arrivés à écrire et à parler notre langue très correctement.
« M. Chabot, l’économe de notre Séminaire, en dépit de son calme imperturbable, a bien été un peu ému de l’arrivée de ce nouveau professeur : c’est une dépense supplémentaire de 10.000 fr. On ne se doute pas, quelquefois, des frais nécessités par la formation d’un séminariste : c’est une moyenne de 20 yens par mois. Les ressources, bourses ou pensions, n’ont pas augmenté dans la même proportion que le prix de la vie aggravé encore par la dépréciation du franc. Un exemple illustrera mieux ce que je veux dire : parmi nos élèves, cinq sont subventionnés par la généreuse œuvre de Saint-Pierre Apôtre pour le clergé indigène ; ces cinq pensions nous ont donné cette année 3.189 francs, soit 266 yens !
« Une autre œuvre, qui absorbe une bonne partie de nos ressources, est l’Ecole Commerciale de Nam-tai-moun. M. Bodin la dirige certes avec beaucoup de dévouement, mais serait comme nous parfaitement heureux de voir enfin arriver ces collaborateurs tant désirés qu’on cherche depuis si longtemps. Les élèves ne manqueraient pas, nous en avions 317 à la dernière rentrée d’avril ; et nous serions satisfaits si nous étions en mesure de donner à ces jeunes gens une éducation catholique, dussions-nous continuer les mêmes sacrifices pécuniaires. Il nous faudrait des maîtres pour cela, et en attendant nous faisons notre possible. C’est ainsi que le P. Sin Paul va tous les samedis leur donner une conférence religieuse d’une demi-heure ; elle est facultative, une centaine ou plus de jeunes gens sont fidèles à y assister.
« Ce même P. Sin Paul est chargé à l’Evêché de la maison de famille pour étudiants, et s’acquitte de sa tâche à la satisfaction de tous : il aime ses jeunes gens, et en est aimé.
« Les Sœurs de Saint-Paul de Chartres ont la même œuvre pour étudiantes ; elles l’ont même en double : il y a d’abord le groupe ordinaire d’étudiantes purement laïques ; puis, à part, un certain nombre d’étudiantes déjà choisies pour le couvent et qui, au retour des cours, ont une vie spéciale. C’est que nous avons besoin de Sœurs diplômées pour nos écoles, des maîtresses laïques seraient par trop dispendieuses pour notre bourse.
« L’orphelinat continue sa vie ordinaire, sans développement considérable, pour ne pas multiplier les bouches.
« Cet aperçu, pour incomplet qu’il soit, fera voir, je l’espère, combien la Société des Missions-Etrangères garde à cœur de continuer son œuvre, bientôt séculaire, dans cette chère Mission de Séoul : formation du clergé indigène, centre où convergent, après tout, les efforts, les institutions, les œuvres. Puissent lui venir bientôt des ouvriers saints et nombreux pour remplacer ceux qui partent. Puissent ne pas lui manquer les ressources nécessaires, ni, surtout, les bénédictions divines dont dépend toute fécondité. »
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