| Année: |
1928 |
| Pays: |
Corée du Sud |
| Mission: |
Taikou |
| Rédacteur: | Mgr Demange |
II. – Taikou.
Population catholique 35.463
Baptêmes d’adultes 1.100
Baptêmes d’enfants de païens 1.526
Conversions d’hérétiques 9
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La visite pastorale de cet exercice, érit Mgr Demange, s’est faite dans la province de Tjyenla Septentrional. Je me suis rendu dans les principales stations des districts de Kosan, Napaoui, Tjyentjyou. Trois chapelles nouvelles construites par les chrétiens ont été bénites dans le premier de ces districts.
Les vieux chrétiens de ces montagnes sont remarquables depuis longtemps par leur ferveur, mais aussi par leur inébranlable apathie pour la conversion des païens. Cette année pour la première fois, M. Parthenay signale un réveil, et manifeste sa joie de voir quelques jeunes gens se donner une vraie peine pour trouver des catéchumènes et y réussir.
Autre est la note du rapport de M. Cadars, qui écrit de son district de Napaoui : « District de dormeurs ! Pas de zèle ! »
Dans la visite de ce grand district, deux stations m’ont spécialement intéressé. La première est celle de Kounsan. Kounsan est un port sur la Mer Jaune ; situé à l’embouchure du fleuve, il aurait pris depuis longtemps un grand développement, si l’ensablement continu ne le rendait impraticable aux navires de gros tonnage. Des travaux l’améliorent, et j’ai été surpris de l’accroissement de la population depuis ma dernière visite en 1921. La population catholique a augmenté aussi, moins par les conversions qui cependant ne manquent pas, que par l’immigration. Ces immigrants, obligés dans la lutte pour la vie à une activité ignorée des tranquilles paysans de nos stations ordinaires, comprennent mieux qu’il faut également agir pour obtenir des conversions. Je crois que leur initiative, jusqu’ici un peu brouillonne, donnera, une fois bien dirigée, des consolations au missionnaire.
A trois lieues de ce port se trouve une seconde station, uniquement composée aussi d’immigrants ; leurs paillottes forment des villages nouveaux là où il y a dix ans s’étendait la mer. D’immenses plaines ont été récupérées, divisées en rectangles de rizières de même dimension que bordent des canaux bien droits amenant pour l’irrigation, et aussi pour l’usage des habitants, une eau vaseuse et nauséabonde. Des îlots sur lesquels on a entassé pendans des siècles le sel des salines, ont seuls été épargnés par l’arpenteur, et c’est sur ces îlots que sont bâties, serrées les unes contre les autres, les pauvres maisons des cultivateurs ; pendant trois ou quatre ans, leur travail se bornera à laver les futures rizières du sel dont la terre est saturée. Dans la partie que j’ai visitée, on avait fait cette année une bonne récolte de riz, pour la première fois.
L’administration des chrétiens y est très difficile : chaque îlot ne contient que deux ou trois maisons, et pour y arriver le matin de bonne heure, ceux des autres îlots, éloignés de deux ou trois lieues, doivent se mettre en route au milieu de la nuit. Par ailleurs ces maisons ne sont que des abris de campement. On avait choisi la meilleure pour réunir les confirmands, servir de logement à l’Evêque et aux deux missionnaires en même temps que de chapelle. En se serrant beaucoup, une vingtaine de fidèles pouvaient assister à la messe dans la maison, les autres restant au dehors. Une installation durable n’est guère à entrevoir dans ces rizières ; les chrétiens ne font qu’y passer, et les rares qui espèrent s’y fixer attendent la double assurance qu’une digue sérieuse les garantira des reprises de la mer, et que la compagnie ne les remplacera pas par des immigrants japonais quand le terrain aura été bien préparé par leurs soins.
M. Bertrand nous attendait à la limite du district de Napaoui pour entrer dans le sien. Des 2.061 chrétiens dont il a la charge, le jeune missionnaire est content : il trouve depuis l’année précédente un progrès général pour l’instruction religieuse, mais il voudrait arriver à avoir dans toutes les stations des réunions régulières, sous la direction des catéchistes. Ce qu’il a déjà obtenu lui permet d’espérer davantage. Outre l’administration des 26 stations qu’il doit visiter, il aide, à la ville de Tjyentjyou, M. Lacrouts qui garde la responsabilité des 800 chrétiens qui lui restent. J’ai pu admirer, outre les œuvres qu’il dirige, malgré une santé de plus en plus faible, la très belle résidence qu’il a construite : « C’est un évêché, dit-il que j’ai voulu faire. » Ce sera en effet, dans un avenir probalement peu éloigné, la résidence du Supérieur de la Mission indigène que constitueront les deux provinces de Tjyenla. La magnifique église, une des plus belles de la Corée, que Tjyentjyou doit au regretté prédécesseur de M. Lacrouts, a été conçue aussi comme future cathédrale, de sorte que la Mission nouvelle aura de suite son installation centrale, ce que bien des Missions, entre autres celle de Taikou, n’ont pas trouvé à leur début.
Il reste dans la seconde partie de la province septentrionale et dans la province méridionale de Tjyenla huit districts dont je parlerai en détail à la prochaine visite. Deux missionnaires et sept prêtres indigènes y travaillent.
M. Lucas, à Syouryou, a dû (nécessité dont j’ai parlé les années précédentes) renoncer au titre officiel de son école, incapable qu’elle est de supporter la budget colossal que requiert l’entretien des maîtres brevetés, en nombre exagéré, exigés pour les écoles reconnues. Mais l’école continue comme elle était précédemment, et le bien réel qui s’y fait manque seulement de l’estampille officielle. Le peuple semble commencer à ne plus lui donner l’estime exclusive qu’il lui réservait jusqu’ici ; bien plus, certains projets du nouveau gouverneur général préparent des facilités pour les écoles moindres, répondant à la triste constatation qu’il a fallu faire : pour ne vouloir que des palais scolaires, pour condamner à disparaître les modestes écoles de villages, on est arrivé à laisser dans l’ignorance la majorité des enfants qui ne peuvent se rendre aux écoles des villes ou des chefs-lieux de cantons.
La résidence du district de Tjyengeup, actuellement administré par M. Peschel, est dans un village situé à quatre kilomètres de la préfecture. Notre confrère croit avec raison qu’un pied-à-terre à la ville permettrait une action sur une partie de la population qui n’ira pas le checher au village. Il vient d’acquérir un terrain sur lequel il bâtira une petite maison pour son catéchiste en attendant mieux.
Les sept prêtres indigènes déjà groupés dans cette région travaillent avec zèle et un succès relatif, mais en somme encourageant quand on connnaît les difficultés surtout de la province méridionale. A noter à Ratjyou la construction d’une petite église à Quelpaert un mouvement de conversions dans le Sud de l’île, et, dans tous ces districts, des écoles récemment fondées, grâce auxquelles, en partie du moins, le nombre des écoles dans ce compte rendu présente un accroissement de 32 sur le chiffre de l’an dernier.
Quittons cette province occidentale, qui lorsqu’elle aura été érigée en Mission indigène recevra la moitié des fidèles de la Mission actuelle, pour passer à la province orientale, composée elle-même de deux parties : Kyensyang septentrional, et Kyensyang méridional.
A Taikou, M. Vermorel, provicaire, et le P. Jean Kim, son vicaire, se réjouissent du nombre des communions des grandes fêtes, ainsi que la belle assistance aux offices de la cathédrale. L’école des garçons a fait de grands progrès pour l’éducation religieuse et pour les études proprement dites. L’école de filles soutient sa bonne réputation. L’école maternelle donne toute satisfaction au P. Kim, qui regrette seulement que les parents païens n’écoutent pas assez les petits innocents qui leur parlent du Bon Dieu et du Ciel qu’il faut mériter. L’école du soir est très fréquentée, et sa réputation va en grandissant d’année en année.
Trois autres écoles du soir, fréquentées par 118 élèves, ont commencé cette année dans trois stations ; des enfants païens qui les fréquentaient, trois ont déjà été baptisés.
Les Pères font des éloges de la Société de la Jeunesse catholique, qui semble avoir maintenant très bon esprit et écoute bien les avis qui lui sont donnés. Cette année elle a commencé la publication d’un Bulletin mensuel dont toute la rédaction est entre les mains des jeunes gens ; je n’ai point eu à regretter d’avoir réduit à l’imprimatur la part de l’autorité ecclésiastique dans cette initiative.
L’ombre au tableau, en somme très beau, du district de la cathédrale, est fournie par un pourcentage assez sérieux de tièdes auprès desquelles les exhortations n’ont aucun effet.
Le rapport de ce district, comme celui de tous les autres de cette province plus rapprochée du Japon, déplore l’émigration des catholiques par delà le détroit. Pour la plupart, le séjour au Japon est une parenthèse dans leur vie chrétienne, et pour beaucoup la parenthèse ne se ferme pas quand ils en reviennent.
Des sept autres districts qui avec Taikou composent l’église du Kyensyang septentrional, six sont administrés par des prêtres indigènes ; seul, celui de Kasil, est administré par un missionnaire, M. Tourneux. J’en dirai peu de chose, les ayant passés en revue lors de la visite pastorale précédente.
A Oakoan, M. Tourneux a donné 36 baptêmes d’adultes, et il compte encore 300 catéchumènes bien instruits, grâce au catéchiste de l’endroit, qui ne regrette ni son temps ni son argent. 15 autres baptêmes à Intong font de la liste de cette année une des plus belles que notre confrère ait présentées depuis son arrivée dans ce district.
La principale ville de la province méridionale est le grand port de Fusan, point terminus du Transsibérien, en face du Japon. M. Deslandes présente un intéressant rapport qui se résume ainsi : deux nouvelles stations ont été ouvertes pendant cet exercice, dont une à la ville de Tongnai, où l’on a de très sérieux espoirs. A la résidence de Fusan, augmentation de la population chrétienne par des immigrations d’autres districts ; logés, pour la plupart, dans des maisons construites à cet effet, les immigrants peuvent facilement pratiquer. L’exode au Japon s’accentue : à l’heure actuelle, 100 chrétiens de ce district sont connus comme étant au Japon ; ils correspondent avec le missionnaire qui leur envoie livres, bulletin paroissial, calendrier, etc ..., mais combien de ces émigrés ne sont pas connus ! L’assistance à la messe est plus suivie, et on a donné dans l’église de Fusan près de 2.500 communions de plus que l’an dernier. La fréquentation du catéchisme laisse encore à désirer ; le grand nombre des enfants et leurs situations très diverses obligent à faire trois séries de catéchismes par semaine. L’arrivée des Religieuses qui pourraient s’occuper des enfants, comme aussi d’œuvres diverses, et fort désirée de notre confrère ; leur succès est presque assuré.
Du district de Fusan a été détachée la partie septentrionale confiée à M. Beaudevin, qui a dû installer une nouvelle résidence à la ville de Enyang. « Au point de vue matériel, écrit-il, tout va bien, les dettes sont payées, et les titres de propriété enregistrés. » A la résidence, il a donné 12 baptêmes, et prépare 22 catéchumènes ; il loue la ferveur des chrétiens et leur assistance aux offices ; la chapelle est dès maintenant trop petite, on songe à faire miex, et les chrétiens commencent à réunir une somme d’argent en vue de la construction d’une église très vaste.
M. Bermond au port de Masampo voit avec joie la population catholique s’accroître d’année en année. Il va commencer la construction d’une église en pierre pour remplacer la petite chapelle qui a un quart de siècle d’existence, et est manifestement insuffisante.
Les cinq autres districts de cette province méridionale sont confiés à des prêtres indigènes. Le P. Marc Kouen à Miryang, est lui aussi occupé à la construction d’une église en style coréen. Le P. Paul Kim à l’île de Ketjyei a eu un moment difficile. Quelques chrétiens scandaleux jetaient le trouble dans le village de la résidence, et coupaient tout espoir de conversions des païens. J’ai mis les chrétiens fervents, qui sont la majorité, dans l’alternative ou d’user de fermeté pour mettre à la raison les quelques indésirables, ou de se voir retirer le Père. L’ordre a été rétabli. Le P. Etienne Kim, à Mounsan, a donné, à la résidence seulement, 39 baptêmes d’adultes, et prépare 40 catéchumènes. A Hamyang, le P. Joseph Ryou est occupé aussi à l’instruction de nombreux catéchumènes ; mais à la ville de Ketchyang qui l’an dernier donnait de grandes espérances, le mouvement s’est ralenti. Le P. Joseph Tjyeng est satisfait de ses débuts à la ville de Tjintjyou : les chrétiens âgés, quoique de conversion récente, pratiquent bien. L’école, modeste, donne l’instruction religieuse à une trentaine d’enfants. Le mouvement de conversions à la ville continue grâce aux catéchistes ; nombreux baptêmes à l’article de la mort.
Des œuvres générales, il y a peu à dire, leur développement se présentant normalement.
Le noviciat des Sœurs, ouvert l’an dernier, compte 37 novices ou postulantes. Une seconde prise d’habit a eu lieu, que j’ai présidée à la veille d’entrer à l’hôpital de Taikou.
J’ai eu aussi la joie, avant de quitter ma Mission, d’ordonner 9 sous-diacres, préparant ainsi une belle ordination sacerdotale que mon vénéré collègue de Séoul voudra bien venir faire à ma place l’an prochain.
Il faut bien en effet noter pour cet exercice la maladie du Vicaire Apostolique. C’est en France que je rédige ce compte rendu. Quand les rapports qu’il résume arrivaient à Taikou, j’étais à l’hôpital de Shanghaï, où je m’étais transporté après deux mois d’inutile traitement à Taikou. Les eaux thermales de France pouvaient seules, m’a-t-on dit, rétablir l’équilibre dans les artères. En fait, les résultats obtenus font croire que ce jugement du Docteur de Shanghaï était juste.
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