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Rapport annuel des évêques

Année: 1929
Pays: Corée du Sud
Mission: Séoul
Rédacteur:Mgr Larribeau

CHAPITRE II
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GROUPE DES MISSIONS DE CORÉE
ET DE MANDCHOURIE

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I. — Séoul.

Population catholique 49.540
Baptêmes d’adultes 1.289
Baptêmes d’enfants de païens 2.901
Conversions d’hérétiques 19


L’exercice 1928-1929, constate Mgr Larribeau, Coadjuteur de Mgr Mutel, n’a présenté aucun fait extraordinaire. Sans doute les missionnaires ont rencontré des difficultés, d’un autre genre d’ailleurs que celles des temps de persécution de jadis, mais qui n’ont pas empêché un développement plus accentué de la vie chrétienne, dont témoignerait à lui seul le nombre toujours croissant des sacrements reçus dans presque tous les districts. Sa Grandeur se plaît à nous faire part de ses constatations sur ce point si intéressant.
« Pour entretenir cette vie chrétienne, dit Mgr de Duse, le Saint-Esprit est sans doute le premier maître, et souvent même le seul. Jadis les chrétiens de Corée, privés de prêtres, donc de sacrements, se soutenaient par l’assistance immédiate de Dieu, mais encore même à l’heure actuelle, cette action du Saint-Esprit est encore visible. Il n’est pas rare en effet de trouver les âmes les plus ferventes dans les chrétientés les plus éloignées de toute église, où le prêtre ne paraît que deux fois par an : ici la ferveur n’est pas entretenue par les instructions fréquentes, par la réception des sacrements, il faut donc conclure à une intervention spéciale de Dieu. Telle n’est pas la condition des fidèles voisins de l’église : ils ont à leur disposition le prêtre, et. la réception des sacrements leur est facile, une nourriture doctrinale substantielle est à leur portée. Cette situation des chrétiens est la situation normale et ordinaire : au missionnaire et au prêtre indigène de seconder l’action de Dieu ; je constate la fidélité de tous à donner l’instruction dominicale. Plusieurs n’ont pas de repos toute la journée du dimanche : sermon à la messe, explication de l’Evangile ensuite, catéchisme aux petites filles avant la bénédiction du Saint-Sacrement, aux garçons après ; je voudrais que tous imitent pareille activité, et si apostolique.
« Je sais un district où le dimanche le catéchisme s’enseigne dans tous les coins. Plusieurs hommes ou femmes, désignés par le chef du poste, sont chargés d’instruire un certain nombre d’enfants ; ils les réunissent dans une maison particulière, et durant une heure ou plus les catéchisent ; maintenant le pli est pris, le travail se fait régulièrement et sans grand effort. Puisse ce mouvement être suivi partout. Car le catéchisme semble négligé plus que jadis par la jeunesse, surtout par la jeunesse qui fréquente les écoles : il en coûte aux enfants d’apprendre une leçon d’où ne dépendent pas les succès scolaires.
Nous exigeons la récitation de la lettre du catéchisme ; cette méthode est critiquée par certains, comme si les chrétiens capables de réciter leur catéchisme sans faute (et ils ne sont pas rares), ne le comprenaient pas. Il y a du vrai dans ce reproche, et beaucoup n’apprennent que des mots ; mas justement ces mots de religion ne se trouvent pas ailleurs dans leur langue, et le jour où ils n’apprendraient plus la lettre, ils n’auraient plus le moyen nécessaire de retenir ce qu’elle exprime. De plus, beaucoup comprennent plus tard le sens resté caché à la première étude, grâce surtout aux explications données aux séances catéchistiques, aux sermons, aux instructions. Le reproche est donc sans fondement, et dans la Mission, on continuera à exiger la lettre, ne serait-ce que pour fournir aux enfants et aux catéchumènes les formules nécessaires. Un fois par an, à la visite d’automne, tous les chrétiens, hommes et femmes sont interrogés sur le catéchisme, et doivent en réciter quelques demandes et réponses. Les jeunes considèrent la chose comme un devoir et un honneur. Un jeune missionnaire avait un jour omis d’interroger un vieillard à cheveux blancs ; le digne homme se leva, et d’un ton mi-regret mi-reproche : « Et moi, dit-il, ne suis-je donc pas un chrétien, qu’on me dédaigne à ce point ? » et il récita avec une solennelle piété les passages demandés par le missionnaire. Heureuse simplicité, tu diparais trop vite ! Que de jeunes diraient aujourd’hui : « Veine ! le père n’a pas pensé à moi ! »
« Je ne voudrais pourtant pas donner une trop mauvaise idée de ces pauvres jeunes gens ; ils ne tournent pas le dos à la religion et sont loin d’être mauvais, il y en a même d’excellents parmi eux. Seulement le changement universel, si rapide en toutes choses, est trop lent à leur gré, sinon en religion, du moins dans les à-côtés, œuvres et méthodes ; ils ont certes des idées que n’avaient pas leurs pères, et on ne saurait leur en vouloir, pourvu du moins qu’ils veuillent faire la distinction entre le vrai et le faux. Malheureusement, ils sont trop portés à ne trouver bon que ce qui est extrême, et ils n’ont pas assez de discernement pour voir le danger où les jettent les journaux avancés, voire communistes, tant pour leur foi que pour la société. Il n’est pas aisé de leur donner une direction, ils seraient plutôt portés à donner des conseils, et très forts pour dire ce qu’il faudrait faire et comment. Malgré cela, il reste toujours parmi eux des éléments plus sages, qui avec l’appui du prêtre, finissent par maintenir dans l’ordre les groupes de Jeunesse Catholique. Il s’en est formé deux nouveaux cette année, et sur la demande des jeunes gens eux-mêmes.
« Dans quelques districts on a cru bon, en vue de promouvoir la dévotion, d’introduire comme un ferment nouveau, en établissant la Confrérie du Saint-Sacrement que cette initiative a été heureuse. Il y a bien chez nous, et depuis longtemps, différentes Confréries, mais je ne sais pas trop pourquoi, elles ne donnent pas, au point de vue de la vie chrétienne, des résultats bien marquants. Il semble que nos chrétiens demandent à y entrer, mus plutôt par le désir de gagner des indulgences que par une vraie dévotion particulière ; d’autres fois, ce sera simplement pour suivre la tradition, ou bien parce que le parrain ou la marraine aura déclaré qu’il était bon de faire partie de telle ou telle association ; de l’imperfection du motif vient l’imperfection du résultat. La Confrérie du Saint-Sacrement tient ses membres plus en haleine : elle les oblige en effet à un effort personnel plus constant, par l’assistance régulière à la messe, la visite quotidienne et la communion fréquente. Evidemment cette initiative ne peut avoir lieu que dans les chrétientés voisines de la résidence du prêtre. Dans le même ordre d’idées, un prêtre coréen, depuis l’an dernier, a divisé les plus fervents de ses fidèles en six groupes chargés chacun d’un jour de la semaine, le dimanche étant pour tous. Ce jour-là le groupe intéressé assiste à la messe, les autres n’étant pas exclus bien entendu, fait la prière du soir en commun à l’église, et doit prier toute la journée spécialement pour tout le district. Le système fait merveille, paraît-il, chacun se trouvant fier d’être, à tour de rôle, le représentant officiel, pour ainsi dire, de ses frères devant Dieu.
« Deux mots sur la retraite de nos catéchistes, sauf dans un endroit, on lui a été fidèle, ici avec enthousiasme, là avec la sensation d’une perte de temps. Cet exercice, en effet, obligatoire dans la Mission depuis sept ou huit ans, est loin de porter partout les mêmes fruits. On constate en tel endroit un réel progrès dans la manière d’entendre les devoirs de la charge, tandis qu’ailleurs les catéchistes ne semblent se réunir tous les ans que pour passer trois jours ensemble, saluer le Père et s’en retourner, sans plus songer aux instructions de la retraite. Cela tient à l’esprit des chrétiens au milieu desquels vivent ces catéchistes. Ils se décourageront et se désintéresseront vite de leur charge parmi les chrétiens relâchés qui ne tiennent aucun compte des recommandations, comme aussi ils deviendront de plus en plus zélés dans une chrétienté fervente et docile.
« Ces considérations générales sont le résumé des diverses relations des confrères ; aucun n’est enthousiaste, aucun n’est satisfait ; mais ces lamentations ne sont pas nouvelles, fait remarquer M. Villemot, on les trouve, à peu de différence près, dans les rapports d’il y a vingt-cinq, trente ans et plus. Ce cher Père Provicaire, dont nous venons de fêter les soixante ans, signale parmi les baptisés de l’année dans sa paroisse de la cathédrale, un bon vieux de quatre-vingt-cinq ans. « A cet âge, écrit-il, il a appris les prières et le catéchisme, récite le tout « parfaitement et en homme qui comprend le sens. Son appel à. la foi remonte à l’époque où « on aplanissait la colline sur laquelle a été construite la cathédrale. Il y a donc de cela une « quarantaine d’année. Venant un jour voir les travaux, il entendit pour la première fois parler « de la religion. Un chrétien lui donna même par écrit le Pater et l’Ave ; il admira ces « formules de prières, en parla à ses amis lettrés comme lui, qui eux aussi trouvèrent que « c’était bien, mais que Confucius, Mengtze et autres avaient écrit d’aussi belles paroles ; la « conclusion fut qu’il fallait s’en tenir aux enseignements des ancêtres. Cependant il n’eut « jamais la conscience en paix. Ces temps derniers, après quarante ans, il revint autour de la « cathédrale, y rencontra un bon chrétien de son âge faisant sa visite quotidienne au Saint « Sacrement. On fit connaissance, on se fréquenta, et peu de temps après, ce vieillard bien « préparé vint me demander le baptême. Le bon grain met ainsi parfois bien du temps à « lever. » C’est le seul fait, édifiant relaté dans les comptes rendus des confrères, chacun se bornant à exposer d’une manière générale ses consolations et ses ennuis de l’année écoulée.
« Je dois faire connaître un changement important survenu dans notre Séminaire : nous avons séparé le Grand Séminaire du Petit. Le Grand Séminaire du Sacré-Cœur demeure à Ryong-san, et continue ses cours ordinaires sous la direction de M. Guinand assisté de MM. Chabot et Pichon. Il compte trente-quatre élèves, dont 16 étudiants de philosophie et 18 de théologie ; parmi ces derniers, 10 sous-diacres et 1 minoré finissent leurs cours, les 7 autres seront tonsués. Le Petit Séminiare a été installé à Paik-tong, à l’Est de la ville, à portée de notre école secondaire. Il n’y a pour le moment que 37 élèves, mais nous avons une rentrée tous les ans, comme les autres écoles, et on peut espérer un nombre suffisant de sujets, bien que le nouveau système nous en fasse perdre quelques-uns, et parfois des meilleurs. Pour être admis, les enfants doivent avoir terminé les six années d’école primaire. Or beaucoup de chrétientés, où on trouverait souvent les meilleures vocations, sont très éloignées de toute école primaire pour pouvoir y envoyer leurs enfants ; pour remédier à ce mal, il nous faudrait une école préparatoire : nous y songeons sérieusement ; ce sera ne lourde charge supplémentaire pour nos finances, mais l’œuvre s’impose, nous tenons absolument pour nos séminaristes à ce degré d’instruction nécessité par les conditions de l’époque. M. Chizallet a la direction de la maison, et fait le cours de latin ; M. Ri Paul, tout en se reposant, enseigne les premiers éléments aux nouveaux. La question la plus inquiétante est celle de savoir si nos élèves réussiront à mener de front l’étude du latin avec le cours complet des écoles secondaires ; même au point de vue des santés, résisteront-ils à l’effort nécessaire ? la santé de nos jeunes gens n’est déjà pas si brillante ! et rares sont ceux de nos prêtres, même parmi les jeunes, auxquels on puise confier sans appréhension une tâche un peu pénible. Il semble que les anciens avaient une constitution plus robuste ; pourtant tout finit par s’user : ce printemps dernier, une fièvre maligne nous a enlevé M. Kang Marc, le doyen de nos prêtres coréens, âgé de soixante-dix ans. Il avait été ordonné prêtre en 1896, par Mgr Mutel, après de bonnes études au Collège général de Pinang. Pendant ses trente-trois ans de sacerdoce, il occupa constamment le même poste ; ses paroissiens l’ont vivement regretté, c’est dire assez que sa vie fut pleinement sacerdotale.
« Cette année la maladie a visité plusieurs confrères, M. Curlier entre autres, qui pris de diarrhée rebelle, fut un instant en danger, mais finit par reprendre le dessus. MM. Lucas et Deneux nous sont revenus de Hongkong bien remis ; M. Bouillon est rentré de France tout reposé ; M. Krempf prépare son retour, si bien que nous allons nous retrouver au complet, chose qui n’est pas arrivée depuis longtemps chez nous. Mais qu’il vienne vite, le jour où nos rangs seront doublés ! peut-être alors le travail ne restera pas à l’état de projets ! Il faut dire que tout renfort est grandement apprécié, même quand il n’est pas ce qu’on pourrait désirer. Nous sommes grandement reconnaissants au Séminaire de Paris de penser à notre Mission dans la distribution des nouveaux missionnaires

« Durant l’exercice, nos écoles primaires et notre école secondaire ont marché d’une manière satisfaisante ; il se présente toujours plus de candidats que nos locaux n’en peuvent recevoir. Les Sœurs de Saint-Paul se plaignent aussi d’être obligées de refuser beaucoup de demandes d’entrées, toutes les places étant prises. Les vocations religieuses ne semblent pas tarir parmi les jeunes filles. Une vingtaine de postulantes suivent les cours des écoles secondaires en ville, afin d’obtenir le brevet d’aptitude à l’enseignement. On ne peut dire encore quel sera le résultat de cette mesure prise il y a trois ans, mais jusqu’ici rien n’empêche d’en bien augurer. Il est grand temps, car de plus en plus les Sœurs qui tiennent de petites écoles en province sont l’objet d’un examen strict de la part du Bureau de l’Education, et plu-sieurs se sont vu refuser la permission d’enseigner ; la science n’est rien, l’expérience compte pour peu, il faut un diplôme ! Et comme les maîtresses brevetées sont payées le triple des Sœurs, c’est une charge trop lourde pour la plupart des écoles de remplacer les Sœurs par des laïques. Encore si la formation des enfants restait la même !

« A notre école secondaire, M. Bodin est assez satisfait de la conduite de ses élèves ; malheureusement, sur 300 élèves, il n’y a encore que 58 catholiques. M. Sin Paul y continue tous les samedis ses conférences religieusse facultatives ; ses auditeurs sont régulièrement, plus d’une centaine : la semence jetée lèvera-t-elle, et quand ?
« Voilà à peu près, ce que l’on peut dire de l’état général de la Mission. Il reste à toucher un mot de la tournée pastorale de cette année ; elle a commencé par les chrétientés du Tchyoung-tchyeng-to Nord non visitées l’an dernier. Les chrétiens y sont assez fidèles, et on me dit que l’esprit des populations païennes serait encore abordable. Les grandes villes de Tchyeng-tjyou et Tchyoung-tjyou désirent toutes deux un prêtre à demeure ; on ne peut les satisfaire pour le moment, mais on ne les oubliera pas. En revenant vers Séoul, je fis la bénédiction de la petite chapelle de Hpyeng-htaik, récemment construite. On a établi là une résidence sans brillant avenir peut-être, mais la division de Kat-teung s’imposait, et il n’était pas facile de trouver un centre pour la partie nouvellement érigée en district ; bien ou mal,. c’est fait, et M. Molimard s’évertue dès maintenant à secouer l’apathie de ses chrétiens de la plaine.
« Ce fut ensuite la visite de toute la province de Hoang-hai-to, juste celle qui a été érigée en vicariat forain l’année dernière. Je n’ai pu me rendre compte par moi-même, autant que j’aurais voulu, de l’état des chrétientés, mais les rapports des chefs de districts et les conversations avec eux suffisent à me faire connaître quelques différences entre cette popula-tion et celles des autres provinces, différences qui ne seraient pas à son avantage, ce qui y rend le ministère plus difficile qu’ailleurs. Les enfants sont négligés des parents, beaucoup marient leurs filles à des païens, montrant par là le peu de solidité de leur foi et leur peu de respect pour les lois de l’Eglise et la direction des pasteurs. Ce n’est pas que la majorité en soit là, mais le mauvais esprit se propage facilement, et l’on ne peut que craindre ses mauvais effets. Aussi tous les prêtres s’inquiètent et demandent des mesures pour enrayer le mal. J’ai répondu que la première chose à faire était d’inculquer des principes de foi par une instruction plus sérieuse, l’application des sanctions ecclésiastiques contre les délinquants indifférents ne pouvant être salutaire.
« L’exercice écoulé a été en somme ordinaire, et nous remercions la divine Providence des épreuves aussi bien que des faveurs, avec une ferme confiance que tout contribuera à la gloire de Dieu et au bien des âmes.



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