| Année: |
1929 |
| Pays: |
Corée du Sud |
| Mission: |
Taikou |
| Rédacteur: | Mgr Demange |
II. — Taikou.
Population catholique 36.136
Baptêmes d’adultes 1.303
Baptêmes d’enfants de païens 1.910
Conversions d’hérétiques I 7
« Pour la deuxième fois, nous écrit Mgr Demange, c’est en France que je rédige le compte rendu. Ce sera, je pense, la dernière : le bon Dieu a bien voulu donner l’efficacité aux divers traitements et au repos, et me mettre en état de reprendre, de suite après l’Assemblée générale, mon travail à Taikou. En le remerciant, je n’ai garde d’oublier que cette grâce m’a été certainement obtenue par les prières persévérantes parties de Corée. Et le bon Dieu, qui dose si bien épreuves et consolations, me donne la joie de constater que les résultats obtenus en mon absence sont supérieurs à ceux auxquels j’étais habitué sur place.
« M. Mousset, Provicaire, qui administre en fait la Mission, m’a envoyé, avec un rapport personnel donnant une remarquable vue d’ensemble que je vais transcrire, le résumé de tous les rapports des missionnaires et prêtres indigènes, qu’il me faut résumer encore. M. Mousset écrit :
« Les comptes rendus pour l’année 1928-1929 ne sont ni très étendus ni très précis, et la « raison de cela paraît être que, dans presque tous les districts il n’y a pas beaucoup de choses « à signaler. Presque tous les confrères et prêtres indigènes donnent des notes communes à « tous ; surtout on se plaint de la mauvaise, très mauvaise récolte de l’automne 1928, « principalement dans les deux provinces méridionales ; or, la mauvaise récolte influe « toujours plus ou moins sur la vie spirituelle des chrétiens, en obligeant un certain nombre « de familles à quitter leur village pour aller gagner leur vie à la ville, et là, bien souvent, la « ferveur de ces pauvres gens va en diminuant. M. Bulteau écrit même que la plupart de ceux « qui viennent chez lui ne se font pas connaître, probablement pas parce qu’ils veulent cesser « toute pratique religieuse, mais parce que, pensant ne rester là que pendant un temps « relativement court, ils ne croient pas nécessaire de se faire inscrire sur la liste des chrétiens « de l’endroit.
« Presque tous se plaignent de l’émigration des chrétiens en Chine et surtout au Japon. « Cette émigration est surtout grande parmi les chrétiens du Sud de la mission. Dans un seul « district, on en signale presque une centaine, et cela explique que nous n’avons augmenté que « de 673 unités, alors que, régulièrement, l’augmentation aurait dû atteindre le chiffre de « 1.300 environ.
« Mais chose remarquable et bien consolante, presque tous, même les pessimistes « ordinaires, s’accordent pour reconnaître chez leurs chrétiens une ferveur plus grande et un « renouveau d’esprit de prosélytisme. C’est en grande partie à cela que l’on attribue « l’augmentation du nombre des baptêmes d’adultes, qui dépasse de près de deux cents de « celui de l’an dernier, et des enfants de païens in articulo mortis, en augmentation de 384 sur « le chiffre de l’exercice précédent.
« Tous les ouvriers apostoliques qui ont dans leur district des catéchistes rétribués par la « Mission s’accordent pour louer leur zèle. Ils s’efforcent de convertir les tièdes et d’amener à « nous les païens de bonne volonté ; généralement, ils semblent assez bien réussir ; le nombre « de ceux qui ont été baptisés grâce à eux, et aussi de ceux qu’ils enseignent actuellement, est « considérable. Combien il est regrettable que le manque de resources ne permette pas « d’augmenter le nombre de ces bons catéchistes ! On en demande un peu partout, mais « malheureusement la situation financière ne permet pas d’aller de l’avant sans imprudence, et « j’ai dû rejeter, avec un immense regret, les demandes de ce genre qui m’ont été faites lors « de la retraite ; j’ai même craint d’être obligé d’en supprimer quelques-uns. Daigne la divine « Providence nous envoyer les moyens d’entretenir un plus grand nombre de ces catéchistes, « et les effets se feront vite sentir.
« Je n’ai rien à dire des ouvriers apostoliques, Votre Grandeur sait trop bien qu’ils « travaillent de toutes leurs forces et quelquefois même au-dessus de leurs forces. Ils ont fait, « à ma connaissance, cette année comme à l’ordinaire, tout ce qui leur a été possible de faire.
« Le nombre des écoles paroissiabes a notablement augmenté, mais on attend vainement la « mise à exécution des projets formés depuis longtemps par le gouvernement, qui « permettaient les petites écoles ayant des cours de trois ou quatre ans, non soumises aux « règlements des écoles primaires à cours complets de six ans, et ne nécessitant pas les « dépenses énormes de ces dernières.
« Cette année, Mgr Chambon et les missionnaires Salésiens de Oita ayant témoigné le « désir qu’un missionnaire de Corée fût envoyé au Japon pour donner les sacrements aux « chrétiens coréens privés depuis bien longtemps des secours de la religion, M. Julien a bien « voulu faire ce voyage durant les vacances du Séminaire. Il est resté près d’un mois au Japon, « et a pu donner les sacrements à une centaine de chrétiens et chrétiennes, il les a un peu « organisés, de telle sorte que, lors d’une nouvelle visite, il pourra voir beaucoup plus de « monde. Notre confrère est revenu enchanté de sa tournée, laissant dans la joie tous ces « braves chrétiens dont plusieurs, ignorant la langue japonaise, n’avaient pu se confesser « depuis bien longtemps.
« Comme le sait Votre Grandeur, nous avons eu la joie et l’honneur de recevoir Mgr « Mutel, qui malgré son grand âge, a bien voulu venir lui-même faire l’ordination du 25 mai. « Cette ordination de sept nouveaux prêtres a permis de donner des titulaires aux districts « vacants, et de fonder de nouveaux postes. Il en reste bien d’autres à fonder ; aussi est-ce « avec joie que nous avons reçu la lettre de Votre Grandeur annonçant qu’un nouveau « missionnaire va nous arriver.
« Je signale en terminant l’inauguration des visites à domicile par les Sœurs de Saint-Paul. « Une Sœur française et une Sœur coréenne vont, chaque jour, chercher les malades en ville et « même dans les villages. Cette œuvre semble vouloir donner de très bons résultats. Depuis le « milieu du mois d’octobre jusqu’au premier juin, 1.893 malades ont été visités, quatre « adultes et 53 enfants de païens ont été baptisés et sont morts.
« Chez les Sœurs, comme le sait Votre Grandeur, il y a eu une prise d’habit de six novices. « Les étudiantes sont toujours citées comme des modèles par le directeur de l’école « supérieure. Postulantes et novices, actuellement au nombre de 39, donnent satisfaction à « celles qui sont chargées d’elles. »
« A ces renseignements généraux donnés par le Provicaire, il faut ajouter que la mort a fait trois vides dans la troupe déjà petite des ouvriers de la Mission : deux prêtres indigènes sont morts dans leur troisième année de ministère, et M. Lacroust les a suivis. Le clergé de Taikou, après ces décès et la dernière ordination, comprend 19 missionnaires français et 28 prêtres coréens.
« Je serais tenté de transcrire ici le résumé des vingt-neuf rapports partictuliers qui accompagnaient celui du Provicaire, et je le ferais si ce compte rendu voulait donner en une fois une idée complète de l’état de la Mission ; mais comme chaque année je cite plusieurs de ces relations, il n’y a pas lieu de renouveler les renseignements déjà donnés, dont l’heureuse monotonie provient de ce que, dans la plupart des chrétientés, la vie religieuse se développe normalement. Je me bornerai donc à ce qui est spécial à cette dernière année.
« A la cathédrale de Taikou, curé et vicaire voient avec joie leurs écoles ordinaires progresser, et dans certaines régions le district enregistre un mouvement de conversions qui donne bon espoir. A la cathédrale sont en effet rattachées plusieurs stations dont quelques-unes assez éloignées de la ville, lesquelles sont visitées comme les stations des districts de campagne, régulièrement deux fois par an.
« L’école maternelle, avec ses 66 enfants, et l’école du soir, suivie par 116 élèves, donne beaucoup de consolations au P. Jean Kim, qui loue sans réserve le zèle et la persévérance des jeunes gens qui enseignent gratuitement dans cette dernière école depuis plusieurs années.
« La Société de la Jeunesse Catholique donne toute satisfaction, les sociétaires ne regrettent ni leur temps ni leur peine pour répandre la bonne semence dans la mesure du possible.
« Malheureusement on remarque à la cathédrale une notable diminution des confessions annuelles, qui n’est pas expliquée par la seule émigration.
« La seconde paroisse de Taikou est la paroisse de Saint-Joseph. M. Deslandes, qui en est chargé depuis un an, écrit : « Saint-Joseph n’avait pas conscience d’elle-même. « Un recensement minutieux a permis de retrouver beaucoup d’inconnus, de réparer beaucoup « d’irrégularités, de faire le point. Des aménagements matériels, notamment la construction « d’une vaste salle de réunion, ont permis l’établissement d’œuvres encore à leurs débuts, « mais déjà pleines de promesses : catéchismes séparés des hommes et des femmes, cercles « d’études pour jeunes gens et jeunes filles, avec réunions mensuelles suivies et remplies ; les « 150 enfants en âge de recevoir les sacrements peuvent se réunir à leur gré et recevoir la « formation catéchistique et l’éducation que les maîtres de l’école des filles et un catéchiste « zélé leur dispensent largement ; une école du soir née d’elle-même, pour enfants pauvres, et « que dirige une jeune fille, a groupé une moyenne d’environ 40 enfants pendant quatre « mois. » Le missionnaire signale l’assistance quotidienne à la messe d’une centaine de personnes, chiffre énorme pour cette petite paroisse, 3.000 confessions et 26.000 communions dans l’année.
« Pour Kasil, je transcris le rapport de M. Tourneux : « Les anciennes stations montrent « bien peu de zèle pour la conversion des païens ; par contre, les chrétiens de Oakoan se font « remarquer par leur ardeur pour les conversions d’infidèles et de protestants. Il y a cette « année 43 baptêmes d’adultes in articulo mortis, et 42 d’enfants de païens. Les catéchumènes « sérieux sont environ deux cents. Cette jeune chrétienté qui ne comptait, il y a douze ans, « que trois chrétiens, en compte maintenant près de 200. Les protestants, autrefois nombreux « dans cette ville, ont beaucoup diminué : plusieurs, après avoir reconnu leur erreur, ont déjà « reçu le baptême ; beaucoup d’autres sont inscrits parmi les catéchumènes. Ce résultat a été « obtenu grâce au catéchiste résidant de l’endroit et aux deux catéchistes salariés par la « Mission. L’avenir s’annonce plein d’espoir, et le missionnaire de Oakoan, sachant diriger « d’une main ferme cette jeune chrétienté pour empêcher certains abus de s’y introduire, aura « la consolation d’enregistrer chaque année de belles gerbes de baptêmes. Une belle et vaste « église pouvant contenir environ 800 personnes a été construite l’an dernier, grâce à la « générosité du catéchiste de l’endroit et de deux autres catéchistes des stations voisines. » Ce que M. Tourneux ne dit pas, c’est que ces générosités, auxquelles de plus modestes dons se sont joints, ont été provoquées chez les chrétiens par le désir de faire un présent digne de leur affection reconnaissante au missionnaire pour son jubilé sacerdotal ; c’est aussi la part person-nelle que le missionnaire a prise à cette construction, dotant ainsi cette région d’un bel édifice du culte, après l’église très belle de Sainte-Anne, qu’il a bâtie à Kasil il y a quelques années, et que Son Excellence le Délégué Apostolique a bien voulu bénir lui-même en 1924. Enfin le zèle de M. Tourneux pour l’église de Oakoan a cette délicate note qu’il savait très bien que, personnellement, il ne jouirait pas de son œuvre ; en effet ce poste qui vient d’être érigé en chef-lieu d’un nouveau district est confié à M. Cadars.
« A Masanpo, dans le Sud de la province, une église aussi, rêvée depuis longtemps par M. Bermond, a été construite, et elle attend, après la bénédiction faite par M. Vermorel, Provicaire, la consécration de l’Evêque ; le rêve du missionnaire alpin s’est en effet réalisé dans les détails : elle est tout en pierre, et la photographie que j’ai reçue me permet de la comparer sans désavantage à beaucoup de petites églises de France. L’édifice spirituel marche de pair avec l’édifice matériel , ou plus exactement, c’est le premier qui a nécessité le second, et le mouvement continue ; le chiffre de baptêmes de cette année n’avait pas été atteint depuis 1914, époque où le district, divisé depuis, était beaucoup plus étendu.
« M. Beaudevin nous dit que, à Enyang, le nombre des baptêmes in articulo mortis, soit d’enfants, soit d’adultes, est en accroissement considérable ; plusieurs écoles nouvelles ont été ouvertes, modestes il est vrai, mais ce caractère n’est pas pour déplaire, car il montre que les Coréens se délivrent peu à peu du préjugé qui ne leur permettait pas de concevoir un milieu entre ces deux extrêmes : ou le palais scolaire, ou rien. Le missionnaire fait démarches sur démarches pour obtenir un cimetière pour ses chrétiens, ce qui, dans ce pays où les questions de sépulture ont une si grande importance, constitue un moyen de prosélytisme ; mais il se heurte à toutes sortes de difficultés : c’est que les fonctionnaires locaux n’ont pas encore « réalisé » que le meilleur moyen de faire avancer ce missionnaire est d’essayer de le faire reculer.
« Grâce aux efforts du P. Joseph Tjyeng chargé de la grande ville de Tjintjyou, et de ses catéchistes prédicants, de bons résultats ont été obtenus à la ville même, très réfractaire jusqu’ici, une des rares places fortes du Bouddhisme en Corée, 21 baptêmes d’adultes y ont été administrés. Hyeptchyen, chrétienté récente, compte déjà 50 chrétiens, et très nombreux sont les catéchumènes. Ces braves gens, qui ne sont pas riches, ont construit cette année une chapelle, et ont l’intention d’édifier l’an prochain un presbytère, car leur ardent désir est d’avoir un Père chez eux.
« A Tjyentjyou, capitale de la province occidentale, M. Lacroust, malgré sa faiblesse de plus en plus grande, s’occupait toujours des sociétés d’hommes et de femmes qu’il réunissait très régulièrement. Un nouveau catéchiste plein de zèle recevait des directives et a donné, par le retour des tièdes, les dernières consolations au missionnaire. Quelques semaines après l’envoi de son rapport, il échangeait la vie d’infatigable ouvrier, menée en Corée pendant trente-cinq ans, contre le repos éternel.
« A Syouryou, M. Lucas nous apporte une belle gerbe de 31 baptêmes de païens instruits, et 33 in articulo mortis. En plus de la retraite réglementaire des catéchistes, le missionnaire a eu une retraite de premiers communiants, et les enfants ont été sérieusement préparés à ce grand acte de la vie chrétienne.
« M. Peschel, qui n’a pas que des consolations à Sinouelri, juge avec raison que les difficultés sont faites pour être surmontées, et il constate un réel progrès : les chrétiens sont mieux instruits, plus préoccupés du salut de leurs proches et des païens, et s’approchent plus fréquemment des sacrements. Notre confrère a essayé l’apostolat par les projections de vues religieuses avec conférences. Les résultats n’ont pas encore été bien brillants, mais il ne se décourage pas. Huit écoles paroissiales ont été établies dans le district, et ceci explique que les enfants soient mieux instruits. Le catéchiste prédicant établi à la ville de Tjyengeup fait tous ses efforts ; maintenant beaucoup viennent le voir, et le grain qu’il sème finira par germer.
« Passant, faute de place, sur les autres districts, je termine par l’île de Quelpaert. A la capitale de la grande île, le P. André Ri est tout heureux d’avoir huit baptêmes d’adultes. Parmi ces nouveaux chrétiens, deux sont des professeurs de l’école du gouvernement, deux autres d’anciens fervents communistes, car, ainsi que le fait remarquer le Père, le communiste est plus développé dans cette île lointaine que partout ailleurs en Corée : hommes, femmes, enfants, sont communistes en grande partie, sans bien savoir ce qu’est cette doctrine. La conversion de deux de leurs adeptes les plus marquants a excité les autres contre I’Eglise, mais le Père ne s’en effraie pas, il s’en réjouit au contraire, car il en voit d’autres venir à lui, et il a bon espoir pour la suite.
« Le second poste de l’île est situé sur le versant Sud de la montagne volcanique qui occupe tout le centre. Le P. Jean Tchoi se loue de la grande soumission et de l’entière bonne volonté de son petit troupeau. Dans cette région si ingrate, il a obtenu 17 baptêmes, et beaucoup apprennent actuellement. Il y a des catéchumènes dans cinq gros villages, et les indigènes, bien que retenus encore par le souvenir de l’ancienne persécution, sont plus inclinés vers nous : un ministre protestant, venu faire de la propagande a été arrêté dès le commencement de son prêche, et simplement prié de retourner chez lui : « Le christianisme que nous embrasserons, lui ont dit ces païens, est le catholicisme. »
« En concluant ce compte rendu, je tiens à remercier M. Mialou des bons services qu’il a rendus à la Mission pendant plus de trente ans de travail effectif. Obligé par la maladie de revenir en Europe, il y a cinq ans, il voulut repartir sans amélioration notable ; après un an d’essai, il a dû, définitivement cette fois, revenir en France. C’est par ses prières et le mérite de sa patience qu’il travaillera pour la Mission de Taikou dont il continuera à faire partie. A part lui et l’Evêque, aucun ouvrier apostolique n’est en dehors de la Mission.
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