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Rapport annuel des évêques

Année: 1931
Pays: Corée du Sud
Mission: Séoul
Rédacteur:Mgr Larribeau

CHAPITRE II
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GROUPE DES MISSIONS DE CORÉE
ET DE MANDCHOURIE

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I. — Séoul.

Population catholique 52.949
Baptêmes d’adultes 1.375
Baptêmes d’enfants de païens 3.076
Conversions d’hérétiques 24


« Cette année, nous écrit Mgr Larribeau, l’Eglise de Corée célébrait le centenaire de sa fondation. Il est impossible de passer sous silence, au début de ce compte rendu, cette particularité ; elle sera d’ailleurs l’occasion naturelle de faire le point, d’examiner ce qu’a fait la Société dans ce pays en acquit du mandat que lui confia la S. C. de la Propagande le 9 septembre 1831.
« L’Eglise de Corée existe depuis cent ans, mais cela ne signifie pas que les missionnaires y travaillent depuis cent ans : jusqu’en 1886 la Corée était rigoureusement fermée aux étrangers, les missionnaires entraient en cachette, exerçaient leur ministère clandestinement, se dissimulant le jour, voyageant la nuit ; sans doute, et l’on ne saurait le dire assez haut, ces premiers ouvriers furent des héros, ils resteront incontestablement la gloire et le fondement de la nouvelle Eglise ; mais, il faut bien le reconnaître, de l’œuvre à laquelle ils avaient voué leur vie, consacré leurs sueurs et jusqu’à leur sang, il ne restait plus, au lendemain des persécutions, que des débris ; tout était à recommencer, et, si l’on doit dire que le travail des missionnaires fut aidé par la présence de vieux chrétiens à la foi solide échappés aux massacres, il n’en est pas moins vrai que l’effroi général répandu dans toute la population par les persécutions successives fut pour longtemps un obstacle sérieux à la conversion des païens. Voilà pourquoi l’église actuelle de Corée n’est vraiment pas le résultat de cent années de travaux ; en toute vérité il y a juste quarante-cinq ans que l’on commença à fonder sérieusement, nous voulons dire sans crainte de destruction, avec la conscience claire que l’ère des recommencements était close.
« Or, durant cette période qui comprend les dernières années de l’épiscopat de Mgr Blanc et tout le long épiscopat de Mgr Mutel, qu’a-t-on fait ? On a suivi le programme mis en tête du Règlement général de la Société : formation d’un clergé indigène, entretien des chrétientés existantes, apostolat auprès des païens.
L’année même de son entrée en Corée, le Bienheureux Maubant envoyait à Macao trois jeunes Coréens destinés au sacerdoce ; la mort en prit un avant la fin de ses études, et les deux autres furent ordonnés prêtres : l’un deux était le Bienheureux André Kim, martyr en 1846. Depuis, et malgré la vie cachée à laquelle ils devaient se condamner, les missionnaires réussirent à former un Séminaire, et au début de la persécution de 1866, plusieurs élèves étaient déjà avancés dans leurs études : cette terrible crise emporta tout. Rentrés dans leur infortunée Mission, les missionnaires reprirent l’œuvre interrompue ou plutôt anéantie, ils envoyèrent des élèves tant en Mandchourie qu’à Pinang. Et, quand sonna l’heure de la liberté, le premier établissement fut le séminaire : évêché, presbytères, églises ne vinrent qu’après ; aux yeux des missionnaires la formation d’un clergé indigène était toujours l’œuvre urgente, l’œuvre des œuvres. Le programme n’a pas changé, et c’est toujours cette œuvre qui est le premier objet de leurs préoccupations. Le premier Séminaire, établi à Ryong-San, est devenu le Grand Séminaire, tandis que le Petit Séminaire s’installait dans l’ancien monastère des PP. Bénédictins, il y a de cela trois ans. Les bâtiments ne suffisant plus, on a dû agrandir ; cette année on n’a pu exécuter que la moitié des travaux prévus, le secours escompté de l’Œuvre de Saint-Pierre nous ayant fait défaut. Ce Petit Séminaire compte déjà 84 élèves, dont 18 appartenant à la Mission de Hpyeng-Yang et 16 à celle de Taikou. Au Grand Séminaire il ne reste que 19 élèves, dont sept sous-diacres et douze tonsurés ; à partir du mois d’avril 1933, les élèves commenceront à passer du Petit Séminaire au Grand Séminaire dont le recrutement est ainsi assuré désormais.
« Cependant, la formation du clergé indigène présupposait l’existence d’une population chrétienne aussi fervente que possible, apte à fournir des vocations sérieuses : de là la grande préoccupation des ouvriers évangéliques de cultiver le champ déjà défriché, de former chez leurs ouailles une mentalité vraiment chrétienne. Ils étaient chargés de très vastes districts et devaient les parcourir toute l’année, visitant les chrétientés disséminées de tous côtés, se reposant seulement quelques mois de l’année dans quelque centre plus important, pas toujours le même, tantôt ici, tantôt là. Plus tard, le nombre des prêtres augmentant, on divisa les districts ; on organisa les résidences fixes tout en maintenant les deux visites annuelles des diverses chrétientés : ce système est encore celui d’aujourd’hui. Les résidences fixes furent naturellement établies là où les chrétiens se trouvaient en plus grand nombre, bien souvent dans des gorges de montagnes, où ces pauvres gens s’étaient réfugiés ; il a pu arriver dans plus d’un cas que pareille installation ne fût point propre à l’évangélisation, et actuellement encore il y a une dizaine de districts où le prêtre, vivant au milieu des chrétiens, ne peut exercer aucune action sur l’élément païen ; c’est là une conséquence des anciennes persécutions : les épreuves passent, mais les ruines ne se relèvent pas en un jour. Quoi qu’il en
soit, il suffirait de comparer les chiffres annuels des confessions et communions pascales et de dévotion pour rester convaincu que le soin des chrétiens n’a pas été, tant s’en faut, négligé.
« La population catholique appelée à fournir les futures vocations sacerdotales, ne restait pas stationnaire : 17.000 chrétiens en 1890, au moment du sacre de Mgr Mutel ; aujourd’hui ils sont près de 120.000, distribués en cinq diocèses. Je dois signaler, à ce propos, que les missionnaires ne firent pas de prédication directe aux païens : les nouvelles recrues venaient spontanément, et nombreuses, surtout entre 1890 et 1910, elles absorbaient le temps et le labeur des missionnaires ; puis ce mouvement de conversions se ralentit : il fallu songer à adopter de nouvelles tactiques. L’état des esprits n’est plus celui d’il y a vingt ans, et de grands changements sont survenus en Corée. Tant que les missionnaires catholiques étaient seuls au travail, ils se bornaient à l’objet propre de leur mission, le soin des âmes ; loin de chercher à européaniser les indigènes, ils se faisaient Coréens eux-mêmes et laissaient leurs fidèles vivre suivant leurs usages, en tout ce qui n’était pas contraire, bien entendu, au dogme ou à la morale. De cette action douce, mais profonde, il serait sorti avec le temps une civilisation chrétienne sans doute, mais coréenne et non pas étrangère. Le missionnaire catholique s’est trouvé débordé : survint une prétendue civilisation qui s’imposa par l’extérieur, sans tenir compte de l’éducation des cœurs : le but de la vie est désormais le progrès matériel, et, du moment qu’on sait conduire une automobile, on n’a pas le temps et l’on n’éprouve plus le besoin de songer à ce qui peut arriver si l’on meurt écrasé ! Aussi la prédication évangélique doit recourir à de nouveaux moyens pour amener ces peuples, éblouis par la diffusion trop brusque de toutes les merveilles du génie humain, à admirer tout d’abord le premier Auteur de ces merveilles. Ce sera l’œuvre d’un prochain avenir d’appliquer de nouvelles méthodes à l’évangélisation de ces pauvres païens, qui seraient peut-être plus qu’ailleurs disposés à se laisser sauver. Il nous faut pour cela des hommes et des ressources, et l’on pourra marcher avec confiance. Puisse le narrateur du prochain centenaire avoir à louer le bon travail accompli, même à défaut du succès complet, qui ne dépend pas uniquement des ouvriers évangéliques.
« Le premier Concile régional de Corée, tenu à l’occasion de notre premier centenaire, en demeurera le fait le plus important. On en parlait depuis plusieurs années, mais diverses circonstances fâcheuses en faisaient toujours retarder la célébration, quand enfin on décida de le faire coïncider avec le centenaire de l’érection de la Mission ; la date en fut fixée au mois de septembre 1931, du 13 au 26. Les Supérieurs des cinq Missions de la Province ecclésiastique, Séoul, Taïkou, Ouensan et Hpyeng-Yang en Corée propre, et Yenki en territoire chinois peuplé surtout d’immigrés coréens avaient eu auparavant deux réunions préparatoires, en décembre et en mars, en vue de déterminer le programme des travaux. Chacune d’eux était accompagnée de trois conseillers ; les séances eurent lieu sous la présidence de S. Exc. Mgr Mooney, Délégué Apostolique du Japon, qui avait avec lui son secrétaire et un canoniste. Les cérémonies n’eurent rien de très spécial, trois furent solennelles : l’ouverture, le service funèbre pour les Ordinaires de Corée décédés, la clôture. Le reste du temps, congrégations générales ou particulières deux fois par jour, matin et soir.
« La tenue du Concilé fut suivie de la célébration du centenaire ; elle fut des plus modestes, notre condition ne nous permettant pas de dépenses inutiles. On voulait seulement faire connaître notre présence ici depuis cent ans, dans le but, toujours le même, de propager le catholicisme et de favoriser par là le bien des âmes. Les buts de notre Société, nos méthodes de travail et de propagande, la vie des missionnaires au milieu de leurs fidèles, notre espoir d’établir des diocèses indigènes, tout cela fut brillamment développé par S. Exc. Mgr Demange en deux conférences publiques données dans les deux plus grandes salles de la ville, l’une devant un auditoire coréen de plus de 3.000 personnes, dont au moins la moitié n’étaient pas chrétiennes, l’autre devant un auditoire japonais, en majorité païen, d’un millier de personnes environ. Le résultat immédiat fut que tous les journaux locaux donnèrent des articles sur les diverses manifestations de notre centenaire, précédés d’un résumé de l’histoire du catholicisme en Corée : on y sentait une sympathie visible. Attendons les résultats éloignés.
« Il y a un solide motif d’espérance à voir la considération accordée à l’Eglise par le monde païen, alors qu’elle n’a rien, en dehors de son côté spirituel, pour s’imposer à lui. Aujourd’hui que tout se pèse au point de vue de l’utilité sociale, on apprécie surtout les œuvres extérieures, dans lesquelles nous sommes dépassés depuis longtemps par d’autres société religieuses venues bien après nous. Le directeur d’un grand journal de Séoul, venu saluer la Mission le jour de la célébration du centenaire, a dans un discours public appelé l’Eglise une institution d’utilité publique, car, disait-il, une religion qui enseigne à bien vivre, ne peut être que très avantageuse à la société tout entière. A-t-on vraiment compris le côté spirituel de notre religion ? Quoi qu’il en soit, nous voudrions montrer à tous que l’Eglise ne se désintéresse d’aucune question d’intérêt général, et il semble bien que l’on viendrait à nous avec plus d’empressement si nous étions en mesure d’établir des œuvres sérieuses sur une plus grande échelle. En attendant nous accomplirons le bien suivant nos possibilités actuelles, tout en priant pour que l’heure de Dieu vienne enfin pour la Corée tout entière.
« Je ne ferai que noter en passant la difficulté supplémentaire qui vient s’ajouter à toutes les autres du fait que nous sommes ici colonie japonaise. Jamais certes nous n’avons songé à nous mêler de questions politiques, mais que de susceptibilités à ménager de part et d’autres ! Ceux-ci nous reprocheraient facilement de prendre parti pour ceux-là, qui à leur tour soupçonneraient tout aussi facilement le contraire. Non, l’Eglise est simplement le parti de l’ordre, sans lequel il est impossible de travailler au salut des âmes : voilà notre plan politique.
« De la Mission de Séoul durant cet exercice 1930-1931, on peut bien dire ce qu’écrit le Provicaire de la Mission en tête de sa relation : « D’une année à l’autre il y a si peu de « changement d’ans l’état de la paroisse que vraiment on ne sait que dire dans un compte « rendu annuel. » Il faut pourtant noter l’aggravation de la misère ; tous les confrères insistent avec tristesse sur la condition misérable de leurs chrétiens, et moi-même j’ai parlé les années précédentes de ce fléau.
« En dépit des difficultés économiques, M. Bouillon a bâti une grande et belle église. Il raconte avec émotion ses débuts de jadis dans sa chambre-chapelle de sept mètres carrés, où l’on se tenait à peine debout, dans une affreuse gorge de montagne qu’on appelait le « trou du « hibou » ; puis son désir de s’installer en plein air, au grand soleil, puis son choix de la « colline des roses », où il vint s’installer en 1896 avec son seul servant de messe comme chrétienté, la construction en 1903 de la première chapelle dédiée à Notre-Dame-du-Rosaire, chapelle qui pouvait contenir 500 personnes alors que les fidèles étaient une quarantaine seulement. « Si la bonne Mère, disait-il alors, emplit ma maison, je pourrai chanter mon « Nunc dimittis ». Et la chapelle devint trop étroite, le troupeau s’était accru et montait à un millier de fidèles. Il fallait donc penser à une nouvelle église, plus grande et plus belle. Avec ses colonnes de granit, ses trois autels, ses vastes et élégantes proportions, cette église est sans nul doute un des plus beaux monuments de la province. La cérémonie de la bénédiction fut l’occasion d’une belle manifestation de sympathie à l’égard de l’Eglise catholique et de son représentant dans le district, de la part de la population même païenne. Le jour où tous ceux qui l’ont visitée à cette occasion seront de pieux fidèles, cette nouvelle église sera loin de suffire, et notre confrère n’aura qu’à recommencer.
« Notre doyen M. Curlier s’étend longuement sur un cas très curieux d’obsession diabolique dont la victime était une pauvre jeune femme de son voisinage. Cette terrible épreuve fut pour elle une cause de salut : ayant entendu dire que l’Eglise catholique avait le pouvoir de chasser le démon, elle voulut se faire chrétienne, étudia la doctrine, reçut le baptême, et depuis ce temps elle est parfaitement délivrée des mille et une tracasseries quotidiennes dont la poursuivait le « malin ». Les « signes », suivant saint Paul, sont en faveur des incroyants ; dans le cas présent, les incroyants de la région ont pu se rendre compte qu’une force existe, supérieure à celle du démon ; malheureusement « non omnes credunt Evangelio » !
« Il y aurait bien des points intéressants et édifiants à noter dans les rapports de certains districts et, en faisant la balance du bien et du mal, je crois qu’elle ne serait pas favorable à celui-ci.
« Je dois dire deux mots de la visite pastorale que je fis à l’automne dans la pittoresque province du Kang-ouen-to. Parti le 3 novembre, je ne fus de retour que le 8 décembre, après un mois d’enchantement. C’était la première fois que je voyais cette région, tout m’y plut, pays et gens. J’ai rencontré onze postes sur ma route, tous tenus par des prêtres indigènes, à l’exception d’un seul qui manque encore de titulaire. Les habitants sont plus simples qu’ailleurs, moins déformés, donc plus près de Dieu ; quoique plus pauvres que leurs compatriotes des autres provinces, ils ne paraissent pas plus malheureux. Des onze postes que j’ai visités, quatre seulement sont de fondation un peu ancienne et sérieusement établis ; les autres n’ont qu’une installation provisoire et demandent des améliorations. Il y a encore dans ces parages des chrétientés fort éloignées de la résidence du prêtre, même d’une distance de 250 lys ; ce sont probablement les chrétiens les plus isolés de toute notre Mission, et l’on ne voit pas le moyen d’améliorer d’ici longtemps cette situation.
« L’exercice qui vient de se clore nous a donné dix nouveaux prêtres ; deux d’entre eux appartenant à la Mission de Hpyeng-Yan, ils nous ont quittés pour aller se mettre à la disposition de Mgr Morris. Des huit autres, deux enseignent le latin au Petit Séminaire, tout en continuant leurs études en particulier, et les six autres ont été donnés comme auxiliaires aux pasteurs des paroisses particulièrement importantes.
« Le compte rendu de l’an dernier annonçait la construction de la chapelle des Sœurs de Saint-Paul de Chartres : bénédiction et inauguration ont eu lieu le jour de la Toussaint. Deux postulantes ont reçu le brevet de l’Ecole Normale, mais cette année, une seule réussit l’examen d’admission ; une par an, c’est peu, et peut-on même espérer une par an ?
« Des circonstances fâcheuses ont contraint à retirer les Sœurs de deux petites écoles de province ; mais, en attendant leur rétablissement, on a ouvert une maison nouvelle à Eun-Ryoul, dans le Vicariat forain, qui en avait déjà deux, l’une à Tjyang-Yen, l’autre à Mai-hoa-Tong. Partout on est content des Sœurs coréennes, de leur dévouement, de leur manière de tenir les enfants ; mais les règlements scolaires sont impitoyables quand ils sont appliqués à la lettre ; or sans brevet on n’a pas le droit d’enseigner, eût-on par ailleurs toutes les autres qualités : ici encore attendons ! De cette œuvre des Sœurs, comme de nos écoles, de nos Séminaires et de nos postes même, nous pouvons dire qu’il y a quelques réalisations et beaucoup d’espérances.»



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