| Année: |
1931 |
| Pays: |
Corée du Sud |
| Mission: |
Taikou |
| Rédacteur: | Mgr Demange |
II. — Taikou.
Population catholique 38.799
Baptêmes d’adultes 1.333
Baptêmes d’enfants de païens 1.468
Conversions d’hérétiques 23
« Je suis rentré à Taikou, nous écrit Mgr Demange, au début de novembre 1930, après une absence de près de deux ans et demi. Cette épreuve m’a paru bien longue ; elle a cependant été un bienfait à un double point de vue : d’abord elle m’a rendu parfaite une santé qui à un moment semblait définitivement compromise et paraît de nouveau équilibrée aux diverses nécessités de ma charge ; ensuite elle a mis à même le Provicaire et les membres du Conseil de prendre à l’administration de la Mission une part plus grande. Je n’ai eu garde de laisser tomber une habitude ainsi providentiellement acquise.
« Presque au lendemain de mon retour, j’ai constitué la Curie diocésaine, qui, en dehors de l’officialité qui existait depuis dix ans, comprend la Chancellerie, la Secrétairerie, la Commission des Séminaires et le Conseil de vigilance doctrinale. Un travail de détail qui, précédemment était fait en grande partie, sinon en presque totalité, par le Vicaire Apostolique, préoccupé d’économiser un personnel trop restreint, se trouve réparti sur plusieurs confrères, missionnaires et indigènes, avec l’avantage de laisser à L’Evêque une plus grande liberté d’esprit et de perfectionner incontestablement ce travail.
« Cette initiative avait été précédée d’une autre, pour la solution d’une question qui me préoccupait depuis de longues années et avait fait l’objet de bien des réflexions pendant mon repos forcé, la question des études séculières de nos séminaristes. Je crois pouvoir dire que, au point de vue des études ecclésiastiques, le Séminaire de Taikou laisse peu à désirer. Mais pour les études séculières, la formation du Petit Séminaire n’était pas, comme en Europe, la même que celle des écoles secondaires du pays ; bien que, comme science réelle, nos séminaristes ne fussent pas inférieurs aux étudiants de leur âge, il leur manquait d’avoir suivi les programmes des écoles secondaires officielles, dans lesquelles l’enseignement se donne surtout en japonais ; il leur manquait surtout le diplôme officiel qui couronne ces études et ici compte au moins autant que la science réelle.
« Après mûre considération, ayant dûment pesé les avantages et les inconvénients des différents systèmes possibles, je parvins à cette conviction que la seule solution satisfaisante était de faire les deux études en même temps et dans un établissement catholique, le latin étant d’abord restreint, quitte à suppléer plus tard.
« La Mission voisine de Séoul avait commencé dans cette voie, avec hésitation toutefois, envoyant ses petits séminaristes suivre les cours de l’école secondaire de la Mission, les logeant dans l’ancien couvent des PP. Bénédictins qui devenait insuffisant même pour la seule Mission de Séoul, avec l’inconvénient de mêler, pour les cours, les séminaristes aux élèves, en grande majorité païens, de l’école secondaire.
« Après mon retour, je me rendis à Séoul, et, malgré des difficultés, d’ordre matériel surtout, Mgr Mutel et Mgr Larribeau consentirent à la création d’un Petit Séminaire régional, bâti sur le même terrain que l’école secondaire, où les petits séminaristes non seulement seraient logés, mais encore recevraient, suivant les programmes et auprès des maîtres de l’école secondaire, la même instruction que les autres élèves, auxquels ils ne seraient mêlés qu’exceptionnellement. Le Petit Séminaire est en construction ; d’avril, époque de l’ouverture des cours, à la fin de juillet, les élèves de Taikou ont dû commencer, à Taikou même, et en septembre seulement, ils pourront être reçus dans les locaux de Séoul. Inutile de dire combien cette construction grève les budgets des deux Missions, et on n’aurait pu raisonnablement la commencer si l’on n’avait l’espoir fondé que l’Œuvre de Saint-Pierre Apôtre nous aidera à nous dégager de nos dettes.
« Voici comment les choses se passeront désormais : nos futurs élèves du Petit Séminaire passent à la section préparatoire du Séminaire de Taikou la 5e et la 6e année d’école primaire, que termine le certificat d’études. Ce séjour ici est exigé, et pour égaliser les études qui ne sont pas, tant s’en faut, de même force dans toutes les écoles primaires officielles, et pour connaître les probabilités de vocation de ces jeunes gens que nous ne reverrons qu’après leurs études secondaires. Ils entrent alors à Séoul, où cinq ans d’études leur procurent le diplôme analogue au baccalauréat français, qui permet de se présenter aux Universités. Pendant ces cinq ans, ils font chaque jour deux heures de latin. Au retour de Séoul, ils seront, au Séminaire de Taikou, un an et demi à la section préparatoire à la philosophie, où ils feront du latin, uniquement et intensément, avant de commencer les six années de Grand Séminaire.
« On espère que, avec les deux heures quotidiennes pendant cinq ans et les dix-huit mois entiers de latin, étant donné surtout que l’étude du français et de l’anglais, qui font partie du programme de l’école secondaire, les aura entraînés à l’étude des langues, nos futurs prêtres ne seront pas inférieurs à leurs aînés, qui ont une réputation méritée de bien posséder la langue de l’Eglise.
« Ce système, outre qu’il mettra tous nos prêtres à un niveau social que l’on ne trouve pas partout, est appelé, par les rentrées annuelles, à intensifier le recrutement. Toutes choses bien établies, et le système fonctionnant complètement, je crois que, dans une quinzaine d’années, on pourra compter à Taikou sur une moyenne de dix prêtres par an.
« Au point de vue des ressources que le fonctionnement de ce système exigera, humainement parlant, c’est une imprudence de le mettre en train ; mais la Providence, par les
événements, nous ayant conduits à l’établir, se doit de ne pas nous laisser dans l’embarras, sinon dans les soucis. Ce sont, en effet, les besoins de chaque endroit qui indiquent la volonté de Dieu, et non des considérations a priori . Un Grand Séminaire unique est contre-indiqué en Corée, où ne sévit pas la pénurie du recrutement , maladie dont le Grand Séminaire est le remède spécifique ; en revanche, nous sommes malades au point de vue de la formation secondaire de notre clergé indigène, et c’est ce qui nous a fait comprendre que le Petit Séminaire régional s’imposait.
« Il est une chose qui ne dépend pas de nous non plus, ni même de nos ressources : c’est la santé. Pendant mon absence, dix tombes se sont creusées dans la Mission, celles de deux missionnaires, de deux prêtres indigènes n’ayant que quatre ans de sacerdoce, de deux sous-diacres, et de quatre religieuses. Cette année, comme l’an dernier, il a fallu licencier pendant plus d’un mois le Séminaire, à cause de ce terrible béribéri contre lequel, malgré les consultations et les recherches scientifiques, malgré l’adoption des régimes préconisés, nous restons désarmés.
« Par ailleurs, à la suite de l’ordination de Noël le nombre des prêtres indigènes ayant été porté, malgré les morts, à 29, il est rare que l’un ou l’autre, missionnaire ou prêtre indigène, ne soit pas en traitement, et les locaux dont nous disposions depuis les débuts modestes de la Mission ne suffisent plus à hospitaliser malades ou visiteurs. Ce que j’ai moi-même souffert pendant un séjour d’un mois à l’hôpital indigène de Taikou avant d’être envoyé en France, m’avait fait décider d’appliquer les premières ressources dont je pourrais disposer à la construction d’une infirmerie pour le personnel de la Mission. Cet établissement est presque terminé : il se compose de deux bâtiments, l’infirmerie proprement dite réservée aux malades alités, et une annexe pour ceux qui n’ont pas besoin de soins à la chambre et ceux qui ne demandent qu’un logement pour se reposer. L’infirmerie proprement dite est située dans le terrain du couvent, à l’entrée et séparée de la communauté. Une Sœur française infirmière que la communauté de Saint-Paul a bien voulu nous envoyer pour cela, en a la direction, aidée autant que ce sera nécessaire par les religieuses indigènes. L’annexe est dans le terrain de l’Evêché, tout près de celui-ci et à l’entrée du parc, assez grand pour que l’on soit chez soi, loin des bruits de la ville.
« Je remercie du fond du cœur la Société de l’aide qu’elle m’a donnée pour cet établissement nécessaire que j’ai pu réaliser mieux que je n’osais espérer, grâce à la baisse actuelle du prix des matériaux. Une autre générosité m’a permis de compléter la réalisation de mes désirs concernant la santé des ouvriers apostoliques en adjoignant aux établissements du poste de Masanpo, au bord de la mer, une maison de repos terminée au début de l’été, qu’ont déjà appréciée ceux qu’anémient et fatiguent les chaleurs déprimantes de cette saison en Corée et en particulier à Taikou, qui tient le record au thermomètre.
« Enfin mon retour m’a permis la création du Vicariat forain qui serait une affaire faite depuis 1929 si j’avais été ici pour faire l’ordination des sept nouveaux prêtres. Cette division a été réalisée à la dernière retraite des prêtres indigènes. Il s’agit en effet d’une vraie division : je ne garde sur cette partie de la Mission, qui comprend la moitié de son territoire, qu’un droit de regard, laissant le plus de responsabilité possible et aussi d’autorité au P. Kim ; de lui dépendent les 14 prêtres indigènes qui avec lui ont charge des 17.527 fidèles répartis en 16 districts, 190 stations, avec 36 églises ou chapelles. Le 18 juin dernier, j’ai fait dans cette région un voyage qui vraisemblablement sera mon dernier, pour y consacrer la future cathédrale, une des plus belles églises de toute la Corée, que Tjyen-tjyou doit au regretté M. Baudounet. J’espère que le noviciat que constitue le Vicariat forain ne sera pas de longue durée, et que les certitudes acquises au triple point de vue de l’autorité du Supérieur indigène, de la discipline de son clergé, et de l’aptitude pour l’administration temporelle, permettront au Saint-Siège de détacher le fruit mûr et de donner l’autonomie aux deux provinces occidentales de la Mission actuelle.
« La communauté des Sœurs de Saint-Paul de Chartres continue à prospérer. Le noviciat ouvert après mon précédent voyage en Europe donne ses fruits : des 33 novices ou postulantes, deux postulantes prendront l’habit et six feront profession dans quelques jours, le 31 août. Un bon nombre de postulantes seraient déjà novices si leur vêture ne devait être retardé jusqu’à la fin de leurs études à l’école supérieure japonaise de Taikou. Dès maintenant le niveau d’études au noviciat est assez élevé, et M. Anchen peut y faire régulièrement en japonais le cours supérieur de religion, mais il nous faut des brevets pour utiliser 1es religieuses dans les écoles, et il faut que ces brevets soient obtenus avant le noviciat proprement dit.
« Ici encore, comme au Séminaire, la grosse croix vient des santés. M. Mousset avait envoyé l’an dernier à l’Université de Tôkyô deux postulantes, et il en a adjoint une autre cette année, jetant les fondements d’une future école secondaire des Sœurs à Taikou. Une des deux premières, après un examen brillant, avait été admise à l’Ecole Normale supérieure de Nara ; c’était la première Coréenne à y être reçue, et ce n’est pas sans fierté, que les journaux locaux publièrent le fait, sans oublier de dire qu’elle appartenait à la Mission Catholique. Aux vacances d’été elle nous est revenue tellement prise de la poitrine que toute étude lui est désormais interdite. La seconde, pour la même maladie, est condamnée à six mois de repos absolu.
« J’ai sous les yeux les rapports des missionnaires et prêtres indigènes travaillant dans les 35 districts de la Mission. Le district japonais confié à M. Anchen, n’a pu fournir encore de rapport, mais le nouveau missionnaire a déjà visité deux fois ses 442 fidèles dispersés dans tout le Vicariat.
« La note générale des rapports demeure clairement optimiste ; qu’il me suffise de faire quelques constatations générales.
« Partout nous luttons, pour les écoles, contre les difficultés qui vraisemblablement ne feront qu’augmenter. Comme le disait dans une brochure récente Mgr Hayasaka, évêque de Nakasaki, dont la compétence et la nationalité rendent les conclusions particulièrement suggestives, les difficultés de conversion au Japon viennent, non de la mentalité japonaise, mais du système adopté par le Gouvernement comme un dogme : il faut façonner le cerveau de tout Japonais dans le shintoïsme, et pour cela, former tous les cerveaux dans l’école primaire officielle.
« En Corée, vu l’impossibilité où l’on est d’avoir, jusqu’ici, des écoles primaires officielles en nombre suffisant, on tolère les écoles privées, mais cette tolérance est soumise à des exigences telles que pratiquement leur maintien est un tour de force. Ce tour de force, nous ne pouvons le faire qu’au centre de la Mission, où nos deux écoles reconnues du Gouvernement, sont maintenues à tout prix ; elles tiennent leur rang avec honneur ; pour celle des filles, on peut dire plus, et il n’est pas rare que les inspecteurs japonais envoient les directeurs des écoles mêmes du Gouvernement y prendre exemple. Le succès de cette école est dû à la direction de M. Mousset et à l’instruction donnée par les Sœurs coréennes de Saint-Paul de Chartres. Le premier n’épargne rien pour cette école, et les Sœurs y donnent leur plein rendement. M. Mousset vient de prendre encore la direction de l’école maternelle, également reconnue par le Gouvernement et donc soumise, même pour la formation des tout petits, aux exigences de diplômes chez les maîtresses et d’installations matérielles qui paraîtraient ailleurs exagérées.
« M. Peschel, qui a succédé comme curé de la cathédrale au vénéré M. Vermorel, que 1’âge oblige à se restreindre à l’aumônerie du couvent, lui a aussi succédé comme directeur de l’école des garçons. Il a la haute surveillance de l’école du soir, dont la réputation est sans égale dans la ville.
« Dans les districts, on s’efforce de tirer de la tolérance tout ce qu’elle permet, c’est-à-dire que tout est précaire et limité en grande partie à la bonne volonté des officiels locaux. C’est ce qui explique des nombres relativement disproportionnés : 83 écoles pour un total de 3.122 élèves.
« On a suggéré que, au Concile de septembre prochain, une démarche collective des cinq Ordinaires de la Corée soit faite auprès du Gouvernement Général en vue d’obtenir une reconnaissance légale des écoles qu’on est convenu d’appeler « paroissiales ». Si, en effet, un statut légal était donné à ces écoles, plus modestes, mais d’une l’utilité réelle et suffisante pour la plupart des enfants du peuple, il nous serait facile d’en établir un peu partout, ce qui serait utile non seulement à la Religion, mais à l’instruction en général, grande majorité des petits Coréens n’étant pas à proximité des écoles officielles. Mais il semble assez douteux que les autorités admettent une conception de la question scolaire autre que la suivante : « Ou des palais scolaires avec tous les programmes, ou rien. »
« Une des questions qui retiendra sans doute aussi l’attention du Concile régional, à propos de l’Action catholique, est celle des Sociétés de jeunes gens. Y-a-t-il lieu de faire une grande fédération de la jeunesse catholique de Corée ? Si je fais appel à mon expérience de vingt années dans une question dont je me suis personnellement occupé, je dirai que les Sociétés qui sont les plus viables sont les Sociétés particulières, paroissiales, étant données la mentalité si changeante de nos jeunes gens et leur tendance à se rendre indépendants de la direction du prêtre. Pendant dix ans j’ai rêvé de faire de la jeunesse catholique de Taikou, que je dirigeais moi-même, le centre d’une fédération embrassant tous les districts ; c’eût exposer toutes les Sociétés aux fluctuations qui se produisent partout, mais avec un moindre inconvénient quand elles ne touchent pas à la fois tous les groupements, et en fait, quand ils sont indépendants, ils ne sont pas touchés en même temps. Actuellement des Sociétés existent dans la plupart des districts et donnent satisfaction. Elles ne sont pas, du reste, sans lien : le journal mensuel, assez bien rédigé et illustré, publié par la Jeunesse catholique de Taikou, est ce lien. Il est répandu partout, sans que la régularité des abonnés à en solder le prix ait la même universalité, et la petite barque qui vogue depuis cinq ans, malgré la bonne volonté des rameurs, fait eau périodiquement.
« Je viens de parler d’expérience en matière d’œuvres de jeunesse ; est-il besoin de dire qu’en toutes choses, dans des pays si divers que ceux des Missions, même les plus belles et les mieux étudiées des théories ne sauraient la mépriser ; et cette considération est peut-être l’explication de l’incompréhension qui existe entre certains promoteurs zélés de l’Œuvre missionnaire et les ouvriers apostoliques dont le zèle assurément n’est pas moindre. Que l’expérience modifie nécessairement notre manière d’agir si nous voulons aboutir, parce que les gens et les choses ne se plient pas à nos plans et que ce sont nos plans qui doivent s’adapter à eux, j’en ai un nouvel exemple dans l’Œuvre des catéchistes prédicants.
« Quand, en 1922, je commençai dans cette Mission l’Œuvre des catéchistes, je dus faire de l’a priori, aucun précédent n’existant. L’organisation pour laquelle je pris de nombreux conseils, spécialement auprès du clergé indigène, était bien montée ; je dus, après deux ans de mise en action, l’abandonner. Le salaire uniforme me donnait des gens peu nombreux, à mentalité de fonctionnaires, dont le rendement, vu les différences de situation et d’opportunité, tendait à s’uniformiser par en bas, vers le minimum. Deux catéchistes seuls étaient placés dans des circonstances telles qu’un travail continu de toute l’année était possible et justifiait un entretien familial complet ; je les conservai, mais pour les autres, je m’en remis aux missionnaires des districts pour faire face à des situations très différentes ; ils étaient invités à me proposer, avec l’indication des besoins, les catéchistes, hommes ou femmes, pris parmi leurs chrétiens, dont ils pouvaient espérer un concours sérieux ; ils proposaient eux-mêmes le salaire proportionné aux conditions locales et personnelles, salaire que j’accorde selon ces données et le travail effectif qui fait l’objet d’un rapport détaillé et précis.
« Depuis six ans, les résultats sont excellents. Le mouvement des conversions a été en augmentant, des régions non encore attaquées sont ouvertes, et l’unanimité est faite sur l’importance, mieux, la nécessité de cette œuvre des catéchistes qui au début rencontrait chez quelques-uns un assez fort scepticisme. Tous les prêtres missionnants demandent instamment des catéchistes. Je voudrais avoir au moins un catéchiste homme et une catéchiste femme par district, ce qui en porterait le nombre à 70. J’en ai établi six de plus que l’an dernier.
« Plusieurs rapports de cette année signalent un fait que je qualifierai de nouveauté, au risque d’étonner certaines personnes qui voient de loin les Missions et croient que les missionnaires n’ont qu’à se présenter pour voir les infidèles se précipiter vers la lumière. Un assez grand nombre de païens se préoccupent de la nécessité d’une religion. Ceux qui, comme les premiers chrétiens de la Corée cherchent d’eux-mêmes la Vérité, sont rares, encore plus rares depuis que, la vie se compliquant dans ce pays, les Coréens sont submergés dans des préoccupations d’un tout autre ordre. L’excès de ces préoccupations est-il la cause qui fait rechercher une religion comme un remède ? Peut-être ; quoiqu’il en soit, le fait existe et est nouveau. Ceux qui veulent une religion se rallieront à n’importe laquelle, pourvu du moins qu’elle puisse satisfaire certains besoins qui ne peuvent se satisfaire ailleurs. Il y a là des dispositions que nous pourrions utiliser pour le salut de beaucoup si, comme le propose un prêtre indigène, nous étions en mesure de multiplier les chapelles et les catéchistes, sinon, comme le dit le même prêtre, il y a tout à craindre que l’hérésie, qui, elle, ne connaît pas nos restrictions, ne détourne à son profit un mouvement si intéressant.
« Pour ce qui regarde la ferveur des chrétiens, tous les rapports sont consolants, et les inévitables ombres à ce tableau sont de petites dimensions. C’est toujours une ombre que cette
apathie des vieux chrétiens pour la conversion des infidèles, mais peu à peu l’esprit de prosélytisme des nouveaux districts influence les autres.
« La misère n’est pas une nouveauté, et voici quelque chose qui paraît paradoxal : après deux années de sécheresse et par suite de famine, la dernière récolte a été très satisfaisante ; or tout le monde le constate, la misère n’est pas moindre ; par suite de l’abondance du riz, le prix a baissé de moitié ; mais les impôts d’une part, de l’autre les dettes contractées au printemps par la plupart des cultivateurs et calculées sur le prix du riz à cette époque ont dépassé pour beaucoup le revenu de la récolte. Autrefois on faisait des dettes, mais on les payait en nature, et l’argent liquide ne comptait guère. Les lois sur l’usure existent, mais ne sont appliquées nulle part ; les impôts, eux, sont exigés, cela va de soi ; de sorte que l’on constate que, à certains points de vue, une civilisation à mi-route est plus dure aux pauvres gens que l’absence de civilisation. Nous avons cru devoir, pour plus de sécurité, mettre nos fonds du Séminaire, ainsi que le petit capital de la Mission, en rizières : il va de soi que, le revenu étant inférieur d’au moins 50 %, nous nous classons parmi ces pauvres gens.
« En temps ordinaire, semblable pauvreté poussait en plus grand nombre les émigrants coréens au Japon, mais cette année, le chômage sévit au pays du Soleil Levant, et naturellement les Coréens sont les premiers remerciés. Dans un voyage récent à Tôkyô, j’ai été à même de voir combien précaire était la situation de nos catholiques émigrés au Japon. Cependant, Dieu merci, comme l’a constaté M. Julien dans sa tournée annuelle auprès d’eux, la plupart restent fervents, encouragés, du reste, et par les missionnaires du Japon et par la sympathie des catholiques japonais, pour qui la fraternité chrétienne n’est pas un vain mot.
« Il nous a été donné de faire également quelque chose, cette année, pour les chrétiens coréens émigrés à Shanghai. Un de mes meilleurs prêtres indigènes, M. André Ri, était condamné par les médecins japonais ; j’essayai de le faire soigner par un médecin français à l’hôpital Sainte-Marie à Shanghai. Grâce aux bons soins du docteur, des Sœurs, et aussi à l’amabilité de nos confrères procureurs, à qui j’exprime ici toute ma gratitude, il nous est revenu après un séjour de six semaines, non seulement hors de danger, mais en état de travailler, et avec la certitude morale de la guérison complète, qui ne peut se réaliser qu’après un temps assez long. Or, sa présence à Shanghai a fait paraître un grand nombre de catholiques qui, avec ceux qui sont connus des PP. Jésuites, ont profité du ministère de leur compatriote et ont regretté son départ.
« On prépare activement dans les cinq Missions de la Corée, la célébration du centenaire de l’érection de cette partie de l’Extrême-Asie en Vicariat Apostolique. Le concile régional, présidé par S. Exc. le Délégué Apostolique, du 13 au 25 septembre, la précédera. Grâce aux efforts communs, cet événement sera connu même des infidèles ; puisse-t-il les diriger vers Dieu ! En tout cas, bien peu parmi les 110.000 catholiques actuels resteront insensibles aux leçons de ce premier siècle d’histoire de leur Eglise, et tous se sentiront fortifiés en constatant comment la grâce triomphe des persécutions, de la pauvreté et des obstacles de toutes sortes suscités par l’ennemi des âmes, qui n’en doit pas moins reculer pas à pas. Puisse le centenaire suivant voir réduite au minimum son emprise sur l’ancien Royaume Ermite ! »
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