| Année: |
1932 |
| Pays: |
Corée du Sud |
| Mission: |
Séoul |
| Rédacteur: | Mgr Larribeau |
CHAPITRE II
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GROUPE DES MISSIONS DE CORÉE
ET DE MANDCHOURIE
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I. ─ Séoul.
Population catholique 54.303
Baptêmes d’adultes 1.719
Baptêmes d’enfants de païens 3.860
Conversions d’hérétiques 32
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Dans son intéressant et long compte rendu, Mgr Larribeau constate tout d’abord qu’à la suite du Concile national de l’an dernier, les trois Sociétés de nationalités différentes, qui évangélisent actuellement la Corée, se sont mises en parfait accord pour garder une complète uniformité dans toutes les pratiques usuelles de la religion, au point qu’en plus des Canons de ce dernier Concile récemment approuvés par Rome, elles ont rédigé un Directoire, commun pour les cinq Missions ; résultat d’une portée considérable dans un pays où les chrétiens passent si facilement d’un Vicariat Apostolique dans un autre.
Parmi les réalisations de l’année Son Excellence signale en outre et avec une grande joie l’achèvement des constructions du petit Séminaire désormais suffisant pour 250 élèves, grâce à un généreux secours de l’Œuvre de Saint-Pierre Apôtre. Il était indispensable de préparer des locaux pour ce nombre d’étudiants maintenant qu’à côté des séminaristes de Séoul, les Missions de Taikou et de Hpyengyang y envoient également les leurs pour y faire leurs études secondaires.
Le grand séminaire aurait bientôt besoin lui aussi d’un nouvel aménagement et d’un renforcement du personnel ; les frais qu’entraîneront fatalement les modifications en vue ne seront pas sans causer un certain détriment au soutien des autres œuvres, mais Monseigneur le Coadjuteur est décidé à tous les sacrifices pour assurer le développement du clergé indigène dont la formation demeure la tâche essentielle de la Société.
Mgr Larribeau rappelle le passage de Monseigneur le Supérieur Général à Séoul. « Cette visite, écrit-il, a été un réel bienfait pour notre Mission en général et chaque missionnaire en particulier, non seulement par les conseils et les enseignements que Son Excellence a si libéralement distribués dans ses instructions, mais encore et surtout par l’exemple laissé à tous de son grand zèle pour la plus grande gloire de Dieu et de son vif amour pour la Société. Après l’avoir entendu on se sentait vraiment un peu plus missionnaire et, si l’on peut dire, davantage attaché aux Missions-Etrangères. »
Mgr Larribeau nous parle ensuite de l’état actuel du Vicariat Apostolique de Séoul : « Il comprend, dit-il, cinq provinces, celles du centre de la Corée ; les quatre provinces du sud formant le Vicariat de Taikou et les quatre du nord étant divisées par parties égales entre les Bénédictins de Sainte-Odile et les Pères de Maryknoll. La population de nos cinq provinces est un peu moindre que celle des quatre provinces méridionales, mais bien supérieure en nombre à celle des quatre provinces du nord ; si maintenant l’on compare nos cinq provinces entre elles, la province de Séoul tient le premier rang tant pour la population totale que pour le chiffre de chrétiens : 2.157.413 pour l’une, d’après le dernier recensement officiel du 1er octobre 1930, et 21.537 pour l’autre, au 1er mai 1932. Tout le territoire de la Mission est divisé pour le moment en 14 districts administrés chacun par un prêtre ; six d’entre eux sont secondés par un vicaire. Des quatorze résidences, huit se trouvent dans les villes, et six autres dans des villages ; l’installation n’est complète qu’en cinq endroits des neuf autres, trois sont dans un état tout à fait précaire.
« A. Séoul même il y a trois églises, la cathédrale, l’église Saint-Benoît intra muros, et Saint-Joseph dans le faubourg. Cette dernière paroisse surtout s’accroît tous les ans d’un nombre considérable de chrétiens de la campagne, trop pauvres pour vivre chez eux et qui viennent à la ville pour y trouver un gagne-pain. Aussi l’église est-elle trop petite pour contenir tout ce monde, il devient donc urgent de créer un nouveau centre religieux extra muros ; mais les terrains sont d’un prix très élevé et l’on ne peut guère compter sur l’aide des chrétiens trop peu fortunés pour les acheter. Il nous faut tout faire avec nos faibles ressources, et forcément les choses ne vont pas vite. Ainsi pour fonder ce nouveau poste, indispensable dans les environs immédiats de Séoul, on achètera d’abord un terrain, puis suivant les possibilités, sans doute après plusieurs années, on bâtira l’église, ensuite ses dépendances. Ces difficultés ne nous découragent pas cependant si l’on n’avance pas rapidement, on avance tout de même tous les ans il s’élève quelque nouvelle construction dans la Mission, ici une église, là un presbytère, ailleurs une école ou une salle de réunion.
« Pour ne parler que de cette année, à côté de la cathédrale, chez les Sœurs de Saint-Paul, nous avons installé une crèche, l’orphelinat ayant été rebâti en 1925 ; l’église Saint-Benoît ouverte au culte en 1928, a été dotée d’un clocher ; à Lyou-ouen, M. Polly a construit une église, mais chez lui tout le reste est à faire ; et partout il en va ainsi, une chose après l’autre ; quand on a fait un sérieux effort sur un point les moyens font défaut pour parer, même au nécessaire ailleurs, et voilà pourquoi aucun travail important n’a pu être exécuté dans les autres provinces, qui ont vécu sur leurs positions.
« Autour de la province de Séoul, se trouvent les territoires des quatre autres provinces qui lui sont toutes limitrophes. Allons vers le sud et tournons sur notre gauche ; nous rencontrerons d’abord la province de Tchyoung-tchyeng sud. Neuf prêtres en neuf résidences différentes, donnent leurs soins à environ 9.000 catholiques. La densité chrétienne est ici un peu plus faible que dans la province de Séoul, alors qu’elle est là-bas de un pour cent presque exactement, elle n’est plus ici que de un pour cent vingt. Ce sont pour la plupart de vieilles chrétientés formées autrefois par les Martyrs. Mgr Daveluy y fut arrêté en 1866 avec ses deux missionnaires ; la maison où il demeurait existe encore et nous appartient. Des neuf résidences, six sont dans les villes ou à proximité des grands centres et trois en pleine campagne ; quatre ont une installation bien convenable avec église et presbytère ; des cinq autres, l’une a un presbytère mais pas d’église ; ailleurs c’est le contraire, toutes ont besoin d’une aide prochaine, et ce besoin est très urgent pour la ville de Ryei-san, où le missionnaire et même le bon Dieu, sont depuis cinq ans des plus mal logés. La ville de Kong-tjyou, capitale de la province depuis toujours, vient de perdre son titre ; la nouvelle administration a cru nécessaire de l’attribuer à Tai-tyen, grande agglomération auprès de la voie ferrée, à moitié chemin entre Fousan et Séoul et tête de ligne du chemin de fer allant au port de Mokpo. Il y a une résidence dans un des faubourgs de la ville.
« En tournant toujours sur la gauche nous arrivons à la province septentrionale de même nom, le Tchyoung-tchyeng-to nord. C’est la plus petite des cinq ; la plus mal partagée aussi au point de vue religieux ; la proportion y serait de un catholique pour 253 païens ; deux prêtres sont chargés des 3.500 chrétiens qu’on y trouve. Avant longtemps, on espère pouvoir faire un effort sérieux de ce côté.
« Continuant notre marche dans le même sens, nous trouvous le Kang-ouen-to, la province des montagnes. Elle devient de plus en plus célèbre depuis que les Japonais font de la propagande pour la visite des fameuses montagnes de diamant. Les touristes n’en reviennent pas déçus d’ailleurs ; ils s’accordent à en proclamer la beauté pittoresque. La province est coupée en deux parties bien distinctes par une chaîne de montagnes qui va du nord au sud. A l’est des montagnes, il n’y a qu’une étroite bande de terre d’une dizaine de kilomètres, quelquefois moins, en bordure de la mer du Japon, sur une longueur de 400 kilomètres environ. Deux districts très allongés administrés par deux prêtres comptent dix-huit cents chrétiens. Ces deux prêtres sont là un peu comme des exilés, mais bientôt heureusement le chemin de fer de la côte, maintenant en construction, permettra de les visiter soit du sud en partant de Fousan, soit du nord en venant de Ouensan.
« Le reste du territoire, c’est-à-dire « l’Ouest de la montagne » est divisé en sept districts ; les résidences sauf deux sont à la campagne, dans des villages, et trois d’entre elles ont une installation complète qui ferait bonne figure dans n’importe quelle ville. La proportion catholique serait de un pour cent cinquante-cinq païens.
« Enfin notre mouvement à gauche nous amène à la cinquième province, le Hong-hai-to, celle qui fut érigée en vicariat forain en 1928. Ses 8.000 chrétiens y sont divisés en huit districts, administrés chacun par un prêtre quelquefois deux. Des huit résidences, six sont dans des villes, mais leur installation est encore provisoire. On compte dans cette province un catholique sur cent quatre-vingt-huit habitants.
« Maintenant, que pensent de leurs chrétiens les pasteurs qui en ont la charge ? Si vous voulez revenons sur nos pas, refaisant en sens inverse le chemin parcouru. » « Chez les miens, « dit M. Paik Pierre, peu sont fervents et beaucoup indifférents, sans grand zèle pour leur « salut, ni surtout pour l’instruction de leurs enfants. » M. Ri Thomas trouve les siens fidèles à la pratique de leurs devoirs, mais enclins à se laisser abattre par les difficultés. La population païenne estime notre religion mais en trouve les obligations difficiles.
« A Eun-ryoul, chez M. Ri André, presque tous sont bons autour de la résidence, mais dans les chrétientés éloignées beaucoup manquent de ferveur. Dans la région il y a un certain nombre d’infidèles qui voudraient s’instruire ; malheureusement impossible de trouver un catéchiste, pour leur enseigner la doctrine.
« M. Curlier est content de ses chrétiens, de ses religieuses, de son école, en son gros village de Mai-hoa-tong, mais la ville voisine, Anak, n’est pas sans lui donner quelques soucis. Il y a là en effet quelques catéchumènes qui voudraient bien avoir le prêtre avec eux ; aujourd’hui, sans aucun doute, on y installerait le poste, s’il n’était déjà établi ailleurs ; le problème est de ne pas abandonner ce village de plus de 500 chrétiens et en même temps de pourvoir la ville, où il y a beaucoup plus d’espérances pour l’avenir. Le vicaire forain, M. Kim Pierre se préoccupe de cette question, puisse-t-il en trouver bientôt l’heureuse solution !
« La ville de Tyang-yen, où réside le Vicaire forain, a la bonne fortune de posséder un vaste terrain ; mais un plan d’ensemble n’a guère présidé à une heureuse disposition des divers bâtiments qui y sont construits, neuf ou dix, je crois : il en sort de terre un peu partout, tantôt dans un coin, tantôt dans un autre ; maison des Sœurs, des domestiques, des Pères, salles de classe, salle de conférences, même pour des joutes oratoires, auxquelles depuis plusieurs années le Père exerce ses fidèles à tour de rôle. Cela leur a donné une certaine assurance extérieure qui, toutefois, ne les affermit pas nécessairement dans la pratique de leurs devoirs. Pour être parfait chrétien, même après avoir reçu la Confirmation, il faut faire autre chose que des discours. A Koksan et Sinkyei se trouve un groupe de chrétiens que M. Bouyssou pendant une trentaine d’années, a bien formés et disciplinés. Ceux qui en ont actuellement la charge témoignent de leur bon esprit : « Ils sont bons, fervents et bien instruits des choses « de la foi, » écrit à leur sujet M. Ri Joseph ; mais pourquoi faut-il que le Père Joseph Kou ajoute « que leur cœur se porte vers le modernisme et que leur zèle va « diminuant » ? L’esprit nouveau de prétendu progrès est partout en opposition avec la vie chrétienne, et peu à peu il pénètre jusque dans les endroits les plus reculés de nos montagnes. Le modernisme dont parle ce prêtre indigène n’est évidemment pas celui que condamna Pie X, mais il n’en est pas moins pernicieux.
« Avant de quitter définitiment cette province, je tiens à faire remarquer que grâce au zèle du Vicaire forain, l’œuvre des Sœurs de Saint-Paul de Chartres y est plus développée que partout ailleurs : dans quatre postes, Tpyang-yen, Mai-hoa-ri, Eun-ryoul et Sin-tchyen elles tiennent de petites écoles et y instruisent les catéchumènes. Tout le monde est très satisfait de leurs services.
« Le Kang-ouen-to où nous revenons n’a, par contre, aucun établissement de Sœurs en ses neufs stations, bien que plusieurs fois déjà il ait été question d’en ouvrir à Tchyoun-tchyen et à Ryong-syoumak ; mais il fallait une diplômée pour école enfantine ; et l’on n’a pas encore pu la fournir. Notons cependant que quelque religieuses se préparent à obtenir le diplôme qui leur permettra d’entrer bientôt en exercice.
« La note générale donnée invariablement par tous les chefs de districts pour les chrétiens de cette province, est qu’ils sont encore simples, bons et fervents, mais qu’ils ne se préoccupent pas assez de l’instruction de leurs enfants et manquent de zèle pour la conversion des infidèles. Pauvres gens ! c’est à se demander si leur trop grande pauvreté ne doit pas leur servir d’excuse. La grande majorité d’entre eux n’a pas eu de quoi manger l’an dernier, et d’aucuns ont passé l’hiver avec une nourriture invraisemblable, de la paille grillée, pilée, puis préparée en bouillie dans de l’eau chaude ; on ne le croirait pas si on ne l’avait vu. Le Gouvernement a distribué quelques secours à ces populalions en détresse ; Mgr Mutel les a fait également bénéficier d’aumônes reçues de France, mais les nécessiteux étaient trop nombreux pour retirer une aide efficace de ces générosités. Peu cependant sont morts de faim. Des familles entières sont parties, errant de-ci de-là ; c’est ce qui explique sans doute la diminution de quelques centaines de chrétiens sur le chiffre accusé l’an dernier pour toute la région.
« Dans la province voisine du Tchyoung-tcheng-to nord, nous trouvons M. Bouillon qui nous dit : « Le désert a fleuri depuis trente-six ans que je suis installé ici, mais le parterre est « loin d’être complètement garni. L’autre jour j’ai appris une chose assez curieuse ; un jeune « homme païen, habitant de l’autre côté de la rivière, vient chaque matin, à la pointe du jour, « faire son pèlerinage à la croix de la montagne qui domine la contrée et où se fait le reposoir « de la Fête-Dieu. Il a dit à quelques chrétiens qu’il venait prier le Ciel pour les habitants du « pays. Même par mauvais temps, il ne manque pas un seul jour de faire son pèlerinage, et « voilà des mois que cela dure. On m’a assuré que ce jeune homme paraît fort bien équilibré. « ─ Un autre fait aussi tout nouveau : la sécheresse menaçant la récolte, ordre a été donné par « la préfecture d’accomplir dans chaque canton des rites pour demander au Ciel la pluie « bienfaisante. Notre canton a cru qu’on ferait aussi bien de s’adresser au vrai Dieu, et cela « dans l’église même. J’ai été heureux d’accéder à ce désir et dimanche, chrétiens et païens « ont été convoqués pour huit heures. Le maire avec ses adjoints, secrétaires, chefs de « villages, en un mot tous les officiels sont venus. J’ai donc célébré la sainte Messe pour la « nation et spécialement pour la commune, sans manquer l’occasion d’expliquer à mon « auditoire la doctrine du sacrifice et de lui exposer nos devoirs envers Dieu ; en terminant j’ai « souhaité à tous une heureuse prospérité dont chacun devra remercier la bonté divine. Le « surlende-main la Providence nous envoyait la pluie désirée ; en résultera-t-il la conversion « de quelques infidèles ? Espérons-le : en attendant, je suis heureux de voir tomber une « barrière de plus entre nous et l’élément païen. »
« Dans le Tchyong-tchyeng sud, M. Julien Gombert se réjouit de voir augmenter dans son district de Ronsan le nombre des baptêmes à l’article de la mort, tant des adultes que des enfants ; il y trouve avec raison une preuve que ses chrétiens se préoccupent de faire de l’apostolat auprès de leurs compatriotes, il suffirait de quelques personnes zélées dans chaque chrétienté pour donner l’exemple et entraîner ainsi les autres ; la population païenne n’est pas hostile, mais on n’a personne pour l’instruire ; M. Gombert, et, avec lui bien d’autres confrères remuent ciel et terre pour obtenir des catéchistes ambulants. En attendant, les missionnaires ne restent pas inactifs et utilisent toutes les bonnes volontés pour enseigner les catéchumènes ; à Ronsan, ce sont surtout les jeunes gens ; à Hap-tek, chez M. Perrin, chaque catéchumène est confié à un chrétien qui doit l’instruire et le présenter de temps en temps au missionnaire pour l’examen.
« M. Colin a fait connaissance avec son nouveau district d’Asan ; ses chrétiens n’ont pas mauvaise volonté, dit-il, mais chez eux quelle insouciance ! Son zèle a déjà commencé à les remuer. M. Molimard, que nous trouvons à la première résidence de la province de Séoul, se donne bien du mal depuis quatre ans en son cher Hpyeng-htaik, sans en retirer beaucoup de consolations. Il espère toutefois que son travail ne sera pas perdu et que les nombreuses instructions adressées fidèlement chaque mois à toutes ses chrétientés par la voix d’un bulletin paroissial finiront par produire quelques heureux effets. De fait beaucoup de bien s’est déjà réalisé dans cette région, grâce aux efforts persévérants de ce dévoué confrère.
« La chrétienté d’An-syeng, dirigée depuis trente-deux ans par M. Antoine Gombert, continue de prospérer ; la sympathie des païens acquise depuis plusieurs années commence à se traduire en conversions nombreuses ; beaucoup étudient la doctrine, surtout parmi les jeunes, et l’avenir est plein de promesses. Pourquoi ne pas citer le bel exemple donné par une jeune fille nouvellement baptisée ? Ses parents païens, malgré ses protestations, l’avaient fiancée au mois de mai à un infidèle. En fille pieuse et avisée elle ne songea pas à se révolter contre eux ; c’est d’un autre côté qu’elle porta toute son énergie ; chose inouïe en Corée, elle alla le soir chez ses futurs beaux-parents, leur dit qu’elle était chrétienne, ne refusait pas d’obéir à ses parents qui l’avaient promise à cette famille, mais désirait deux choses, d’abord se marier à un catholique, puis, après son mariage, avoir toute liberté de pratiquer ses devoirs religieux. Devant une telle crânerie, son fiancé, qui avait autrefois fréquenté l’école de la Mission et connaissait déjà notre sainte religion, se mit à apprendre les vérités nécessaires et se fit baptiser avant son mariage. Il n’y a que la grâce divine qui puisse transformer à ce point une pauvre petite Coréenne, d’ordinaire si timide, et lui accorder en pareille circonstance une telle assurance et une si noble fierté.
« Les chrétiens de Mirinai ne donnent à M. Lucas d’autre souci que celui de les aider à vivre. Là plus qu’ailleurs ils sont atteints par la crise séricicole. Depuis bien des années en effet, ils vivaient dans ce village de la culture du mûrier et de l’élevage des vers à soie ; aujourd’hui, le prix des cocons est tombé à des prix si bas que la vente en couvre à peine les frais. La misère a forcé plusieurs familles à quitter la place, malgré le regret qu’elles éprouvent de s’éloigner de l’église.
« Beaucoup ont émigré aussi des districts voisins, Nam-kak-ri, Syou-ouen et Katteungri, pour aller à Séoul ou Chemulpo grossir le nombre des pauvres gueux. On les retrouve quelquefois plusieurs années après. M. Villemot, Provicaire, le constate encore cette année du fait de l’augmentation du nombre des chrétiens de sa paroisse de la cathédrale. « Le compte « rendu 1926-1927 donnait 2.031 chrétiens, écrit-il ; de ce nombre 530 passèrent à la nouvelle « paroisse Saint-Benoît ; or nous voici revenus à 2.062. Cette augmentation vient d’abord des « baptêmes de 202 adultes, puis du surplus des naissances sur les décès, soit 96 durant ces « cinq années, enfin du retour au bercail de quelques familles dont on avait perdu toute trace ; « mais la majorité est composée surtout d’émigrants, presque tous très pauvres, attirés par le « mirage de la grande ville. Les taudis où ces miséreux sont entassés ne leur facilitent guère la « pratique de leurs devoirs religieux. »
« Je dirai maintenant en un mot ce qu’il m’aurait fallu répéter en parcourant chaque district ; dans toutes les églises on fait habituellement l’exercice du premier vendredi du mois et cette dévotion au Sacré-Cœur de Jésus se répand de plus en plus ; dans chaque district a lieu aussi la retraite annuelle des catéchistes, dont profitent ordinairement les chrétiens de la résidence ; en plusieurs endroits on a essayé des retraites d’enfants et des récollections pour grandes personnes durant le temps du Carême ; les processions de la Fête-Dieu se font régulièrement dans six paroisses, et se dérouleront bientôt dans d’autres districts. Ces diverses manifestations, marques d’une piéte intense, sont avec les années de plus en plus suivies et mieux comprises ; voilà qui est pour nous une source de grandes consolations pour le présent et un gage d’espérance pour l’avenir.
« L’Œuvre de la Propagation de la Foi établie en Corée depuis le début de la Mission a été cette année canoniquement érigée du fait de la nomination de M. Villemot comme Président du Conseil Provincial pour les cinq Missions coréennes.
« En terminant, nous nous faisons un devoir d’exprimer à Monseigneur le Supérieur et à tous les Membres du Conseil Central, nos sentiments de vive reconnaissance pour nous avoir envoyé en septembre dernier un nouveau confrère en la personne de M. Collard. Rien ne pouvait nous être ni plus utile, ni plus agréable. »
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